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La posture assise

Bodhidharma chevauchant un éléphant, Yiran, XVIIe sciècle

L’attitude terre

La posture assise est mise en relation avec l’agir terre. Toutes les postures (debout, couché, en marche, assis) doivent se succéder de façon harmonieuse en 24 heures. Soyez mobile ! Physiquement et mentalement, car une attitude prolongée épuise l’énergie des organes qui lui correspondent. Ainsi, la station assise conservée pendant des heures, souvent associée à un effort soutenu de concentration, perturbe les souffles de l’estomac de la rate et le shen du cœur.

Stagnation et confusion

Comme toute attitude trop longtemps adoptée, l’assise réduit notre champ de compréhension, notre lucidité. La concentration sur un sujet donné, même s’il s’agit de rester assis face à un travail mécanique qui ne requiert que peu d’effort intellectuel, conduit à une certaine stagnation des énergies comme des idées : tout d’abord par la posture, susceptible d’entraver la circulation à la longue, mais aussi sur le plan mental, car l’esprit après quelque temps perd de son acuité, notre pouvoir de discernement se réduit sous l’effet des tensions accumulées. Ce ralentissement dans la circulation des énergies physiques et psychiques mène à la stagnation dans le sens où nous commençons à figer les choses. Or, la vie est mouvement, dynamisme, transformation et évolution constante. Il est donc important, au quotidien, d’entretenir une certaine mobilité physique qui se traduira par une mobilité psychique.

Stabilité et la lucidité

Toutefois, la posture assise accordée à l’agir terre, si elle est choisie délibérément, engendre non pas la stagnation mais la stabilité et la lucidité. Pratiquée un quart d’heure ou une demi-heure par jour dans des conditions déterminées, cette posture recentre et harmonise toutes les fonctions de l’être. Les intersaisons sont des périodes favorables au bilan, à la réorientation, à la transformation. Ces moments de pause entre les forts mouvements énergétiques qui ont lieu en nous et dans l’univers à chaque saison sont à l’image des pauses et des silences dans les partitions musicales. Contraste, reprise du souffle, régénération.

La posture

Sur une chaise

Asseyez-vous au bord de la chaise, ce qui permet d’ériger le dos à la verticale.

  • Respirez tranquillement.
  • Construisez votre posture depuis la base : les deux pieds, légèrement espacés, sont fermement à plat sur le sol, prenez conscience des muscles des cuisses qui se relâchent.
  • Sentez l’appui des ischions sur la chaise et, à partir de ce support, grandissez votre colonne vertébrale petit à petit, en respectant une légère cambrure lombaire.
  • Créez de l’espace entre les vertèbres, rentrez le menton légèrement, ” poussez le plafond” avec le sommet du crâne.
  • Le dos s’élargit, les épaules s’ouvrent et descendent, détendues.
  • Les mains sont ouvertes sur les cuisses, ou encore placées main droite dans la main gauche devant le bas ventre. Détendez le visage, la nuque, et fermez les yeux.

Sur un coussin

Si vous êtes assis sur un coussin, jambes croisées, choisissez un support suffisamment haut pour que vos genoux touchent le sol et s’y appuient fermement.

  • Prenez conscience du triangle formé par les ischions sur le coussin et par les genoux au sol.
  • A partir de cette base, ériger la colonne vertébrale en respirant lentement, comme pour la posture sur la chaise.
  • Les mains s’ouvrent sur les cuisses ou se placent devant le ventre, main droite dans la main gauche.
  • Détendez le vi sage, la nuque, et fermez les yeux.

Bien que tous les agirs soient actifs dans cette posture, elle symbolise, particulièrement dans sa forme, la montagne ou la pyramide : base ferme et large sur le support, branchement à la terre et sommet léger, en relation avec le Ciel. Le temps que dure cette pratique, suivez simplement le va-et-vient du souffle.

Accueillez le souffle dans le bas-ventre et laissez-le repartir. Restez très vigilant quant à la posture, rectifiez avec délicatesse toute zone qui se relâche. L’attention doit permettre l’entretien d’un juste équilibre entre les étirements qui permettent la posture correcte et une recherche d’ouverture intérieure, d’espace, dans les moindres segments du corps. Vous êtes comme lesté en votre assise, en votre ventre, ce qui vous permet de défroisser toutes les parties du corps. Dans le souffle, l’esprit se déploie à l’intérieur tout en se centrant dans le ventre.

Les mouvements du diaphragme, qui procurent un massage des viscères de l’abdomen dans cette respiration abdominale, transcrivent les mouvements respectifs des énergies de l’estomac et de la rate: l’énergie de l’estomac descend, celle de la rate monte. Terre vivante en votre centre, les mouvements diaphragmatiques équilibrent parfaitement ces énergies.

Se centrer

Ramenez constamment votre mental sur la posture et le va-et-vient du souffle, il n’y a rien d’autre à faire… et c’est déjà beaucoup ! Par la pratique quotidienne, l’entretien de cette stabilité physique et mentale, sans rigidité, vous procure un apaisement certain. Cette posture vous fait ressentir ce que se centrer veut dire et vous pourrez ainsi, quand vous le souhaitez, retourner à ce centre. Pensez à la localisation de la terre au centre des quatre autres agirs : de cette position centrale, elle donne à tous et reçoit de tous. Vous-même au centre, dans votre centre, vous acquérez ce rayonnement et cette réceptivité. Le centre permet la situation dans l’espace des quatre points cardinaux, sans point central, sans observateur, il n’y a pas d’orientation possible. Parler de recentrage suppose que l’on puisse se décentrer. C’est le cas, par exemple, des moments où vous êtes sous le coup d’une émotion. Vous êtes alors hors de vous. Sous l’effet de la colère, vous sortez de vos gonds, ou au contraire vous vous trouvez pétrifié par la peur, noué par l’angoisse. Tous ces comportements se manifestent en tant qu’explosion vers l’extérieur ou fixité, stagnation ; dans ces derniers cas, le centre devient totalement mou ou rigide. De même, la concentration intellectuelle prolongée, si elle ne semble pas perturbante, suscite pourtant un effort mental dans une direction, à l’extérieur de soi, à l’image du regard cherchant à suivre vers l’infini un fil hypertendu. Le centre actif se situe alors dans votre tête et le reste du corps, en quelque sorte, s’atrophie. Lors de toutes ces expériences quotidiennes, votre activité ou vos réactions ne procèdent plus d’un centre, du pôle stable de votre être, et, de ce fait, votre faculté d’émetteur-récepteur se perd. Apprenons à vivre, notamment dans cette pratique, l’aller et le retour immuable du souffle, dans un corps posé.

La méditation

Dans beaucoup de traditions, cette posture assise est celle de la méditation, bien que certaines méditations taoïstes, par exemple, se pratiquent en position allongée. Il existe d’innombrables supports pour méditer : objets sur lesquels se porte la concentration, comme la flamme d’une bougie, une fleur, la photo d’un maître spirituel, ou bien l’observation du va-et-vient du souffle, ou encore méditation sur des sujets plus abstraits comme la souffrance, la mort, la jalousie, la colère, la compassion, etc. Quel que soit le support employé, la méditation ap porte en premier lieu une pacification du mental et des émotions.

Un esprit non discipliné vole sans but dans toutes les directions. La pratique de la méditation le stabilise, puis le dirige pour qu’il passe de la connaissance imparfaite à la perfection. L’esprit et l’intelligence du sadhaka (aspirant) fonctionnent comme un attelage intégré par sa volonté. L’harmonie règne entre ses pensées, ses paroles et ses actes. Son es prit et son intelligence apaisés brûlent comme une lampe dans un endroit sans vent, avec simplicité, innocence et illumination.

B.K.S. Iyengar in Pranayama dipika

Comme le ciel immuablement pur

Bien installé dans votre posture, en respirant de façon naturelle, vous êtes pour ainsi dire au cinéma : sur votre écran intérieur, une pensée va naître, se développer puis fondre, en laissant surgir une autre pensée, puis une autre… Soyez spectateur, vous n’êtes ni l’écran, ni les images qui s’y projettent. Observez le défilé de vos pensées sans jamais devenir acteur, sans jamais vous prendre au jeu. Pourtant, l’esprit vous sollicite de multiples manières pour que vous entriez dans la danse, que vous preniez parti, ressentiez pleinement les diverses émotions qui vont naître. Mais votre être profond n’est en rien affecté par ces réflexions. Vous êtes, nous dit la tradition bouddhiste, comme le ciel immuablement pur sur lequel passent les nuages” ou bien, exprimé ainsi dans la tradition hindoue : L’homme ressemble à deux colombes perchées sur un cerisier. L’une picore les fruits tandis que l’autre regarde en silence.

A travers une pratique suivie, vous réaliserez l’impermanence et la non-réalité des processus de réflexion. Les idées passent et, si personne n’est là pour les saisir, elles disparaissent comme des bulles de savon. Pourtant, comme ces bulles, les pensées semblaient avoir une forme, des couleurs, un mouvement. Laisser passer ? Mais l’activité mentale, direz-vous, s’avère tout de même vitale! Elle l’est, certes, lorsqu’il faut agir et prendre des décisions. Mais la conscience est plus vaste et plus profonde : l’action et la réflexion n’en sont qu’une partie, dont la méditation éclaire la relativité. Faites l’expérience, continuez à observer : vous êtes assis, immobile dans l’instant présent. L’une des évidences qui naît de cette observation réside dans le fait que la majeure partie des pensées et réflexions concerne le passé ou le futur : “Lorsque j’aurai terminé ma méditation, je me sentirai vraiment bien “, ” J’ai moins mal au dos qu’hier “, ” Il faut que je téléphone à Martine”, etc. Quelle est l’utilité de ces pensées, quand je suis dans l’instant présent ? Rien de ce qui est évoqué n’existe en cet instant !

Par cette méditation, vous prendrez conscience petit à petit de l’encombrement mental incroyable que nous entretenons à longueur de journée : milliers de pensées faisant surgir images et émotions, questions sans réponse, ruminations stériles, … Si vous laissez défiler ces pensées parasites, sans les saisir, sans vous identifier à elles, elles vont s’éteindre d’elles-mêmes de plus en plus rapidement et l’état de tranquillité qui demeure en vous se chargera d’occuper votre espace mental.

Dans cette contemplation sereine de l’activité mentale, vous remarquerez aussi qu’il existe un intervalle entre deux pensées, un silence. Prenez conscience de cette pause, laissez-la vivre, se manifester sans attachement. Progressivement, cet espace entre deux pensées grandira, en même temps que les réflexions se feront moins nombreuses, vous offrant l’expérience indicible de la véritable paix intérieure. La pratique de la méditation, telle qu’elle vous est proposée ici, vous permet d’observer les processus mentaux ou émotionnels, afin de vous libérer de leurs contraintes. Elle devient active ensuite dans tous les moments de la vie quotidienne. Sans aucune connotation philosophique ou religieuse, cette forme de méditation trouve sa place dans l’Art de vivre.

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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie