Souffle

Caractère 气 qì en style sigillaire
Montagne jaune 1, 2014, Zeng Xiaojun

La graphie ancienne 氣 nous montre le grain de riz 米 qui éclate sous l’effet de la cuisson et qui dégage une vapeur 汽 qui s’élève en accumulation 三, en nuées. Dans ce caractère primitif le trait supérieur désignait ce qui vient d’en haut, le trait inférieur ce qui vient d’en bas et le trait médian ce qui bat entre les deux. Pour marquer cela plus clairement, plus tard le trait supérieur fut recourbé vers le haut et le trait inférieur vers le bas. Ensuite, la dynamique propre au pinceau accentua cela. On ajouta donc dans l’espace vide en bas à gauche du caractère, 米 mǐ, le signe général du riz en grains non cuits. Cela permettait de représenter en un seul idéogramme 氣 les deux manifestations des souffles les nuées légères et mobiles pour leur aspect 陽 yáng, et les grains de riz petits, nombreux, durs et remplis d’énergie nutritive pour leur aspect 隂 yīn.  Le chinois moderne n’a retenu que la partie supérieure 气, et rejoint ainsi dans l’esprit le caractère primitif formé de trois lignes horizontales 三, symbolisant les courants atmosphériques. 

Montagne jaune 2, 2014, Zeng Xiaojun
Montagne jaune 2, 2014, Zeng Xiaojun

Le sinogramme 氣 décrit donc le souffle, comme étant à la fois aussi immatériel et éthéré que la vapeur et aussi dense et matériel que la céréale. Il signifie également que le est une substance subtile, la vapeur, dérivée d’une substance grossière, la céréale.

氣, 气,
gaz, air, souffle, exhalaison, fluide, influx, odeur, vigueur, énergie, irriter
米, mǐ
riz, grain, mètre
汽,
vapeur
風, 风, fēng
vent, rumeur, usage, 182e radical

Le souffle est cette force vitale, qui se meut, qui pénètre partout, invisible (无 wú), qui ouvre et communique. C’est la libre expression  de ces qualités qui garantit une bonne santé. Les esprits guident les souffles, le cœur souverain est garant de leur harmonie par sa propre harmonie.

Plus tard je fus forcé de réfléchir sur ce peuple dont je connais les tares et auquel on accorde néanmoins quelque grandeur. Du fait de son nombre, de son ancienneté et de sa pérennité ? Mais bien plus semble-t-il à cause de ce pacte de confiance, ou de connivence,qu’il a passé avec l’univers vivant, puisqu’il croit aux vertus des souffles rythmiques qui circulent et qui relient le Tout. D’où peut-être cette manière d’exister à nulle autre pareille.

François Cheng in Le Dit de Tianyi

La notion de , que l’on traduit au mieux par souffle, essentielle dans la médecine chinoise, ne s’y limite pas ; elle est constitutive de l’ensemble du mode de penser chinois. Battement entre sa forme la plus yīn, le grain de riz, et la plus
yáng, les nuées, le est une énergie vitale fondamentale. Mais énergie est encore une traduction insuffisante. Peut-être le mot français air conviendrait mieux du fait de son invisibilité naturelle alliée à un éventail de significations qui laisse entrevoir la richesse du mot en chinois. Pour en donner une idée, voici quelques expressions dans lesquelles il intervient :

天氣 tiān
Le du ciel, c’est la forme que prend le au niveau du ciel, particularisé par son continuel changement, son aspect yáng. L’expression désigne le temps qu’il fait aujourd’hui, en ce moment.
地氣 dì
Le de la terre est la densification du du ciel en un lieu, particularisé cette fois par sa permanence, son aspect yīn. L’expression désigne le climat d’un endroit, d’une région.
通氣 tōng
Le en bonne communication. Selon que l’on considère l’aspect matériel ou l’aspect spirituel, cette expression pourra signifier aussi bien ventiler, aérer un local, que rester en contact l’un avec l’autre, exprimant alors la connivence invisible entre deux personnes qui n’ont pas besoin de parler pour que leurs s’accordent.
生氣 shēng
Le vif est le qui va se manifester de façon moins invisible qu’à l’accoutumée. Il s’applique aussi bien à la vitalité en général qu’à son excès la colère. L’animisme, par exemple, est appelé 生氣主義 shēngqì zhǔyì, doctrine de la vitalité.
脾氣 pí
Le de la rate ou printanier est le de quelqu’un qui a du tempérament, du caractère et plutôt du mauvais caractère.
神氣 shén
Le de l’esprit, c’est l’air de quelqu’un, sa manière d’être, son allure, se donner l’air peut nous rendre suffisant voire outrecuidant. C’est aussi l’air d’un lieu, la sensation que l’on ressent en y entrant, le fait que l’on s’y sent bien ou mal, le fondement du feng shui.
口氣 kǒu
Le de la bouche désigne la tonalité, la manière de parler. L’expression s’applique généralement à quelqu’un qui parle bien.
手氣 shǒu
Le de la main, c’est avoir de la chance au jeu, comme nous disons avoir la main.
骨氣 gǔ
Le de l’os est la force de caractère, le tempérament, l’intégrité morale d’une personne qui ne transige pas sur l’os, c’est-à-dire la charpente, ce qui soutient la maison et qui serait, chez nous, le fondement. On dira d’un beau trait de calligraphie qu’il a une fermeté intérieure et invisible qui fait qu’il tient comme les os tiennent le corps.
名氣 míng
Le du nom est la réputation, la célébrité, la renommée.
客氣 kè
Le envers l’autre, c’est l’hospitalité, la politesse, un art de vivre en société que les Chinois, peuple sédentaire dans une nation depuis toujours surpeuplée, ont beaucoup développé. C’est dire à autrui ce qu’il a envie d’entendre et savoir dire ce qui convient à la situation qu’on traverse. Cependant la politesse dont il s’agit ici concerne les gens avec qui on est en relation à quelque niveau que ce soit, mais pas les inconnus.
客氣 kè
Le envers l’autre, c’est l’hospitalité, la politesse, un art de vivre en société que les Chinois, peuple sédentaire dans une nation depuis toujours surpeuplée, ont beaucoup développé. C’est dire à autrui ce qu’il a envie d’entendre et savoir dire ce qui convient à la situation qu’on traverse. Cependant la politesse dont il s’agit ici concerne les gens avec qui on est en relation à quelque niveau que ce soit, mais pas les inconnus.
洋氣 yáng
Le de l’étranger. Le mot yáng désigne au départ l’océan, puis par extension ce qui se trouve au-delà de l’océan, c’est-à-dire le monde occidental. L’expression s’applique avec une connotation positive à tout ce qui relève du style occidental.
節氣 jié
Le des moments de l’année est le nom donné à la division de l’année en vingt-quatre périodes de quinze jours. Appelé les vingt-quatre périodes solaires.
運氣 yùn
Le en mouvement est au sens propre faire bouger le souffle vital par des étirements ; au sens figuré, ce qui virevolte désigne la chance qu’il faut saisir au moment où elle passe. Avoir de la chance est inconcevable pour un esprit chinois : la chance ne peut pas être une possession, c’est un couplage momentanément favorable entre une personne et un moment qu’il faut savoir saisir.
Détails d'une ancienne figure de bronze utilisée pour l'enseignement et la recherche en acupuncture, par le chinois Tongrentang, un géant pharmaceutique ayant plus de 300 ans d'histoire, Beijing 2008
Détails d’une ancienne figure de bronze utilisée pour l’enseignement et la recherche en acupuncture, par le chinois Tongrentang, un géant pharmaceutique ayant plus de 300 ans d’histoire, Beijing 2008

La médecine chinoise est fondée sur l’idée que le souffle vital circule constamment d’organe en organe, les irriguant les uns après les autres, selon un cycle circadien. La circulation de ce souffle vital immatériel est invisible, mais il est possible d’en repérer le cheminement : c’est le système des méridiens. Les points d’acupuncture ( 穴 xué ) ne sont que des indications d’endroits plus accessibles, parce que les souffles y affleurent, où le praticien peut, avec ses aiguilles, envoyer des sortes de messages ayant pour but de restaurer la fluidité.



氣 qì dans le dictionnaire de l'empereur Kangxi
dans le dictionnaire de l’empereur Kangxi

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