Astronomie

L’astronomie en médecine traditionnelle chinoise

Avant l’apparition du calendrier les chinois furent un peuple principalement agricole. L’observation du ciel devint vite un moyen très efficace de pouvoir répertorier le déroulement des saisons au fur et à mesure de l’année afin d’organiser les récoltes, ou l’arrivée du printemps par exemple.

Les chinois remarquaient également les différentes influences énergétiques présentes selon le déroulement des différentes saisons.  En effet, persuadés que l’homme vie en vibration avec le monde extérieur, il existerait une certaine relation entre notre corps et le monde qui nous entoure. Pour les chinois les lois régissent l’immensité de l’univers régissent notre âme et notre corps.

陰陽 yīn yáng

Afin de représenter les variations cycliques du monde qui les entoure, les chinois ont mis en place une dialectique des contraires mettant en avant la complémentarité de principes opposés telle que la nuit et le jour, le chaud et le froid, l’activité et la passivité ou encore le masculin et le féminin. Tous paraissent totalement opposés mais il n’en n’existe aucun sans la complémentarité de l’autre. Ils sont les différents aspects d’un thème qui les regroupent.

Le yīn et le yáng s’influencent, se détruisent et se reproduisent au rythme d’un certain cycle périodique, l’un n’existant jamais sans l’influence de l’autre. Si le yáng est le jour et le yīn la nuit leurs cycles périodiques seraient la rotation de la terre, entraînant différentes influences énergétiques.

Schémas représentant les périodes solaires qui correspondent, dans les calendriers traditionnels d'Extrême-Orient, à vingt-quatre divisions de 15° de la course du Soleil le long de l'écliptique.
Les périodes solaires correspondent, dans les calendriers traditionnels d’Extrême-Orient, à vingt-quatre divisions de 15° de la course du Soleil le long de l’écliptique.

Le yīn et le yáng représenté est d’ailleurs un des symboles les plus connut au monde Il est important de comprendre cette dialectique chinoise afin de comprendre l’organisation de leur calendrier mit en place par leurs observations astronomique. En effet une année est un cycle périodique composé de quatre saisons, les étoiles servant d’indicateur dans le ciel elles sont donc le repère des différentes influences énergétiques. 

天 tiān

Le nouvel an chinois diffère du notre, pourtant a chine appartient au même hémisphère que les européens. L’enchaînement de leurs saisons n’est pas le même que le nôtre. Alors que pour nous solstice et équinoxe correspondent au départ ou à l’arrêt d’une saison, ils représentent, pour les chinois le milieu d’une saison. Leur nouvel an correspond simplement à l’arrivée du printemps. La fête du nouvel an n’est autre que la fête du printemps fêtant le réveil de la nature et la reprise du travail agricole.

Diagramme du taiji avec les solstices et les équinoxes

Selon la théorie d’Allen Tsai, le tàijí a été créé en enregistrant les ombres du gnomon dans les 24 termes solaires du calendrier chinois.

Afin de déterminer l’arrivée du printemps avec précision sans calendrier il nous faut donc utiliser le ciel et un de ses cycles facilement repérable, en l’occurrence les chinois utilisent les cycles des pleines lunes. Le nouvel an chinois est donc dit lunaire. Pour que la lune soit pleine il faut qu’elle se lève de manière acronyque par rapport au soleil, quand l’un se couche l’autre  se lève. Les chinois ont donc utilisé la présence ou non de certaines étoiles ou astérismes aux alentours du levé des pleines lunes afin de répertorier le début ou la fin des saisons.

La dernière pleine lune de l’année se lève à droite d’Arcturus et la première pleine lune de l’année, synonyme de début du printemps, se lève à gauche d’Arcturus et de L’Épi de la vierge. D’ailleurs ces deux étoiles sont appelé les cornes du dragon. Ces cornes du dragon sont annonciatrices du retour aux saisons plus chaudes donc annonciatrices du yáng. D’autres étoiles telles qu’Antarès représentant le cœur du dragon, annonciateur de l’équinoxe de printemps, apparaîtront ensuite, lors de la deuxième pleine lune, toujours dans l’optique de représentation du dragon. 

春季大三角 chūnjì dà sānjiǎo

En astronomie, un astérisme est une figure remarquable dessinée par des étoiles particulièrement brillantes. En général, ces étoiles ne sont liées ni par une interaction gravitationnelle significative, ni par une gestation commune, ce qui fait d’un astérisme un objet céleste plutôt arbitraire et subjectif. C’est souvent sur la base d’astérismes que les civilisations ont imaginé leurs constellations, bien qu’un astérisme puisse aussi bien former une partie d’une constellation qu’être constitué d’étoiles appartenant à plusieurs constellations différentes.

Un astérisme peut occuper une région suffisamment vaste du ciel pour être bien identifiable à l’œil nu : le Triangle d’été, par exemple, s’étend sur plus de 30 degrés. Parmi cette catégorie, on trouve les figures caractéristiques qui nous permettent, au fil des saisons, de localiser les constellations les plus célèbres : Grande et Petite Casseroles pour la Grande Ourse et la Petite Ourse, petit parallélogramme pour la Lyre, le W de Cassiopée, etc.

Le Triangle du printemps est un astérisme à cheval sur l’équateur céleste, formé par tois étoiles brillantes visibles dans l’hémisphère nord pendant les nuits de printemps. Ces trois étoiles sont, de la plus brillante à la moins brillante :

牧夫座的大角星 mùfū zuò de dàjiǎo xīng
Arcturus (α Bootis) de la constellation du Bouvier
室女座的角宿一及 shìnǚzuò de jiǎo sù yī jí
Spica (α Virginis) de la constellation de la Vierge
軒轅十四 xuānyuán shí sì
Régulus (α Leonis) de la constellation du Lion

Le triangle de printemps et Cor Caroli de la constellation des Chiens de chasse, disposés en forme de losange, constituent le diamant du printemps .

象徵 xiàng zhēng

Nous comprenons vite que le dragon est une sorte d’emblème représentant le printemps pour les chinois. Voilà pourquoi lors des fêtes du nouvel an de nombreux dragons sont représentés. En effet les chinois vont associé des animaux emblématiques pour chacune des saisons. 

Illustration des quatre animaux emblématiques chinois

Les quatre animaux emblématiques

Sachant que l’année se décompose en 4 saisons, il y a donc quatre animaux emblématiques :

  • Le dragon représente le printemps.
  • L’oiseau rouge, qui pourra être assimilé plus tard à un phénix, un faisan ou encore une caille, représente l’été.
  • Le tigre blanc représente l’automne. Cette assimilation vient surement du fait que lors des anciennes tempêtes équinoxiales d’automne les tigres blancs chinois descendaient des montagnes et dévoraient  des chinois. Dans la chine ancienne le ministère des châtiments est appelé le ministère de l’automne, en effet c’est lors de ce mois que les exécutions judiciaires avaient lieu. Cette saison est également associée à un guerrier, ceci sûrement dût à la présence d’Orion, sans doute la plus belle constellation du ciel représentant un guerrier avec une hache. Orion est Tsan l’ennemie juré de Sinn ou Antarès de la constellation du scorpion. Les chinois décrivent la marche de la voûte céleste comme une course éternelle entre ces deux ennemis. Dans la mythologie grec un scorpion aurait tué le guerrier Orion, ils auraient ensuite été placé au ciel chacun a un opposé de la voûte céleste afin que jamais ils ne se rencontrent. En effet la constellation d’Orion et du Scorpion ne peuvent être vue ensemble dans le ciel.
  • La tortue noire représente l’hiver. En effet la torture disparaît au début de l’hiver pour réapparaître au printemps ce qui permettait jadis aux chinois de calculer la durée de la saison froide. 

A chacun de ces animaux emblématiques vont être associé sept astérismes caractéristiques des quatre saisons représentées. Créant ainsi 28 astérismes caractéristiques.

A titre d’exemple les 7 astérismes du dragon sont : Les cornes, Le cou, la racine, la chambre, le cœur. Le Panier marque la fin du printemps et représente les excréments du dragon rappelant aux agriculteurs qu’il est temps de préparer du fumier pour leurs champs.

Il existe donc réellement une utilité derrière l’apparition de chacun de ces astérismes dans le ciel. Ces groupes de 7 astérismes vont être appelés : 

  • Palais de l’automne ou du tigre ; 
  • Palais de l’hiver ou de la tortue ; 
  • Palais du printemps ou du dragon 
  • Palais de l’été ou de l’oiseau rouge.

À chacun de ces palais correspond une direction cardinale. Le Nord va être associé au froid de l’hiver et le Sud au chaud de l’été. L’Est va ensuite être associé au printemps car le soleil se lève à l’Est, c’est l’annonciateur du Yang comme le printemps.  L’Ouest  est donc assimilé à l’automne.

Représentation de la table de divination des Han postérieur
Table de divination des Han postérieur

Les gardes du grand chariot pointent  vers la polaire, grand pivot de la voûte céleste, et tournent donc autour. Les chinois l’appelaient le  » boisseau  » servant à mesurer, à régler. En effet en observant cette astérisme à 18 heure en été : le timon du chariot indiquera le Sud, en automne, l’Ouest, en hiver, le Nord et au printemps l’Est. Le Nord est à la verticale de la polaire sur l’horizon.

La vue et la parole occupe l’est et le sud dans le Hong Fan, lequel affecte le nord au geste. Le nord est l’orient des reins, ceux-ci comme on verra, président à la danse et aux gesticulations…

Marcel Granet

Lorsque l’on regarde le ciel comme une carte le Sud est en haut, c’est peut-être pourquoi dans les cartes chinoises le Sud est en haut. En effet les étoiles ne sont pas à la même place dans le ciel deux soirs consécutifs à la même heure. Ceci s’explique par un décalage entre ce qu’on appelle le jour sidéral et le jour solaire. Le jour sidéral est le temps que la terre met à effectuer un tour sur elle-même. le jour solaire est le temps que le soleil met à revenir au met point dans le ciel. Le jour sidéral dure 23h 56m 4,09s alors que le jour solaire dure 24h. Ce décalage est donc d’environ 4 min par jour et ceci dut à la révolution de la terre autour du soleil. Les étoiles suivent la révolution sidérale. Si on observe une constellation à 21 h elle serra le soir suivant à 20 h 56 à la même place que la veille, elle s’est levé 4 min plus tôt que la veille.

Le zodiaque chinois se dit luni-solaire. En effet l’observation des astérismes constituant ce zodiaque se fait en tout point de l’horizon, et par alternance d’oppositions ou de conjonctions solaires. La révolution de ce zodiaque reste donc astrologique et non astronomique. Contrairement au zodiaque grec dont l’observation se dit écliptique, en effet les constellations de notre zodiaque se situent sur l’écliptique, chemin du soleil dans le ciel. Les observations des constellations ne se produisent donc qu’à l’endroit où le soleil se lève ou se couche.

La théorie des cinq éléments est très présente dans la dialectique chinoise. La compréhension de cette théorie passe par la compréhension de la lecture astronomique de voûte céleste. En effet les différents éléments vont tirer leurs significations énergétiques par association aux différents palais du ciel.

  • L’élément bois et la couleur verte sont associés au palais du printemps. En effet c’est pendant le printemps que le bois pousse et le vert représente le couleur de la végétation qui se réveil en cette période.-
  • L’élément feu et la couleur rouge sont associés au palais de l’été. En effet pendant l’été le feu du soleil est le plus intense de l’année et le rouge est la couleur que l’on attribue au feu et à la chaleur.
  • L’élément métal et la couleur blanche sont associés au palais de l’automne. L’automne représente la mort de la nature, la chute des feuilles comme coupées par le métal d’une hache, la hache d’Orion…Le blanc symbolisant les reflets de cette hache métallique.-
  • L’élément eau et la couleur noire sont associés au palais de l’hiver. Le fait que la tortue soit un animal aquatique favorise l’association de cet élément à ce palais et le noir correspond à la saison sombre que représente l’hiver où les journées sont courtes.
  • L’élément terre et la couleur jaune. C’est le palais central.
Diagramme de la rotation de la constellation de la Grande Ourse représentant une svastika.

Dans chacune des représentations symboliques calendériques, chaque élément tourne de manière cyclique autour d’un point central. En associant cette réflexion aux observations du ciel nous comprenons que ce point central représente la polaire, point pivot de la course de la voûte céleste. Les chinois représentent – au sein de leur calendrier – la rotation cyclique d’une année autour d’un point de la même manière que la voûte céleste tourne autour de la polaire pendant une journée entière.

Détail de la robe-dragon de la dynastie Qing, Nanjing Brocade institute
Détail de la robe-dragon de la dynastie Qing

Les étoiles qui composent donc le palais central semblent avoir une influence continue tout au long de l’année ne présentent pas d’éléments de variation sur les calendriers. Les étoiles du palais central sont les étoiles circumpolaires. Dans les représentations calendérique ce centre semblent soutenir l’ensemble, être notre élément central face à la course du ciel et des saisons que nous pouvons observer dans chacune des directions, un peu comme l’est la Terre pour nous. Le palais central projeté sur terre représenterait le pays central ou encore l’empire du milieu. Le jaune est en l’occurrence la couleur principal du sol chinois et de leur couleur de peau. De plus les empereurs chinois sont souvent représenté de jaune vêtus.

On retrouve les correspondances de destructions de ces éléments avec celles des saisons dans certains calendriers chinois : l’eau éteint le feu, le feu fait fondre le métal,  le métal coupe le bois, le bois pousse dans la terre, la terre absorbe l’eau.

Les couleurs sont également très importantes dans le système symbolique des empereurs de Chine. Dans la cité interdite, les deux couleurs les plus importantes sont le jaune et le rouge. Le jaune est la couleur impériale, les habits des empereurs étaient la plupart du temps jaunes. Dans la culture chinoise le jaune est associé au respect. On trouve cette couleur essentiellement sur les toits des pavillons, les tuiles sont quasiment toujours jaunes, vernissées. Mais il y a une exception puisque les toits des pavillons des enfants sont verts. Quand au rouge, il est en fait pourpre. Le pourpre, selon la symbolique chinoise, est la couleur de l’étoile polaire, la seule étoile qui semble ne jamais bouger car elle est dans l’axe de la Terre, et donc au centre de tout. La symétrie parfaite ne pouvait pas ignorer l’étoile polaire, c’est donc de pourpre que l’on a habillé la cité interdite. Par ailleurs cette couleur représente également l’espoir de la stabilité des empereurs, dans la symbolique chinoise ancienne.

Dans la Chine ancienne les astronomes et même les astrologues, considérés comme des mathématiciens, ont un rôle important à la cour et dirigent en partie la vie politique. A l’aide d’observations multiples, qui tirent leurs origines d’un besoin d’organiser son cycle agricole, et d’utilisation de bouts de bois plantés dans le sol appelé gnomon, permettant le calcul exacte des dates des solstices et équinoxes par étude de l’ombre produite, ils mirent en place un calendrier annuel. Ce calendrier ayant une grande valeur symbolique et énergétique a également participé à l’élaboration de la médecine traditionnelle chinoiser.

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