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La posture

Monastère Shaolin, province du Henan, Chine, 2004, Steven MacCurry

Tonus et posture intimement liés ont comme substrat commun les émotions et l’activité relationnelle et fondent le mouvement.

La posture, c’est la façon de se tenir, la façon d’être aussi bien corporelle que psychique. Le terme de posture retenu dans ce cours, appartenant plus spécifiquement au vocabulaire de la physiologie générale, serait à nuancer avec celui d’attitude.

L’attitude représente une organisation tonique relativement constante mais pas pour autant définitive, une sorte de structure de base, et se rapproche ainsi de la morphologie en ce sens qu’elle donne une certaine forme au corps, propre à chaque individu ; l’attitude corporelle constituerait par ailleurs l’autre versant de l’attitude psychique engagée dans les perceptions, la pensée et les comportements.

La posture, quant à elle, reste plus modulable et, se rapprochant de la position, dépend plus directement de l’activité en cours, des habitudes gestuelles et de l’état du moment. Une définition de la posture serait : la disposition relative des différents segments corporels dans l’espace formant une position d’ensemble stable. Il existe donc une infinité de postures possibles, cependant, les terme de posture ou postural, font référence le plus souvent et tacitement à la position debout.

La posture fait le lien (influences réciproques / carrefour…) entre la morphologie / attitude et la façon de bouger (« style moteur »).

Le rôle de la fonction posturale est de maintenir la station debout malgré la gravité et de maintenir l’équilibre lors du mouvement. Elle sert de base au mouvement (position de base sur laquelle se développe celui-ci) et il y aura alors « ajustement postural préparatoire » (« pré-mouvement »), afin d’assurer les appuis, l’orientation et la coordination du geste et du déplacement.

Dans le développement de l’enfant, il n’y aura pas de mouvement finalisé possible sans acquisition de la fonction posturale.

La posture va être essentiellement déterminée par les points d’appui qu’elle met en jeu avec son support (le sol…), ainsi que par sa « dynamique ». Les zones corporelles préférentiellement « bases d’appui postural » sont celles en contact / support avec le sol (pieds / membres inférieurs en debout), ainsi que le bassin et l’axe vertébral (auxquels s’ajoutent des « appuis intermédiaires » si le mouvement concerne les extrémités).

L’activité posturale s’appuie sur le tonus musculaire dont les variations vont influer sur la qualité de la posture : énergie engagée, optimisation par rapport à l’objectif, charge expressive.

Activité posturale

Elle représente, en terme d’activité et non de structure, le travail musculaire en vue d’assurer :

  • le maintien de la posture (et particulièrement la station debout) avec les positionnements :
    • antigravitaires (soutien et équilibre) :
      • prises d’appuis « au sol »,
      • résistances aux forces extérieures, et internes de mouvement ;
    • de lutte contre la tendance au tassement (enroulement / fermeture).
    • directionnels (orientation spatiale du corps et des segments à mobiliser),
    • segmentaires (stabilisation de certaines articulations).
  • le maintien de l’équilibre avec les réactions :
    • d’élargissement des appuis et d’abaissement du centre de gravité,
    • d’égalisation de la pression sur les surfaces d’appui,
    • de redressement et de retournement pour stabiliser tête et regard.

L’activité posturale peut donc être soit anticipative pour préparer le mouvement, soit rétroactive pour récupérer l’équilibre.

Gravité et équilibre

L’activité posturale est organisée par rapport à cette donnée de base qu’est l’attraction terrestre et a pour but d’établir un certain équilibre avec cette force, dans une énergie et un mouvement de direction opposée (vers le haut), permettant de « décoller » du sol et de trouver la mobilité et la liberté de mouvement. Le « réflexe tonique postural » (toute pression sur la plante des pieds déclenche une augmentation du tonus des extenseurs) y joue un rôle majeur.

La position du centre de gravité (point virtuel, non matérialisé) dépend de la répartition des masses et donc de la position corporelle ; en position debout, ce centre se situe juste en avant de la 3ème lombaire, un peu plus haut chez l’homme que chez la femme.

L’équilibre correspond à la projection du centre de gravité dans le polygone de sustentation  (avec un équilibre moins stable et demandant plus d’efforts si cette projection, dans le cas d’une posture mal centrée…, se situe plus en périphérie…).

L’équilibre est indissociable de la posture et la fonction d’équilibration doit permettre, dans son aspect statique, le maintien de la posture en dépit de forces contraires, ainsi que, dans son aspect dynamique, l’adaptation permanente du rapport aux appuis afin d’assurer la poursuite du mouvement ou du déplacement.

En réalité, la construction du corps humain, avec un centre de gravité plutôt haut placé, favorise bien plus le mouvement que la stabilité . La capacité à se maintenir en équilibre stable se développe plus tardivement que celle à se mobiliser.

Dynamiques de la posture

La posture est sous tendue par deux systèmes de fonctionnement :

  • le « système antigravitaire » qui permet d’assurer le repousser du sol, dans toutes les positions intermédiaires entre allongé au sol et debout.
  • le « système d’auto grandissement » qui concerne la dynamique même de la posture « debout » (et plus particulièrement de la CV).
    être réellement « debout », c’est être verticalisé sur ses deux pieds… mais surtout aussi en dynamique d’autograndissement, d’ouverture…]

Système antigravitaire

Cette « négociation » avec la gravité, afin que le corps ne reste pas collé au sol, est assurée essentiellement par :

  • le squelette osseux, permettant le maintien de la forme / position.
  • les fascias, et surtout le plan postérieur, mis en tension par la tendance au déséquilibre antérieur du corps
    en position debout, il existe un déséquilibre ant. du corps, dans l’organisation squelettique (niveau tête et chevilles), la posture devient instable mais plus dynamique
    Les fascias permettent le soutien de cette posture, les muscles servent à la re-équilibration permanente…]
  • la musculature « antigravitaire », composée essentiellement des extenseurs / rotateurs externes qui permettent le repousser du sol dans l’allongement des membres inférieurs ainsi que le déploiement vers la verticale dans le déroulement de la colonne et l’ouverture des ceintures.
    Les paravertébraux les plus profonds (transversaires-épineux surtout) travaillant « par bouffées » (ou « en rafales ») assurent, de façon plus précise, la re-équilibration permanente des oscillations antéro-postérieures et giratoires du corps sur ses appuis.

Son bon fonctionnement implique :

  • une proprioception fine, particulièrement celle de la plante des pieds et du rachis,
    (les tendons et ligaments servent d’« avertisseurs proprioceptifs »…)
  • une vigilance tonique suffisante,
    les muscles posturaux sont très « proprioceptifs » ; les informations proprioceptives ayant un effet d’activation de la SR et d’augmentation de la vigilance (et inversement)…]
  • une disponibilité aux mouvement fins de l’axe et des appuis.

Système d’auto grandissement

C’est la véritable « dynamique » de la posture debout…, permettant l’allongement de la colonne vertébrale (atténuation des courbures et délassement vertébral), grâce :

  • aux chaînes musculaires :
    PAAP du « principe GDS » ou bien
    Droite Postérieure et Droite Antérieure du « principe Busquet » (post. pour redressement des cyphoses, ant. pour redressement des lordoses),
  • à la ceinture abdomino-lombaire…

La musculature posturale dans son ensemble sera donc essentiellement constituée des muscles

  • extenseurs profonds des membres inférieurs
  • rotateurs externes des ceintures
  • extenseurs de l’axe vertébral ou paravertébraux
    (long dorsal et sacro lombaire pour les étages lombaire et thoracique, complexus et splénius pour la portion cervicale ainsi que, pour l’ensemble de la colonne, le transversaire épineux… L’action de ces extenseurs est complétée, pour l’autograndissement de l’axe, par celle de deux muscles antérieurs : le long du cou et le psoas).
  • ceinture abdomino-lombaire avec les muscles : transverse de l’abdomengrands et petits obliques de l’abdomen (obliques internes et externes), carrés des lombes (obliques et carrés ayant aussi une fonction dynamique)

Etre « debout » (en humain…) suppose, en plus d’être verticalisé sur ses deux pieds, d’être :

  • stable sur ses appuis et solide dans son axe,
  • disponible vers la mobilité,
  • et ouvert sur sa face relationnelle…

L’enfant construit sa tonicité axiale, dans les six premiers mois de la vie, pour passer de l’hypotonie primaire de sa CV et de sa posture préférentielle d’enroulement, à une activité et un tonus des extenseurs lui permettant de dérouler son axe, de se redresser, de se soutenir par lui-même dans la verticalité.

Cette verticalisation dépend des premiers rapports avec l’appui, la façon dont le portage a été donné / reçu, la sécurité qui a pu y être trouvée pour permettre l’autonomie…

Contrôle de la posture

L’activité posturale est au carrefour des fonctions motrices, sensitives et sensorielles et est, dans l’activité quotidienne, gérée de façon automatique, même si un contrôle volontaire peut également intervenir.

Elle est donc gouvernée :

  • par le système extra-pyramidal (qui s’adresse, au niveau musculaire, principalement aux extenseurs)
    les influx pyramidaux (motricité volontaire) ont un effet activateur sur les fléchisseurs, inhibiteur sur les extens…]
  • au niveau de voies réflexes, avec le réflexe myotatique essentiellement (à finalité surtout posturale et concernant plutôt les muscles anti-gravitaires).
    appelé aussi « réflexe d’étirement » et déclenché lors d’étirements brusques ou importants du muscle, par le fuseau neuro-musculaire. (interne au muscle) et par l’organe tendineux de Golgi
    Ce réflexe est inhibé par la voie pyramidale, renforcé par la voie extra-pyramidale…]

L’activité posturale est en connexions nerveuses avec les centres de l’éveil et des émotions et est coordonnée, par le cervelet, à la motricité volontaire.

Elle se trouve, en fait, au carrefour des voies nerveuses

  • motrices
  • intéroceptives / proprioceptives :
    • dans leur aspect de perception de la configuration plastique du corps ;
    • avec la proprioception dans son ensemble et plus spécifiquement aux niveaux de la voûte plantaire et du cou, le contrôle postural se faisant alors, ici, dans le sens ascendant, des pieds vers la tête.
      pour la voûte plantaire, avec le réflexe « tonique postural » dans lequel une pression sur la plante des pieds provoque une élévation du tonus des extenseurs ;
      pour le cou avec l’importance du regard dans l’équilibre.
      L’activité des extenseurs est liée de façon importante à la gravité (cette tonicité diminue chez les cosmonautes)…]
  • labyrinthiques (oreille interne) avec le « réflexe tonique labyrinthique » (ou « vestibulo-spinal »), réflexe de redressement de la tête sur le cou et le reste du tronc, grâce, surtout, à la perception des modifications de la posture par rapport à la gravité.
  • sensorielles (extéroception) :
    • le tact, dans la perception des pressions cutanées par les « gravicepteurs ».
    • l’audition, servant au repérage du champ spatial.
    • la vision, aidant, entre autres, à déterminer la verticale… et constituant un véritable « point d’appui », un référentiel important dans l’équilibration et le maintien de la posture.
      en cas de chute ou perte d’équilibre, la posture est retrouvée par la tête d’abord pour rétablir le champ visuel en premier… (l’extension de la tête, d’ailleurs, stimule le réflexe d’extension des membres inférieurs.)…]
      Cette référence visuelle de la posture est prédominante chez l’enfant jusque vers 4 ans, avec contrôle de la posture dans le sens descendant, de la tête vers les pieds et stratégie de fixation tête/tronc si l’équilibre devient précaire. Cette référence visuelle constitue un « référentiel exocentré », la référence proprioceptive, dite « référentiel égocentré », deviendra ensuite prédominante avec l’affinement des coordinations de la musculature posturale.

Par la convergence de toutes ces informations perceptives, l’activité posturale est directement articulée à l’intégration du schéma corporel,

  • dans son aspect de modèle spatial du corps avec la perception de la géométrie corporelle, de la masse des différents segments, de la verticalité / gravité…
  • dans son aspect de sens kinesthésique avec la proprioception mais aussi bien l’extéroception et la viscéroception,
  • dans son aspect de représentation, avec un ensemble d’images, en stock, de postures variées et de multiples potentialités de mouvement.

Tendances posturales individuelles

Elles racontent l’histoire de l’individu et se traduisent dans et par « l’équilibre », très personnel, des tonicités des différents muscles, et déterminant l’attitude de base spécifique à chacun.

Elles sont étroitement liées :

  • à la morphologie (elle même jamais définitive…),
  • à l’« héritage » corporel (au sens de l’intégration gestuelle et posturale par mimétisme / dialogue tonique…),
  • aux activités sportives, professionnelles ou autres,
  • à l’histoire psychoaffective, à l’imaginaire et aux tendances comportementales…

Elles s’organisent progressivement, selon le jeu subtil d’action / relâchement des muscles et groupes musculaires, de leur hyper- ou hypoactivité, selon la répartition spécifique de ces tensions sur l’ensemble du corps (diffusions en chaînes, asymétries, systèmes de « compensation »… etc…).

une dissymétrie de la répartition des tensions très accentuée risquera de compromettre plus rapidement les fonctions posturales et dynamique…]

Elles peuvent dépendre, par exemple… :

  • d’habitudes gestuelles ou comportementales : la contraction musculaire répétée se transforme en tension (de raccourcissement ou concentrique – à différencier d’une tension en étirement ou excentrique…),
    une tension d’étirement, se trouvant au niveau de l’« ouverture » de la posture, vient toujours en compensation d’une tension de raccourcissement…]
    puis s’installe une perte d’élasticité (difficulté d’allongement / perte de souplesse) et une chronicisation en véritable rétraction (le muscle garde sa position courte, son aponévrose se fibrose…).
  • de gestuelles ou de réactions motrices, à charges affectives, régulièrement engagées mais retenues, non résolues, et dont l’énergie de tension, réprimée, resterait engrammée dans la musculature concernée ;
  • de mouvements au sens d’émotions (des « é-mouvoirs »…) dont les pôles de représentation ou de symbolisation feraient défaut et qui ne pourraient circuler que dans la mise en acte, en geste… (« somatisation »).

Dans une posture où les raccourcissements musculaires constituent une entrave importante au mouvement et une perte de liberté, il peut convenir de travailler la détente non plus de façon globale uniquement mais en s’adressant de manière spécifique aux musculatures contractées.

Il est alors nécessaire, pour retrouver une vraie disponibilité au mouvement, de viser la détente des muscles raccourcis afin de permettre la réouverture des zones corporelles en état de fermeture, et non pas de renforcer les muscles des régions « trop ouvertes », (dites souvent abusivement « faibles »…) ce qui n’aurait pour résultat que d’ajouter une autre fermeture à la première et d’obtenir une position corrigée, certes, mais au prix d’un surcroît de tensions et d’une perte de disponibilité…

Ce travail de « re-ouverture » concerne ici le plan musculaire, dans ce sens évoqué de détente, de restitution d’une mobilité / souplesse perdue, mais ne peut que concerner aussi les dimensions affectives / émotionnelle / psychique spécifiquement liées aux tensions évoquées, leur « remise en mouvement » et la dialectique entre ces deux plans (somato-psy…

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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie