Centre et équilibre dans les arts martiaux internes chinois

Posture du commencement, forme en 37 pas par Cheng Man Ching, détail

Le centre (中 zhōng) et l’équilibre (平衡 píng héng) sont au cœur de notre entraînement. Quelle que soit la position du corps – debout, assis, en position basse ou même au moment d’un saut, il ne faut jamais perdre le centre de gravité équilibré du corps. Ce centre n’est pas un simple point physique ; c’est l’axe à travers lequel s’exprime toute fonction. Chaque action, chaque transition, chaque expression de puissance est régie par la stabilité et la clarté de ce centre.

Clarifications sur la préface de Zheng Manqing

Application du fouet simple par Yang Chengfu dans son livre de 1931

Je reprend ici un article rédigé par Julian Chu en 2011 qui est une tentative de clarifier le contexte de la rédaction de la préface de Cheng Man Ching au Manuel complet de la théorie et de la pratique du taiji quan dont l’auteur officiel est le maître Yang Chengfu. Cet article apporte un éclairage sur les protagonistes et le contexte de la rédaction de ce manuel.

Ye Dami

Ye Dami dans une posture à l'épée

Ye Dami (叶大密 1888 -1973) fut un personnage hors du commun dans le monde du taiji quan, un véritable maître des arts martiaux. Il créa le Taiji quan Wudang de la famille Ye (武當葉氏太極拳 Wǔdāng Yè shì tàijí quán), qui intègre l’essence de l’épée Wudang, utilise la structure de la forme du taiji quan de style Yang, et s’enrichit du travail interne de Sun ainsi que de nombreux autres styles. Il fondA la première organisation martiale en Chine à porter officiellement le nom de taiji quan, transmettant ainsi un art profond, subtil, vaste et raffiné.

Dans son incertitude même

Vide/Vibration, Fabienne Verdier, l’expérience du langage dans La République des dictionnaires (de Voltaire à Alain Rey).

Le taiji quan transforme l’incertitude en une ressource : elle affine la perception, renforce la présence et enseigne à agir avec justesse, sans rigidité. C’est une métaphore physique de la sagesse taoïste : trouver la stabilité dans le mouvement, et la clarté dans l’impermanence.

L’exigence surprenante de la lenteur

Chêne et balancoire, Coustels Savignac juillet 2025, photographie de Dominique Clergue

Le taiji quan alterne phases statiques et dynamiques, le conditionnement isométrique prépare le corps à exécuter des mouvements fluides et contrôlés, en évitant les tensions inutiles. C’est une méthode holistique qui lie le corps, l’esprit et le souffle. Il permet de développer une force interne subtile, une stabilité physique et mentale, et une conscience accrue du mouvement, tout en respectant les principes de douceur et de fluidité propres à cet art.

Créer des joies de l’intérieur

Paysage savignacois, octobre 2025, photographie de Dominique Clergue

« Si personne ne vous apprend à vous créer des joies de l’intérieur, vous devez tout acheter au-dehors. L’éducation devrait nous rendre plus autonomes dans nos loisirs, plus capables de transformer le temps libre en occasion d’enrichissement personnel plutôt qu’en vide à combler par la consommation. Malheureusement, nous confondons souvent l’accumulation d’informations avec la formation de la sensibilité. » — Fernando Savater

Les étapes du travail du souffle

Chemin en pays savignacois, octobre 2025, photographie de Dominique Clergue

Ces étapes ne sont pas des barrières rigides, linéaires, mais des degrés d’approfondissement dans la compréhension et la maîtrise du souffle.
Dans le contexte des arts internes chinois comme le qi gong ou le taiji quan, entrer dans la voie (入門 rù mén) désigne le début du cheminement spirituel et technique.

Huang Xingxian

Portrait de Huang Xingxian

Huang Xingxian (1910-1992), également connu sous ses noms de courtoisie Xinxuan et Minwu, est né dans le district de Jinan, ville de Fuzhou, province du Fujian, sous la dynastie Qing. C’était un artiste martial expert en poing du cri de la grue blanche et en taiji quan de style Cheng Man Ching.

Maggie Newman

Portrait de Maggie Newman

Margaret Janie Newman, dont la vie a tracé un parcours rare et gracieux, de la danse moderne au kabuki en passant par le taï-chi, est décédée le 8 octobre 2025. Artiste et professeure singulière, elle a tissé des liens entre les traditions orientales et occidentales pour une vie de mouvement, de discipline et de profondeur spirituelle.

Une goutte d’eau perce la pierre

L’expression chinoise 水滴石穿 shuǐ dī shí chuān) qui se traduit littéralement par une goutte d’eau perce la pierre, paraît simple à première vue, mais elle recèle l’essence même d’une pratique de longue haleine en taiji quan. Les arts internes ne sont pas des recueils de mouvements ou de postures, mais des méthodes de transformation intérieure qui ne se déploient que par un perfectionnement constant. Chaque effort, apparemment insignifiant, s’accumule en une force capable de remodeler le corps, le souffle et l’esprit.

La pensée complexe

Lotus dans le vent, détail, 1955, Chang Dai-chien (1899-1983)

La pensée complexe que je défends part du latin « complexus », qui veut dire «ce qui est tissé ensemble», afin d’opérer une tension permanente entre l’aspiration à un savoir non parcellaire, non cloisonné, non réducteur, et la reconnaissance de l’inachèvement et de l’incomplétude de toute connaissance.
Ce texte d’Edgar Morin nous invite à relier cette philosophie de la complexité à la pratique corporelle et énergétique profondément ancrée dans la tradition chinoise qu’est le taiji quan.

拳 quán

Détail peinture murale de la salle Baiyi du monastère de Shaolin

Le caractère 拳 quán est particulièrement riche, autant dans sa dimension martiale que dans son symbolisme philosophique et culturel. Il rappelle que la pratique ne se limite pas au combat, mais vise l’harmonie avec soi et le monde.