Armoire à décor de dragons, dynastie Ming

Armoire à décor de dragons, Chine, dynastie Ming (1368-1644), marque et règne de Wanli (1573-1619), bois laqué et doré, ancienne collection de Cayeux, musée Guimet

Cette armoire monumentale faisait à l’origine partie d’une paire et comportait un coffre supérieur destiné au rangement des coiffes et chapeaux, lequel a aujourd’hui disparu.

La façade et les côtés présentent un décor de dragons au corps ondoyant sur un fond de rinceaux de lotus qui évoque les soieries brochées d’or de cette période. La composition du motif souligne l’architecture du meuble : chaque porte et panneau latéral présente une disposition frontale et symétrique formée de cinq dragons de face et de profil, tandis que les montants, les traverses et le tablier sont ornés de dragons de profil organisés en frise. Ce motif peint à l’or (miaojin) se détache sur un fond de laque noir. Les diverses teintes d’or sont obtenues par l’utilisation d’une préparation (ou assiette) de trois couleurs différentes : brun rougeâtre, ocre jaune et blanc argenté. Les plaques de charnières et de fermeture, aux bordures en forme d’accolade, sont réalisées en laiton (huangtong) et également incisées d’un motif de dragons.

Le dos de l’armoire offre quant à lui un décor d’inspiration tout à fait différente. Le hiératisme du dragon, emblème de la figure impériale, présent sur les façades y cède la place à la liberté d’un jardin d’agrément peuplé de fleurs et de rochers aux formes tortueuses. Ce décor dans un registre intimiste n’était pas visible au premier abord en pénétrant dans la salle du palais où l’armoire était installée de sorte que seule la vision des dragons impériaux saisisse le visiteur.

Le revers de l’armoire porte en outre la marque du règne de l’empereur Wanli (1570-1619) peinte en caractères d’or, attestant très probablement de sa provenance des ateliers impériaux. Ces derniers, installés dans la capitale étaient chargés de la production des laques à l’usage de la cour ou destinés à faire l’objet de présents diplomatiques. Les petites productions étaient généralement exécutées en laque rouge sculpté. Tandis que les techniques du laque peint ou incrusté de laque d’or (qiangjin) et de laques polychromes (tianqi) étaient davantage réservées aux objets de plus grandes dimensions, à l’instar du mobilier ou de certains grands plateaux.

Source : Notice rédigée par Hélène Gascuel pour le catalogue de l’exposition Sublimes matières, éditions MNAAG / Hermann – 2014