Tiandi

La voie de la calligraphie

L’art calligraphique s’accomplit au moyen du pinceau. Celui-ci est manipulé par les doigts, lesquels le sont par le poignet et l’avant-bras. L’avant-bras, lui, obéit au coude et le coude se laisse guider par le bras et l’épaule. Épaule, coude, avant-bras, doigts appartiennent tous au côté droit du corps, lequel s’appuie à son tour sur le côté gauche du corps. Les deux côtés, ensemble, forment la partie supérieure du corps.
Celle-ci, bien entendu, ne saurait fonctionner que grâce à la partie inférieure du corps, et plus particulièrement aux deux pieds. Fermement posés sur le sol, les deux pieds incarnent par excellence le plein de la partie inférieure du corps. C’est à partir de là que tout se joue. Le plein de cette partie inférieure a pour mérite en effet de permettre à la partie supérieure du corps d’être habitée par  le vide. Non un vide pur et inerte, car, tout en étant habitée par le vide, la partie supérieure possède aussi son plein qui n’est autre que son côté gauche. Prenant appui sur la table et se reliant en même temps aux deux pieds, ce côté gauche, plein, permet alors au côté droit d’être habité par le vide. Mais à l’intérieur du côté droit, ainsi rendu disponible, s’instaure à nouveau un jeu de vide et de plein en chaîne, chaque élément qui le compose devenant tour à tour plein et vide. C’est ainsi que l’épaule vide, devenant pleine, agit sur le coude vide; le coude vide, devenant plein, agit sur l’avant bras vide; l’avant-bras vide, devenant plein, agit sur les doigts vides. C’est dans les doigts que le vide atteint son extrême. Cependant le vide qui s’y loge ne saurait tourner “à vide”; il faut qu’il devienne à son tour plein. Car les doigts, ne l’oublions pas, sont prolongés par le pinceau. Or, le vrai pinceau, selon l’expression heureuse des Anciens, doit être comme un “tube crevé”, dans la mesure où le vide des doigts doit entièrement passer en lui au risque même de le faire éclater. Gonflé de vide, le “tube crevé” qu’est le pinceau ne se limitera pas au rôle d’un simple réceptacle : il est en charge de tout le mouvement dynamique du corps que nous venons de décrire, mouvement dont il est l’aboutissement. Investi d’un pouvoir plénier, il est à même d’imposer une action double : par son plein, il imprime l’encre dans le papier si fortement qu’il semble le traverser : par son vide, il glisse sur le papier, aérien tel un pur esprit qui sur son passage remplit l’espace de sa présence sans laisser de traces palpables.

Francois Cheng in Et le souffle devient signe

程瑶田 Chéng Yáotián (1725-1814) est un théoricien de l’art calligraphique, auteur du 书势 Shūshì , la structure interne de la calligraphie.

书之为道,虚运也,若天然惟虚也,故日月寒暑往来代谢,行四时生百物,亘古常为也。然虚之所以能运者,运以实也。是故天有南北极以为之枢纽,系于其所不动者,而后能运其所常动之天。日月五星必各有其所系之本,天常居其所,而后能随左旋之。天日运焉,以成昏旦。书之为道,亦若是则已矣。是故书成于笔,笔运于指,指运于腕,腕运于肘,肘运于肩。肩也、肘也、腕也、指也,皆运于其右体者也,而右体则运于其左体。左右体者,体之运于上者也,而上体则运于其下体。下体者,两足也。两足著地,拇踵下钩,如屐之有齿以刻于地者,然此之谓下体之实也。下体实矣,而后能运上体之虚。然上体亦有其实焉者,实其左体也。左体凝然据几,与下贰相属焉。由是以三体之实,而运其右一体之虚,而于是右一体者,乃其至虚而至实者也。夫然后以肩运肘,由肘而腕,而指,皆各以其至实而运其至虚。虚者其形也,实者其也。其精也者,三体之实之所融结于至虚之中者也。乃至指之虚者又实焉,古老传授所谓搦破管也。搦破管矣,指实矣,虚者惟在于笔矣。虽然,笔也而顾独丽于虚乎?惟其实也,故力透乎纸之背。惟其虚也,故精浮乎纸之上。其妙也,如行地者之绝迹,其也,如冯虚御风无行地而已矣。

书势 – 虚运

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