La Chandeleur

La boulangerie à crêpes, 1560, huile sur panneau de bois de Pieter Aertsen (1508 –1575)

Une fête séculaire et religieuse

Comme toujours, la religion chrétienne a greffé l’une de ses célébrations sur une vieille coutume païenne. En l’occurrence, il s’agirait des festivités liées au culte de Cérès, la déesse des moissons, qui ne fertilisait plus la terre pendant trois mois, c’est-à-dire ceux correspondant à l’hiver.

Δημητηρ

Déméter était la déesse de l’agriculture et des moissons. Elle représentait la terre cultivée et féconde contrairement aux autres déesses comme Gaïa ou Rhéa qui personnifiait la terre en tant que matière. C’est elle qui facilitait la germination et la pousse des plantes. Elle fut assimilée par les romains sous le nom de Cérès qui était une divinité latine très ancienne associée aux moissons.

Cérès

Le nom de Cérès s’apparente aux verbes creare et crescere, créer et croître : peut-être, comme pour Vénus, un ancien substantif neutre désignant une abstraction (la croissance), passé au féminin lors de sa personnification et divinisation, peut-être un ancien adjectif épithète de Tellus, la terre mère, dont Cérès se serait peu à peu détachée. Déesse de la croissance, elle veille au déroulement du cycle végétal mais aussi sur la famille humaine ; déesse de la terre, elle n’est pas sans rapport avec le monde des morts. Seule ou associée à Tellus, Cérès tient souvent la première place dans le cycle des fêtes consacrées à la végétation ou aux travaux du sol .

À Rome, on célébrait en février le retour des jours plus cléments avec la festa candelarum, une fête populaire avec des processions de torches pour célébrer la fin de l’hiver, qui rappelait aussi Cérès recherchant à l’aide d’un flambeau sa fille perdue, enlevée par Pluton, le dieu des enfers. La lumière vient peu à peu vaincre les ténèbres et la mort : le mot février vient d’ailleurs de Februa, vieux dieu étrusque de la purification, un mois de transition entre l’hiver et l’arrivée du printemps…

La présentation de Jésus au Temple

C’est cette même période qui est choisie par l’Église pour célébrer la présentation de Jésus au Temple, une vieille tradition juive qui veut que l’on consacre les premiers-nés mâles à Dieu. On y associa aussi « les relevailles » de la vierge Marie et sa purification, quarante jours après son accouchement pour Noël.

Les papes vont garder les processions romaines, mais vont remplacer les torches par des chandelles bénites : dès le VIIe siècle, une grande cérémonie s’organise du forum à la basilique Sainte-Marie-Majeure, au cours de laquelle les fidèles se mettent en route dès l’aube en portant des cierges. Et les pèlerins sont si nombreux qu’on prend l’habitude de distribuer ce jour-là des galettes de froment…


Si point ne veut de blé charbonneux,

Mange des crêpes à la Chandeleur

Comme de nombreuses traditions, la fête de la Chandeleur est accompagnée de ses superstitions: si les paysans ne faisaient pas de crêpes à la Chandeleur, le blé serait mauvais l’année suivante.Faire des crêpes oui, mais pas n’importe comment! Pour être assuré que la récolte sera bonne et la famille prospère, il convenait de faire sauter la première crêpe de la main droite en tenant un Louis d’or dans la main gauche. La crêpe était ensuite déposée sur l’armoire de la chambre, la pièce d’or placée à l’intérieur, jusqu’à l’année suivante. A la Chandeleur suivante, on récupérait le tout et l’on donnait la pièce au premier pauvre que l’on rencontrait.

Laisser un commentaire