Actuellement exposée au Musée d’Histoire de Tianjin, la pépite de jade sur la circulation du souffle (行氣玉佩銘 xíng qì yù pèi míng) est considérée comme le plus ancien artefact chinois lié à la théorie de préservation de la santé (養生理論 yǎng shēng lǐ lùn). Elle daterait de la période des Royaumes combattants (475–221 AEC).
De forme prismatique à douze faces, cet objet est creux et fermé à son extrémité supérieure. Chaque face porte trois caractères gravés en écriture sigillaire, auxquels s’ajoutent neuf symboles de répétition, pour un total de quarante-cinq caractères. Ces inscriptions décrivent les principes essentiels de la circulation du souffle (行氣 xíng qì). Les inscriptions sont similaires à celles trouvées sur une cloche de la période des Royaumes combattants, suggérant une origine commune. Il a été acquis par le Musée de Tianjin en 1953, lors d’une collecte auprès de la population, et est resté ignoré dans les réserves du musée. Ce n’est qu’en 1973, lorsque Guo Moruo 郭沫若 1892 -1978), écrivain, historien, paléographe, archéologue et homme politique chinois, l’a mentionné et traduit en langage moderne dans son ouvrage L’Ère de l’Esclavage (奴隶制时代 nú lì zhì shí dài), qu’il a gagné en renommée.
Guo Moruo a interprété ce texte comme une description de la petite circulation céleste (小周天 xiǎo zhōu tiān), une pratique de circulation du souffle dans le corps. Cependant, certains experts en qi gong estiment que le texte est plus profond et ne se limite pas à cette interprétation.
Texte original et traduction
| 行氣 | xíng qì | Cultiver le souffle |
| 深則蓄 | shēn zé xù | Si la pratique est profonde, le souffle s’accumule. |
| 蓄則伸 | xù zé shēn | Quand il s’accumule, il s’étend. |
| 伸則下 | shēn zé xià | Quand il s’étend, il descend. |
| 深則定 | shēn zé dìng | Quand il descend, il se stabilise. |
| 定則固 | dìng zé gù | Quand il se stabilise, il se renforce. |
| 固則萌 | gù zé méng | Quand il se renforce, il germe. |
| 萌則長 | méng zé zhǎng | Quand il germe, il grandit. |
| 長則退 | zhǎng zé tuì | Quand il grandit, il recule. |
| 退則天 | tuì zé tiān | Quand il recule, il atteint le Ciel. |
| 天幾舂在上 | tiān jǐ chōng zài shàng | Le mécanisme céleste s’active en haut. |
| 地幾舂在下 | de jǐ chōng zài xià. | Le mécanisme terrestre s’active en bas. |
| 順則生 | shùn zé shēng | Suivre ce processus mène à la vie. |
| 逆則死 | nì zé sǐ | Lui résister mène à la mort. |
Interprétation
Ce texte décrit une méthode ancienne et épurée de circulation du souffle, elle peut être interprétée ainsi :
- 行氣深則蓄 : Pratiquer longtemps la circulation du souffle permet son accumulation naturelle.
S’asseoir droit, se détendre, poser la langue contre le palais (former le « pont des pies »), regarder le nez, puis le cœur. Concentrer l’esprit sur le champ de cinabre inférieur, inspirer doucement par le nez et expirer par la bouche. Écouter le son de l’expiration, comme un écho dans une montagne profonde. - 蓄則伸 : Quand le souffle s’accumule, il se diffuse naturellement.
- 伸則下 : Quand il se diffuse, il descend naturellement vers le bas-ventre.
- 下則定 : Quand il descend, il se stabilise dans le Dantian.
- 定則固 : Quand il est stable, il se renforce et remplit le Dantian.
- 固則萌 : Quand il est renforcé, une nouvelle énergie vitale émerge.
- 萌則長 : Quand cette énergie émerge, le souffle descend davantage.
- 長則退 : Quand il atteint son point le plus bas, il remonte le long de la colonne vertébrale.
- 退則天 : Quand il remonte, il atteint le sommet de la tête.
- 天幾舂在上 : Le souffle s’accumule au sommet de la tête, comme un mortier qui pile le grain.
- 地幾舂在下 : Le souffle circule jusqu’aux talons, symbolisant une base solide.
- 順則生,逆則死 : Suivre ce processus naturellement favorise la santé ; le contrarier nuit à la vie.
Critique
La pépite de jade sur la circulation du souffle est l’un des plus anciens textes chinois sur les pratiques de santé et de culture du souffle. Bien que concis, son sens est profond, ce qui a inspiré de nombreuses interprétations par des experts. Dans le milieu du qi gong, ce texte est souvent considéré comme une description des cycles de circulation du souffle (週天 zhōu tiān), notamment la petite circulation céleste (小周天 xiǎo zhōu tiān) ou la grande circulation céleste (大周天 dà zhōu tiān). Pourtant, pour ceux qui ont une expérience réelle de ces cycles, le texte ne semble pas décrire explicitement ces phénomènes.
La raison pour laquelle cette interprétation s’est-elle imposée tient à la traduction en langage moderne proposée par Guo Moruo dans L’Ère de l’Esclavage.
Guo Moruo y réduit le texte à une simple description de l’inspiration et de l’expiration, ce qui est une interprétation très éloignée — voire opposée — à la signification originelle. En effet, graver une description aussi basique de la respiration sur un objet en jade, réservé à l’élite pendant la période des Royaumes combattants, n’aurait aucun sens. Le jade, même de qualité inférieure, était précieusement travaillé et réservé aux messages profonds. À une époque où le papier n’existait pas encore et où chaque caractère était gravé avec soin sur du bambou ou de la soie, un texte gravé sur du jade devait forcément contenir une sagesse profonde.
Le milieu du qi gong en est conscient et propose des interprétations plus subtiles. Cependant, il a souvent suivi l’idée de Guo Moruo en associant ce texte à la petite circulation céleste, où :
- À l’inspiration, le Qi monte du bas-ventre (Dantian) le long du vaisseau gouverneur (督脉, Dūmài) jusqu’au sommet de la tête.
- À l’expiration, le Qi redescend le long du vaisseau conception (任脉, Rènmài) vers le bas-ventre.
Cette vision est une projection inspirée des pratiques ultérieures du qi gong, notamment celles liées à l’alchimie interne taoïste (丹道 dān dào). Cependant, le texte original ne décrit pas explicitement ce processus. Forcer une telle interprétation revient à déformer son sens profond.
La Pépite de Jade de la Circulation du Souffle est un témoignage précieux des pratiques anciennes de culture du souffle en Chine. Elle reflète une approche simple et naturelle, accessible aux pratiquants de méditation ou de qi gong. Son message central est l’harmonie avec la nature : suivre le flux naturel du souffle pour préserver la santé, tandis que le forcer peut causer des déséquilibres.
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