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Les objectifs de la pratique

La montagne Songshan est célèbre pour son temple Shaolin

Le qi gong ( qìgōng) est une gymnastique traditionnelle chinoise et une science de la respiration fondée sur la connaissance et la maîtrise du souffle et qui associe mouvements lents, exercices respiratoires et concentration.

  • 功 gōng c’est consacrer du temps et du travail (工 gōng), faire tout son possible (lì)  jusqu’à acquérir l’habilité, les compétences nécessaires à la pratique, compétences qui conduisent au mérite puis à l’expertise.
  • 氣 qì est le plus souvent traduit dans ce contexte par souffle ou énergie.

氣功 qìgōng peut être traduit par méthode et efficience du souffle et regroupe des techniques traditionnelles de gymnastique, de respiration, de méditation, de visualisation, de transe, de guérison charismatique et de combat qui proviennent de contextes taoïstes, bouddhiques, néoconfucéens, savants ou populaires.

La plus part des qi gong requièrent de se relaxer et de limiter au maximum l’utilisation de la force musculaire pour développer d’autres ressources notamment celles que l’on nomme 氣 qì. Ce n’est donc ni de la relaxation, ni de la gymnastique douce. Dès lors, la progression dans cette discipline devrait être une progression vers une plus grande maîtrise dans la perception et l’utilisation du qì.

Se détendre (放 fàng sōng) est un pré-requis, pas une finalité : dans une pratique du qi gong de qualité, on ne fait pas des mouvements pour se relâcher, on exécute les mouvements en étant relâché. L’enseignant, lorsqu’il choisit et présente ses situations pédagogiques ne doit pas perdre de vue l’intérêt de la pratique à plus long terme et ne pas se limiter à la mémorisation d’un enchaînement, l’amélioration d’une technique, la répétition des mouvements, …

Les objectifs à long terme sont propres à chacun, ce sont des motivations profondes, conscientes ou non, modelées par des représentations, réalistes ou fantasmées. Mais l’enseignant peut inciter les élèves à garder les pieds sur terre comme il peut les ouvrir à des finalités non envisagées de la pratique.

A moyen terme, la réalisation est le critère de référence. Souvent, les débutants se limitent à la mémorisation de mouvements, et retiennent des idées plus ou moins précises qu’ils pourront ressortir par cœur : tel mouvement sert à tel organe … Même avec de l’expérience, les pratiquants se cantonnent encore bien souvent à la compréhension intellectuelle des mouvements qu’ils effectuent. Plus rarement les effets décrits sont-ils réalisés, c’est-à-dire devenus réels par des mouvements efficaces. Ce que j’appelle effet réel est toujours subjectif, car la vérification est difficile dans ce type de pratique. Voici une tentative de définition de ce qu’est la réalisation : elle est effective lorsqu’on sait et sent, en toute honnêteté, qu’on peut utiliser de manière systématique ce que l’on ressent dans la pratique. Le caractère systématique est vraiment le gage d’une maîtrise. En effet, la dimension énergétique ne doit pas être perçue uniquement de manière ésotérique, avec des effets mystérieux et aléatoires. Une pratique maîtrisée devrait apporter des résultats contrôlables.

Il est généralement nécessaire de passer par une phase d’intellectualisation pour savoir où l’on va et ce que l’on doit faire. Or la pensée coupe la conscience : soit on réfléchit, soit on est présent au moment. C’est important de ne pas douter pendant l’exercice. Mais ensuite, il convient de se détacher de cette phase pour vivre ce que l’on fait. Cela doit guider l’enseignant dans les informations qu’il distille.

On peut donc distinguer des objectifs à long, moyen et court termes. Bien sûr, plus on va vers le court terme, plus les possibilités sont exponentiellement nombreuses. Voici quelques exemples pour ces trois catégories :

  • à long terme (la vie) : améliorer sa santé ; développer son potentiel ;  s’épanouir, se réaliser, mieux se connaître …
  • à moyen terme (la séquence) : réaliser la montée de l’énergie dans les jambes ; ouvrir la Porte du destin ; créer le Champ de cinabre inférieur …
  • à court terme (la séance) : comprendre les appuis des pieds ; dé-spasmer le diaphragme ; expérimenter le calme mental …

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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie

2 Comments

  1. Je suis d’accord avec l’idée que dans une pratique de qi gong être détendu est un pré-requis, pas une finalité…

    Mais combien sommes nous quand nous arrivons dans un cours de qi gong à palper cette notion…essentielle ?
    Zéro ! Sauf celui ou celle qui a déjà pratiqué par ailleurs…
    Alors, se détendre ne peut-il être considéré comme un objectif de séquence ? ça m’arrangerait bien… C’est l’idée que j’avais pour construire mes 6 grilles de séance progressives…
    Le qi gong des six paumes avec lequel tu commences l’année ne va-t-il pas dans cette direction ? Mais pas que sûrement…
    Il faudra en parler…
    Chouette ce nouveau cours !

  2. @catherine-raynaud On est ici du point de vue de l’enseignant. Il s’agit de ne pas faire de la relaxation guidée comme on le voit trop souvent faire, qui a ses propres vertus mais qui n’est pas du qi gong. Pour être dans le travail du souffle il faut que les mouvements soient connus et que qu’ils puissent être effectués avec une relaxation maximale. Tant que l’on est dans l’apprentissage des mouvements il est difficile d’être détendu, il subsiste toujours une tension résiduelle de l’esprit tendu dans la volonté d’apprendre. Il faut comprendre que l’on ne pratique pas le qi gong pour se détendre mais qu’il faut être détendu pour réellement être dans une pratique de qi gong, pour entrer dans la sensation du qì. Cela n’interdit pas, bien au contraire, de faire une séance dont le thème pourrait être “Qu’est ce que se détendre dans la pratique du qi gong ?” et “Comment se détend-t-on ? ” On doit aussi garder à l’esprit que se détendre est un processus continu et, dans le cadre de nos pratique, sans fin.