Tiandi

Cerveau et silence

L'œuvre est caractéristique de la période romantique et plus particulièrement du style de Friedrich5, comme d'autres de ses œuvres : Falaises de craie sur l'île de Rügen ou La Mer de glace. Elle a donné lieu à de nombreux commentaires et interprétations. Selon M.E. Gorra, le regard du voyageur dans le brouillard représente une réflexion sur soi-même au sens où l'entendait Kant3. Une autre critique énonce que le voyageur est une métaphore de l'avenir inconnu6. J.L. Gaddis suggère que la position du personnage au-dessus du précipice et devant un paysage tourmenté est contradictoire car « évoquant la domination sur un paysage mais en même temps l'insignifiance de l'individu qui y est inclus. » (suggesting at once mastery over a landscape and the insignificance of the individual within it)2. Pour H. Gaßner, le personnage romantique, dont la vie est conçue comme un voyage, fait l'expérience de « l'incertitude et de l'abîme de son existence » et de son ancrage dans « un monde céleste au-delà de l'horizon »1. Cette œuvre peut être utilisée pour illustrer le concept du sublime tel qu'Edmund Burke le définit en 1757, dans son œuvre A Philosophical Inquiry into the Origins of our Ideas of the Sublime and the Beautiful. Le sublime y est défini comme ce qui provoque dans l'esprit humain un sentiment d'admiration paradoxalement causé par un sentiment d'incompréhension. Ce sentiment peut être éprouvé en contemplant une mer déchaînée, ou en admirant d'immenses montagnes embrumées. Cette peur admirative est considérée comme néfaste pour l'esprit car elle rappelle au spectateur la brièveté et l'insignifiance de son existence. Selon Andrew Smith, « (...) la mort, ou plus précisément la peur de la mort est le plus clair exemple de sublimité ».

Le silence corporel dans lequel je plonge chaque fois que je me rends au dojo est loin d’être spécifique à la méditation zen. En fait cet état s’intègre dans un concept plus général, celui du wu-wei, qui peut se traduire par le « ne rien faire » ou le « non-agir » et qui a influencé l’ensemble de la culture asiatique sur plusieurs millénaires. Selon la légende, ce « ne rien faire » fut le conseil laconique et mystérieux que donna le sage Lao Tseu aux souverains de la période des Royaumes Combattants qui luttaient pour l’hégémonie en Chine et se livraient à des guerres sanglantes au IV’ siècle avant notre ère. Que faire pour sortir du cercle vicieux de la violence ? La réponse paradoxale de Lao Tseu fut de ne rien faire du tout, de rester dans le wu-wei. La force finit toujours par se retourner contre elle-même, seul le « non-agir » peut briser le cercle de la violence. Vingt-trois siècles plus tard, Gandhi marchera dans les pas de Lao Tseu avec son principe de la non-violence.

Michel Le Van Quyen in Cerveau et silence
En respiration profonde, les battements cardiaques sont fortement couplés aux phases d’expiration et d’inspiration

On l’a vu, pratiquée régulièrement, la respiration profonde améliore l’ensemble de notre condition physique et psychique… Mais pourquoi est-elle à ce point bénéfique ? Un des arguments avancés par les spécialistes est que le cœur y manifeste une activité très singulière. En effet, en situation de calme et de bien-être, le cœur produit un rythme spécial, capable de synchroniser de multiples autres systèmes physiologiques (les ondes cérébrales, le système baroréflexe qui gère la pression sanguine, le système immunitaire, la digestion).

En un mot, il devient un véritable chef d’orchestre du corps entier, et d’une manière qui ne laisse pas de me surprendre : ici, le cœur n’agit pas comme un métronome, battant régulièrement l’air de sa baguette pour diriger l’organisme d’un tempo mécanique. Tout au contraire, la courbe du rythme cardiaque d’une personne en bonne santé, au repos, est étrangement irrégulière, avec un intervalle de temps entre deux battements consécutifs en constante évolution. On appelle cela la variabilité du rythme cardiaque.

Ce phénomène a fasciné les physiologistes du XIXe siècle : lorsque vous inspirez, le cœur accélère pour favoriser les échanges gazeux ; lorsque vous expirez, il ralentit. Ce ralentissement des battements cardiaques s’effectue par l’intermédiaire du nerf vague, qui se trouve stimulé par l’abdomen lorsqu’on expire. Dès que la respiration se fait profonde, la variabilité cardiaque devient fortement dépendante de la respiration (i.e., expiration et inspiration) et ses larges oscillations sont contrôlées par l’activité parasympathique. C’est ce que les médecins désignent par le terme d’« arythmie sinusale respiratoire ».

Des mesures plus précises démontrent que, sous l’influence d’une respiration lente et profonde, la variabilité de la fréquence cardiaque dessine alors une onde ample et régulière. C’est précisément cette onde qui influence les autres systèmes de notre organisme.

Michel Le Van Quyen in Cerveau et silence
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