Vent

風 fēng

Le vent est une notion à multiples facettes. Il peut représenter les conditions climatiques et donc tous les souffles pervers à l’origine des maladies. Ce qui explique que, bien qu’étant de nature yang, il puisse s’allier à n’importe quel autre pervers yin ou yang. On le trouve ainsi combiné aussi bien avec la chaleur et la sécheresse, qu’avec le froid et l’humidité, phénomène unique parmi les souffles car tous les autres ont au moins un souffle antithétique avec lequel ils ne peuvent cohabiter.

Quand il se spécifie, le vent est l’expression particulière du souffle du bois, du foie, associé à l’Est, au printemps … Il souffle cependant en toute saison.

Mais il en est aussi le dérèglement, un agent pathogène caractérisé par des mouvements erratiques et violents, la rapidité et la variabilité, des changements soudains, l’absence de fixité, des manifestations intermittentes, la dissémination, l’éparpillement …

On appelle 風 fēng toute maladie dont les caractéristiques sont analogues à celles du vent : Un choc, une attaque soudaine, un mal qui se répand rapidement …

Il force les passages et rend béantes les ouvertures, disperse et dissémine les fluides qu’il arrache au corps sous forme de sueur; il gonfle excessivement la force du yang, désorganise les rapports yin yang, comme les relations entre la nutrition et défense quand il attaque la superficie du corps.

Caractérisé par le mouvement qui devient agitation et turbulence, le vent pervers se manifeste par affinité dans les zones de prédilection des souffles yang :

  • le haut du corps où arrive le méridien du Foie,
  • plus particulièrement à l’arrière où se concentrent les méridiens yang,
  • les zones superficielles du corps où se déploient les souffles yang de la défense,
  • le Poumon rempli de souffles et en affinité avec la défense,
  • les muscles où les souffles yang font circuler le sang sous l’impulsion du foie.

Le vent pervers exogène peut s’enfoncer dans la profondeur d’un corps affaibli et devenir un vent interne. La chaleur en s’intensifiant peut aussi générer du vent à l’interne. Mais le vent pathogène peut aussi apparaître à l’interne par excès du foie ou déficience des reins provoquant un grave déséquilibre yin yang au niveau du foie où le sang ne contient plus les souffles ; les souffles yang se déchaînent en agitation, mouvements erratiques, tremblements, contractures musculaires, convulsions, vertiges, étourdissements, céphalée … Ce sont les vents internes (nei feng ).

Par nature, le vent frappe en haut et en superficie. Ainsi, atteignant le poumon, il cause des nez bouchés et rhinites, démangeaisons dans la gorge, dyspnée et toux. Montant perturber la tête, il cause des vertiges et des céphalées, des raideurs douloureuses de la nuque, des paralysies faciales avec distorsion de la bouche et de l’œil. S’infiltrant dans la superficie du corps, il déclenche des accès de fièvres et fait sortir la sueur.

Par nature, le vent circule sans cesse et change constamment. Il est responsable d’arthralgie migratoires, d’éruptions cutanées, d’engourdissement ou insensibilité, de crampes et spasmes qui apparaissent en fonction des méridiens touchés. Un symptômes peut facilement se muer en un autre.

Par nature, le vent remue et agite. Il fait tourner la tête, trembler les membres, agiter de convulsions, se révulser l’œil …
Le vent perturbe le foie et pousse ses souffles en contre-courant vers le haut.

Le vent excite les souffles du foie et les gonfle d’une puissance destructrice qui attaque par prédilection la rate, entraînant des troubles de la digestion, dilatation de l’abdomen, diarrhées …

Le vent peut stimuler le feu du cœur et occasionner des désordres d’ordre mentaux. Il peut aussi vider les reins.

東方生風 dōng fāng shēng fēng
Le Quadrant oriental engendre le vent
風生木 fēng shēng mù
Le vent engendre le bois
神在天為風 shén zài tiān wèi fēng
Les esprits se manifestent, au ciel c’est le vent
風傷筋 fēng shāng jīn
Le vent porte atteinte au musculaire
燥勝風 zào shèng fēng
Le sec l’emporte sur le vent
Voyage gai d'une ballade dans la brise, encre et couleur sur papier, 2013, Nie Ou (1948-)
Voyage gai d’une ballade dans la brise, encre et couleur sur papier, 2013, Nie Ou

Le vent est la mise en mouvement, le souffle qui réveille et anime la grande masse terrestre, qui emporte et sème les graines de vie.

Si le vent est un grand facteur pathogène du foie, comme la colère, c’est que nul n’est plus vulnérable que là où il est puissant, et qu’on n’est jamais plus profondément touché que par ce qui nous est proche, intime.

Un foie ne peut être sans vent et sans colère, mais il doit les contrôler et les dominer ; sinon, c’est une pathologie dont lui-même n’arrive plus à reprendre le dessus.

On comprend donc aisément que le vent perturbe le foie, semant le trouble dans son équilibre de sang et de souffle, provoquant des mouvements erratiques dans le musculaire, voire des crampes ou des convulsions.

Dans le cycle de domination le sec l’emporte sur le vent.


Le vent, 風 fēng, est un caractère bien plus ancien que 氣 , les souffles. Ce qu’il représentait enrichit la notion de souffles et participe à sa constitution.

風 est une chose invisible qui a de l’effet, comme 虫 chóng, l’insecte qui s’étend partout, 凡 fán. La construction évoque un nuage de sauterelles, ou des insectes qui s’étendent partout sans être vus, ou, sur un plan plus spirituel, la force qui anime collectivement les insectes sociaux.

Graphie du vent phénix sur une inscription oraculaire.

Sur les inscriptions oraculaires, le caractère pour 風 désigne les esprits-phénix qui contrôlent les vents responsables des Quatre territoires, organisés autour du centre. D’où la notion archaïque du vent, messager de la puissance suprême qui règne au ciel. Il est le souffle cosmique qui agit entre ciel et terre, les influences du ciel qui pénètre la terre et qui varient selon les lieux et les moments. Il apporte les ferments, fait réagir, suscite, en leur temps, les transformations intérieures, invisibles, qui font que la Terre va faire sortir au jour le résultat de ces transformations, tel la germination et la floraison printanière, qui évolueront en maturation et récoltes.

Le caractère archaïque représente 鳳 fèng, un phénix, l’esprit directeur du vent.

La graphie classique, 風, représente un insecte pris dans un tourbillon. On y voit le vent du printemps, qui met en branle l’activité vitale endormie, qui réveille les animaux qui hivernaient, qui fait apparaître les insectes et suscite leurs métamorphoses. On dit que lorsque le vent se met en mouvement, les insectes apparaissent et se métamorphosent en l’espace de huit jours.

Bol et couvercle moulés de la famille rose, à décor de dragon et phenix
Bol et couvercle moulés de la famille rose, à décor de dragon et phenix, période Qianlong-Jiaqing (1736-1820)

De grandes caractéristiques du souffle se comprennent mieux par la métaphore du vent.

Quand le vent ne souffle pas, rien n’est perçu; mais il y a la possibilité, à tout moment, que le vent se mette à souffler. Quand il le fait, ce n’est pas le vent, mais un vent particulier, qui vient du nord ou du sud, de la montagne ou de l’océan, qui apporte pluie ou sécheresse, qui a un nom qui lui est propre, qui tourne et change et devient un autre vent.

Le vent est ainsi une image du souffle Un, indéfini, infini, sans forme et sans manifestation, et qui se manifeste dans tous les souffles particuliers.

Les vents corrects sont les souffles vivificateurs qui arrivent en leur temps et lieu. Le vent déréglé est ouragan destructeur, rafale qui arrache les épis et emporte les fleurs.

Le vent est ce qui met en mouvement, circule et apporte ses influences déterminantes, non seulement sur le plan physique mais également moral ou comportemental.

風 fēng c’est aussi les usages et coutumes, les ambiances et atmosphères, les modes et vogues, les airs et les allures, les réputations et rumeurs, les chants populaires et les émois sexuels; les tonalités changeantes de la vie et des attitudes sociales. C’est aussi le vent qui rend fou ou qui paralyse.

Le vent forme un couple avec la pluie qui a de significations bien au-delà des intempéries et des éléments déchaînés par leurs excès. Par la pluie yin, le ciel descend et donne la fertilité à la terre; par le vent yang, il prend, soulève et enlève. Divinisés comme Maître de la pluie (Yushi) et 風伯 Fēngbó, le Comte du vent, ils représentent les variations yin yang du ciel, et symbolisent les émois et émotions dans l’homme.

Le vent est associé à l’est, au printemps, à l’élément bois au foie.