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Le cœur vide

Le cœur vide

Je parlais avec un moine zen l’autre jour et la question du cœur vide s’est posée. C’est un concept clé du bouddhisme zen et c’est aussi un concept clé dans tous les arts martiaux d’Asie de l’Est et du Sud-Est que j’ai expérimentés. C’est rarement un sujet pour les débutants mais il arrive un stade où il devient primordial: quand le physique a été exploré, entraîné et peut-être même poussé à ses limites, voilà, il faut développer le cœur vide.

Pour le taijiquan, comme dans de nombreux autres arts martiaux, cela est développé par la méditation et maître Zheng catégorise cela comme étant une partie essentielle de la troisième étape ou étape céleste de l’entraînement. Maître Koh décrit la pratique de la forme du taijiquan comme étant le meilleur type de méditation.

Curieusement, ma première rencontre avec la méditation est survenue lors de la pratique du karaté japonais. Chaque séance d’entraînement commençait et se terminait parfois par une courte période de méditation à genoux. Bien sûr, aucun de nous, juniors, n’était particulièrement intéressé, nous voulions nous améliorer dans les coups de pied et les coups de poing. La fondation, cependant, était posée.

Tous mes professeurs ont souligné l’importance d’une sorte de pratique méditative et contemplative et en recommandent souvent une qui dérive de leur propre culture ou orientation spirituelle. Ils le recommandent tous car cette pratique est une partie vitale de leur propre entraînement quotidien. Ce qu’ils recherchent, c’est l’incarnation d’un état d’esprit. Dans le taijiquan, nous pourrions appeler cela 松 sōng (relaxation alerte) ou 静 jìng (immobilité), en silat cela s’appelle Ba ou acceptation, dans d’autres styles, cela pourrait être appelé l’état d’esprit de combat optimal. Dans les arts qui ont leurs racines culturelles et philosophiques dans la spiritualité est-asiatique, cet état est appelé le cœur vide.

Quel est donc ce cœur vide que nous recherchons à travers des pratiques méditatives ? Des volumes pourraient être et ont été écrits en réponse à cette question et nombreux ceux qui ont consacré toute leur vie à chercher une réponse. Dans cet esprit, la description au débotté donnée ici ne peut être qu’un petit aperçu d’une vaste vue. Le cœur vide est un état où la conscience est dépouillée de tout jugement, ouverte, réceptive, complètement immobile. Notre premier point d’entrée pour développer un peu de ce 中定 zhōng dìng de l’esprit vient lorsque nous essayons de développer une attitude qui est sans jugement : les gens, les événements, les souvenirs, les émotions ne sont ni bons ni mauvais en soi. Ils apparaissent dans des contextes où ‘ils peuvent apparaitre manifester l’un ou l’autre mais cela n’est pas utile à celui qui cherche à incarner le cœur vide.

Pour rendre plus concret ce qui précède : si nous abordons une situation et que nous nous attendions à ce quelle soit dangereuse et que nous voyons cet homme énorme, laid qui ressemble à un voyou et qui est, comme nous l’imaginons, évidemment la source du danger, nous pourrions manquez la personne au visage d’ange, le couteau ensanglanté à la main ! Vous voyez le tableau.

Notre vie et notre entraînement nous offrent d’innombrables opportunités pour développer ce sentiment de vide du cœur. De plus, notre méditation et notre entraînement quotidiens, abordés avec la même attitude, approfondissent encore notre capacité à développer le cœur vide.

En tant qu’artistes martiaux, lorsque nous nous rendons compte qu’une tel entraînement est vital pour progresser, alors nous commençons à comprendre qu’il n’y a pas d’ennemis extérieurs – il n’y a que ce qui est en nous et qui empêche la poursuite de notre développement. En Occident, nous appelons cela l’ego, en silat cela s’appelle le nafs, dans certaines traditions, c’est satan. Dans le taoïsme, cela pourrait être considéré comme tout ce qui nous empêche de réaliser que nous faisons partie du Dao, que nous sommes dans le flux.

Sur la voie martiale, ainsi qu’avec les pratiques réelles elles-mêmes, nous avons un soutien supplémentaire de la communauté martiale. Il ne s’agit pas seulement de nos sœurs et frères qui nous félicitent et nous encouragent ou nous aident à nous relever lorsque nous sommes tombés, littéralement ou métaphoriquement. Non, nos frères et sœurs qui nous aident le plus sont souvent ceux que nous n’aimons pas vraiment: ils sont méchants au combat, trop durs dans la poussée des mains ou qui essayent de gêner nos progrès ou de perturber notre harmonie d’une manière ou d’une autre. Ce sont eux qui nous donnent l’occasion de vider nos cœurs ; pour découvrir, s’engager et agir sans aucun jugement de ce qui est bien ou du mal. Nous devons nous incliner profondément, respectueusement et sincèrement devant eux.

Quel est donc le résultat pratique de tout ce nombrilisme «spirituel»? Un sōng bien cultivé et le calme, des réactions plus rapides, une meilleure capacité à utiliser toute la puissance à notre disposition, en fait une plus grande puissance, le développement de 勁 tīng jìn, de 懂勁 dǒng jìn et tout ce qui va avec. Tellement de ! Et, comme pour tout ce que nous faisons dans les arts martiaux, ne me croyez pas sur parole, ni sur la parole de mes aînés, de mes professeurs, de la lignée, etc. Essayez-le par vous-même.

Traduction du texte de Nigel Sutton : The Empty Heart

Dominique Clergue
Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie

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