Tiandi

Dialogue avec la gravité

Danse, dance, Danson : en français, en anglais, ou en haut allemand, le mot, nous disent les dictionnaires, signifie à l’origine : “allonger”, “tendre”, ““étirer”. Dans la plupart des autres langues européennes, le mot présente de fortes similitudes, à commencer par le son an qui leur est commun. Etymologiquement, on peut remonter au mot sanscrit : tan. En grec, il y a le mot τείνειv, en latin teneo, lesquels renvoient également à l’idée de “tendre”, de “tension”. La “tension” a un lien profond avec cette forme d’expression qu’est la danse. Toutes les danses folkloriques, le ballet classique aussi bien que la danse moderne, trouvent le principe de leur expression dans une tension physique. Or, qu’il s’agisse de danse ou de gestes quotidiens, la tension ne suffit pas à initier le mouvement: pour mouvoir, par exemple, un bras allongé à l’horizontale, il faut d’abord en relâcher les tensions. C’est ce relâchement qui permettra d’allonger à nouveau le bras. C’est en relâchant les tensions à l’œuvre dans le bras, l’une après l’autre à partir de son extrémité, depuis les doigts, le poignet, le coude, que le bras pourra à nouveau retrouver sa position suspendue à l’épaule. Affranchi de ces tensions, en libre suspension à l’épaule, le bras n’a plus de mobilité propre et ne peut être mû que par une action extérieure ; une tension interne sera nécessaire pour lui imprimer un mouvement propre.

Le mouvement naît de cette oscillation entre la tension et la détente. Si le mot de danse renvoie essentiellement à l’idée de tension, je veux me préoccuper pour ma part des deux termes, de la tension et de la détente. Car le mouvement n’a . pas d’autre fondement que le corps.

Ushio Amagatsu in Dialogue avec la gravité

Fondateur de la compagnie Shankai Juku, le grand chorégraphe et danseur japonais Ushio Amagatsu livre ici un essai sur la danse comme manière de penser et vivre le corps.

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