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08 – Le simple fouet

單鞭 dān biān

Déplacez la majeure partie de votre poids sur votre pied gauche, pivotez sur votre talon droit et tournez les orteils vers l’intérieur dans la mesure du possible. Simultanément, maintenez vos bras parallèles et légèrement pliés aux coudes, tournez votre corps aussi loin que possible vers l’arrière gauche, au nord-ouest (Photo 17).

CMC 37 pas, figures 17-18-19

Puis, pendant que vous déplacez la majeure partie de votre poids vers l’arrière sur la jambe droite, amenez votre paume gauche vers le haut près de votre aisselle droite. En même temps, faites tourner la main droite latéralement, dans le sens antihoraire en face de votre poitrine, puis faites un crochet avec les doigts pointant vers le bas au-dessus de votre paume gauche. Soulevez votre talon gauche et tournez le pied un peu vers la gauche (en amenant le talon vers la droite), tout en étendant le “crochet” de votre main droite vers la droite, au nord-est, détendu et non rigide (18).

Puis, faites un grand pas vers l’avant gauche avec votre pied gauche, le talon se pose en premier. Peu à peu, déplacez votre poids sur votre jambe gauche et pliez le genou. Simultanément déployez votre main gauche, paume vers l’intérieur, au niveau de la poitrine vers la gauche jusqu’à ce que votre taille fasse directement face à l’ouest.

Ensuite, tournez votre paume vers le haut et vers l’extérieur ainsi que vos yeux, qui accompagnent cette circonvolution graduelle, regarder à travers vos doigts. En dernier lieu, pivotez sur votre talon droit et orientez les orteils vers l’intérieur (19). Effectuez ce un grand mouvement d’étirement mais gardez votre colonne vertébrale droite, votre nombril droit devant, et ne laissez pas votre genou gauche aller au-delà de vos orteils gauches.

Simple fouet est une mauvaise transcription du nom originel de la posture, qui est porter des paniers à la palanche (擔扁: dān biǎn). La palanche est un rouleau de bois entaillé, droit ou légèrement recourbé, qui permet de porter deux fardeaux à la fois sur l’épaule, une pratique asiatique courante. Porter des paniers à la palanche fait référence à la fin du mouvement, où le bras tendu du praticien évoquent l’image d’un des paniers attachés à l’extrémité du bâton posé sur les épaules.

Marchand ambulant de fruits, 1915, encre et couleur sur papier de Chen Shizeng
Marchand ambulant de fruits, 1915, encre et couleur sur papier de Chen Shizeng

Le simple fouet commence en direction de l’est pour se terminer à l’ouest, on peut y voir un lien important entre le lever et le coucher du soleil, axe souvent utilisé pour le déroulement des formes de tai chi chuan traditionnel. Par sa complexité et sa richesse, ce mouvement permet de développer la fluidité, la souplesse, l’harmonie entre la gauche et la droite, la conscience de l’axe et les qualités d’ancrage et de stabilité tout en ayant un effet bénéfique sur les tendons et les articulations.

Fragment du rouleau des neuf dragons de Chen Rong, Musée des beaux-arts de Boston
Fragment du rouleau des neuf dragons de Chen Rong, Musée des beaux-arts de Boston

Dans la symbolique des animaux, le simple fouet pourrait être globalement relié au serpent ou au dragon de par sa posture plutôt longue et surtout de part sa forme de bras ou l’on peut deviner une tête de serpent, ou de dragon, à droite avec la main en crochet et la queue à gauche. Le simple fouet démarre à partir de la position de presser (按: àn), un mouvement associé au tigre. Dans la première phase du mouvement, nous pouvons visualiser un cobra enroulé dont la tête serait redressée. Le serpent peut être relié aux reins, à l’élément eau, à l’hiver, d’où un mouvement ondulatoire important de la colonne vertébrale et une assise arrière comme appuyé sur la région des reins, dans les formes anciennes qui disaient « S’asseoir et attendre ».

Il faut noter la position du pied droit aussi dressé comme un serpent qui mort ou pique dans la partie basse du corps. un serpent yin caché dans l’herbe. On peut y voir l’ouverture de l’axe vessie en arrière de la jambe: la vessie étant associée aux reins. C’est donc l’élément eau qui domine mais on peut également y associer les caractéristiques de l’élément bois avec la notion d’allongement des muscles et tendons en particulier du côté droit.

Serpents, tatouage de Mirko Sata

Dans la deuxième phase du mouvement. au moment où l’on pivote sur l’axe, on peut y voir un ours dressé donnant des coups de pattes circulaires, transposé à l’homme nous pouvons y voir des coups de coudes à gauche puis à droite. C’est l’élément terre qui domine dans cette deuxième partie, avec la rotation autour de l’axe vertical. Pour les mouvements de bras retrouvons plutôt l’esprit reptilien avec les deux poissons qui forment un huit et pour les jambes des spirales très marquées associées à l’élément eau qui domine ici. Sur cette phase, l’intention sera aussi portée sur l’ouverture du vaisseau de ceinture dont une des fonctions principales est de relier la partie haute et basse du corps.

Dans la troisième partie du mouvement, c’est plutôt les caractéristiques de l’oiseau qui dominent avec l’image d’un échassier sur une patte. Nous pouvons y voir aussi l’image du rapace avec la main droite pouvant représenter une serre d’aigle se refermant sur différentes parties du corps de l’adversaire. C’est l’élément métal qui domine ici, en lien avec l’énergie des poumons mais aussi avec l’idée d’un mouvement resserré, dense comme le métal.

Dans la quatrième phase, le serpent est toujours présent, qui se déplie et se déroule, ou le dragon, animal mythique de la Chine ancienne. Ici le dragon frappe ou fouette avec sa queue. Le serpent, ou le dragon, pourrait être représenté allongé sur les épaules du pratiquant, la main droite en crochet représentant la tête et la main gauche, ouverte, doigts vers le ciel, représentant la queue. C’est de nouveau l’élément bois qui domine avec l’idée d’allongement à gauche. De part le dépôt du pied gauche, nous pouvons noter aussi l’ouverture de l’axe Vessie dans la jambe gauche cette fois.

Au début du simple fouet, dans le mouvement appelé « Le cobra vomis son venin », le bras droit s’allonge comme pour percer avec les doigts de la main droite à hauteur de la gorge tandis que le coude gauche se plie vers l’arrière pouvons voir ici la capacité à rejeter l’impur, évacuer les poisons de tous ordres pour éviter de les « garder sur l’estomac» et de ressasser des émotions négatives. Dans le mouvement des « deux poissons », c’est le mouvement infini du Taiji qui est symbolisé ici, le fameux lemniscate. Il représente la capacité à rester centré, à pivoter sur son axe dans une belle verticalité en exécutant des mouvements efficaces à gauche et à droite, à maîtriser son axe de vie. La technique du « crochet vivant » permet d’ouvrir tous les méridiens tendino-musculaires du bras avec la notion de cingler et d’accrocher (ou s’accrocher »). La main gauche est en relation avec le cœur et le point zhong. La posture de l’aigle ou du rapace, en piqué illustre la capacité de focaliser le regard, l’intention, un court instant après avoir regardé à gauche à droite et de manière périphérique. Comme dans le Wing Chun, la main gauche protège le centre, on se concentre sur la ligne médiane du corps (Ren Mai – Vaisseau Conception). La main gauche frappe comme un fouet à gauche après avoir dévié ou intercepté une attaque. C’est la notion à la fois de relâchement et d’explosibilité qui s’exprime ici, comme les lanières d’un fouet qui claquent. (Image du coup de fouet qui réveille). Le regard s’ouvre d’abord, large, avant de se focaliser sur l’index. L’étirement des méridiens tendino musculaires à gauche vient équilibrer l’étirement dans le bras droit pouvant symboliser le manche du fouet. A la fin du mouvement, le point Lao Gong au centre de la paume est ouvert, étiré, alors que la position du bras droit ouvre le méridien du triple réchauffeur. Les doigts de la main gauche sont dressés vers le ciel (Yang) et ceux de la main droite dirigés vers le bas (Yin). La main gauche qui protège le centre est alignée sur l’axe médian du corps, elle est donc Yang. La main droite s’éloigne de l’axe médian du corps, ce qui lui confère une qualité Yin. On peut aussi voir avec le déplacement de la jambe gauche un balayage pouvant protéger d’une attaque basse. Dans les arts internes en général, la force et la puissance proviennent de la relaxation profonde (effet « Song ») et dans le mouvement des bras du simple fouet ce claquement explosif du bras gauche (lanières du fouet) est soutenu par la force du bras droit qui représente la partie dure et solide du manche (bel exemple d’harmonie et d’alternance entre le dur et le souple). De l’ancrage solide du pratiquant viendra la puissance du mouvement.

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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie