Zhang Sanfeng

et les origines antiques du tai-chi-chuan

Traduction de l’article Zhang, San-Feng and the Ancient Origins of Taijiquan de David Silver paru dans YMAA le 22/11 et 1/12/2008

David Silver est un écrivain, un éditeur et un réalisateur vidéo pour YMAA Publication Center, et il est le co-scénariste de Sunrise Tai Chi et de Sunset Tai Chi. Il étudie et enseigne le qi gong avec le Dr. Yang, Jwing-Ming et il est un débutant pérenne de tai-chi-chuan .

L’origine du tàijíquán  est une question polémique et controversée. Certains identifient la famille Chén comme la source du tàijíquán dans les années 1600 et d’autres localisent plus avant l’art avec les arts internes bouddhistes, taoïstes  et maître 張三豐 Zhāng Sānfēng. Les deux sont corrects. Et aucun d’entre eux n’a créé le tàijíquán. Nous allons plonger dans les documents historiques existants  et les découvertes archéologiques pour tenter de clarifier cette question controversée. La plupart des articles sur cette question ne s’intéressent qu’aux 500 dernières années, mais je pense qu’il est essentiel de comprendre les racines pré-historiques du tàijíquán. J’écris cela comme un chercheur de vérité, et j’hésite à me cramponner trop étroitement aux opinions populaires. Nous allons reconstituer la compréhension la plus claire possible basée sur des preuves factuelles disponibles. Je vise à reconnaître et à honorer les réalisations profondes de l’ancienne culture chinoise, et j’écris avec le plus grand respect sur la philosophie tàijí. Certains choisissent de prétendre que Zhāng  ait jamais existé, et que les arts internes n’ont que quelques centaines d’années. Ces chercheurs peuvent être déçu par la mythologie confuse autour de Zhāng et ne sont peut-être pas conscients de la longue histoire du 養生 yǎngshēng («les principes pour nourrir la vie») et du 內功 nèigōng («le travail interne») antérieurs au tàijíquán . Ce sont les éléments essentiels qui font du tàijíquán un art « interne ». L’histoire de Zhāng Sānfēng a également été obscurcie par de nombreuses légendes révisionnistes et par des batailles politiques pour revendiquer l’origine du tàijíquán. L’ existence de Zhāng  est vérifiée par des documents historiques, qui parlent de lui comme ayant vécu entre la fin de la dynastie des Song et au début des Ming, il serait né en 1242 et aurait vécu jusqu’à la fin des années 1400. Il est décrit dans diverses sources comme un praticien taoïste, hautement accompli et respecté, de l’alchimie interne (內丹氣功 nèidān qìgōng). Seuls quelques documents mentionnent son épée et son arc, et la fameuse épitaphe  écrite par 黃宗羲 Huáng Zōngxī est parfois considérée comme l’un des seuls liens entre Zhāng  et les arts martiaux.

L’école 少林 Shàolín était connue par son pugilat de premier plan  … il y avait quelque chose qui s’appelait  l’école interne … qui avait commencé avec 張三豐 Zhāng Sānfēng de la dynastie Song, et Sānfēng était un alchimiste des montagnes du Wudang.

– 王征南墓志铭 Épitaphe Pour Wáng Zhēngnán (1669)
Le début de L'art de la guerre dans un livre de bambou classique du règne de l'empereur Qianlong
Le début de L’art de la guerre dans un livre de bambou classique du règne de l’empereur Qianlong

Il est important de se rendre compte qu’il était très courant de devenir artiste martial dans la Chine ancienne , car c’était une époque violente où l’on pouvait, en voyageant, rencontrer des bandits locaux, des chefs de guerre et des envahisseurs étrangers . Ceci était particulièrement vrai pour Zhāng à la lumière de la tradition taoïste qui est de voyager seul d’un monastère à l’autre pour étudier. En outre, il est très fréquent dans la culture taoïste et bouddhiste de tenir un registre précis de tous les vénérables maîtres de l’enseignement. Bien qu’ils ne soient pas largement connus de la société civile, beaucoup d’entre eux existent concernant Zhāng  et ses capacités de méditation et de guérison:

  • 禪玄顯教編 Chán xuán xiǎn jiào biān, les documents rassemblés du bouddhisme et du taoïsme, de 扬 溥 Yáng Pǔ;
  • 瓊花集 Qióng huā jí, la collection de fleur de jade, par 曹睿 Cáo Ruì;
  • 古今圖書集成 Gǔjīn túshū jíchéng, la grande collection des livres anciens et modernes;
  • 靑溪暇筆 Qīng xī xiá bǐ, les écrits occasionnels du courant clair, par 姚福 Yáo Fú;
  • 稗史匯編 Bàishǐ huìbiān, une collection d’anecdotes, par 王圻 Wáng Qí;
  • 陜西通志 Xiáxī tōng zhì, une histoire cohésive du Shaanxi, par 賈漢復 Jiǎ Hànfù;

pour n’en nommer que quelques-uns. Plusieurs poèmes d’hommage à Zhāng  existent aussi à partir des années 1400 EC. La biographie la plus cohérente de Zhāng Sānfēng est le 大岳太和山志 Dàyuè tàihé shānzhì, ou l’histoire de la Grande Montagne Taihe édité par 任自垣 Rèn Zìyuán en 1431. Il y a un certain nombre d’autres sources qui signalent également l’existence de Zhāng Sānfēng:

  • 皇明恩命世录 Huángmíng ēnmìng shìlù, les enregistrements des commandes impériales attribuées aux empereurs de 张宇初 Zhāng Yǔchū;
  • 禅玄显教编 Chánxuán xiǎnjiàobiān, les documents recueillis sur le bouddhisme et sur le taoïsme par 杨溥 Yáng Pǔ;
  • 大明一统志 Dàmíng yītǒngzhì, l’histoire cohésive du Grand Ming par 李贤 Lǐ Xián en 1461;
  • 张三丰遗迹记 Zhāng Sānfēng yíjī jì, le Monument des Légendes Zhang San-Feng dans le Temple taoïste Jintai du Comté de Baoji  daté de 1462;
  • 贵州图经新志 Guìzhōu tújīng xīnzhì, les Annales des Classements et Archives de Guizhou par 瀋陽 Shěn Yáng;
  • 贵州 通志 Guìzhōu tōngzhì, ou une histoire cohésive de Guizhou en 1597 par 王束賢 Wáng Shùxián.

On peut aussi entrevoir la naissance, la vie et la mort de Zhāng Sānfēng dans les sources littéraires de l’époque. Dans le poème « Chanson à la dérive », Zhāng Sānfēng écrit:

Chanson dérivante, chanson à la dérive, flânant après quarante-huit ans, combien de temps ai-je encore ? Pendant seize ans, je me suis attardé à Heng Mountain, errant entre Yan et Zhao comme vagues sur l’eau. Je vais aller à la montagne de Penglai et je chante le Cantique du Dao. Ceci a été écrit en 1294 EC, selon Yunshui ji 云水集 Yún shuǐ jí, ou la Collection des Nuages et de l’Eau, qui est un recueil de poème attribué à Zhāng Sānfēng. Il indique que Zhāng est né en 1247, il était âgé de 48 ans, et il n’avait peut-être pas encore reçu la véritable transmission du Dāo. Zhāng a laissé de nombreux écrits, mais peu ont été traduit en anglais. Ceux-ci ont été compilées par 李西月 Lǐ Xīyuè sous la dynastie des Qing dans un livre intitulé les «Œuvres Complètes du noble Zhang Sanfeng », qui est conservé dans les «Sélections du Canon taoïste».

Schéma représentant les périodes solaires qui correspondent, dans les calendriers traditionnels d'Extrême-Orient, à vingt-quatre divisions de 15° de la course du Soleil le long de l'écliptique.
Les 24 périodes solaires

Selon

  • le 宝鸡金台观碑 Bǎojī jīntáiguān bēi, ou  « Monument du temple Jingtai » de Baoji,
  • le 祥符县志 Xiángfú xiànzhì ou « les annales du comté de Xiangfu » par 力通恒 Lì Tōnghéng,
  • le 盛京通志 Shèngjīng tōngzhì, ou « l’Histoire Cohésive de Shengjing »  par E Gui,
  • le 郴州总志 Chēnzhōu zǒngzhì, ou « l’Histoire Cohésive de Chenzhou » de 陈昭 Chén zhāo,

Zhāng a été observée à la fin de l’année du règne de 天顺  Tiānshùn (1457-1464). Ce délai est en accord avec le moment où l’inscription impériale en bronze a été attribuée à Zhāng Sānfēng, en 1459. Cette observation supposée tardive est l’une des raisons pour lesquelles Zhāng aurait vécu si longtemps. L’ histoire officielle des Ming décrit que Zhāng Sānfēng était un excentrique mais aussi un alchimiste très accompli , admiré par les Impériaux et la population en général. Il fut convoqué par le premier empereur Ming  朱元 章 Zhū Yuánzhāng (1328-1398) en 1391, par le troisième empereur 朱棣 Zhūdì (1360-1424) en 1412, et par le sixième empereur Ming 朱祁镇 Zhū Qízhèn (1427-1464) pour son inscription impériale en bronze en 1459. (Zhang Tingyu) Mais, on ne l’a jamais trouvé lorsqu’il a été convoqué. Au cours des années 1300, Zhāng est devenu un taoïste entièrement réalisé : un «immortel», ce qui signifie un éveillé. Et si l’on est prêt à croire que c’est la même personne qui apparaît dans ces documents, il a vécu alors grâce à sa pratique du qi gong plus de 200 ans. Il est possible qu’il ait eut une espérance de vie supérieure à la moyenne jusqu’au début et au milieu des années 1300, et que les histoires sur lui ont continué de se propager le siècle suivant. C’était un moine qui était profondément versé dans le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme. Dans son 大道論 Dàdào Lùn, «Sur la Grande Voie », il a déclaré que ces religions ont la même origine et partagent la tendance à développer le caractère moral et à « cultiver le Tao. » Il a pratiqué les arts martiaux internes au mont Wudang avec son professeur 火龙镇任 Huǒl Long Zhèn Rèn. Plus tard dans sa vie, la légende veut qu’après avoir assisté à la célèbre « bataille entre un serpent et une grue », Zhāng ait développé un style d’art martial qui lui permettait de s’opposer à  des adversaires plus rapides et plus jeunes, avec quatre principes de base: utiliser le calme contre l’action, le doux contre le dur, le lent contre le rapide et l’unique contre le multiple. Cependant, Zhāng était seulement l’un des milliers de moines qui pratiquaient les arts internes et les arts martiaux à Wudang, , cela ne relevait probablement pas de sa seule création. Les notions de douceur, d’écoute et coller ont été discutés dans le 劍經 Jiàn jīng , le Classique de l’Epée de  俞大猷 Dàyóu au environ de 1550. Il est clair que ces principes qui sont maintenant associés au tàijíquán  faisaient partie d’un style d’art martial qui a précédé l’époque de 陈王庭 Chén Wángtíng.

真武 Zhēnwǔ, le guerrier véritable

Le temple Qianzai du village Tang (唐村) dans le comté de Boai (博爱县), est à environ 50 km de l’actuel village Chén. Des recherches récentes, basées sur une histoire nouvellement découverte de la famille Li , ont mis à jour des documents identifiant clairement les événements autour de 1650. Deux frères Li s’étaient mariés dans la famille Chén.

千载 寺, le Temple Qianzai  fut le berceau du tai-chi-chuan … Li Yuanshan décrit dans la préface que les frères Li 仲 Zhòng et 信 Xìn, et leur cousin Chén Wángtíng ont créé 太极 养生 功, le taiji yangshen gong , ou« l’art taiji de cultiver la vie, 十三 式 通 臂 功 Shísān shì tōng bì gōng, « la boxe des Treize Postures. » (王興亞 Wáng Xìngyà) Le Temple Qianzai était un temple de synthèse du bouddhisme, du taoïsme et du confucianisme. Les trois étudièrent ensemble les arts martiaux et la philosophie , et devinrent frères jurés, en prenant 博 公 武 道, l’abbé Bogong Wudao, comme leur maître 太极 门, à la porte de Taiji  du Temple Qianzai. Apparemment Chén fut autorisé à nommer l’art après que les trois partenaires et leur maître le considère comme le vainqueur. Mais, selon Li Xiangyi (et le chercheur 蘧鉴 Qú jiàn ) « l’art de wuji pour cultiver la vie » et « la boxe des treize postures » avait été créé par le prêtre 十力 Shí lì  (614 à 741) du Temple Qianzai, ou 李道子 Lǐ Dàozi, qui avait maîtrisé les trois enseignements:

  • l千金 翼 方 Qiānjīn Yìfāng , « les prescriptions révisées qui valent mille pièces d’or »,
  • 导引 dǎo yǐn  « en guidant et en tirant » et
  • 吐纳 tǔ nà  « expulser l’ancien souffle et aspirer le nouveau. »

Sur la base des inscriptions de la tablette de pierre trouvée dans les articles de Qu, l’art de Shi Li souligne:

勿 为 霸 腐 拳 为 民生 以柔克刚 舍己 从 人

Ne soyez pas intimider par la futillité , le pugilat c’est pour la vie et la santé. La douceur surmonte la dureté, abandonnez-vous et suivez l’adversaire . (Qu Jian, 2006) Malgré cette revendication légitime d’une progression naturelle des arts internes et des 13 vieux modèles vers l’étude et le développement du tàijíquán au temple Qianzai, il est important de se rappeler que déjà au 4e ou 5e siècle AEC, les écrits rassemblés connus sous le nom de Dàodéjīng  contenait les mots:

Le doux vainc le dur, le souple surmonte le fort.

Et plus tôt au 6e siècle AEC, Sun Tzu écrivait dans l’art de la guerre

L’eau, douce, et sans résistance, peut déplacer d’énormes rochers dans un ruisseau de montagne en raison de la puissance de sa position stratégique et son élan … Les angles aigus entravent le mouvement.  Les formes arrondies se déploient et circulent La victoire découle inévitablement de la stratégie appropriée et les forces suivent alors naturellement le Dao.

Diagramme tiré de Liushu benyi (1370) de Zhao Huiqian, représenté dans l'édition de Siku Quanshu (1751).
Diagramme tiré de Liushu benyi (1370) de Zhao Huiqian, représenté dans l’édition de Siku Quanshu (1751).

Le concept du Tao (道 dào), la voie naturelle, est exposé ici 200 ans avant Bouddha, et 600 ans avant Jésus. Quel est l’ancienneté  de la philosophie du 太極 tàijí ? La création du première symbole yīn~yáng du tàijí tú est parfois attribué à 趙撝謙 Zhào Huīqiān (1351-1395 ), intitulé 天地自然河圖 tiāndì zìrán hé tú (le diagramme du fleuve de la nature du ciel et de la terre ). Mais le yin~yang est connu pour être beaucoup plus ancien. En 1993, les textes du 郭店 Guōdiàn ont été découverts dans une tombe de la province du Hubei. Il s’agit de la version la plus ancienne connue du 道德經 Dàodéjīng, datée du 4e ou 3e siècle AEC, qui contient beaucoup plus de texte que le  Dàodéjīng que l’on connaissait déjà. Sur les 12 072 caractères écrits sur des tablettes de bambou, 2.000 correspondent à l’actuel Dàodéjīng. En fait, le nom de 老子 Lǎozǐ signifie tout simplement «vieux maître», ce recueil de texte a été écrit par un auteur inconnu, ou plusieurs, au 4e ou 5siècle AEC. ou plus tôt (c’est curieusement proche de l’époque du Bouddha, Siddhartha Gautama qui atteint l’illumination au Népal dans l’Inde antique). Les concepts de tàijí, yīn~yáng, et wújí existaient bien avant l’époque de Zhāng Sānfēng.

Il est largement reconnu que l’histoire de Zhāng a été élevé au rang de légende comme un moyen d’affirmer la fierté nationale chinoise à une époque où le bouddhisme de l’Inde-Népal était très répandu en Asie. Le bouddhisme entra lentement en Chine par la Route de la Soie au cours du premier siècle, et l’enseignement de Bodhidharma (達摩 Dámó), le 28e patriarche du bouddhisme, au environ de 500 EC, a affecté la Chine si profondément qu’à un moment donné, il y avait plus de 10 000 temples bouddhistes à travers Chine. Taoïsme et tàijíquán étaient considérés comme «chinois indigène», et ont donc parfois été disculpés pour des raisons politiques plus que le bouddhisme indien importé . A la fin de l’âge d’or de la Chine , dans le dernier siècle de la dynastie des Tang, l’empereur taoïste  唐武宗李炎 Táng wǔzōng lǐ yán (814~846) a jugé que le bouddhisme était une religion étrangère qui était nuisible à la société chinoise. Il saisit les biens des riches temples bouddhistes, il les a fermés, et il renvoya les moines et les nonnes à la société laïque. Un édit impérial pendant la «Grande persécution anti-bouddhiste » de 842-845 a déclaré la procédure engagée contre le bouddhisme comme suit:

… 260 500 moines et nonnes sont de retour dans le monde, et sont considérés comme les ménages qui paient l’impôt. Le nombre des refuges et ermitages qui sont détruits  dépasse les quarante mille …

Simultanément, il a largement promu le taoïsme, et pendant cette période, toute manifestation publique de pratique de l’art religieux et martial étaient exclusivement taoïste. Les pratiques bouddhistes durent se cacher ou ont été absorbées dans le taoïsme. Le tàijíquán est étroitement associé à la montagne Wudang, le lieu de l’illumination de Zhāng, parce que la pratique des arts internes en tant qu’aspect essentiel de l’étude taoïste a une histoire d’au moins 2 000 ans à Wudang. D’une grande ampleur et impressionnant jusque dans les détail, la montagne de Wudang et ses temples sont la métaphore parfaite du tàijíquán lui-même. La chaîne de montagnes de Wudang au nord-ouest de la province du Hubei, qui s’étend sur 321 kilomètres carrés, se compose de 72 pics avec 72 temples rupestres, deux douzaines d’autres chefs-d’œuvre architecturaux, de nombreux lacs, rivières, et d’une belle forêt qui à ce jour abrite plus de 600 herbes chinoises. Comme le tàijíquán, le complexe Wudang est un monument de la culture chinoise ancienne aux grandes réalisations spirituelles. Dans les temps anciens, la montagne était connue comme 太和山 Tàihé shān. Entre le 8e et le 4e siècles AEC, (春秋时代  la période des Printemps et Automnes), le royaume de Chu a utilisé les montagnes de Wudang pour repousser l’invasion de l’armée Qin . Le nom Wudang provient d’une citation antique qui décrit le rôle défensif de la montagne;  » 非武真不阻挡之 Fēi wǔ zhēn bù zǔdǎng zhī» où wu signifie «martial» et dang signifie « résistance »: « seuls les vrais arts martiaux peuvent fournir une résistance. ». Même dans les temps anciens, les arts martiaux de Wudang étaient vénérés. Les praticiens de tous les styles de tàijíquán doivent respecter  Chén Wángtíng. (et la famille Li) ainsi que le style Chén de  tàijíquán, qui est clairement la source première de tous les autres styles de la famille moderne. Mais, il est probable que la famille Chén a ajouté les techniques du tàijíquán à leur  « poing canon  » familial préexistant (炮捶 pào chuí), alors que le tàijíquán s’est répandu à travers la Chine, en développant une série de mouvements provenant de « 长拳 zhǎng quán » , (Poing long, une référence à la longue rivière sinueuse, un autre nom pour le Yangtze). Autour de 800 EC, un philosophe nommé 許宣平 Xǔ Xuānpíng est crédité du développement d’un long Gōngfū de 37 postures, qui comprenait:t:

  • jouer de la guitare
  • le simple fouet
  • s’accroître jusqu’aux sept étoiles
  • la dame de Jade active les navettes
  • une forte tape sur le cheval
  • le Phoenix bat des ailes

Les 37 postures de Xǔ Xuānpíng ont-elles été créées en 800 EC sur la base des 13 postures de Qianzai 100 ans auparavant ? Il est plus probable que ces mouvements basiques d’autodéfense étaient largement pratiqués, peut-être surtout dans la province du Hubei, et le crédit de les marier avec la théorie tàijí ne peut pas être attribué à une seule personne. Le « tàijí quán Chang » existait dans de nombreuses variantes, et a fini par devenir le tàijíquán. D’autres formes de la même époque comme le « Style céleste inné», les «Neuf petits cieux» et le « Kung Fu  acquis » peuvent aussi montrer des similitudes avec ce qui allait devenir le tàijíquán. Les principes de la douceur, de coller, d’adhérer et d’utiliser le propre élan de l’adversaire contre lui-même ont été établis dans ces styles martiaux précurseurs. L’enseignement de Bodhidharma au temple bouddhiste Shaolin, qui détaille la théorie de l’utilisation de l’esprit pour diriger le souffle afin de dynamiser le corps physique, est largement considéré comme l’origine des arts martiaux internes.

Figures du daoyin sur le parchemin de Mawangdui
導引圖 dǎoyǐn tú sur le parchemin de Mawangdui

Il faut aussi tenir compte non seulement des mouvements spécifiquement martiaux du  tàijíquán, mais également des principes du qi gong (de la culture de l’énergie), qui sont aussi un aspect essentiel du tàijíquán et de tous les arts martiaux internes. Le qi gong des cinq animaux de 华佗 Huá Tuó aux alentours de 250 EC  peut également être considérés comme un précurseur influent des mouvements lents et naturels de la forme tàijíquán, et l’on sait que des exercices antérieurs d’animaux chamaniques ont existé. Les mouvements du 導引圖 dǎoyǐn tú et les exercices de respiration décrits sur le rouleau de 馬王堆 Mǎwángduī, daté d’environ 200 AEC, indiquent que le concept de mouvements lents et fluides coordonnés avec la respiration et la circulation du souffle dans tout le corps précède Zhāng et Chén d’au moins 1500 ans, et est antérieure à l’arrivée de Bodhidharma.

Le vajra et la cloche dans le bouddhisme Vajrayana

La clochette, en général tenue en même temps que le vajra dans l’une des mains principales, représente le principe féminin, là où le vajra représente le principe masculin, la perfection de la sagesse et l’expérience directe de la vacuité.

Il est communément admis que les moines ont étudié auprès des différents temples taoïstes, confucéens et  bouddhistes, les plus populaires de ces derniers étant ceux de Shaolin. Un ancien enchaînement du kung-fu de Shaolin datant de peu de temps après l’époque de Bodhidharma a une ressemblance frappante avec le tàijíquán, dans ses mouvements doux, fluides, lents, accentuée par des rafales rapides de 發勁  fā jìn (puissance d’émission). Cet enchaînement 金刚拳 Jīngāng quán, vieux de 1500 ans , est aussi connu comme le poing (quán) Vajra (Jīngāng), qui signifie «diamant », ou « coup de foudre », il a des racines dans le bouddhisme. Le vajra est une arme métallique courte qui se double d’un symbole représentant la fermeté indestructible de l’esprit et du pouvoir spirituel, et la nature transcendantale de la réalité. Dans le rituel bouddhiste, le vajra symbolise le principe masculin dans la main droite et la cloche symbolise le principe féminin, qui est tenu dans la gauche, leur interaction conduit à l’illumination. Dans le tàijíquán de style Chén, une forme de main apparentée est fréquemment utilisée dans le mouvement nommé «pilons de Vajra» (金刚捣碓 Jīngāng dǎo duì). Alors, qui a créé le tàijíquán  et quand a-t-il été créé? Personne ne peut répondre complètement à cette question de savoir quand exactement la philosophie du tàijí a été fusionnée avec les arts martiaux. La preuve de cet événement est absente, parce qu’il ne peut pas être attribué à une seule personne ou à un moment précis. C’est exactement pour cette raison que Zhāng Sānfēng est considéré comme le fondateur et le patriarche du tàijíquán, car il représente la sagesse de la Chine ancienne elle-même. C’était un pratiquant taoïste accompli, et populaire à son époque, il a incarné les arts internes: le nèigōng, le tuī ná, le dǎoyǐn, le yǎngshēng et la philosophie tàijí :  l’essence du tàijíquán. Ces anciennes pratiques chamaniques sont millénaires.

Magister Peditum (Insigne du magister militum praesentalis.) Page 4 de la Notitia Dignitatum (5e siècle EC)
Insigne du magister militum praesentalis in Notitia Dignitatum (5e siècle EC)

Les découvertes archéologiques récentes de symboles yīn~yáng taillés dans des carapaces de tortues et dans la pierre sont estimés à pas moins de 5000 ans, il semble que les concepts fondamentaux de la philosophie du tàijí yīn~yáng , comme la nature spiralée de l’énergie créatrice, ainsi que l’observation et l’harmonisation avec les cycles naturels, existent depuis des millénaires. (Les lecteurs intéressés par l’histoire ancienne peuvent être intrigués que des vestiges de la culture maya datant de 5000 ans  en Amérique centrale contiennent un symbole similaire au yin~yang *). Ces concepts fondamentaux  de tàijí existaient déjà depuis des milliers d’années lorsque Zhāng  et Chén les ont popularisé, et il y avait probablement des centaines de maîtres dont les noms sont perdus dans l’histoire qui pourraient être considérées comme également responsable de la transmission des principes dans les arts internes et à l’origine du tàijíquán. Il est évident que de nombreuses personnes ont contribué à l’évolution du tàijíquán au cours de plusieurs siècles. Comme l’histoire le met en évidence, il devient clair que les principes essentiels des arts internes, les 13 modèles de base, et la théorie du tàijíquán qui sont attribués à Chén, et plus tôt à Zhāng , ont des racines dans la Chine pré-historique. En pratiquant le tàijíquán et son parent le qi gong, nous nous connectons aujourd’hui à cet enseignement précieux qui a été transmis de maître à élève depuis des milliers d’années. Les praticiens de tous styles, revendiquent tous la propriété de l’art du tàijíquán , plus de preuves se dévoileront, que nous espérons voir traduites en anglais, plus nous découvrirons une histoire exhaustive détaillée. A une querelle de lignée, nous préférerons plutôt pratiquer humblement et aspirer à atteindre la sagesse que l’on retrouve au sein du tàijíquán.

Médiagraphie

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