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jīng : finesse, essence, substance, vitalité, vigueur, raffiné, fin, soigné, intelligent, malin

CaractĂšre çČŸ jÄ«ng en style sigillaire

JÄ«ng

finesse
essence
substance
vitalité
vigueur
raffiné
fin
soigné
intelligent
malin

Analyses

À gauche du caractĂšre çČŸ on trouve 米 le sinogramme du grain de riz, ou de millet dĂ©cortiquĂ©, prĂȘt Ă  ĂȘtre broyĂ©, malaxĂ© et cuit. Le caractĂšre 米 figure quatre grains dont ⌗ exprime la sĂ©paration par le battage.

À droite, s’ajoute 青 qÄ«ng le verdoiement, la couleur de la jeune plante qui croĂźt, âœŁ, poussĂ©e par une sĂšve riche, qui est son liquide de vie äžč, comme le sang est celui de l’homme. QÄ«ng est la couleur manifestant la bonne vitalitĂ© interne d’un ĂȘtre, diffusĂ©e jusqu’aux zones les plus externes.

Champ de blé avec une alouette, 1887, huile sur toile de Vincent van Gogh
Champ de blé avec une alouette, 1887, huile sur toile de Vincent van Gogh

Le grain dĂ©cortiquĂ© 米 est aussi prĂ©sent dans la graphie de æ°Ł qĂŹ, les souffles, qui montre le dĂ©gagement de vapeur, rĂ©sultant de la cuisson des grains. Les essences insistent sur la vitalitĂ© qui rĂ©sulte de cette mĂȘme cuisson.

Le caractĂšre çČŸ dĂ©signe anciennement un grain dĂ©pouillĂ© de sa bale, qui fait une farine de premier choix, par opposition au grain non dĂ©cortiquĂ© çȗ cĆ« qui fait une farine plus grossiĂšre.

L’analyse des bronzes montre « la pousse ( 期 tǔ ) jaillir du cinabre ( äžč dān ). L’opĂ©ration de sublimation qui, d’un minerai, engendre l’immortelle jeunesse prend sans doute le pas, pour l’antique scribe, sur les apparences et les couleurs. Le Shuowen, le reprenant dans le cycle des cinq Ă©lĂ©ments, explique que le bois (vert/printemps) donne le feu (rouge/Ă©tĂ©). L’analyse du caractĂšre çČŸ suggĂšre que cette Ă©nergie essentielle est celle mĂȘme que contient, sous une forme concentrĂ©e puis visible, la graine libĂ©rĂ©e. Elle est de ce fait porteuse de vitalitĂ© et de transformation
 »

Lucien Tenenbaum in Écrire, parler, soigner en chinois

Les essences sont le plus subtil de la substance, jusqu’Ă  en reprĂ©senter la vitalitĂ© comme animation, c’est-Ă -dire l’Ăąme, l’esprit. Elles sont aussi la vitalitĂ© exprimĂ©e dans les substances, ce qui leur permet d’ĂȘtre transformĂ©es; elles sont le tissu qui permet la fabrique des ĂȘtres.

AssociĂ©es au ciel, les essences sont la subtilitĂ© de l’animation, la puissance qui organise toute vie et permet Ă  une forme de commencer sur terre. Elles sont l’organisation qui prĂ©side Ă  toute prise de forme et Ă  son entretien, Ă  sa reconstruction permanente. AssociĂ©es Ă  la Terre, elles sont la vitalitĂ© dans les substances qui permet Ă  ces substances de se transformer incessamment, c’est-Ă -dire de vivre.

La proximitĂ© avec la notion de 焞 shĂ©n est telle que les deux termes s’emploient non seulement ensemble ( çČŸç„ž  jÄ«ng shĂ©n ), mais parfois l’un pour l’autre.

Les essences sont toujours une concentration, une composition. Elles sont l’Ă©tat concentrĂ© du souffle, analogue au mouvement yin des souffles qui forme la terre. Un embryon commence par ce mouvement yin dans la matrice, par cette concentration qui est Ă©galement la compĂ©nĂ©tration et la composition des substances les plus chargĂ©es de vitalitĂ© du pĂšre et de la mĂšre (sperme et sang).

JÄ«ng est le support, la rĂ©serve des qualitĂ©s et des caractĂ©ristiques intimes et spĂ©cifiques de toute chose et de tout ĂȘtre vivant. C’est ce qui fait qu’un arbre donne toujours les mĂȘmes fruits, que la graine d’une orchidĂ©e produit une autre orchidĂ©e et non pas une ortie ou un pommier. Mais, c’est aussi le fait qu’une rose sera diffĂ©rente d’une autre rose: une sera belle, charnue, majestueuse, rĂ©sistante alors qu’une autre sera quelconque, chĂ©tive, petite, fragile.

Le jÄ«ng est le programme d’un type de vie avec ses limites de manifestations : une laitue peut vivre avec une taille donnĂ©e, un type de feuilles, pour une certaine durĂ©e, dans des conditions climatiques. Il est donc le support, la trame de vie indispensable Ă  la manifestation du shĂ©n. Il existe une interaction Ă©troite entre le jÄ«ng et le shĂ©n. Le shĂ©n s’incarne lorsque le Jing des deux parents s’unissent Ă  la conception. Le shĂ©n organise, ordonne le Jing pour gĂ©nĂ©rer un ĂȘtre vivant et le jÄ«ng nourrit le shĂ©n pour qu’il se manifeste et accomplit son mandat cĂ©leste et permet son incarnation. Le shĂ©n donne la possibilitĂ© au jÄ«ng d’exister et de vivre la vie. En terme de vie, shĂ©n et jÄ«ng sont indissociables. S’ils se sĂ©parent, le shĂ©n retourne au Ciel, c’est la mort de l’individu dans son corps. C’est l’apparition et la disparition du shĂ©n qui fait la vie ou la mort.  

ć…ˆć€© xiān tiān

Les essences sont le composant de base, le matĂ©riau de base pour la constitution organisĂ©e d’une vie; elles ont en elles des spĂ©cificitĂ©s (comme une graine d’arbre) qui viennent de la Terre (donnĂ©es gĂ©nĂ©tiques, qualitĂ© des essences du pĂšre et de la mĂšre), mais aussi du ciel, car le souffle vital du ciel vient Ă  un moment donnĂ© sur cette composition particuliĂšre d’essences, autorisant le dĂ©but d’une nouvelle vie et dĂ©terminant sa nature propre. Elles sont gardĂ©es par les reins, qui en assurent la qualitĂ© et qui leur confĂšrent la possibilitĂ© de produire et reproduire la vie, de la faire croĂźtre et de la dĂ©velopper, selon le modĂšle initial. En lien avec 真陰 zhēn yÄ«n, le yÄ«n authentique, elles soutiennent les manifestations concrĂštes du yÄ«n dans l’organisme (liquides, sang, sperme, moelle, etc.)

ćŸŒć€© hĂČu tiān

Elles se renouvellent par la distillation incessante de la digestion, le travail de la rate et de l’estomac.

Elles sont gardĂ©es, thĂ©saurisĂ©es, et travaillĂ©es dans les 髒 zĂ ng, les cinq organes. Elles emplissent les zĂ ng pour permettre le dĂ©gagement de leurs souffles et la prĂ©sence de leurs esprits.

Leur qualitĂ© et leur garde dĂ©pendent de la conduite de la vie. L’homme soit veiller Ă  la puretĂ© de ses essences, c’est-Ă -dire garder intacte la subtilitĂ© de sa vitalitĂ©, pour prĂ©server la dotation cĂ©leste, dans sa forme corporelle comme dans son mental et son esprit.

Produit du raffinage ou de la distillation, les essences sont une quintessence. La quintessence du ciel~terre produit l’homme. S’il reste fidĂšle Ă  sa nature, ne corrompt pas ses essences, ne perturbe pas les souffles qui les travaillent, il accomplit sa puissance de vie et la transmet Ă  ses descendants. Etant en pleine possession de sa force vitale grĂące Ă  la qualitĂ© de ses essences, son Ă©nergie sexuelle est Ă  son comble, la concentration de son esprit, ainsi que sa perspicacitĂ© et son intelligence sont remarquables, il dĂ©veloppe son esprit et sa puissance mentale. Si, par des procĂ©dĂ©s d’alchimie interne ou externe, il raffine toujours plus ses essences, celles-ci deviennent äžč dān, l’Ă©lixir de vie, le cinabre qui lui ouvre la voie de l’immortalitĂ©.

Usages

  • Grain de riz choisi.
  • Grain de riz dĂ©cortiquĂ©.
  • Surchoix, Ă©lite, crĂšme, la fleur de.
  • Pur, Ă©purĂ©, simple, nu, sans artifice.
  • Fin, subtil, dĂ©licat.
  • RaffinĂ©, exquis, choisi, excellent.
  • SoignĂ©, consommĂ©, fini.
  • VersĂ© dans, habile, expĂ©rimentĂ©.
  • Partie la plus subtile d’une chose, essence, quintessence, esprit, produit du raffinage ou de la distillation.

MĂ©decine traditionnelle chinoise

  • Essences :
    • du ciel antĂ©rieur, originelles : modĂšle de chaque vie personnelle,
    • du ciel postĂ©rieur renouvelĂ©es : base de son entretien.
  • Sperme.

Philosophie chinoise

  • Essence : puissance de vie façonnant et maintenant spĂ©cifiquement les ĂȘtres. Sans forme mais pourvues de qualitĂ©s, les essences sont la base des formes corporelles et physiques comme des formes mentales et psychologiques.

Alchimie

  • Essence : composant matĂ©riel de base de chaque corps ou produit de la sublimation des ingrĂ©dients de l’élixir, qui se forme sous la partie supĂ©rieure du creuset Ă  la fin du chauffage.

Physiologie

  • Sperme. Spermatique.

TaoĂŻsme

  • Essence : la forme la plus subtile de la vie.
  • Energie sexuelle, force vitale.
  • ElĂ©ments liquides et 陰 yin du corps.
  • Premier stade de l’Ɠuvre alchimique.
  • CaractĂ©ristique du Tao, la Voie, mise en rapport avec son aspect invisible 怷 yi.

Esprit

  • Âme, esprit d’une personne.
  • Concentrer son esprit sur, se vouer Ă 
  • Brillant, clair.
  • ClartĂ©.
  • Esprit intelligent, dĂ©liĂ©, perspicace, pĂ©nĂ©trant.
  • TrĂšs, tout Ă  fait. Tous.
  • ComplĂštement, extraordinairement.
  • Fleur d’une plante)
  • Sentiment, affection.
La campagne de Hong Kong, encre sur papier, 1967, Zhao Shaoang ( 1905-1998 )
La campagne de Hong Kong, Zhao Shaoang

掟çČŸ yuĂĄn jÄ«ng 

JÄ«ng reprĂ©sente donc le support ou la forme nĂ©cessaire pour que le shĂ©n puisse manifester. Le jÄ«ng  se manifeste depuis sa forme ( ćœą xĂ­ng ) la plus grossiĂšre : le corps jusqu’Ă  son aspect le plus raffiné : l’essence originelle ou yuĂĄn jÄ«ng, qui se trouve dans les reins. Cependant, Il existe deux types de jÄ«ng distincts, un est innĂ© et l’autre est acquis.

Le jÄ«ng innĂ© nous est transmis par les parents au moment de la conception. Il est le vecteur des caractĂšres hĂ©rĂ©ditaires qui dĂ©pendent de l’espĂšce, des lignĂ©es ancestrales et des deux parents. Nous pourrions le comparer Ă  une certaine somme d’argent que des parents donneraient Ă  leur enfant au moment oĂč il quitte la maison pour s’installer dans la vie, qu’il pourra gaspiller ou faire fructifier selon son comportement. La qualitĂ© de ce jÄ«ng rĂ©sulte donc du capital vital de l’espĂšce, des ancĂȘtres et des parents de l’individu. PrĂ©cisons que le jÄ«ng innĂ© d’une personne est le fruit de l’union du jÄ«ng des deux parents, porteurs de l’hĂ©rĂ©ditĂ©, le jÄ«ng innĂ© est limitĂ© en quantitĂ© et non renouvelable. Il constitue notre rĂ©serve la plus prĂ©cieuse, de sa qualitĂ© dĂ©pend notre santĂ©, notre Ă©quilibre, notre vitalitĂ©, notre longĂ©vitĂ©. L’épuisement de cette source intime de vie entraĂźne la mort. Le jÄ«ng innĂ© doit ĂȘtre en permanence protĂ©gĂ©, sauvegardĂ©, stabilisĂ© et entretenu par l’apport constant du
jÄ«ng  acquis.

Le jÄ«ng acquis provient de l’assimilation du jÄ«ng prĂ©levĂ© dans l’ environnement dans lequel l’individu se fond et notamment :

  • des aliments, des boissons (saveurs, liquides),
  • de l’air, Ă©nergie du ciel et de la terre,
  • des phĂ©nomĂšnes cosmo-telluriques,
  • des phĂ©nomĂšnes sensoriels ou proprioceptifs,
  • des Ă©nergies psychiques.

Pour illustrer ce propos, prenons l’image d’une bougie : Ă  la naissance, nous recevons de nos parents une bougie allumĂ©e. Tant que celle-ci Ă©claire, nous sommes en vie. La cire de la bougie symbolise le jÄ«ng innĂ© alors que la flamme symbolise la transformation permanente de jÄ«ng en Ă©nergie nĂ©cessaire au maintien de la vie. Cette bougie a une certaine taille, et donc une durĂ©e de vie limitĂ©e. Pour vivre bien et longtemps, nous devons extraire de notre environnement un combustible, le jÄ«ng acquis, que nous remplissons rĂ©guliĂšrement dans la petite cuvette qui se trouve juste sous le flamme. Ainsi, ce combustible permet de ralentir, voire de temporiser ponctuellement, la consommation de la bougie elle-mĂȘme.

çČŸç„ž jÄ«ng shĂ©n

Le taiji quan et le qi gong nous donne les moyens pour prendre soin et ĂȘtre en harmonie avec notre corps. Nous apprenons Ă  l’écouter, Ă  mieux connaĂźtre ses besoins, ainsi que ses points forts et ses points faibles. Nous pouvons considĂ©rer que notre corps est comme un cheval ou un vĂ©hicule qui nous accompagne tout au long de notre voyage sur terre. Nous avons besoin de lui pour parcourir le chemin de la vie, pour traverser les chemins des plus faciles aux plus difficiles. A travers les exercices, nous lui apprenons Ă  se dĂ©tendre, Ă  relĂącher les tensions inutiles, Ă  trouver un axe, Ă  trouver un centre pour exprimer les gestes, les mouvements avec grĂące et harmonie. Plus le shĂ©n est en harmonie avec le jÄ«ng plus mon voyage sera harmonieux. Mon corps peut ĂȘtre mon meilleur compagnon, fidĂšle comme un cheval bien soignĂ© et bien Ă©duquĂ© ou mon pire ennemie comme un corps Ă©tranger que je connais trop peu et auquel je ne porte que peu d’attention ou de soin. Je peux l’aimer ou le dĂ©tester, de toute façon il sera avec moi tout au long de cette vie.

Fait du bien à ton corps pour que ton ñme ait envie d’y rester

proverbe Indien

Certains textes classiques attribuĂ©s au taiji quan utilisent souvent l’expression çČŸç„ž jÄ«ng shĂ©n. L’esprit de vitalitĂ© dĂ©signe l’union intime de l’énergie et du mouvement, la symbiose entre l’esprit et la technique.

Celui qui possĂšde jÄ«ng shĂ©n. se dĂ©place avec vivacitĂ© et concentration, ses gestes comme ses attitudes paraissent majestueux, ses mouvements mĂȘme trĂšs lents rĂ©vĂšlent la prĂ©sence d’une grande Ă©nergie intĂ©rieure.

ćŒ”ç„–ć Ż Zhāng ZǔyĂĄo

Pour atteindre jÄ«ng shĂ©n, il est donc indispensable que le jÄ«ng et le shĂ©n soient forts, vigoureux et Ă©quilibrĂ©s, ce qui suppose la circulation d’un flux abondant de æ°Ł qĂŹ.

Quand le jÄ«ng shĂ©n est mis en action, les mouvements deviennent spontanĂ©s, lĂ©gers et agiles.

愊柄甫 YĂĄng ChĂ©ngfǔ

Lorsque le shén est parfaitement équilibré avec le jīng, la maladie ne peut pas apparaßtre.

Etre en harmonie avec notre corps nous apporte de la sĂ©rĂ©nitĂ© et l’unitĂ© avec nous mĂȘme, un Ă©tat d’ĂȘtre l’unitĂ© de soi. Il nous permet de vivre au prĂ©sent et de communiquer avec notre vraie nature. Le moment prĂ©sent devient la base de notre ĂȘtre, parce que c’est lĂ  que nous trouvons la sĂšve de notre vie et la connexion avec qui nous sommes rĂ©ellement. Cette sĂ©rĂ©nitĂ© qui habite en nous est un moyen nĂ©cessaire pour que nous puissions ĂȘtre Ă  l’écoute et ĂȘtre en accord avec notre cƓur. Selon la mĂ©decine traditionnelle chinoise, le siĂšge du shĂ©n individuel se trouve dans le cƓur. Par la pratique, par les soins et l’attention que nous accordons Ă  notre corps, par la pratique de ćŸ· dĂ©, nous serons de plus en plus en connexion et en paix avec notre cƓur ou le shĂ©n individuel ce qui nous ouvre vers la connexion avec le shĂ©n cosmique, car c’est par le cƓur que nous pouvons communiquer et nous relier avec notre source divine. Etre en contact avec notre cƓur c’est ĂȘtre en accord avec notre conscience, se sentir juste dans nos pensĂ©es, dans nos paroles et dans nos actions. La pratique au quotidien telle que la gratitude, l’apprĂ©ciation, le partage, la sympathie, la compassion, la sĂ©rĂ©nitĂ© et la bonne intention, nous ouvre les possibilitĂ©s de nous relier et d’ĂȘtre en connexion avec le shĂ©n cosmique ou notre source divine.


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