Cerf

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DotĂ© d’un rĂŽle trĂšs important pour les Chinois qui peuplent les steppes, le cerf symbolise la richesse et la longĂ©vitĂ©. Il servait traditionnellement de monture Ă  ć€€è€ ShĂČulǎo, le dieu de la longĂ©vitĂ©, Ă  l’immortel 鐔拐李 Tiě Guǎilǐ, ainsi qu’à éș»ć§‘ MĂĄ GĆ«, une taoĂŻste qui Ă©tait vĂ©nĂ©rĂ©e, car elle protĂ©geait les personnes ĂągĂ©es. Les lĂ©gendes racontent que le cerf peut vivre trĂšs longtemps et mĂȘme atteindre l’immortalitĂ©. Selon ces rĂ©cits, la fourrure de cet animal devenait grise lorsqu’il atteignait l’ñge de mille ans, qu’elle devenait blanche comme la neige cinq cents ans plus tard et qu’il devenait immortel lorsque ses cornes devenaient noires. Une fois devenu immortel, le cerf ne se nourrissait que de 灔芝 lĂ­ngzhÄ«, le champignon de l’immortalitĂ©.

Important brûle parfum en bronze représentant Shoulao sur son cerf blanc, Chine
BrĂ»le parfum en bronze reprĂ©sentant ć€€è€ ShĂČulǎo sur son cerf blanc, Chine, XVIIIe siĂšcle.

ć€€è€ ShĂČulǎo est le dieu de la LongĂ©vitĂ© et il est ici reprĂ©sentĂ© d’une maniĂšre traditionnelle en vieillard avec un crĂąne chauve proĂ©minent et chevauchant un cerf blanc. Ce dieu dĂ©cide de l’instant de la mort de chaque homme, qu’il retranscrit sur un rouleau ici reprĂ©sentĂ©. Il fait partie des sept dieux du Bonheur – l’Amour, l’Honneur, les Talents, la Richesse, la Nourriture, le Contentement et la LongĂ©vitĂ© – dont tout Chinois ou Japonais se doit d’avoir une reprĂ©sentation chez lui pour lui porter fortune et bonne santĂ©.

On retrouve sur des peintures et objets les dieux se tenant à cÎté de cerfs, symboles de longévité, et accompagnant des fonctionnaires comme souhait de gloire et de fortune.

Des vertus aphrodisiaques sont prĂȘtĂ©es Ă  la jeune pousse de bois du cerf, mĂȘme de nos jours. Sous la dynastie Ming, il Ă©tait de coutume de confectionner des trĂŽnes impĂ©riaux en bois de cerf. Cet animal est Ă©galement le compagnon du dieu de la richesse et son nom dĂ©signe le salaire des fonctionnaires chinois. Le cerf est aussi associĂ© au bouddhisme, comme en tĂ©moigne une reprĂ©sentation de Bouddha en train de prĂȘcher entourĂ© de biches et de cerfs.

Le cerf : roi de nos forĂȘts

Cerf Ă©laphe

Roi incontestĂ© de nos forĂȘts, le cerf fascine les hommes depuis plusieurs milliers d’annĂ©es. Alors qu’il en existait encore de spectaculaires spĂ©cimens Ă  l’époque gallo-romaine, sa population a Ă©tĂ© largement rĂ©duite au cours des siĂšcles, avant qu’il ne soit rĂ©introduit dans certaines rĂ©gions. Aujourd’hui, bien qu’il cause des dĂ©gĂąts dans les forĂȘts, il n’a pas encore atteint sa capacitĂ© d’expansion maximale et nul ne voudrait le voir disparaĂźtre. Car, plus qu’un animal, il est l’esprit de nos forĂȘts.

Le cerf, “mi-bĂȘte, mi-forĂȘt”

Cerf Ă©laphe, cerf rouge, cerf d’Europe, toutes ces appellations lui conviennent, mais la plus belle et la plus juste lui a sans doute Ă©tĂ© donnĂ©e par le poĂšte Ronsard, qui le disait “mi-bĂȘte, mi-forĂȘt”. Parce que le cerf ne se contente pas de porter une forĂȘt sur la tĂȘte, qui lui tombe chaque hiver, dans le mĂȘme temps que les arbres dĂ©nudĂ©s s’endorment dans le gel, et qui lui repoussera au printemps, comme les feuilles aux arbres ; il est l’incarnation de la forĂȘt, son esprit puissant et son rĂąle lorsque l’automne venu, le rut le prend, et qu’il lutte jusqu’à la mort pour la perpĂ©tuation de l’espĂšce. Les forĂȘts d’Europe seraient vidĂ©es de tout mystĂšre si le cerf ne les habitait plus. Et bien qu’on le croise rarement, cet animal sauvage, discret et vĂ©loce, nous savons qu’il est lĂ  et qu’il rĂšgne depuis des dizaines de milliers d’annĂ©es sans doute, si l’on en croit les peintures pariĂ©tales trĂšs anciennes, et que l’on se rappelle que la plus ancienne divinitĂ© connue de la Gaule est le dieu Cernunnos, le “cornu”, dieu de la force fĂ©condante, de la fertilitĂ© et du renouvellement saisonnier, maĂźtre du temps qui s’écoule et de la Nature, que l’on trouve reprĂ©sentĂ© avec des bois de cerf.

Caractéristiques du cerf élaphe

Grand cervidé des forĂȘts tempĂ©rĂ©es d’Europe, d’Afrique du Nord, d’AmĂ©rique du Nord et d’Asie, il associe deux Ă©tymologies pour un mĂȘme ĂȘtre, élaphe signifiant cerf en grec et cerf provenant du latin cervus mais aussi du gaulois caruos, la racine indo-europĂ©enne ker se retrouvant dans toutes les langues celtes. Herbivore ruminant, il est plus adaptĂ© Ă  la vie dans les plaines que dans les forĂȘts. La femelle prend le nom de biche à partir d’un an, tandis que le faon mĂąle est nommĂ© hĂšre, dĂšs l’ñge de 6 mois. D’un Ă  deux ans, on l’appelle daguet, tandis que la femelle prend le nom de bichette. 

La longueur du mĂąle peut atteindre 2,60 mĂštres pour 1,50 mĂštre de hauteur au garrot et il peut peser jusqu’à 300 kilos, mais son poids varie selon son Ăąge, et selon la rĂ©gion. Plus on avance vers l’Est de l’Europe, plus le poids du cerf est consĂ©quent. Il faut attendre sept ans au mĂąle pour que son poids se stabilise, environ la quatriĂšme annĂ©e pour la femelle. Au XIXe siĂšcle a Ă©tĂ© retrouvĂ© dans un puits funĂ©raire gallo-romain le squelette entier d’un cerf de bien plus grande taille, preuve qu’il existait jusqu’il y a moins de 2000 ans des spĂ©cimens de cerfs quasiment gĂ©ants. 

Le cycle des bois du cerf

Le brame du cerf
Le brame du cerf

Plus grand que la femelle, le mĂąle a gĂ©nĂ©ralement un pelage plus sombre que celui de Madame. Mais tous deux ont cette tĂąche jaune clair qui orne leur croupe, que l’on appelle cimier. Leurs pattes sont constituĂ©es de quatre doigts, dont l’un, considĂ©rĂ© comme le pouce, est atrophiĂ©. Sensible au changement des saisons, le pelage du cerf change de couleur, comme celui des arbres. De brun-roux l’étĂ©, il vire au gris-brun l’hiver. MĂąles comme femelles peuvent perdre jusqu’à 15% de leur poids lorsque l’hiver est rude. Pendant la pĂ©riode du brame, le mĂąle peut Ă©galement perdre 20% de son poids.

Mais le changement le plus spectaculaire est celui des bois du cerf mĂąle. De mĂȘme que son pelage mue deux fois par an, d’abord au printemps (avril-mai), lorsque le cerf perd son pelage d’hiver pour une nouvelle peau plus fine et plus claire, alors qu’à l’automne, vers le mois d’octobre, il acquiert une nouvelle robe plus Ă©paisse et plus sombre qui l’aidera Ă  supporter le froid de l’hiver, les bois du mĂąle poussent au printemps et meurent Ă  l’automne. 

C’est Ă  partir de neuf mois que des bois se mettent Ă  pousser sur le crĂąne du jeune mĂąle. Ce sont d’abord les pivots qui lui viennent, et Ă  un an, le daguet porte ses premiers bois. Quand ils sortent, les bois sont recouverts de velours, une enveloppe nourriciĂšre, duveteuse, irriguĂ©e de sang, qui assure leur irrigation sanguine et leur croissance Ă  la maniĂšre d’un placenta pour l’embryon. La plupart des cervidĂ©s connaissent ce cycle de pousse saisonnier, vraiment impressionnant. C’est la croissance osseuse la plus rapide de toute la nature : environ 3 cm par jour. Elle est directement liĂ©e au cycle sexuel de l’animal. Lorsque le printemps vient, le taux de testostĂ©rone augmente chez le mĂąle, lui faisant sortir les bois de la tĂȘte. Lorsque l’étĂ© s’installe et que les bois ont terminĂ© leur pousse, le cerf se dĂ©barrasse de l’enveloppe protectrice en frottant ses bois contre des troncs d’arbre et en mangeant les lambeaux du placenta. On peut alors apercevoir des cerfs aux bois sanguinolents. On appelle cela la frayure. Ses bois sont dĂ©sormais prĂȘts pour l’automne et la pĂ©riode du rut, oĂč le rĂŽle du mĂąle prend tout son sens. La fonction sexuelle et la lutte pour la reproduction est en effet la finalitĂ© du mĂąle dans la nature. Les bois du cerf lui permettront de se distinguer et de gagner la lutte contre les autres mĂąles. La femelle choisit gĂ©nĂ©ralement celui qui a les bois les plus beaux et les plus solides, synonyme de sa parfaite santĂ© physique. Ainsi, la lignĂ©e la plus puissante se reproduira, autorisant la survie de l’espĂšce. C’est paradoxalement lorsque les bois seront morts qu’ils seront utiles au cerf. 

Habitat et moeurs du cerf

Le cerf vit surtout dans les grands massifs de la forĂȘt tempĂ©rĂ©e europĂ©enne et dans les forĂȘts et maquis mĂ©diterranĂ©ens. Mais c’est dans les zones de bois claires, les parcelles coupĂ©es et en rĂ©gĂ©nĂ©ration, les trouĂ©es et les clairiĂšres avec prairies ou les landes et les larges chemins d’exploitation peu frĂ©quentĂ©s que le cerf est Ă  son aise. EspĂšce devenue crĂ©pusculaire et nocturne, sans doute Ă  cause de la chasse, de mĂȘme qu’elle est devenue forestiĂšre, alors qu’elle est adaptĂ©e aux milieux ouverts ou semi-ouverts, elle quitte la forĂȘt oĂč elle trouve refuge le jour, pour se nourrir et boire au crĂ©puscule dans les champs et les prairies qui bordent les bois. Le cerf n’est pas un animal solitaire et oĂč il en trouve la possibilitĂ©, il vit en grands troupeaux (un mĂąle peut ĂȘtre accompagnĂ© d’une harde de 60 biches), broutant essentiellement des plantes de lumiĂšre. Il peut parcourir de longues distances pour trouver sa pitance, et son territoire vital est de 1000 Ă  5000 hectares en France, selon l’abondance de la nourriture qu’il y trouve. C’est pourquoi la fragmentation forestiĂšre lui est nuisible, bien que les écoducs, qui lui permettent de franchir autoroutes et lignes ferroviaires, lui soient une aide prĂ©cieuse.

En l’absence de leurs prĂ©dateurs naturels que furent loups, hyĂšnes, tigres Ă  dents de sabre, lions des cavernes, lynx, les cerfs tendent Ă  perdre leur musculature et Ă  se sĂ©dentariser. Mais ce sont les hommes qui les ont quasiment exterminĂ©s par la chasse depuis le Moyen Age en Europe, si bien qu’à la fin du XIXe siĂšcle, il n’y en avait quasiment plus. RĂ©introduits, ils se sont multipliĂ©s, mais au dĂ©triment de leur patrimoine gĂ©nĂ©tique, trĂšs certainement appauvri depuis l’époque prĂ©historique. 

Aujourd’hui, leur population augmente et l’on estime qu’il pourrait y en avoir encore beaucoup plus, bien qu’ils causent de sĂ©rieux dĂ©gĂąts dans certaines forĂȘts.  

Symbolique et mythologie du cerf

Cernunnos, chaudron de Gundestrup
Cernunnos, chaudron de Gundestrup

Si le cerf venait Ă  disparaĂźtre de notre territoire, c’est un pan entier de son histoire et de sa mythologie qui s’effondrerait. En effet, la plus ancienne divinitĂ© gauloise connue est le dieu Cernunnos, dont le nom est attestĂ© par une inscription gallo-romaine du pilier des Nautes (1er siĂšcle EC), dĂ©couvert sous le chƓur de Notre-Dame de Paris. Toutefois, les origines du dieu seraient bien plus anciennes et l’on peut estimer que nos ancĂȘtres chasseurs-cueilleurs lui rendaient dĂ©jĂ  hommage au MĂ©solithique, il y a plus de 10000 ans, si l’on en croit certaines reprĂ©sentations d’anciennes grottes. Le dieu portant des bois sur la tĂȘte serait l’esprit protecteur du gibier et de la chasse.
Le renouvellement des bois de la bĂȘte au printemps, et sa chute en hiver, concordant avec les cycles saisonniers, ont sans doute concouru Ă  la sacralisation du cerf.

Megaloceros giganteus, grotte de Lascaux
Megaloceros giganteus, grotte de Lascaux

Symbole de force physique, reproductrice, de virilitĂ©, de fĂ©conditĂ©, l’animal apparaĂźt comme l’emblĂšme absolu de la forĂȘt. Il est une richesse naturelle que nous devons prĂ©server.

Dominique Clergue
Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie
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