L’innocence originelle

Dessin tiré des archives d’Alexandre Grothendieck

Une vision nouvelle est une chose si vaste, que son apparition ne peut sans doute se situer à un moment particulier , mais qu’elle doit pénétrer et prendre possession progressivement pendant de longues années, si ce n’est sur des générations, de celui ou de ceux qui scrutent et qui contemplent; comme si des yeux nouveaux devaient laborieusement se former, derrière les yeux familiers auxquels ils sont appelés a se substituer peu a peu. Et la vision est trop vaste ́également pour qu’il soit question de la “saisir”, comme on saisirait la première notion venue apparue au tournant du chemin.

Dans notre connaissance des choses de l’Univers (qu’elles soient mathématiques ou autres), le pouvoir rénovateur en nous n’est autre que l’innocence. C’est l’innocence originelle que nous avons tous reçue en partage a notre naissance et qui repose en chacun de nous, objet souvent de notre mépris, et de nos peurs les plus secrètes. Elle seule unit l’humilité et la hardiesse qui nous font pénétrer au cœur des choses, et qui nous permettent de laisser les choses pénétrer en nous et de nous en imprégner. Le lien que je veux dire est celui d’une certaine “naïveté”, ou d’une “innocence”, dont j’ai eu occasion de parler. Elle s’exprime par une propension (souvent peu appréciée par l’entourage) à regarder les choses par ses propres yeux, plutôt qu’à travers des lunettes brevetées, gracieusement offertes par quelque groupe humain plus ou moins vaste, investi d’autorité pour une raison ou une autre. Cette “propension”, ou cette attitude intérieure, n’est pas le privilège d’une maturité,mais bien celui de l’enfance. C’est un don reçu en naissant, en même temps que la vie — un don humble et redoutable. Un don souvent enfoui profond, que certains ont su conserver un tant soit peu, ou retrouver peut-etre… On peut l’appeler aussi le don de solitude.

Alexandre Grothendieck

Alexandre Grothendieck

Alexandre ou Alexander Grothendieck, né le 28 mars 1928 à Berlin, mort le 13 novembre 2014 à Saint-Lizier, près de Saint-Girons(Ariège), est un mathématicien français. Il est resté longtemps apatride tout en vivant principalement en France ; il obtient la nationalité française en 1971.Il est considéré comme le refondateur de la géométrie algébrique et, à ce titre, comme l’un des plus grands mathématiciens du xxe siècle. Il était connu pour son intuition extraordinaire et sa capacité de travail exceptionnelle. La médaille Fields lui a été décernée en 1966.


Filed under: LecturesTagged with:

Mers sensorielles

Mers sensorielles, Iris van Herpen

Iris van Herpen

Le 20 janvier 2020, Iris van Herpen a présenté sa dernière collection Couture, intitulée «Sensory Seas», au Cirque d’hiver Bouglione à Paris.

Pour cette collection, Iris van Herpen s’inspire des processus sensoriels qui se produisent entre la composition complexe du corps humain, reflétée par l’écologie marine fibreuse de nos océans.

Les premiers fils d’inspiration sont venus du neuroanatomiste espagnol Ramón y Cajal. pour découvrir quelque chose que personne n’avait encore compris. Il a demandé: comment le cerveau engage-t-il la conversation avec ses homologues ? En explorant notre système nerveux central dans ses détails microscopiques, Cajal a documenté ses découvertes révolutionnaires à travers des dessins anatomiques qui sont considérés parmi les plus grandes illustrations scientifiques du monde. Penché sur son microscope, il a fusionné la science avec l’art et fait revivre les fils de notre biologie en enchantant l’œil humain.

Une autre inspiration est venue de la plongée dans les profondeurs de l’hydrozoa, une classe d’organismes marins délicatement ramifiés. Passant d’un stade polypoïde à un stade méduse, les hydrozoa brodent les océans comme des tissus aqueux, formant des couches de dentelle vivante.

Sculpture de Philip Beesley pour son exposition partagée avec Iris van Herpen intitulée Transforming Space and Transforming Fashion, au ROM
Sculpture de Philip Beesley pour son exposition partagée avec Iris van Herpen intitulée Transforming Space and Transforming Fashion, au ROM

Mers sensorielles pose un microscope sur les nuances indélébiles entre l’anthropologie d’un organisme marin, le rôle des dendrites et des synapses délivrant des signaux infinis dans tout notre corps. Il attire l’attention sur la façon dont deux processus de messagerie torrentielle existent dans un état de flux ininterrompu ~ À partir de modèles de turbulence géostrophique, des modèles de vortex torsadés 3D ont été créés dans Rhino. En collaboration avec Philip Beesley, des milliers de fines couches de maillage de sérigraphie blanche ont été numérotées et coupées en tranches de 3 mm, pour ensuite couper les couches de zillion sur le découpage laser KERN avec une grille triangulée de chevrons. Les scripts Grasshopper ont adouci les processus de lissage, de découpe et d’imbrication. Ensuite, chaque couche a été embellie à la main avec une grille de minuscules chevrons transparents, créant des formes infiniment flexibles qui peuvent s’étendre et se contracter autour du corps, comme une mer sensorielle de reflux et de flux.

Iris van Herpen – traduction in Instagram

Filed under: RegardsTagged with: , ,

Artemis pyx

Visage, avec les incrustations figurant les blessures, pugiliste des Thermes

La boxe grecque antique est un sport très ancien . Il fut pratiqué au moins depuis le huitième siècle AEC. Homère l’évoque dans son poème l’Iliade. 

L’activité s’appelait pyx (πύξ) ou pygme (πυγμή) en grec ancien (πυγμῇ νικήσαντα: ayant vaincu par les poings.). Les archéologues ont trouvé des preuves que cette activité avait probablement été pratiquée par les cultures minoenne ( 2700 à 1200 AEC) et mycénienne (1650 à 1100 AEC) . 

Fresque des jeunes boxeurs, détail, Akrotiri
Deux jeunes enfants, paraissant âgés de 6 à 8 ans, boxent ensemble. Les enfants ne portent que des ceintures. Les corps sont rendus en rouge. L’enfant de droite semble plus jeune que l’autre. L’enfant de gauche se pare d’un collier, d’un bracelet de pierres précieuses bleues, d’un bracelet de cheville et d’une boucle d’oreille en or. Chacun porte à la main droite un gant de boxe. Ils ont la tête rasée, à l’exception de deux grandes mèches dans le dos et de deux plus petites au-dessus du front.

Selon l’Iliade, les guerriers mycéniens inclurent la boxe dans leurs compétitions. Ils l’ont fait pour honorer leurs morts.

Pour commémorer Patrocle,  l’ami d’ Achille, tué vers la fin de la guerre de Troie, les Grecs introduisirent la boxe (πυγμαχία ), aux aux 18e Jeux Olympiques en 688 AEC. Les boxeurs s’entraînaient sur des sacs de boxe ( κώρυκος). Les combattants portaient des lanières de cuir (ιμάντες) sur leurs mains, leurs poignets et parfois leur poitrine pour se protéger des blessures . Les lanières laissaient également les doigts libres.

Mains du pugiliste, athlète au repos après un match de boxe, bronze, œuvre grecque de la période hellénistique, IIIe-IIe siècles AEC
La sculpture du pugiliste des thermes de Constantin le représente juste après un combat. Il tourne violemment la tête. Il porte un pagne et des himántes, des gants constitués de lanières de cuir épais enroulées autour des doigts et laissant libre le pouce, avec un crispin bordé de fourrure. Le corps ne porte pas de trace de blessure au bras, mais le visage est marqué par les coups : l’oreille est écrasée, le nez cassé et le visage porte des cicatrices.

Φιλόστρατος 170-249

Selon Philostrate, un érudit et un historien, la boxe fut initialement développée à Sparte, afin de durcir les visages des guerriers pour la bataille . Les premiers Spartiates croyaient que les casques étaient inutiles et que la boxe les préparerait lorsu’ils étaient frappés à la tête pendant la bataille. Cependant, les Spartiates n’ont jamais pris part à la version compétitive de la boxe. Ils pensaient que c’était déshonorant d’être vaincu de cette façon.

Scène de pancrace
Scène de pancrace

Πλάτων 427-347

Platon relate dans Le banquet, comment Socrate (470 -399 AEC), philosophe, mais aussi combattant aguerri, était resté des heures en posture, immobile debout, durant une trêve de la bataille de Potidée en 432 AEC. Socrate  pratiquait l’artémis pyx et avait l’habitude de méditer ainsi.

Voici encore ce que fit et supporta cet homme courageux pendant cette même expédition; le trait vaut la peine d’être écouté. Un matin il se mit à méditer sur quelque chose, debout et immobile à la place où il était. Ne trouvant pas ce qu’il cherchait, il ne bougea point, et continua de réfléchir dans la même situation. Il était déjà midi : nos gens l’observaient et se disaient avec étonnement les uns aux autres que Socrate était là rêvant depuis le matin. Enfin, vers le soir, des soldats ioniens, après avoir soupé, apportèrent leurs lits de campagne en cet endroit, afin de coucher au frais (on était alors en été), et d’observer si Socrate passerait la nuit dans la même posture. En effet il continua de se tenir debout jusqu’au lendemain au lever du soleil. Alors, après avoir fait sa prière au soleil, il se retira.

Platon in Le Banquet

οἷον δ᾽ αὖ τόδ᾽ ἔρεξε καὶ ἔτλη καρτερὸς ἀνὴρ ἐκεῖ ποτε ἐπὶ στρατιᾶς, ἄξιον ἀκοῦσαι. Συννοήσας γὰρ αὐτόθι ἕωθέν τι εἱστήκει σκοπῶν, καὶ ἐπειδὴ οὐ προυχώρει αὐτῷ, οὐκ ἀνίει ἀλλὰ εἱστήκει ζητῶν. Καὶ ἤδη ἦν μεσημβρία, καὶ ἅνθρωποι ᾐσθάνοντο, καὶ θαυμάζοντες ἄλλος ἄλλῳ ἔλεγεν ὅτι Σωκράτης ἐξ ἑωθινοῦ φροντίζων τι ἕστηκε. Τελευτῶντες δέ τινες τῶν Ἰώνων, ἐπειδὴ ἑσπέρα ἦν, δειπνήσαντες — καὶ [220d] γὰρ θέρος τότε γ᾽ ἦν — χαμεύνια ἐξενεγκάμενοι ἅμα μὲν ἐν τῷ ψύχει καθηῦδον, ἅμα δ᾽ ἐφύλαττον αὐτὸν εἰ καὶ τὴν νύκτα ἑστήξοι. Ὁ δὲ εἱστήκει μέχρι ἕως ἐγένετο καὶ ἥλιος ἀνέσχεν· ἔπειτα ᾤχετ᾽ ἀπιὼν προσευξάμενος τῷ ἡλίῳ.

Πλάτω in Συμποσίον

J’ai entendu que, dans un passé lointain, il y avait des hommes sages qui se tenaient debout entre ciel et terre, ils savaient conserver leur esprit, inspiraient le souffle vital, maîtrisaient le Yin et le Yang et unifiaient leurs muscles. Ils étaient le Dao.

– Classique interne de l’empereur Jaune

Filed under: Pratiques

Bonne année !

Bonne année, 新春好年 xīnchūn hǎonián

新年快樂 xīnnián kuàilè

Le nouvel an chinois est le premier jour du premier mois du calendrier chinois. La fête du printemps marque le début des festivités qui se déroulent sur quinze jours et qui s’achèvent avec la fête des lanterne.

農曆新年 nónglì xīnnián
Nouvel an chinois
過年 guònián
Nouvelle année
春節 chūnjié
Fête du printemps
元宵節 yuánxiāo jié
Fête des lanternes

Le calendrier chinois étant un calendrier luni-solaire, la date du nouvel an chinois dans le calendrier grégorien varie d’une année sur l’autre, mais tombe toujours entre le 21 janvier et le 19 février, lors de la deuxième nouvelle lune depuis le solstice d’hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau. C’est, comme tous les commencements de mois lunaires chinois, le premier jour d’une nouvelle lune. Par convention, l’alignement astronomique qui signale la nouvelle lune est déterminé à l’observatoire de la Montagne Pourpre à Nankin.

Lors du nouvel an chinois, on s’échange des vœux de bonheur, prospérité et de réussite. Traditionnellement on a deux semaines pour le faire, à partir du premier jour de la nouvelle année lunaire.

祝你新年快乐 zhù nǐ xīn nián kuài lè
Je te souhaite une bonne année

Pour formuler une phrase commençant par Je te souhaite… en chinois, il suffit de l’amorcer avec 祝你 zhù nǐ. Pour dire Je vous souhaite … en s’adressant à une personne de façon courtoise, on utilise les caractères 祝您 zhù nín

Les Chinois utilisent plusieurs expressions pour formuler leurs vœux et la majorité d’entre elles sont constituées de seulement quatre caractères ; on les appelle 成语 chéng yǔ ou expressions idiomatiques chinoises.

Vœux couramment utilisés

新年快樂 xīnnián kuàilè
新年好 xīn nián hǎo
Bonne année
过年好 guò nián hǎo
Passer une bonne année
新春快乐 xīn chūn kuài lè
Bonne année
节快乐 chūn jié kuài lè
Bonne fête du printemps
春节快乐 chūn jié kuài lè
Bonne fête du printemps
春心想事成 xīn xiǎnɡ shì chénɡ
Que tous tes rêves se réalisent
吉祥如意 jí xiáng rú yì
La bonne fortune selon tes souhaits
万事如意 wàn shì rú yì
Que tout te réussisse
六六大顺 liù liù dà shùn
Que tout se passe en douceur
年年有余 nián nián yǒu yú
L’abondance année après année
吉星高照 jí xīng gāo zhào
Que ta bonne étoile t’accompagne
大吉大利 dà jí dà lì
Beaucoup de chance et de grands profits

Vœux pour la santé

身体健康 shēn tǐ jiàn kānɡ
Une bonne santé physique
健康长寿 jiàn kānɡ chánɡ shòu
Bonne santé et longue vie
马精神龙 lóng mǎ jīng shén
L’esprit du dragon et du cheval

Vœux pour la fortune

恭喜發財 gōngxǐ fācái
恭喜发财 ɡōnɡ xǐ fā cái
Bonheur et prospérité
财源广进 cái yuán ɡuǎnɡ jìn
Des richesses de partout

Vœux pour le travail et les affaires

工作顺利 ɡōnɡ zuò shùn lì
La faveur dans le travail
事业有成 shì yè yǒu chéng
Du succès dans les affaires
平步青云 píng bù qīng yún
Une ascension fulgurante
马到成功 mǎ dào chéng gōng
Un succès immédiat
升官发财 shēng guān fā cái
Promotion et richesse
生意兴隆 shēng yì xīng lóng
Des affaires prospères

Vœux pour les études

学业有成 xué yè yǒu chéng
Le succès dans les études
学习进步 xué xí jìn bù
Des progrès dans l’apprentissage
金榜题名 jīn bǎng tí míng
La réussite dans les examens

Vœux pour toute la famille

阖家欢乐 hé jiā huān lè
La joie dans toute la famille
阖家幸福 hé jiā xìng fú
Le bonheur pour toute la famille

鼠 shǔ

Illustration chinoise de la Bonne année du rat

Selon l’astrologie chinoise, c’est l’année du rat de métal qui commencera le 25 janvier 2020 avec le nouvel an chinois, pour se terminer le soir du 11 février 2021 et laisser place au signe chinois du buffle de métal.

Le rat occupe une place privilégiée dans l’astrologie chinoise, puisqu’il est le premier des douze animaux du zodiaque. Avant de porter le nom d’un animal, le premier signe de l’horoscope chinois avait pour symbole le caractère qui désigne un enfant. Il indique ainsi le début d’un nouveau cycle grâce à une renaissance. Le rat sert également à représenter minuit sur les montres chinoises, signalant ainsi la naissance d’un jour nouveau. Il est vraisemblable qu’au moment d’attribuer un animal à chacun des douze signes du zodiaque, il y a bien longtemps, les moines bouddhistes choisirent le rat pour le premier d’entre eux parce que minuit est l’heure où il est le plus actif.

Le rat en plus d’être le premier signe du zodiaque chinois, est l’emblème de la timidité et de la mesquinerie. Heureusement le rat est aussi le symbole de l’industrie et de la prospérité, étant donné son ingéniosité et son habilité à trouver et entasser d’importantes réserves de nourritures.

Certains chinois pensent que les rats font d’excellents « chiens de garde », car leur cri strident avertit toute la maison de la présence d’un intrus. La visite inattendue d’un gros rat dans un foyer est un signe de prospérité future.

Illustration du rat de métal
Filed under: Non classéTagged with:

QuanTika

Swami Haridasa avec Tansen et Akbar à Vrindavana (1700 - 1760 )

Derrière le multiple se cache l’unité

L’ālāp est bref. Déjà, les dernières variations de Shānti résonnent dans le salon.

C’est à elle, maintenant.

Shānti entame la partie lente de Māllkauns, un rāga du milieu de journée.

Alors que les premières notes s’élèvent dans la touffeur ambiante, bercées par le bourdon de la tāmpurā, le miracle s’opère le trac la quitte d’un coup. Elle rejoint son grand-père dans un tīntāl alangui. Un plaisir indicible la saisit. Ses doigts, menus mais parfaitement déliés sur les peaux de chèvre, génèrent avec précision la gamme des bols — dha, ta, dhin, thin, tu, dhi, tete, gete, terekete, dhere dhere, kitetaka — et insufflent la vie à ses percussions : l’étroit mais lourd dāyān, réservé à la main droite, taillé dans le bois de shīshām ou palissandre des Indes, et le rebondi et léger bāyān, le tambour de la main gauche, façonné dans le cuivre, reproduisant à eux deux tous les rythmes de l’existence, de ceux qui font danser à ceux qui conduisent à la méditation, à la transe, à l’illumination, accompagnant la joie comme la tristesse, le calme comme l’exaltation…

Tantôt elle poursuit la mesure de base sans dévier d’une fraction de seconde du tempo, tantôt elle enchaîne avec virtuosité les variations à double vitesse chalan, mukhrā, tukhrā, tihāī, véritables prouesses de rapidité et d’arithmétique qui ornementent le tīntāl, pivot de la culture musicale indienne, rythme universel servant à exprimer couleurs, émotions, moments du jour ou de la nuit, parties du corps, états d’âme, nombres, cycle des jours, énergies vitales, apparences, créatures vivantes, plantes, animaux toutes les formes diverses et pourtant équivalentes de la divinité.

Bien qu’elle frémisse encore de l’émotion suscitée par sa prestation de l’après-midi, elle prend soudain conscience que Shānti a continué de lui parler, et son esprit réintègre la plage de Chowpatty.

– Ce qui n’est pas multiple n’existe pas, petite fille, petite joueuse de tablā. Tu brilleras comme ton grand-père, tu en as pris le chemin, car tu en as la sensibilité et le don. Le don qui te permettra de comprendre que les différentes notes du sitār sont les simples modalités de la vibration de l’air et de la corde. L’air et la corde, la peau de chèvre et les doigts humains frappant cette même peau ne forment en vérité qu’une seule et même chose. Derrière le multiple se cache l’unité. Tat tvam asi. Tu es cela. Promets-moi de t’en souvenir, Kantikā !

Laurence Suhner  in L’Ouvreur des Chemins

Filed under: LecturesTagged with: ,

De la vertu

Les vertus cachées - vertueuses, porcelaine sur toile, 2014, Caroline Cheng

Le 道德經 dàodéjīng, le livre de la voie et de la vertu, nos pratiques imprégnées de taoïsme, nous invitent à nous interroger sur la notion de 經 dé, le plus souvent traduit par vertu.

La démarche 彳de celui qui a un cœur droit 悳.

德 dé, traduit en général par vertu, a en chinois moderne le sens de vertu, moralité, volonté, bonté, bienveillance ; mais a eu autrefois tout comme son équivalent français le sens d’effet ou de pouvoir.

Ἀρετή

En grec ancien, ἀρετή, l’arété, qui se rencontre déjà aux époques les plus lointaines, traverse toute l’histoire de la culture et de l’éducation en Grèce, et demeure vivant dans la langue grecque moderne. Cette notion au sens premier de « mérite, vertu », est en réalité beaucoup plus riche de sens.

Son étymologie permet d’approcher de sa signification fondamentale : le mot est formé sur la racine indo-européenne *ar-, au sens d’adapter, ajuster, et désigne l’adaptation parfaite comme l’adjectif ἂριστος, aristos, qui signifie excellent. À cette racine se rattachent aussi les verbes άραρίσκω, arariskô, et άρμόττω, armottô, ajuster, qui disent l’adaptation pratique, ainsi que le nom ὰρμονία, harmonia, l’harmonieuse beauté, et plus encore, le verbe άρέσκω, areskô, plaire.

Dans la culture grecque des temps archaïques, l’arété consiste dans la bravoure face à l’adversité et a désigné à l’origine une prouesse guerrière. 

Le concept d’arété constitue une part significative de la paideia, c’est-à-dire de l’éducation des enfants, dont le but est de les mener à l’âge adulte. Cette éducation inclut un entraînement physique, qui consiste essentiellement (mais pas seulement) en de la gymnastique, un entraînement intellectuel (art oratoire, rhétorique, physique) et un entraînement spirituel (musique et éducation morale).

Au total, l’arété désigne, au sens le plus fondamental, toute sorte d’excellence. Celui qui jouit de cette arété réalise son plein potentiel, elle fait de lui un homme complet. Elle est ce à quoi tout Grec doit aspirer.

Virtus 

La virtus est la qualité propre du vir, c’est-à-dire du mâle. Aussi la première acception du mot fut-elle de désigner le courage physique dont doit faire preuve le soldat sur le champ de bataille.

Sous l’influence de la pensée philosophique grecque, virtus connut une extension imprévue et désigna le courage moral nécessaire à l’homme pour accéder à la sagesse. La diffusion de la pensée stoïcienne à Rome fut décisive pour l’évolution du mot : dans la mesure où le sage stoïcien doit vaincre ses passions pour consentir à la place qui lui est assignée dans l’ordre du monde, quelle qu’elle soit, il convenait de mettre en relief l’énergie que requiert un tel consentement ; ce fut la virtus. À partir de là, le mot finit par désigner de façon générale la rectitude morale par opposition au vitium, à tout ce qui gâte ou dévie la conduite morale de l’homme

Vertu

Courage physique ou moral; force d’âme, vaillance

Ce fut sans doute avec une profonde sagesse que les Romains appelèrent du même nom la force et la vertu.

Joseph De Maistre in Les Soirees De Saint-Petersbourg

Disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l’individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme à un idéal moral, religieux, en dépit des obstacles qu’il rencontre. 

La perfection de la volonté s’appelle la raison, la perfection de l’action est la vertu, virtus, action forte; car la vertu est force même avec la faiblesse physique.

Louis de Bonald in Législation primitive

Exercice de la vertu

Le christianisme (…) changea la position relative qu’occupaient entre elles les vertus. Les vertus rudes et à moitié sauvages étaient en tête de la liste; il les plaça à la fin. Les vertus douces, telles que l’humanité, la pitié, l’indulgence, l’oubli même des injures, étaient des dernières; il les plaça avant toutes les autres.

Tocqueville in Correspondance Entre Alexis de Tocqueville Et Arthur de Gobineau

 Propriété d’un corps, de quelque chose à quoi on attribue des effets positifs

Les vertus curatives et préventives des fruits frais.

Dr Robert Schwartz in Nouveaux remèdes et maladies d’actualité

Principe agissant, pouvoir actif

On avait récemment, au moyen de la distillation, tiré du haschisch une huile essentielle qui paraît posséder une vertu beaucoup plus active que toutes les préparations connues jusqu’à présent.

Charles Baudelaire in Les Paradis artificiels

Pouvoir, propriété

Le temps n’a par lui-même aucune vertu effective; tout arrive dans le temps, mais rien ne se fait par le temps.

Pierre-Joseph Proudhon in Qu’est-ce que la propriété ?

En vertu de

Une planète, qu’on suppose lancée dans l’espace en un instant donné, avec une vitesse et suivant une direction déterminée, parcourt, autour du soleil, une ellipse, en vertu d’une force dirigée vers cet astre, et proportionnelle à la raison inverse du carré des distances.

Marie-Jean-Antoine de Caritat Condorcet in Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain

Hiérarchie céleste

Nous connaissons par les livres sacrés neuf ordres distingués parmi les Esprits célestes, les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins. En effet, il est parlé des Anges et des Archanges dans presque tous les livres de l’Écriture. Tout le monde sait que les Prophètes font souvent mention des Chérubins et des Séraphins. Saint Paul d’un autre côté a parlé de quatre ordres différents dans l’Épître aux Éphésiens, où il dit que Jésus Christ a été élevé au-dessus des Puissances, des Principautés, des Vertus et des Dominations ; et il en nomme un cinquième dans l’Épître aux Colossiens, où il parle des Trônes et des Dominations, des Principautés et des Puissances. Si l’on joint donc l’ordre des Trônes aux quatre dont il est parlé dans l’Épître aux Éphésiens, on trouve qu’il y en a cinq, et si l’on ajoute à ces cinq les Anges, les Archanges, les Chérubins et les Séraphins, on aura les neuf ordres d’Anges dont nous parlons. 

Sermon de Saint Grégoire le Grand

Filed under: Non classéTagged with: , , ,

L'Ecriture du monde

Esdras, alias Cassiodore, in Codex Amiatinus

Les pins de Cassiodore

Il n’est pas facile de choisir une route, ou plutôt de l’accepter, quand on sait que ce sera la dernière. Jésus lui-même, à Gethsémani, a gémi et supplié, « au moment d’entrer librement dans sa Passion ». Parvenu à la vieillesse, Cassiodore ne laissait pourtant rien derrière lui qu’il regrettât vraiment. L’aisance matérielle, il en avait toujours joui sans y prêter attention : on ne s’émerveille guère de l’air qu’on respire ou de l’eau qu’on boit. Les contentements du pouvoir ? Il les avait trouvés, comme la richesse, offerts dans sa corbeille, il avait vécu salué par des huissiers, des gardes et des secrétaires. Des plaisirs de la chair, il s’était octroyé ce qui paraissait, dans son monde, normal et raisonnable ; quelques souvenirs de corps peu vêtus lui offrant, parmi la musique et les rires d’un banquet, des séductions plus ou moins faciles ou retorses, se présentaient à sa mémoire sans le troubler. Certains de ses amis de jeunesse avaient goûté la luxure jusqu’au raffolement ; cela les avait toujours enlaidis à la fin. L’homme de qualité était en droit de cueillir de tels fruits au passage, mais il ne devait pas s’en goinfrer. Le mariage ? Dieu n’avait pas voulu que son épouse digne et douce lui donnât une descendance avant de mourir jeune.

Tout cela, éloigné maintenant par tant d’années, ne tourmentait plus son cœur au moment de s’avancer sur le dernier chemin ; le géhennait seulement que ce fût le dernier. Devant cet horizon-là, tout homme se cabre. S’abîmer en Dieu comme la rivière dans la mer devrait constituer une pro-messe, une espérance, une joie. L’âme, hélas, aime sa prison terrestre… (Mais y croyais-tu vraiment, Magnus Aurelius, à cette âme immortelle ? Y croyais-tu vraiment ?)

Sa meilleure auxiliaire, à présent, était en fin de compte la fatigue. Il avait soupiré devant les premiers maux de l’âge. Il lui fallait affronter un corps qui de jour en jour donnait les signes de sa dégradation : les yeux qui voient moins bien, le souffle plus court, les dents qui manquent à la bouche, une douleur persistante au genou depuis une chute sur les pavés de la rue ; l’affaissement des viscères, l’abdomen comme une outre usée, veinée de bleu. Jamais il n’avait accordé d’importance à la splendeur corporelle, à l’idéal du gymnaste. Du moins ce corps avait-il été docile et muet. Il ne l’était plus, il interposait désormais de misérables et têtus obstacles entre le vouloir et l’agir.

Puis il avait découvert la secrète vertu de ces humiliations : l’homme devenu plus lent écartait ce qui n’était pas essentiel, dans le même temps que tout se détournait de lui. Longtemps, trop longtemps sans doute, il avait conservé le réflexe d’imaginer dans l’avenir un autre soi-même, différent, accompli, magnifié, comme s’il se sen-tait éternellement un jeune homme, un être en formation, comme s’il croyait intarissable à son désir la fontaine des saisons et des jours. C’était prolonger plus que de raison le propos de l’enfant qui explique ce qu’il fera quand viendra l’âge d’homme. De cette illusion d’aurore perpétuelle, il n’avait que trop tardé à se départir, pour admettre enfin que le temps nous sculpte un visage de pierre grise, et que Dieu seul, au moment qu’il voudra, accomplira l’ultime métamorphose.

Elle reflétait pourtant, cette illusion, comme dans le flou des miroirs dont parle l’apôtre Paul, une énigme réelle. La permanence du sentir, la mémoire et l’entendement nous font savoir que nous sommes le même ; les êtres qui nous entourent nous le confirment, ils nous appellent par notre nom, ils ont une idée de ce qu’ils croient être notre caractère, nos penchants ; mais quand nous regardons nous-même qui nous fûmes en tel ou tel moment, parfois nous nous reconnaissons mal, d’autres fois nous hésitons à le croire, ou bien nous avons honte, nous nous sentons trahi par quelque obscur démon en nous. Une cohorte de Magnus Aurelius s’avançait ainsi au long du temps, différents et pareils.

Pour l’heure, n’existaient que les longueurs du voyage, le pas des chevaux, le balancement de la litière, l’ennuyeuse patience des étapes.

Il ne disait pas seulement adieu au temps personnel de sa vie, ce modeste apanage où s’inscrivent nos joies, nos affections, nos drames, nos rires et nos regrets. Il prenait congé aussi d’une forme collective du temps, dans laquelle s’étaient exercés ses décisions et ses vouloirs, mêlés aux vouloirs et aux décisions de bien d’autres. Fallait-il l’appeler le temps politique ? Le temps de l’époque ? Oui – quelque chose comme ça. Désormais, Cassiodore n’entendait plus se préoccuper des événements de Constantinople ou de Rome, de Ravenne ou des Gaules ; il ne paraîtrait plus sur ce grand théâtre encombré de mouvements et de clameurs. Il lui semblait avoir compris que, si quelque chose devait jamais naître ou renaître de ce tohu-bohu, ce n’était pas à vue d’homme, de la sienne en tout cas. Vient un moment inévitable où, si l’on agit, travaille, désire et entreprend encore, ce n’est plus pour soi, mais pour ceux qui viendront, qui vivront à leur tour quand on n’y sera plus. Moment terrible où dans l’attente d’affronter sa mort physique, un homme doit en quelque façon mourir à soi-même. Son temps restreint, les quelques aurores qui lui seraient encore versées par un invisible échanson, il allait les donner, comme un impôt ou une obole, à une durée moins visible et plus vaste que celle des pouvoirs et des guerres, des passions privées ou publiques.

Car en fin de compte, songeait-il, il y a bien trois rythmes du temps : celui d’un homme, celui de la cité, celui de Dieu, qui sont comme les trois cordes d’un instrument de musique, et peuvent s’harmoniser ou dissoner. Son temps d’homme ne durerait plus. Le temps de la cité n’offrait désormais que des formes d’ordre précaires, compromises de toutes parts. Quant au temps de Dieu, d’une étendue incommensurable à la conscience humaine, il lui apparaissait empli d’un avenir qu’il se représentait indistinct, grisâtre, insondable, comme, au soir, l’horizon marin de sa Calabre. Mais souvent lui venait la pensée que cet avenir comportait une infinité de possibles, et que chaque entreprise humaine, si minime fût-elle, pouvait en modifier les aléas. r Ce qu’il lui restait à accomplir était de cette sorte.

François Taillandier in L’écriture du monde


Au VIe siècle de notre ère, l’empire romain d’Occident s’est effondré, laissant place aux instables royaumes « barbares ». Constantinople cependant ne renonce pas à l’espoir de reprendre les territoires perdus. Au cœur de cette époque troublée, déchirée par les dissensions religieuses, deux figures historiques vont tenter de frayer les voies d’une société nouvelle. Cassiodore, romain de vieille souche, intellectuel et homme d’État passé au service du roi ostrogoth Théodoric, nouveau maître de l’Italie, impulse une politique de paix, de tolérance et de fusion des populations. Ses projets anéantis par la tyrannie et la guerre, il se retire du monde pour fonder un monastère, le Vivarium, voué à la préservation de la culture ancienne, profane ou sacrée. Théolinda, jeune princesse germanique promise à un roi franc, s’enfuit à seize ans pour l’Italie du nord, où elle s’offre au roi des Lombards, Autharis. Elle va se révéler une reine énergique, audacieuse, et jouer un rôle politique décisif, s’efforçant de stabiliser la conquête lombarde dans une alliance secrète avec le pape Grégoire le Grand. C’est aussi une période inventive et foisonnante. Justinien à Constantinople fait édifier Sainte-Sophie, Clovis implante dans les Gaules la dynastie franque, Benoît de Nursie organise la vie monastique occidentale. Un moine nommé Denys établit le calendrier à partir de la naissance du Christ… Ces temps obscurs et pourtant fondateurs sont retracés dans un tableau romanesque passionnant qui vient éclairer ce que nous apprend l’histoire.

Filed under: LecturesTagged with: ,

Qu'est-ce qui caractérise un bon professeur d'arts martiaux ?

Jonathan Bluestein

Traduction de l’article de Jonathan Bluestein “What Constitutes a Good Martial Arts Teacher?” paru dans Cook Ding’s Kitchen.

Ce qui est demandé pour être un professeur d’arts martiaux dans la société d’aujourd’hui est malheureusement très faible. Tout imbécile peut se présenter comme tel. Beaucoup inventent leurs propres titres, certificats et diplômes, tandis que d’autres les reçoivent de ceux qui l’ont fait auparavant. J’ai donc écrit cet article pour deux raisons:

  1. Pour que ce soit une source d’inspiration pour les professeurs d’arts martiaux dans le monde entier, afin qu’ils puissent répondre à des attentes plus élevées pour eux-mêmes.
  2. Pour aider les pratiquants novices et ceux qui découvrent les arts martiaux à savoir ce qu’il faut rechercher chez un enseignant.

Toutes les exigences que vous lirez ci-dessous, je les exige en premier lieu de moi-même, et aussi de mes propres étudiants lorsqu’ils souhaitent enseigner. En cela est décrit la principale qualité attendu d’un enseignant, et d’un leader quel qu’il soit: donner l’exemple.

Parlons de ce dernier. Il devrait être entendu que chaque enseignant d’arts martiaux est, par définition, un parent. Peu importe que l’on se considère comme tel. Les étudiants qui s’engagent dans la pratique des arts martiaux sous votre contrôle sont prêts à apprendre des choses qu’ils ne connaissent pas, et souvent ils n’en ont pas la moindre idée. La plupart des étudiants qui persisteront (même les plus âgés) auront tendance à vous considérer comme un parent; c’est-à-dire une personne qui les guide à travers l’inconnu. Dans ce processus, le résultat de leur état d’esprit sera qu’ils prendront exemple sur vous en toutes les choses, et pas seulement pour les arts martiaux. Vous n’en entendrez pas parler de la plupart d’entre eux, mais certainement que vous en percevrez les conséquences. Le meilleur et le pire des professeurs d’arts martiaux se reflètent, sur le plan personnel, dans le comportement de leurs élèves en dehors des cours. Vos élèves prendront note mentalement de chaque geste, mot, acte ou démarche que vous effectuez, parce qu’ils vous ont ouvert leur pensée et leur esprit émotionnel. Le professeur d’arts martiaux doit donc être presque un saint dans ses relations quotidiennes avec les autres êtres humains, au moins autant que ses étudiants puissent en témoigner, car tout relâchement affectera négativement la vie des autres. Nous ne sommes pas tous parfaitement bien élevés, et certains arrivent à enseigner avec un passé plus sombre, mais une fois que l’on est enseignant, il faut aspirer à être plus grand pour le bien de ses élèves.

Ce que m’a dit un de mes professeurs, Sifu Sapir Tal (Jook Lum Southern Mantis) en donne un bon exemple. Il avait arrêté de fumer peu après avoir commencé à enseigner, réalisant qu’il ne pouvait pas donner le mauvais exemple à ses élèves, qui le voyaient parfois avec ses cigarettes. Sinon, quand de mauvaises habitudes ne peuvent être abandonnées, elles doivent rester cachées.

Le cadre d’un exemple inclut la connaissance. Une éducation. Sur ce qui est pertinent pour son art et sa pratique, bien sûr, mais d’une manière très holistique et complète. Un enseignant ignorant forme des disciples naïfs et mal informés.

Un enseignant devrait pouvoir nommer son style et dire ses origines exactes (non, ‘kung fu’ et ‘wushu’ ne sont pas des noms de styles, mais des termes généraux pour divers arts martiaux chinois. ‘jujutsu’, ‘karaté’ ainsi que d’autres ont aussi de nombreux sous-styles). Il doit parler couramment le jargon et la terminologie particulière du style. Les mouvements, les méthodes et les techniques doivent être compris à différents niveaux – martial, physiologique, anatomique, kinésiologique, biologique, psychologique, philosophique, historique, et plus encore. En tout cela, l’enseignant doit s’être adonné à son étude avant de devenir un tuteur des autres. De nombreuses professions exigent une seule spécialisation, mais le glorieux métier d’enseignant des arts martiaux exige une formation dans plusieurs domaines d’études.

L’enseignant devrait toujours nommer publiquement son professeur, le professeur de son professeur, et ainsi de suite sur au moins deux ou trois générations avant lui. Tous les styles d’arts martiaux devraient avoir une histoire. Même les styles «complètement nouveaux» doivent être basés sur des connaissances passées qui proviennent de quelque part. Ne pas rendre hommage à ses ancêtres martiaux est tout à fait honteux. Je connais de nombreux enseignants qui, à cause du mauvais sang qui coule dans leur famille d’arts martiaux, s’abstiennent de mentionner ces origines. De telles personnes ne sont pas dignes d’être appelées des enseignants. Il est à prévoir que, le moment venu, ils souffriront de mauvaises relations avec leur propre progéniture martiale. Bien que l’on ne puisse pas demander à chaque enseignant d’arts martiaux de toujours maintenir une bonne relation avec son professeur, avoir cette relation est préférable et important. De même, il est également préférable que l’enseignant continue d’avoir son propre professeur, même lorsqu’il est plus âgé.

On dot pouvoir s’attendre à ce que tout homme qui se dit enseignant ait consacré au moins quatre ou cinq années consécutives à étudier avec son professeur principal. C’est pour s’assurer que ses connaissances et compétences dans son «art martial de base» aient suffisamment mûri avant qu’il ne commence à enseigner. Ceci à son tour devrait être démontré dans la capacité martiale. Il devrait être versé dans la totalité ou la plupart des méthodes et techniques de l’art, et être capable d’expliquer en détail chacun d’entre eux. On ne s’attend pas à ce qu’un enseignant soit le plus grand combattant du monde, mais au moins en classe, l’enseignant doit avoir la capacité de réaliser chaque technique avec un élève résistant,  dans le contexte correct pour lequel cette technique a été créée. En outre, il devrait mettre en évidence la «saveur» de l’art martial qu’il enseigne, d’une manière qui montre clairement que c’est bien ce style et non quelque chose sans rapport.

Le langage d’un enseignant devrait être clair et honnête. Trop d’enseignants sont occupés à intriguer avec leurs étudiants et à user de ruses pour manipuler les autres. Confucius a déclaré: “L’homme honnête est toujours paisible, égal à lui-même, serein et tranquille. Les gens malhonnêtes vivent dans le trouble, et des inquiétudes secrètes dévorent leur cœur.” Les malhonnêtes sont inaptes à être des enseignants. La malhonnêteté dans le monde des arts martiaux est une maladie sociale qui cause beaucoup de souffrances. Les gens investissent souvent leur vie dans la formation d’un art, et les dommages causés par les enseignants malhonnêtes affectent particulièrement ces personnes. Chaque enseignant devrait considérer qu’un acte de malhonnêteté à son sujet, une mauvaise interprétation dirigée, peut envoyer une personne bien intentionnée à errer sur le mauvais chemin pour la vie. De tels actes sont au-delà de la cruauté. L’imprécision n’est guère mieux que la malhonnêteté, car elle permet aux naïfs et aux non-initiés de d’avoir des interprétations erronées. Bien que certaines réponses puissent être trouvées sans aide par l’étudiant, il devrait savoir clairement pour lui où il doit aller. Sans savoir à quoi s’attendre, la plupart seront désorientés.

À cet égard , Il est important de garder à l’esprit que ce qui est évident pour nous en tant qu’enseignants est pas moins évident pour la plupart des élèves. Un enseignant devrait savoir éviter l’erreur psychologique trop commune de considérer l’autre comme il se considère. C’est vrai pour l’entendement, mais cela concerne aussi la personnalité de chaque individu dans ce qu’elle a d’unique , sa façon d’apprendre, son histoire et ses antécédents, son état de santé, etc. Il est très important de prendre en compte les différents objectifs des élèves. , qui ne correspondent pas toujours à ce qu’il a en tête. Pour ma part, je m’intéresse beaucoup aux aspects martiaux de mes arts, mais avec honnêteté et bon sens, je dois admettre que beaucoup de mes étudiants ne sont pas très enthousiastes à propos de ces sujets. Il est donc de ma responsabilité de présenter un esprit de libéralisme et d’acceptation décent, permettant à ces personnes de trouver ce qu’ils cherchent en suivant mon enseignementi, tout en les gardant dans les limites de la raison et du bon goût. Alors qu’ils devraient «suivre le programme», il y a une limite à imposer ses propres aspirations, vision et idées à ses élèves.

Il devrait être clair pour tout enseignant qu’être indulgent vis à vis d’une politique sans prétention est contraire à l’esprit des arts martiaux. Un enseignant ne doit pas agir comme un parlementaire. Les promesses doivent être tenues. La conduite personnelle est primordiale. Le rang ou le statut ne devrait pas être remis à une personne sur la base de «contrats», de  «faveurs» ou de préférences personnelles. Les nominations officielles se feront mieux faites sans cela. L’argent, bien qu’important pour gagner sa vie, ne devrait jamais être le facteur décisif dans une relation enseignant-élève. Les frais de scolarité devraient refléter la valeur réelle, mais aussi être juste et raisonnable envers les étudiants. Les contrats sont pour les avocats, pas pour les artistes martiaux. Les compétitions et leur gestion sont excellents pour les affaires, le statut et la célébrité – pas pour le développement personnel. Les étudiants ne devraient pas payer pour les compétitions, et leur sécurité personnelle est plus importante que telle ou telle médaille ou trophée. Le fait d’exiger plus d’argent d’étudiants expérimentés n’est rien d’autre que de la cupidité, et c’est honteux. La vente d’accessoires et de vêtements est agréable, mais un enseignant devrait rester enseignant et ne jamais franchir la ligne pour devenir propriétaire d’un magasin à temps partiel.

Enfin, un bon enseignant devrait permettre à l’étudiant de poser poliment et de manière appropriée des questions concernant l’art et les enseignements d’une multitude de façons. Les esprits curieux doivent être encouragés. Un étudiant devrait avoir un accès complet au corps de l’enseignant – être capable de demander ouvertement à l’enseignant de démontrer une méthode ou une technique donnée, de les observer et aussi de toucher le corps de l’enseignant pendant qu’il les démontre. Le contact direct est l’une des clés les plus importantes pour établir une transmission complète d’un art martial.

Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde, et le monde vous remboursera avec gentillesse.

Filed under: LecturesTagged with: , ,

Instinct

Étude de Michel-Ange pour le Dôme de Saint-Pierre, Palais des Beaux-Arts de Lille

Avant que de reprendre mon journal, je voudrais bien pouvoir vous rendre compte d’une conversation qui fut amenée par le mot instinct, qu’on prononce sans cesse, qu’on applique au goût et à la morale, et qu’on ne définit jamais. Je prétendis que ce n’était en nous que le résultat d’une infinité de petites expériences, qui avaient commencé au moment où nous ouvrîmes les yeux à la lumière jusqu’à celui où, dirigés secrètement par ces essais dont nous n’avions pas la mémoire, nous prononcions que telle chose était bien ou mal, belle ou laide, bonne ou mauvaise, sans avoir aucune raison présente à l’esprit de notre jugement favorable ou défavorable.

Michel-Ange cherche la forme qu’il donnera au dôme de l’église de Saint-Pierre de Rome ; c’est une des plus belles formes qu’il fût possible de choisir. Son élégance frappe et enchante tout le monde. La largeur était donnée ; il s’agissait d’abord de déterminer la hauteur. Je vois l’architecte tâtonnant, ajoutant, diminuant de cette hauteur jusqu’à ce qu’enfin il rencontrât celle qu’il cherchait et qu’il s’écriât : La voilà. Lorsqu’il eut trouvé la hauteur, il fallut après cela tracer l’ovale sur cette hauteur et cette largeur. Combien de nouveaux tâtonnements ! combien de fois il effaça son trait pour en faire un autre plus arrondi, plus aplati, plus renflé, jusqu’à ce qu’il eût rencontré celui sur lequel il a achevé son édifice ! Qui est-ce qui lui a appris à s’arrêter juste ? Quelle raison avait-il de donner la préférence, entre tant de figures successives qu’il dessinait sur son papier, à celle-ci plutôt qu’à celle-là ? Pour résoudre ces difficultés, je me rappelai que M. de La Hire, grand géomètre de l’Académie des sciences, arrivé à Rome dans un voyage d’Italie qu’il fit, fut touché comme tout le monde de la beauté du dôme de Saint-Pierre. Mais son admiration ne fut pas stérile ; il voulut avoir la courbe qui formait ce dôme ; il la fit prendre, et il en chercha les propriétés par la géométrie. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu’il vit que c’était celle de la plus grande résistance ! Michel-Ange, cherchant à donner à son dôme la figure la plus belle et la plus élégante, après avoir bien tâtonné était tombé sur celle qu’il aurait fallu lui donner, s’il eût cherché à lui donner le plus de résistance et de solidité. À ce propos, deux questions : Comment se fait-il que la courbe de plus grande résistance dans un dôme, dans une voûte, soit aussi la courbe d’élégance et de beauté ? Comment se fait-il que Michel-Ange ait été conduit à cette courbe de plus grande résistance ? Cela ne se conçoit pas, disait-on ; c’est une affaire d’instinct. Et qu’est-ce que l’instinct ? Oh ! cela s’entend de reste. Je dis à cela que Michel-Ange, polisson au collège, avait joué avec ses camarades ; qu’en luttant, en poussant de l’épaule, il avait bientôt senti quelle inclinaison il fallait qu’il donnât à son corps pour résister le plus fortement à son antagoniste ; qu’il était impossible que cent fois dans sa vie il n’eût pas été dans le cas d’étayer des choses qui chancelaient, et de chercher l’inclinaison de l’étai la plus avantageuse ; qu’il avait quelquefois posé des livres les uns sur les autres, que tous se débordaient, et qu’il avait fallu en contre-balancer les efforts, sans quoi la pile se serait renversée ; et qu’il avait appris de cette manière à faire le dôme de Saint-Pierre de Rome sur la courbe de plus grande résistance. Un mur est sur le point de se renverser, envoyez chercher un charpentier ; lorsque le charpentier aura posé les étais, envoyez chercher d’Alembert ou Clairaut ; et, l’inclinaison du mur étant donnée, proposez à l’un ou à l’autre de ces géomètres de trouver l’inclinaison selon laquelle l’étai appuiera le plus fortement, vous verrez que l’angle du charpentier et du géomètre sera le même.

Denis Diderot in Lettres à Sophie Volland
Croquis de Michel-Ange pour le dôme de Saint-Pierre montrant un dôme à double coque et une lanterne.

Actuellement, comment se fait-il que ce qui est solide en nature soit aussi ce que nous jugeons beau dans l’art, ou l’imitation ? C’est que la solidité ou plus généralement la bonté est la raison continuelle de notre approbation ; cette bonté peut être dans un ouvrage et ne pas paraître, alors l’ouvrage est bon, mais il n’est pas beau. Elle peut y paraître et n’y pas être, alors l’ouvrage n’a qu’une beauté apparente. Mais si la bonté y est en effet, et qu’elle y paraisse, alors l’ouvrage est vraiment beau et bon.

Denis Diderot in Lettres à Sophie Volland

Filed under: LecturesTagged with: ,

L'accroupissement

Un jeune garçon à Delhi, en posture accroupi

L’art oublié de l’accroupissement est une révélation pour les corps ruinés par la position assise

Traduction de l’article The forgotten art of squatting is a revelation for bodies ruined by sitting de Rosie Spinks parue sur le site Quartzy  le 9 novembre 2017.

Les phrases qui commencent par l’expression Un gourou m’a dit une fois … sont, le plus souvent, inductives. Mais récemment, alors que je me reposais à Malasana ou dans un cours de yoga à East London, j’ai été frappé par la seconde moitié de la phrase de l’instructeur: Un gourou m’a dit un jour que le problème avec l’Occident était de ne pas s’accroupir.

Cela  est vrai. Dans une grande partie du monde développé, le repos est synonyme de s’asseoir. Nous nous asseyons sur des chaises de bureau, nous mangeons sur des chaises de salle à manger, nous faisons la navette assis dans des voitures ou dans des trains, puis revenons à la maison pour regarder Netflix depuis de confortables canapés. Avec de courts répits pour marcher d’une chaise à l’autre, ou de courts intervalles consacré à un exercice frénétique, nous passons nos journées à nous asseoir. Cette dévotion à placer nos arrières sur des chaises fait de nous une exception, à la fois à l’échelle planétaire et historiquement. Au cours du dernier demi-siècle, les épidémiologistes ont été contraints de changer leur façon d’étudier les mouvements. A l’époque moderne, le résultat obtenu est un problème distinct de la quantité d’exercice que nous réalisons.

Notre échec à nous accroupir a des implications biomécaniques et physiologiques, mais il indique aussi quelque chose de plus important. Dans un monde où nous passons tant de temps dans nos têtes, dans les nuages ou sur nos téléphones, ne pas nous accroupir nous laisse dépourvus de la force d’ancrage que la posture nous a procurée depuis que nos ancêtres hominidés se sont dressés. En d’autres termes: Si ce que nous voulons, c’est être bien, il serait peut-être temps pour nous de nous baisser.

Pour être clair, s’accroupir n’est pas seulement un artefact de notre histoire évolutionniste. Une grande partie de la population mondiale le fait encore quotidiennement, que ce soit pour se reposer, pour prier, pour cuisiner, pour partager un repas ou pour aller aux toilettes. (Les toilettes à la turque sont la norme en Asie et les latrines à fosse dans les zones rurales du monde entier demandent que l’on s’accroupisse. Lorsqu’ils apprennent à marcher, les tout-petits du New Jersey à la Papouasie-Nouvelle-Guinée s’accroupissent facilement. Dans les pays où les hôpitaux ne sont pas très répandus, s’accroupir est aussi une position associée à cette partie la plus fondamentale de la vie: la naissance.

Ce n’est pas spécifiquement l’Ouest qui ne s’accroupit plus; ce sont les classes riches et moyennes du monde entier. Mon collègue Quartz, Akshat Rathi, originaire d’Inde, m’a fait remarquer que l’observation du gourou serait aussi vraie pour les riches des villes indiennes que pour l’Occident.

Mais dans les pays occidentaux, des populations entières – riches comme pauvres – ont abandonné la posture. Dans l’ensemble, s’accroupir est considéré comme une posture désinvolte et inconfortable, que nous évitons complétement. Au mieux, nous pourrions l’entreprendre au cours d’un Crossfit, d’un Pilates ou en soulevant à la gym, mais seulement partiellement et souvent avec des poids (une manœuvre répétitive qu’il est difficile de s’imaginer comme utile il y a 2,5 millions d’années). Cela ne tient pas compte du fait que l’accroupissement profond en tant que forme de repos actif est intégré à notre passé évolutionnaire et développemental : ce n’est pas que vous ne pouvez pas vous asseoir confortablement dans un accroupissement profond, c’est juste que vous avez oublié comment.

Le jeu a commencé avec la posture accroupie, explique l’auteur et ostéopathe Phillip Beach. Beach est connu pour avoir été le pionnier de l’idée de postures archétypales. Ces positions, qui s’ajoutent à un accroupissement profond avec les pieds à plat sur le sol, comprennent s’asseoir avec les jambes croisées, s’agenouiller sur les genoux et les talons. ne sont pas seulement bonnes pour nous, mais sont profondément ancrées dans la façon dont nos corps sont construits.

Vous ne comprenez vraiment pas les corps humains jusqu’à ce que vous réalisiez à quel point ces postures sont importantes, me dit Beach, qui est basé à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Ici en Nouvelle-Zélande, il fait froid, humide et boueux. Sans un pantalon moderne, je ne voudrais pas poser mon dos dans la boue froide et humide, donc [en l’absence d’une chaise] je passerais beaucoup de temps accroupi. La même chose pour aller aux toilettes. Toute  votre physiologie est construite est autour de ces postures.

Dans une grande partie du monde, s'accroupir est aussi normal que de s'asseoir sur une chaise.
Dans une grande partie du monde, s’accroupir est aussi normal que de s’asseoir sur une chaise.

Alors pourquoi s’accroupir est-il si bon pour nous ? Et pourquoi tant d’entre nous ont-ils arrêté de le faire ?

Il s’agit simplement de «l’utiliser ou de le perdre», explique le Dr Bahram Jam, physiothérapeute et fondateur de l’Advanced Physical Therapy Education Institute (APTEI) en Ontario, au Canada.

Chaque articulation de notre corps contient du liquide synovial. C’est l’huile dans notre corps qui nourrit le cartilage, explique Jam. Deux choses sont nécessaires pour produire ce fluide : le mouvement et la compression. Donc, si une articulation ne traverse pas toute cette gamme – si les hanches et les genoux ne dépassent jamais 90 degrés – le corps dit «je ne suis pas utilisé» et commence à dégénérer et arrête la production de liquide synovial.

Un système musculo-squelettique sain ne nous permet pas seulement de nous sentir agiles et frais, il a aussi des implications pour notre santé en général. Une étude réalisée en 2014 dans l’European Journal of Preventive Cardiology a révélé que les sujets qui avaient des difficultés à se lever du sol sans soutien des mains, du coude ou de la jambe (ce que l’on appelle le test s’assoir-se levert

En Occident, la raison pour laquelle les gens ont cessé de s’accroupir régulièrement a beaucoup à voir avec notre conception des toilettes. Les trous dans le sol, les toilettes extérieures et les pots de chambre ont tous nécessité la position accroupie, et les études montrent qu’une plus grande flexion de la hanche dans cette posture est corrélée avec moins de tension quand on se soulage. Les toilettes assises ne sont en aucun cas une invention britannique – les premières toilettes simples remontent à la Mésopotamie au IVe millénaire AEC., alors que les anciens Minoens de l’île de Crète auraient été les pionniers de la chasse d’eau – mais elles furent d’abord adoptées en Grande-Bretagne par les Tudors, qui enrôlèrent des «palefreniers» pour les aider à se soulager dans des cabinets ornés comme des trônes au XVIe siècle.

Au cours des deux siècles qui suivirent, l’innovation en matière de toilettes fut lente et inégale, mais en 1775, un horloger nommé Alexander Cummings développa un tuyau en forme de S qui reposait sous une citerne surélevée, un développement crucial. Ce n’est qu’après le milieu du XIXe siècle, lorsque Londres a finalement construit un système d’égouts fonctionnel après des épidémies de choléra persistantes et l’horrible “puanteur” de 1858, que les toilettes assises entièrement lavables commencent à apparaître fréquemment chez les gens.

Le Lillipad est conçu pour s'asseoir au niveau ou au-dessous du bord des toilettes.
Le Lillipad est conçu pour s’asseoir au niveau ou au-dessous du bord des toilettes.

De nos jours, les toilettes à la turque de style accroupi que l’on trouve à travers l’Asie ne sont pas moins hygiéniques que les toilettes occidentales. Mais Jam dit que le passage de l’Europe à la conception du trône assis a privé la plupart des Occidentaux de la nécessité (et donc de la pratique quotidienne) de s’accroupir. En effet, la prise de conscience que l’accroupissement mène à de meilleurs mouvements de l’intestin a alimenté la popularité culte du Lillipad et du Squatty Potty, plates-formes surélevées qui transforment une toilette de style occidental en toilette à la turque et permettent à l’utilisateur de s’asseoir dans une position fléchie qui imite l’accroupissement.

Si l’accroupissement nous parait si inconfortable c’est parce que nous ne le pratiquons pas, dit Jam. Mais si vous allez aux toilettes une ou deux fois par jour pour une selle et cinq fois par jour pour la fonction de la vessie, c’est cinq ou six fois par jour que vous vous êtes accroupi.

Bien que le malaise physique soit la principale raison pour laquelle nous ne nous accroupissons plus, l’aversion de l’Occident pour l’accroupissement  est également culturelle. Bien que s’accroupir ou s’asseoir les jambes croisées sur une chaise de bureau serait parfait pour l’articulation de la hanche, la garde-robe du travailleur moderne – sans parler de l’étiquette formelle du bureau – rend généralement ce type de posture irréalisable. La seule fois où nous pourrions nous attendre à ce qu’un leader ou un élu de l’Ouest plane près du sol, c’est pour une séance photo avec de jolis jardins d’enfants. En effet, les gens que nous voyons accroupis sur le trottoir dans une ville comme New York ou Londres ont tendance à être les types de personnes que nous dépassons dans une arrogante précipitation.

Quelque part nous considérons comme primitif et de statut social inférieur de s’accroupir, explique Jam. Quand nous pensons à l’accroupissement, nous pensons à un paysan en Inde, ou à un villageois d’une tribu africaine, ou à un plancher urbain insalubre. Nous pensons que nous avons évolué au-delà de cela, mais en réalité nous nous en sommes vraiment éloignés.

Avni Trivedi, une doula et ostéopathe basée à Londres (révélation: je lui ai rendu visite dans le passé pour mes propres douleurs induites par ma façon de m’asseoir) dit qu’il en va de même de l’accroupissement comme de la position d’accouchement, qui est toujours pratiquée dans plusieurs régions du monde en développement et qui est de plus en plus préconisé par les mouvements d’accouchement holistiques en Occident.

Dans une position d’accouchement accroupie, les muscles se relâchent et vous permettez au sacrum d’avoir un mouvement libre pour que le bébé puisse pousser vers le bas, la gravité jouant également un rôle, dit Trivedi. Mais le fait de percevoir cette position comme primitive est la raison pour laquelle les femmes sont passées de cette position active à l’alitement , où elles sont moins incarnées et interviennent moins dans le processus d’accouchement.

Photographie d'un enfant accroupi
Les enfants de l’Ouest s’accroupissent avec aisance. Pourquoi leurs parents ne le peuvent-il pas ?

Alors devrions-nous remplacer s’asseoir par s’accroupir et dire au revoir à nos chaises de bureau pour toujours ? Beach souligne que «toute posture maintenue trop longtemps cause des problèmes» et des études suggèrent que les populations qui passent trop de temps dans un accroupissement profond (plusieurs heures par jour) ont  plus de problèmes de genou et d’arthrose.

Pour ceux d’entre nous qui ont largement abandonné l’accroupissement, Beach nous dit que: «Vous ne pouvez pas vraiment faire grand-chose.» Au-delà de ce type de mouvement améliorant notre santé et notre souplesse, Trivedi souligne qu’un intérêt croissant pour le yoga dans le monde est peut-être en partie une reconnaissance du fait qu’ «être sur le sol vous aide physiquement à être ancré en nous-même», – quelque chose qui manque largement à nos vies hyper-intellectualisées et dominées par l’écran.

Beach convient que ce n’est pas une tendance, mais une pulsion évolutionnaire. Les mouvements de bien-être modernes commencent à reconnaître que la “vie au sol” est la clé. Il soutient que l’acte physique de nous ancrer a contribué fortement au devenir de notre espèce. En un sens, l’accroupissement  est l’endroit d’où viennent les humains, chacun d’entre nous, il nous incombe donc de le revisiter aussi souvent que possible.  

Filed under: Non classéTagged with: ,

Kayama Matazō

Ondes de printemps et d'automne, 1966, Matazo Kayama

加山 又造

Kayama Matazō fut un peintre japonais Nihonga du XXe siècle, né à Kyoto en 1927.

Grues japonaises, peinture sur paravent, Kayama Matazō
Grues japonaises, peinture sur paravent, Kayama Matazō

Ses œuvres donnent l’impression d’un croisement entre une peinture et une photographie. En 1950, il a commencé à incorporer des éléments discrets du cubisme , ainsi que des éléments du futurisme italien dans sa série de peintures centrées sur les oiseaux et autres animaux. En 1964, il conçoit une fresque en céramique pour le temple Taiseki-ji de Fujinomiya . Il a également conçu, en 1974, une pagode en pierre pour le temple Jindai-ji, en hommage à son défunt ami Yokoyama Misao (1920). Vers la fin des années 1970, plusieurs organisations d’État lui ont confié la réalisation de décorations murales, dont l’ ambassade du Japon aux États-Unis.

Un millier de grues

La large surface de ces deux écrans accueille l’élégant hommage de Kayama aux styles décoratifs du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle. Il y a plusieurs références au Sōtatsu et au Kōrin dans le contenu et dans la technique. 

Paysages d’hiver

Chats

Les animaux étaient les sujets préférés de Kayama et ses œuvres semblent mélanger peinture et photographie. Ses chats sont des persans duveteux ou des siamois élégants posés en train de se comporter comme des chat typiques ou à côté de belles fleurs comme cela est typique des peintures japonaises.

Portrait de Matazo Kayama

En tant que jeune homme, Kayama avait été profondément impressionné par les expositions d’œuvres de Sōtatsu, Kōrin et Henri Matisse (1869-1954) qui se sont tenues au Musée national de Tokyo en 1947, qui devait avoir semblé être une oasis de beauté dans la guerre. vil. Fils d’un designer textile et teinturier de Kyoto, Kayama partageait probablement une sensibilité avec Sōtatsu et Kōrin.

Henri Matisse, La Danse
Henri Matisse, La Danse
Tsuru emaki, détail, encre, couleur, argent et or sur papier, calligraphie de Kōetsu, peinture de Sōtatsu
Tsuru emaki, détail, encre, couleur, argent et or sur papier, calligraphie de Kōetsu, peinture de Sōtatsu
Irisis, écran droit, encre, couleur et or sur papier, d'Ogata Korin
Irisis, écran droit, encre, couleur et or sur papier, d’Ogata Korin, XVIIIe siècle

Filed under: Non classé

Leçon de vie

Yang Chengyu, Zhao Bin, 1930

人生履歷

Traduction de l’article 杨澄甫 paru dans l’encyclopédie Baidu

太极宗师杨澄甫

  1. Floraison tardive
  2. Des compétences martiales sans égales
  3. L’esprit pénétrant de la vertu martiale
  4. Voler sur une grue pour le paradis de l’Ouest
  5. Leçon de vie

本人简述澄甫公事迹,可作为研究杨家太极拳之补充资料,亦可启发吾辈后学,深刻反省。澄甫公乃露禅公嫡孙,自幼练功,至40岁方始出神入化,阶及神明。澄甫公身为第3代传人,对于杨家功夫,倘且未能全部传承。如今只要祖辈、父辈曾在杨家学拳,或者与杨家稍微沾亲带故,即自称杨家某代传人,将自己功夫吹至天高。澄甫公武功盖世,口德与手德并重,时时处处,谨守勿失,乃武德高尚之榜样也。倘若功夫尚未登堂人室,便口出狂言,目中无人,岂不愧对澄甫宗师?在下不才,愿每日三省吾身,与海内外拳友共勉。

J’ai écrit cette brève biographie du maître Yang Chengfu pour fournir aux chercheurs qui souhaitent étudier le tai-chi-chuan de la famille Yang des informations supplémentaires, ce qui peut aussi inspirer la jeune génération, lui donnant à apprendre et à réfléchir. Chengfu est le petit-fils du fondateur Luchan. Il a commencé à pratiquer quand il était jeune, et à 40 ans il a atteint la perfection (出神入化 chū shén rù huà) et gagné la suprématie (階及神明 jiē jí shénmíng). Maître Chengfu est le porte-étendard de la troisième génération, même s’il n’a pas hérité (传承 chuán chéng) de tout l’art (功夫 gōng fu) de la famille Yang (楊家 Yáng jiā). De nos jours, les générations plus âgées qui ont appris avec la famille Yang, ou qui ont eut même juste un peu de relation avec la famille Yang, se sont parfois auto proclamées comme porte-drapeau de la famille Yang, et se vantent de la force de leur gōng fu. De maître Yang Chengfu, la parole était mesurée (口德 kǒu dé)  et les actes vertueux (手德 shǒu dé), il était un modèle de vertu martiale (武德 wǔ dé). Si leur art ne s’est pas encore manifesté, et qu’ils agissent et parlent abusivement, méprisant les autres, ne manifestent-ils pas un grand manque de respect envers le fondateur Chengfu ? Je partage humblement cette information avec tout le monde.


Filed under: LecturesTagged with: ,