Yi King

Prรฉface de Carl Gustav Jung

La prรฉface publiรฉe en tรชte de l’รฉdition anglaise et amรฉricaine du Yi-King (1) s’รฉloigne  considรฉrablement du premier texte de Jung paru ultรฉrieurement dans le volume XI des  Gesammelte Werke (1963). Bien plus que d’une modification de forme, il s’agit d’un  remaniement profond opรฉrรฉ par l’auteur lui-mรชme. A la premiรจre partie du texte  allemand formรฉ pour l’essentiel de considรฉrations psychologiques sur les conditions  requises pour accรฉder ร  l’univers du Yi-King, Jung a substituรฉ un exposรฉ succinct et  lumineux de sa thรฉorie de la synchronicitรฉ, qui est ร  la base du Livre des  Transformations. Outre le fait que le public franรงais ne possรจde encore pratiquement  aucun รฉcrit de Jung sur le sujet, ce texte offre un grand intรฉrรชt historique en ce qu’il  constitue la premiรจre prรฉsentation de la piรจce centrale de l’univers ยซ scientifique ยป  jungien, prรฉludant ร  l’essai sur la synchronicitรฉ publiรฉ l’annรฉe suivante (2).  

Les citations de l’ouvrage de Richard Wilhelm donnรฉes ci-aprรจs sont extraites de sa  traduction franรงaise (Yi-King. Le Livre des Transformations, Paris, Librairie de Mรฉdicis,  1968-1970, 6e รฉdition, 1979.)  

Les vues de Jung ont รฉtรฉ dรฉveloppรฉes aprรจs sa mort par sa collaboratrice Marie-Louise  von Franz dans son grand ouvrage Nombre et Temps (3).  

E. P. 

Comme je ne suis pas sinologue, une prรฉface du Yi-King รฉcrite de ma main doit รชtre un  tรฉmoignage de mon expรฉrience personnelle de ce livre grand et singulier. Elle me fournit  รฉgalement l’occasion bienvenue de rendre un nouvel hommage ร  la mรฉmoire de mon  ami disparu, Richard Wilhelm. Lui-mรชme รฉtait profondรฉment conscient de l’importance  culturelle de sa traduction du Yi-King, qui est sans rivale en Occident.  

Si le sens du Livre des Transformations รฉtait facile ร  saisir, l’ouvrage ne nรฉcessiterait pas  de prรฉface. Mais c’est loin d’รชtre le cas, car il y a autour de lui tant d’obscuritรฉ que les  savants occidentaux se sont efforcรฉs de le traiter comme une collection de ยซ formules  magiques ยป, ou trop abstruses pour รชtre intelligibles, ou sans la moindre valeur. La  version de Legge, qui รฉtait jusqu’ร  prรฉsent la seule accessible en anglais, a peu fait pour  mettre l’ouvrage ร  la portรฉe des esprits occidentaux (4). Wilhelm, pourtant, a rรฉalisรฉ le  maximum pour ouvrir la voie ร  la comprรฉhension du symbolisme inclus dans le texte. Il  รฉtait en mesure de le faire, ayant lui-mรชme appris la philosophie et l’usage du Yi-King auprรจs du vรฉnรฉrable Lao Naรฏ Souan. En outre il avait, pendant plusieurs annรฉes, mis en  pratique la technique particuliรจre de l’oracle (5). La maniรจre dont il a saisi la  signification vivante du texte confรจre ร  sa version du Yi-King une profondeur de  perspective qu’une connaissance purement universitaire de la philosophie chinoise  n’eรปt jamais pu fournir.  

Je suis grandement redevable ร  Wilhelm pour la clartรฉ qu’il a projetรฉe sur le problรจme  complexe du Yi-King aussi bien que pour son intuition concernant l’application pratique  de l’ouvrage. Depuis plus de trente ans je m’intรฉresse moi-mรชme ร  cette technique oraculaire, ou ร  cette mรฉthode d’exploration de l’inconscient, car elle m’a semblรฉ รชtre  dotรฉe d’une signification peu commune. J’รฉtais dรฉjร  bien familiarisรฉ avec le Yi-King lorsque j’ai rencontrรฉ pour la premiรจre fois Richard Wilhelm peu aprรจs 1920. Il me  confirma alors ce que je savais dรฉjร  et m’apprit beaucoup d’autres choses.  

Je ne sais pas le chinois et n’ai jamais รฉtรฉ en Chine. Je puis assurer le lecteur qu’il n’est  guรจre aisรฉ de trouver le juste accรจs ร  ce monument de la culture chinoise qui s’รฉcarte si  complรจtement de nos maniรจres de penser. Pour comprendre tout ce qu’est un tel livre, il  est indispensable de rejeter certains prรฉjugรฉs de l’esprit occidental. C’est un fait curieux  qu’un peuple aussi intelligent et douรฉ que les Chinois n’ait jamais dรฉveloppรฉ ce que nous  appelons une science. Notre science, toutefois, est fondรฉe sur le principe de causalitรฉ, et  la causalitรฉ doit รชtre considรฉrรฉe comme une vรฉritรฉ axiomatique. Mais un grand  changement du point de vue est en train de s’opรฉrer. La physique moderne est en train  de rรฉussir l’entreprise oรน Kant a รฉchouรฉ avec sa Critique de la raison pure. Les axiomes  de la causalitรฉ sont รฉbranlรฉs jusque dans leurs fondements. Nous savons dรฉsormais que  ce que nous appelons les lois naturelles ne sont que des vรฉritรฉs statistiques et doivent  nรฉcessairement souffrir des exceptions. Nous n’avons pas pris suffisamment en  considรฉration le fait que nous avons besoin du laboratoire avec ses restrictions  draconiennes pour dรฉmontrer la validitรฉ invariable de la loi naturelle. Si nous laissons  faire la nature, nous avons un tableau bien diffรฉrent : dans tout processus, il y a une  interfรฉrence partielle ou totale d’un hasard, si bien que, dans des circonstances  naturelles, une suite d’รฉvรฉnements absolument conforme ร  des lois spรฉcifiques est  presque une exception.  

L’esprit chinois, tel que je le vois ร  l’ล“uvre dans le Yi-King, semble รชtre exclusivement  prรฉoccupรฉ de l’aspect fortuit des รฉvรฉnements. Ce que nous nommons coรฏncidences  semble รชtre le souci principal de ce genre d’esprits et ce que nous appelons causalitรฉ  passe presque inaperรงu. Nous devons admettre qu’il y a quelque chose ร  dire sur  l’รฉnorme importance du hasard. Une somme incalculable d’efforts humains est  directement employรฉe ร  combattre et ร  restreindre la nocivitรฉ ou le danger reprรฉsentรฉ  par le hasard. Des considรฉrations thรฉoriques de cause et d’effet semblent souvent pรขles  et poussiรฉreuses en comparaison des rรฉsultats pratiques du hasard. Il est trรจs bien de  dire que le cristal de quartz est un prisme hexagonal. La proposition est tout ร  fait vraie  dans la mesure oรน l’on envisage un cristal idรฉal. Mais dans la nature on ne trouve pas  deux cristaux identiques, bien que tous soient immanquablement hexagonaux. La forme  rรฉelle par contre semble attirer davantage le sage chinois que la forme idรฉale. Le rรฉseau  inextricable de lois naturelles constituant la rรฉalitรฉ empirique a plus d’importance pour  lui qu’une explication causale d’รฉvรฉnements qui doivent en outre รชtre sรฉparรฉs les uns  des autres pour qu’on puisse les รฉtudier convenablement.  

La maniรจre dont le Yi-King s’applique ร  considรฉrer la rรฉalitรฉ semble dรฉfavoriser nos  procรฉdures causales. Le moment rรฉellement observรฉ apparaรฎt davantage, dans la vision  de l’ancienne Chine, comme un coup de hasard que comme un rรฉsultat clairement dรฉfini  de processus de chaรฎnes causales concourantes. Le champ d’intรฉrรชt semble รชtre la  configuration formรฉe par les รฉvรฉnements fortuits au moment de l’observation et pas du  tout les raisons hypothรฉtiques qui entrent apparemment en ligne de compte pour la  coรฏncidence. Tandis que l’esprit occidental trie, pรจse, choisit, classe, isole avec soin, le  tableau chinois du moment embrasse tout, jusqu’au dรฉtail le plus mince et le plus  dรฉpourvu de sens, parce que le moment observรฉ est fait de tous les ingrรฉdients. 

Ainsi il advient que lorsqu’on jette les trois piรจces de monnaie, ou que l’on fait le  dรฉcompte des quarante-neuf baguettes d’achillรฉe, ces dรฉtails fortuits entrent dans le  tableau du moment observรฉ et en font partie โ€” une partie qui pour nous est  insignifiante, mais qui revรชt la plus haute signification pour l’esprit chinois. Pour nous,  ce serait une assertion banale et presque dรฉpourvue de sens (au moins  superficiellement) de dire que tout ce qui advient ร  un moment donnรฉ possรจde  inรฉvitablement la qualitรฉ particuliรจre de ce moment. Ce n’est pas lร  un argument  abstrait, mais une affirmation trรจs pratique. Il y a certains connaisseurs qui peuvent  vous dire, simplement d’aprรจs l’apparence, le goรปt et la tenue d’un vin, l’emplacement de  son vignoble et son annรฉe d’origine. Il existe des antiquaires qui vous nommeront, du  premier coup d’ล“il, avec une prรฉcision presque incroyable, l’รฉpoque, le lieu d’origine et  l’auteur d’un objet d’art ou d’un meuble. Il y a mรชme des astrologues qui peuvent vous  dire, sans connaรฎtre votre nativitรฉ, quelle รฉtait la position du soleil et de la lune et quel  signe du zodiaque se levait ร  l’horizon au moment de votre naissance. Face ร  de tels faits, il faut admettre que les moments peuvent laisser des traces durables.  

En d’autres termes, l’inventeur du Yi-King, quel qu’il ait pu รชtre, รฉtait convaincu que  l’hexagramme obtenu ร  un certain moment coรฏncidait avec ce dernier en qualitรฉ aussi  bien que chronologiquement. Pour lui, l’hexagramme รฉtait l’exposant du moment oรน il  รฉtait tracรฉ, et mรชme plus que ne pouvaient l’รชtre les heures de l’horloge et les divisions  du calendrier โ€” dans la mesure oรน l’hexagramme รฉtait entendu comme indiquant la  situation essentielle qui prรฉdominait au moment de son origine.  

Cette affirmation prรฉsuppose un certain principe curieux que j’ai nommรฉ synchronicitรฉ,  concept qui formule un point de vue diamรฉtralement opposรฉ au point de vue causal.  Puisque ce dernier est une vรฉritรฉ purement statistique et non absolue, c’est une sorte  d’hypothรจse de travail concernant la maniรจre dont les รฉvรฉnements sortent les uns des  autres, tandis que la synchronicitรฉ prend la coรฏncidence des รฉvรฉnements dans l’espace et  le temps comme signifiant plus qu’un pur hasard, ร  savoir une interdรฉpendance  particuliรจre d’รฉvรฉnements objectifs entre eux aussi bien qu’avec les รฉtats subjectifs  (psychiques) de l’observateur ou des observateurs.  

L’ancien esprit chinois contemple le cosmos d’une maniรจre comparable ร  celle du  physicien moderne, qui ne peut pas nier que son modรจle du monde soit une structure  nettement psychophysique. L’รฉvรฉnement microphysique inclut l’observateur tout  comme la rรฉalitรฉ sous-jacente au Yi-King comprend des conditions subjectives, c’est-ร  dire psychiques, dans la totalitรฉ de la situation du moment Tout comme la causalitรฉ  dรฉcrit la suite d’รฉvรฉnements, ainsi, pour l’esprit chinois, la synchronicitรฉ traite de la  coรฏncidence des รฉvรฉnements. Le point de vue causal nous raconte une histoire  dramatique sur la maniรจre dont D est venu ร  l’existence : il a tirรฉ son origine de C, qui  existait avant D, et C ร  son tour avait un pรจre, B, etc. De son cรดtรฉ la vision  synchronistique s’efforce de produire un tableau de coรฏncidence aussi rempli de  signification. Comment se fait-il que A’, B’, C’, D’, etc. apparaissent tous au mรชme  moment et au mรชme endroit ? Cela se produit tout d’abord parce que les รฉvรฉnements  physiques A’ et B’ sont de mรชme qualitรฉ que les รฉvรฉnements psychiques C’ et D’, et  ensuite parce que tous sont les exposants d’une seule et mรชme situation momentanรฉe.  Cette situation est considรฉrรฉe comme reprรฉsentant un tableau lisible et comprรฉhensible. 

Les soixante-quatre hexagrammes du Yi-King sont les instruments ร  l’aide desquels peut  รชtre dรฉterminรฉe la signification de soixante-quatre situations diffรฉrentes mais typiques.  Ces interprรฉtations sont รฉquivalentes ร  des explications causales. La connexion causale  est statistiquement nรฉcessaire et peut par suite รชtre soumise ร  l’expรฉrience. Dans la  mesure oรน les situations sont uniques et ne peuvent pas รชtre rรฉpรฉtรฉes, l’expรฉrimentation  dans le domaine de la synchronicitรฉ semble รชtre impossible dans des conditions  ordinaires (6). Dans le Yi-King, le seul critรจre de validitรฉ de la synchronicitรฉ est l’opinion  de l’observateur constatant que le texte de l’hexagramme correspond fidรจlement ร  sa  condition psychique. Il est admis que la chute des piรจces de monnaie ou le rรฉsultat de la  division des tiges d’achillรฉe est ce qu’il doit รชtre nรฉcessairement dans une ยซ situation ยป  donnรฉe, dans la mesure oรน tout ce qui survient au moment donnรฉ lui appartient comme  une partie indispensable du tableau. Si une poignรฉe d’allumettes est jetรฉe sur le  plancher, elles forment le dessin caractรฉristique de ce moment. Mais une vรฉritรฉ aussi  รฉvidente que celle-lร  ne rรฉvรจle sa nature signifiante que s’il est possible de lire le dessin  et de vรฉrifier son interprรฉtation, en partie grรขce ร  la connaissance qu’a l’observateur de  la situation subjective et objective, en partie par le caractรจre des รฉvรฉnements  subsรฉquents. Ce n’est manifestement pas une procรฉdure attrayante pour un esprit  critique habituรฉ ร  la vรฉrification expรฉrimentale de faits ou ร  l’รฉvidence concrรจte. Mais  pour quelqu’un qui aime regarder le monde sous l’angle qui รฉtait celui de l’ancienne  Chine, le Yi-King peut avoir un certain attrait.  

Mon argumentation, telle que je viens de l’exposer, n’est รฉvidemment jamais entrรฉe dans  un esprit chinois. Au contraire, selon les anciennes traditions, ce sont des ยซ influences  spirituelles ยป agissant d’une maniรจre mystรฉrieuse qui font que les tiges d’achillรฉe  donnent une rรฉponse signifiante (7). Ces puissances forment en quelque sorte l’รขme  vivante du livre. Comme celui-ci est une sorte d’รชtre animรฉ, la tradition affirme que l’on  peut poser des questions au Yi-King et s’attendre ร  recevoir des rรฉponses intelligentes.  C’est ainsi qu’il m’est venu ร  l’esprit que le lecteur non initiรฉ pourrait รชtre intรฉressรฉ en  voyant le Yi-King ร  l’ล“uvre. A cette fin j’ai fait une expรฉrience correspondant fidรจlement  ร  la conception chinoise : j’ai, en un sens, personnifiรฉ le Livre en demandant son  jugement sur sa situation actuelle, c’est-ร -dire mon intention de le prรฉsenter ร  l’esprit  occidental.  

Bien que cette maniรจre de faire soit parfaitement conforme aux prรฉmisses de la  philosophie taoรฏste, elle nous apparaรฎt comme par trop extravagante. Pourtant je n’ai  jamais รฉtรฉ choquรฉ par l’รฉtrangetรฉ des illusions pathologiques ou des superstitions  primitives. Je me suis toujours efforcรฉ de demeurer l’esprit libre et curieux โ€” rerum  novarum cupidus. Pourquoi ne pas tenter un dialogue avec un ancien livre qui se dรฉclare  animรฉ ? Il ne peut y avoir de mal ร  cela, et le lecteur peut ainsi observer une procรฉdure  psychologique qui a รฉtรฉ utilisรฉe d’รขge en รขge ร  travers les millรฉnaires de la civilisation  chinoise, reprรฉsentant pour un Confucius et un Lao-Tseu ร  la fois une expression  suprรชme d’autoritรฉ spirituelle et une รฉnigme philosophique. J’ai utilisรฉ la mรฉthode des  piรจces et la rรฉponse obtenue a รฉtรฉ l’hexagramme 50, Ting, le ยซ Chaudron ยป.  

Conformรฉment ร  la maniรจre dont ma question รฉtait posรฉe, le texte de l’hexagramme doit  รชtre considรฉrรฉ comme formรฉ de paroles prononcรฉes par le Yi-King lui-mรชme. Le livre se  dรฉcrit ainsi comme un chaudron (Ting), c’est-ร -dire un vase rituel contenant des  aliments cuits. Par aliments il faut entendre ici une nourriture spirituelle. Wilhelm dit ร   ce propos : ยซ Le chaudron, en tant que rรฉalisation d’une civilisation raffinรฉe (8), รฉvoque les soins et l’alimentation prodiguรฉs aux hommes de valeur, soins qui tournent au bien  du peuple […] C’est le tableau de la civilisation qui culmine dans la religion. Le chaudron  sert aux sacrifices divins […] La manifestation suprรชme de Dieu se trouve dans les  prophรจtes et les saints. Honorer ceux-ci est la maniรจre vรฉritable d’honorer Dieu. La  volontรฉ de Dieu qui se rรฉvรจle ร  travers eux doit รชtre accueillie avec humilitรฉ. ยป  

Demeurant fidรจles ร  notre hypothรจse, nous devons conclure que le Yi-King rend ici  tรฉmoignage de lui-mรชme.  

Lorsqu’un trait d’un hexagramme donnรฉ correspond ร  un six ou ร  un neuf, cela veut dire  qu’il est mis tout spรฉcialement en relief et qu’il est donc particuliรจrement important  pour l’interprรฉtation. Dans mon hexagramme les ยซ influences spirituelles ยป ont mis en  relief, ร  l’aide d’un neuf, les traits situรฉs ร  la deuxiรจme et ร  la troisiรจme place. Le texte  dit :  

ยซ Neuf ร  la deuxiรจme place signifie : Dans le chaudron il y a des aliments. Mes  compagnons sont envieux, mais ils ne peuvent rien contre moi. Fortune. ยป  

Ainsi le Yi-King dit de lui-mรชme : ยซ Je contiens de la nourriture (spirituelle). ยป Le fait  d’avoir part ร  quelque chose de grand excite l’envie et c’est pourquoi le chล“ur des  envieux est inclus dans le tableau. Les envieux (9) veulent dรฉpouiller le Yi-King des  grands biens qu’il possรจde, c’est-ร -dire le dรฉpouiller de sa signification, dรฉtruire cette  signification. Mais leur hostilitรฉ est vaine. Sa richesse de sens est assurรฉe : il est  convaincu de ses vertus positives que nul ne peut lui รดter.  

Le texte poursuit :  

ยซ Neuf ร  la troisiรจme place signifie : L’anse du chaudron est changรฉe. On est  entravรฉ dans sa conduite. La graisse du faisan n’est pas mangรฉe. Dรจs que la pluie  se met ร  tomber le remords s’efface. A la fin vient la fortune. ยป  

L’anse (allemand Griff) est la partie par laquelle le chaudron peut รชtre saisi (gegriffen).  Elle signifie donc le concept (Begriff) que l’on aura du Yi-King (le Ting) (10). Dans le  cours du temps cette idรฉe semble avoir changรฉ au point qu’aujourd’hui nous ne pouvons  plus saisir le Yi-King. Ainsi ยซ on est entravรฉ dans sa conduite ยป. Nous n’avons plus le  soutien du sage conseil et du savoir profond et pรฉnรฉtrant de l’oracle ; c’est pourquoi  nous ne trouvons plus notre chemin dans le labyrinthe du destin et les obscuritรฉs de  notre propre nature. La graisse du faisan, c’est-ร -dire la partie la meilleure et la plus  riche d’un mets exquis, n’est plus mangรฉe. Mais lorsqu’ร  la fin la terre reรงoit ร  nouveau la  pluie, c’est-ร -dire lorsque cet รฉtat de disette a รฉtรฉ surmontรฉ, le remords, c’est-ร -dire le  chagrin causรฉ par la perte de la sagesse, s’รฉvanouit, et alors se prรฉsente l’occasion tant  attendue. Wilhelm commente : ยซ Par lร  est dรฉsignรฉ un homme qui, ร  une รฉpoque de  haute civilisation, se trouve ร  un poste oรน nul ne le reconnaรฎt et ne prรชte attention ร  lui.  C’est lร  pour son action un obstacle considรฉrable. ยป Le Yi-King se plaint pour ainsi dire de  voir que ses excellentes qualitรฉs ne sont pas reconnues, et, par suite, demeurent en  friche. Il se console par l’espoir qu’il va acquรฉrir une nouvelle considรฉration.  

La rรฉponse donnรฉe dans ces deux traits saillants ร  la question que j’avais posรฉe ne  requiert aucune subtilitรฉ spรฉciale d’interprรฉtation, aucun sacrifice, aucune connaissance extraordinaire. N’importe qui, ร  condition d’รชtre dotรฉ seulement d’un peu de bon sens,  peut comprendre la signification de la rรฉponse ; ce sont les propos de quelqu’un qui a  une bonne opinion de lui-mรชme, mais dont la valeur n’est reconnue ni d’une faรงon  gรฉnรฉrale, ni mรชme jusqu’ร  un certain point. Le sujet qui rรฉpond a de lui-mรชme une  notion intรฉressante : il se regarde comme un vase dans lequel des offrandes sacrificielles  sont prรฉsentรฉes aux dieux en aliments rituels destinรฉs ร  les nourrir. Il voit en lui-mรชme  un ustensile cultuel servant ร  prรฉparer la nourriture spirituelle pour les puissances ou  les รฉlรฉments inconscients (les ยซ influences spirituelles ยป) qui ont รฉtรฉ projetรฉs sous forme  de divinitรฉs, en d’autres termes, ร  donner ร  ces puissances l’attention dont elles ont  besoin pour jouer leur rรดle dans la vie de l’individu. C’est lร , en fait, la signification  primitive du mot religio qui veut dire : ยซ observer attentivement, prendre en  considรฉration un facteur numineux ยป (de religere) (11).  

La mรฉthode du Yi-King tient compte effectivement de la qualitรฉ individuelle cachรฉe dans  les choses et les hommes et aussi dans l’essence inconsciente de chacun. J’ai questionnรฉ  le Yi-King comme on questionne une personne que l’on s’apprรชte ร  prรฉsenter ร  des  amis : on lui demande si cela lui sera agrรฉable ou non. En rรฉponse, le Yi-King me parle de  sa signification religieuse, de l’ignorance et du mรฉpris dans lequel il est actuellement  tenu, de son espoir d’รชtre rรฉtabli ร  une place d’honneur โ€” avec, รฉvidemment, un clin  d’ล“il vers mon projet de prรฉface (12), et, surtout, vers la traduction anglaise. Cela paraรฎt  constituer une rรฉaction parfaitement comprรฉhensible, telle qu’on pourrait l’escompter  d’une personne dans une situation semblable.  

Mais comment cette rรฉaction a-t-elle รฉtรฉ dรฉclenchรฉe ? Je l’ai provoquรฉe en jetant en l’air  trois petites piรฉcettes et en les laissant retomber, rouler, s’immobiliser, cรดtรฉ pile ou cรดtรฉ  face, comme en avait dรฉcidรฉ le hasard. Ce fait รฉtrange qu’une rรฉaction productrice de  sens naisse d’une technique excluant apparemment toute signification depuis le dรฉbut  est le grand titre de gloire du Yi-King. L’exemple que je viens de donner n’est pas  unique : les rรฉponses sensรฉes sont la rรจgle. Les sinologues occidentaux et de distinguรฉs  รฉrudits chinois se sont donnรฉ du mal pour m’informer que le Yi-King est une collection  dรฉsuรจte de ยซ formules magiques ยป. Au cours de ces conversations, mon informateur a  parfois admis qu’il avait consultรฉ l’oracle par l’intermรฉdiaire d’un devin, ordinairement  un prรชtre taoรฏste. Cela ne pouvait รชtre, naturellement, qu’ยซ absurditรฉ ยป. Mais, assez  curieusement, la rรฉponse obtenue paraissait coรฏncider de faรงon remarquable avec la  tache aveugle du psychisme du questionneur.  

J’accorde ร  la pensรฉe occidentale que n’importe laquelle des soixante-quatre rรฉponses ร   ma question รฉtait possible et, assurรฉment, je ne puis avancer qu’une autre rรฉponse n’eรปt  รฉtรฉ รฉgalement significative. Toutefois celle que j’ai reรงue a รฉtรฉ la premiรจre et la seule ;  nous ne savons rien d’autres rรฉponses possibles. Celle-ci m’a plu et m’a satisfait. Poser la  mรชme question une seconde fois eรปt รฉtรฉ un manque de tact ; aussi ai-je รฉvitรฉ de le faire :  ยซ Le maรฎtre ne parle qu’une fois. ยป Je tiens pour anathรจme la pesante et maladroite  mรฉthode pรฉdagogique qui tente d’ajuster des phรฉnomรจnes irrationnels ร  un modรจle  rationnel prรฉconรงu. En fait, des donnรฉes telles que cette rรฉponse doivent demeurer  comme elles รฉtaient quand elles ont pour la premiรจre fois รฉmergรฉ pour s’offrir ร  la vue,  car ce n’est qu’alors que nous savons ce que fait la nature lorsqu’elle est laissรฉe ร  elle mรชme sans รชtre troublรฉe par l’action brouillonne de l’homme. On ne doit pas aller vers  des cadavres pour รฉtudier la vie. De plus, une rรฉpรฉtition de l’expรฉrience est impossible pour la simple raison que la situation originelle ne peut รชtre rรฉtablie. Et c’est pourquoi il  n’y a dans chaque cas qu’une premiรจre et unique rรฉponse.  

Pour en revenir ร  l’hexagramme lui-mรชme, il n’y a rien d’รฉtrange ร  ce que tout ce qui  concerne le Ting, le ยซ Chaudron ยป, amplifie les thรจmes annoncรฉs par les deux traits  saillants. La premiรจre ligne de l’hexagramme dit :  

ยซ Un chaudron aux pieds retournรฉs. Avantageux pour รดter le rรฉsidu. On prend  une concubine pour l’amour de son fils. Pas de blรขme. ยป  

On ne se sert pas d’un ting retournรฉ. Le Yi-King est donc un chaudron inutilisรฉ. Le  retourner sert ร  enlever les matiรจres coagulรฉes, ainsi que le dit la sentence  accompagnant le trait. Tout comme un homme prend une concubine quand sa femme  n’a pas d’enfant, on fait appel au Yi-King quand on ne voit plus d’autre moyen de se tirer  d’affaire. En dรฉpit du statut quasi lรฉgal dont elle jouit en Chine, la concubine est en  rรฉalitรฉ un pis-aller assez fรขcheux. De mรชme la vertu magique de l’oracle est un expรฉdient  qui peut รชtre utilisรฉ en vue d’un but supรฉrieur. Cela n’entraรฎne pas de blรขme, bien qu’il  s’agisse d’un recours exceptionnel.  

Le deuxiรจme et le troisiรจme trait ont รฉtรฉ examinรฉs. Le quatriรจme trait dรฉclare :  

ยซ Les pieds du chaudron se brisent. Le repas du prince est rรฉpandu et sa  personne est salie. Infortune. ยป  

Ici le chaudron a รฉtรฉ mis en usage, mais, ร  l’รฉvidence, d’une faรงon trรจs maladroite, c’est ร -dire que l’on a abusรฉ de l’oracle ou qu’on l’a mal interprรฉtรฉ. Ainsi la nourriture divine  est perdue et l’on encourt l’humiliation. Legge traduit : ยซ Its subject will be made to blush  for shame ยป (ยซ son sujet sera conduit ร  rougir de honte ยป). Abuser d’un ustensile du culte  tel que le chaudron (c’est-ร -dire le Yi-King) est une grande profanation. Le Yi-King insiste รฉvidemment ici sur sa dignitรฉ de vase rituel et proteste contre l’usage profane  que l’on peut faire de lui.  

Le cinquiรจme trait dit :  

ยซ Le chaudron a une anse jaune, des anneaux d’or. La persรฉvรฉrance est  avantageuse. ยป  

Le Yi-King a, semble-t-il, rencontrรฉ une comprรฉhension nouvelle, correcte (jaune,  couleur du milieu), c’est-ร -dire une nouvelle conception grรขce ร  laquelle il peut รชtre  saisi. Cette conception est convenable (dorรฉe). De fait, une nouvelle รฉdition en anglais va  rendre le livre plus accessible ร  l’Occident qu’il ne l’รฉtait auparavant.  

Le sixiรจme trait dit :  

ยซ Le chaudron a des anneaux de jade. Grande fortune. Rien qui ne soit  avantageux. ยป  

Le jade se distingue par sa beautรฉ et la douceur de son รฉclat. Si les anneaux qui servent ร   porter le chaudron sont de jade, le vase tout entier se trouve rehaussรฉ en dignitรฉ et en valeur. Ici la faรงon qu’a le Yi-King de s’exprimer ne traduit pas seulement un grand  contentement, mais aussi, en fait, beaucoup d’optimisme. On ne peut qu’attendre les  รฉvรฉnements et, dans l’intervalle, demeurer satisfait de l’agrรฉable conclusion que le Yi King approuve sa nouvelle รฉdition.  

J’ai montrรฉ par cet exemple, aussi objectivement que j’ai pu, comment procรจde l’oracle  dans un cas donnรฉ. Naturellement la maniรจre de faire varie quelque peu suivant la faรงon  dont la question est posรฉe. Si par exemple une personne se trouve elle-mรชme dans une  situation pleine de confusion, c’est elle qui semblera parler dans l’oracle. Ou bien, si la  question concerne une relation avec une autre personne, celle-ci pourra apparaรฎtre  comme ayant la parole. Cependant l’identitรฉ de celui qui parle ne dรฉpend pas seulement  de la maniรจre dont la question est formulรฉe, รฉtant donnรฉ que nos relations avec notre  prochain ne sont pas toujours dรฉterminรฉes par ce dernier. Trรจs souvent nos relations  dรฉpendent presque exclusivement de notre attitude, bien que ce fait puisse demeurer  totalement inaperรงu de nous. C’est pourquoi si un individu est inconscient de son rรดle  dans une relation, le Yi-King peut lui rรฉserver une grande surprise : contrairement ร  son  attente, il pourra apparaรฎtre lui-mรชme comme l’agent principal, ainsi que le texte  l’indique parfois sans mรฉprise possible. Il peut se faire aussi que nous prenions une  situation trop ร  cล“ur et la considรฉrions comme trรจs importante, tandis que la rรฉponse  obtenue en consultant le Yi-King attire l’attention sur un autre aspect inattendu qui รฉtait  implicitement inclus dans la question. De tels exemples peuvent conduire ร  penser ร   premiรจre vue que l’oracle est menteur. On rapporte que Confucius n’aurait reรงu qu’une  rรฉponse inappropriรฉe : l’hexagramme 22, la ยซ Grรขce ยป, qui est purement esthรฉtique. Ce  trait รฉvoque l’avis donnรฉ ร  Socrate par son daรฏmon : ยซ Tu devrais t’exercer ร  la  musique ยป, sur quoi Socrate se mit ร  jouer de la flรปte. Confucius et Socrate se disputent la  palme comme types d’attitude raisonnable et pรฉdagogique face ร  la vie ; mais il est  improbable que l’un ou l’autre se soit occupรฉ de ยซ donner de la grรขce ร  sa barbe ยป,  comme le dit le deuxiรจme trait de cet hexagramme. Malheureusement la raison et la  pรฉdagogie manquent souvent de charme et de grรขce, si bien qu’aprรจs tout l’oracle a pu  ne pas se tromper.  

Mais revenons ร  notre hexagramme. Bien que le Yi-King ne se contente pas de se  montrer satisfait de sa nouvelle รฉdition, mais manifeste en outre un optimisme puissant,  il ne prรฉdit encore rien de l’effet qu’il exercera sur le public qu’il se propose d’atteindre.  Comme nous avons, dans notre hexagramme, deux traits soulignรฉs par la valeur  numรฉrique 9, nous sommes en mesure de dรฉcouvrir quelle sorte de pronostic le Yi-King formule ร  son propre sujet. Les traits dรฉsignรฉs par un six ou un neuf sont dotรฉs, suivant  l’antique conception, d’une tension interne si grande qu’elle les fait se transformer dans  leurs opposรฉs, Yang en Yin et vice versa. Ce changement nous donne dans le cas prรฉsent  l’hexagramme 35, Tsin le ยซ Progrรจs ยป.  

Le sujet de cet hexagramme est quelqu’un qui traverse toutes sortes de vicissitudes dans  son effort vers le haut, et le texte dรฉcrit la maniรจre dont il doit se comporter. Le Yi-King est dans la mรชme situation : il se lรจve ยซ comme le soleil ยป et ยซ se manifeste ยป, mais ยซ il est  repoussรฉ ยป et ยซ ne rencontre pas de confiance ยป, il ยซ progresse, mais dans la tristesse ยป.  Pourtant ยซ on reรงoit un grand bonheur de son aรฏeule ยป. La psychologie peut nous aider ร   รฉlucider ce passage obscur. Dans les rรชves et les contes de fรฉes, la grand-mรจre ou aรฏeule  reprรฉsente souvent l’inconscient parce que ce dernier, chez l’homme, contient la  composante fรฉminine de la psychรฉ. Si le Yi-King n’est pas acceptรฉ par le conscient, du moins l’inconscient le rencontre ร  mi-chemin, car le Yi-King est reliรฉ de plus prรจs ร   l’inconscient qu’ร  l’attitude rationnelle du conscient. Puisque l’inconscient est souvent  reprรฉsentรฉ dans les rรชves par une figure fรฉminine, cela peut constituer l’explication de  notre sentence. La personne fรฉminine peut รชtre la traductrice (13) qui a prodiguรฉ au  livre ses soins maternels, et cela pourrait fort bien apparaรฎtre au Yi-King comme un  ยซ grand bonheur ยป. Il prรฉvoit une comprรฉhension gรฉnรฉrale, mais craint un mauvais  usage : ยซ Progressant comme une marmotte. ยป Mais il se rรฉpรจte l’avertissement : ยซ Ne  prends pas le gain et la perte ร  cล“ur. ยป Il demeure libre de ยซ prรฉoccupations partisanes ยป.  Il ne compte sur personne.  

Ainsi le Yi-King envisage calmement son avenir sur le marchรฉ amรฉricain et s’exprime ร   ce sujet comme le ferait n’importe quelle personne sensรฉe en face de l’avenir d’un livre  si sujet ร  controverse. La prรฉdiction obtenue par le jet fortuit de piรจces est si raisonnable  et si remplie de sens commun qu’il serait difficile de songer ร  une rรฉponse plus juste.  

Tout cela est survenu avant que j’aie รฉcrit les paragraphes prรฉcรฉdents. Arrivรฉ ร  ce point,  j’ai souhaitรฉ connaรฎtre l’attitude du Yi-King face ร  la situation nouvelle. L’รฉtat de choses  avait รฉtรฉ modifiรฉ par ce que j’avais รฉcrit, dans la mesure oรน j’รฉtais dรฉsormais moi-mรชme  

entrรฉ en scรจne et j’attendais par suite que l’on me dise quelque chose se rapportant ร  ma  propre action. Je dois avouer que je ne m’รฉtais pas senti trรจs ร  l’aise en รฉcrivant cette  prรฉface, car, en tant que personne consciente de sa responsabilitรฉ scientifique, je n’ai pas  pour habitude d’affirmer quelque chose que je ne puisse prouver, ou tout au moins  prรฉsenter comme acceptable par la raison. C’est une tรขche pleine d’incertitude que de  proposer ร  un public moderne une collection de ยซ formules magiques ยป avec l’idรฉe de les  rendre plus ou moins acceptables. Je l’ai entreprise parce que je pense personnellement  qu’il y a dans l’ancienne maniรจre de penser chinoise plus que le regard n’en discerne au  premier abord. Cependant je suis embarrassรฉ d’avoir ร  faire appel ร  la bonne volontรฉ et  ร  l’imagination du lecteur, en tant que je dois l’introduire dans l’obscuritรฉ d’un rituel  magique d’รขge vรฉnรฉrable. Je ne suis malheureusement que trop conscient des arguments  que l’on peut utiliser contre lui. Nous ne sommes mรชme pas certains que le navire qui  doit nous mener sur des mers inconnues ne fait pas eau en quelque endroit. Le vieux  texte ne peut-il pas รชtre corrompu ? La traduction de Wilhelm est-elle fidรจle ? Ne nous  sommes-nous pas abusรฉs nous-mรชmes dans nos explications ?  

D’un bout ร  l’autre de l’ouvrage, le Yi-King insiste sur la connaissance de soi. La mรฉthode  suivant laquelle ce rรฉsultat doit รชtre obtenu ouvre la voie ร  toutes sortes d’abus, et elle  n’est donc pas faite pour des esprits frivoles ou manquants de maturitรฉ ; elle n’est pas  non plus destinรฉe aux intellectualistes et aux rationalistes. Elle ne convient qu’ร  des gens  de pensรฉe et de rรฉflexion qui aiment ร  mรฉditer sur ce qu’ils font et sur ce qui leur arrive,  tendance qu’il ne faut pas confondre avec la rumination morbide de l’hypocondriaque.  Comme je l’ai indiquรฉ plus haut, je n’ai pas de rรฉponse ร  apporter ร  la multitude des  problรจmes qui se prรฉsentent lorsque nous cherchons ร  harmoniser l’oracle du Yi-King avec nos canons scientifiques reรงus. Mais; inutile de le dire, point n’est besoin  d’introduire des facteurs ยซ occultes ยป. Ma position en cette matiรจre est pragmatique, et  les grandes disciplines qui m’ont enseignรฉ l’utilitรฉ pratique de ce point de vue sont la  psychothรฉrapie et la psychologie mรฉdicale. Il n’est sans doute aucun autre domaine oรน  nous devions compter avec tant de grandeurs inconnues et nulle part ailleurs nous ne  nous habituons ร  ce point ร  adopter des mรฉthodes dont l’efficacitรฉ est indรฉniable lors  mรชme que nous en ignorons longtemps le mode d’action. Des cures inattendues peuvent naรฎtre de thรฉrapies discutables, et des mรฉthodes rรฉputรฉes dignes de confiance peuvent  conduire ร  des รฉchecs surprenants. Dans l’exploration de l’inconscient nous tombons sur  des choses รฉtranges dont le rationaliste se dรฉtourne avec horreur, prรฉtendant aprรจs  coup qu’il n’avait rien vu du tout. La plรฉnitude irrationnelle de la vie m’a appris ร  ne  jamais rien rejeter, mรชme si cela va contre nos thรฉories (lesquelles, en mettant les  choses au mieux, ont une existence si brรจve !), ou n’admet par ailleurs aucune  explication immรฉdiate. Cela est รฉvidemment inquiรฉtant et il n’est pas certain que la  boussole indique la bonne direction ; mais la sรฉcuritรฉ, la certitude, la tranquillitรฉ ne  conduisent pas ร  des dรฉcouvertes. Il en va de mรชme du mode chinois de divination.  Manifestement la mรฉthode mรจne ร  la connaissance de soi, bien qu’ร  toutes les รฉpoques  on en ait รฉgalement fait un usage superstitieux.  

Je suis, bien entendu, pleinement convaincu de la valeur de la connaissance de soi, mais  est-il bien utile de recommander un tel savoir, quand ร  travers tous les siรจcles les  hommes les plus sages en ont prรชchรฉ sans succรจs la nรฉcessitรฉ ? Mรชme pour l’ล“il le plus  bigle, il est รฉvident que ce livre reprรฉsente une longue exhortation ร  scruter  soigneusement notre caractรจre, nos attitudes, nos mobiles. Cette disposition trouve en  moi une rรฉsonance et m’a incitรฉ ร  entreprendre cette prรฉface.  

Jusque-lร  je ne m’รฉtais exprimรฉ qu’une seule fois ร  l’รฉgard du problรจme du Yi-King :  c’รฉtait dans un hommage ร  la mรฉmoire de Richard Wilhelm (14). Le reste du temps  j’avais observรฉ un silence plein de discrรฉtion. Il n’est nullement facile d’entrer dans une  mentalitรฉ aussi lointaine et aussi mystรฉrieuse que celle dont รฉmane le Yi-King. On ne  peut guรจre d’autre part traiter par le mรฉpris de grands esprits comme Confucius et Lao  Tseu, si l’on est capable d’apprรฉcier la qualitรฉ des pensรฉes qu’ils reprรฉsentent. On peut  encore moins omettre de voir que le Yi-King fut leur principale source d’inspiration. Je  sais que je n’aurais pas osรฉ, dans le passรฉ, m’exprimer de faรงon si explicite en une  matiรจre si incertaine. Je prends ce risque parce que je suis maintenant dans ma huitiรจme  dรฉcennie et que les opinions changeantes des hommes ne m’impressionnent plus : les  pensรฉes des vieux maรฎtres ont pour moi plus de valeur que les prรฉjugรฉs philosophiques  de l’esprit occidental.  

Il ne me plaรฎt guรจre d’encombrer mon lecteur de considรฉrations personnelles, mais,  comme je l’ai dรฉjร  dit, notre propre personnalitรฉ est souvent impliquรฉe dans la rรฉponse  de l’oracle. En fait, en formulant ma question, j’invitais moi-mรชme l’oracle ร  commenter  directement mon action. La rรฉponse fut l’hexagramme : ยซ insondable ยป, lโ€™ ยซ abรฎme ยป  (K’an). L’accent est spรฉcialement mis sur le troisiรจme trait, du fait qu’il est dรฉsignรฉ par  un six. Il dit :  

ยซ Devant et derriรจre, abรฎme sur abรฎme. Dans un tel danger, fais d’abord une pause.  Sinon tu tomberas dans un gouffre, dans l’abรฎme. N’agis pas ainsi. ยป  

Naguรจre, j’aurais acceptรฉ inconditionnellement l’avis : ยซ N’agis pas ainsi ยป et j’aurais  refusรฉ de donner mon opinion sur le Yi-King pour la simple raison que je n’en avais pas.  Mais, ร  prรฉsent, le conseil peut servir d’exemple ร  la maniรจre dont fonctionne le Livre.  C’est un fait que, si l’on se met ร  rรฉflรฉchir ร  leur sujet, les problรจmes du Yi-King reprรฉsentent bien ยซ abรฎme sur abรฎme ยป et on doit inรฉvitablement ยซ faire d’abord une  pause ยป au milieu des pรฉrils d’une spรฉculation sans limite et sans critique ; sinon, on  perdra effectivement sa route dans les tรฉnรจbres. Peut-il y avoir une position intellectuelle moins confortable que de flotter dans l’air tรฉnu de possibilitรฉs sans  preuves, sans savoir si ce que l’on voit est vรฉritรฉ ou illusion ? Telle est l’atmosphรจre du  Yi-King; elle ressemble ร  celle d’un rรชve et il n’y a en elle rien sur quoi l’on puisse  compter, sauf le jugement personnel, qui est si faillible ! Je dois admettre que la sentence  รฉnoncรฉe reprรฉsente de faรงon adรฉquate l’รฉtat d’esprit dans lequel je me trouvais en  รฉcrivant les prรฉcรฉdents paragraphes. Tout aussi appropriรฉ est le dรฉbut rรฉconfortant de  l’hexagramme : ยซ Si tu es sincรจre, tu possรจdes le succรจs dans ton cล“ur ยป, car il indique  qu’ici le facteur dรฉcisif n’est pas le danger extรฉrieur, mais la condition subjective, c’est-ร  dire le fait que l’on s’estime ยซ sincรจre ยป ou non.  

L’hexagramme compare l’action dynamique dans cette situation ร  l’attitude de l’eau  courante qui n’a peur d’aucun endroit dangereux, mais se prรฉcipite du haut des roches  abruptes et remplit les creux qui se trouvent sur son cours. C’est la maniรจre dont  l’ยซ homme noble ยป agit et ยซ exerce la fonction de l’enseignement ยป.  

K’an, l’ยซ Insondable ยป, est dรฉcidรฉment l’un des hexagrammes les moins agrรฉables. Il  dรฉcrit une situation dans laquelle le sujet semble se trouver en grand danger d’รชtre  capturรฉ dans toutes sortes de gouffres. Tout comme, lors de l’interprรฉtation d’un rรชve, il  faut suivre le texte du rรชve avec l’exactitude la plus rigoureuse, de mรชme on doit, en  consultant l’oracle, garder ร  l’esprit la forme de la question posรฉe, car ainsi se trouvent  dรฉfinies les limites de l’interprรฉtation de la rรฉponse.  

Le premier trait de l’hexagramme note la prรฉsence du danger : ยซ Dans l’abรฎme on tombe  dans un gouffre. ยป Le deuxiรจme trait fait de mรชme et ajoute le conseil : ยซ On doit  seulement s’efforcer d’atteindre de petites choses. ยป J’ai apparemment suivi d’avance cet  avis en me bornant dans cette prรฉface ร  montrer la maniรจre dont le Yi-King fonctionne  dans l’esprit chinois et en renonรงant au projet plus ambitieux d’รฉcrire un commentaire  psychologique sur le livre tout entier.  

Le quatriรจme trait :  

ยซ Une cruche de vin, un bol de riz avec des vases de terre simplement tendus par  la fenรชtre. Il n’y a certainement pas de blรขme ร  cela. ยป  

Wilhelm commente en ces termes : ยซ Suivant la coutume, il est d’usage qu’avant d’รชtre  engagรฉ, un fonctionnaire prรฉsente des cadeaux d’introduction et des recommandations.  Ici tout est simplifiรฉ ร  l’extrรชme. Les prรฉsents sont maigres : il n’y a personne pour  recommander le candidat, celui-ci se prรฉsente seul et pourtant il n’a pas ร  rougir s’il a  seulement en vue le dessein honorable d’une aide dans le danger. ยป Le livre paraรฎt รชtre  jusqu’ร  un certain point le sujet de cette rรฉponse.  

Le cinquiรจme trait dรฉveloppe le thรจme de la limitation. Si l’on รฉtudie la nature de l’eau,  on voit qu’elle ne remplit un creux que jusqu’au bord et continue ensuite de s’รฉcouler.  Elle n’y reste pas prise :  

ยซ L’abรฎme n’est pas rempli ร  dรฉborder, il est seulement rempli jusqu’au bord. ยป  

Mais si, tentรฉ par le danger et ร  cause prรฉcisรฉment de l’incertitude, on voulait insister et  forcer la conviction par des efforts supplรฉmentaires, tels que des commentaires รฉlaborรฉs et autres choses semblables, on ne ferait que s’empรชtrer dans les difficultรฉs que le trait  supรฉrieur dรฉcrit comme une situation ligotรฉe et emmurรฉe. En fait, le dernier trait  montre souvent les consรฉquences qui apparaissent lorsqu’on ne prend pas au sรฉrieux la  signification de l’hexagramme.  

Dans notre rรฉponse nous avons un six ร  la troisiรจme place. Le trait yin de tension  croissante se change en un trait yang et produit ainsi un nouvel hexagramme montrant une possibilitรฉ ou une tendance nouvelle. Nous avons maintenant l’hexagramme 48,  Tsing, le ยซ Puits ยป. Le creux rempli d’eau ne signifie plus dรฉsormais un danger, mais  plutรดt quelque chose de bรฉnรฉfique, un puits, une fontaine :  

ยซ Ainsi l’homme noble encourage le peuple au travail et l’exhorte ร  l’aide  mutuelle. ยป  

L’image des gens s’aidant mutuellement paraรฎt se rรฉfรฉrer ร  la reconstruction du puits,  car il est dรฉmoli et plein de vase. Les animaux eux-mรชmes n’y boivent pas. Des poissons  y vivent et on peut les capturer, mais le puits n’est pas utilisรฉ pour boire, c’est-ร -dire  pour les besoins de l’homme. Cette description rappelle le ting, le chaudron retournรฉ et  inutilisรฉ qui doit recevoir une nouvelle anse. En outre, ยซ ce puits (comme le chaudron)  est rรฉcurรฉ, mais on ne boit pas de son eau ยป :  

ยซ C’est le chagrin de mon cล“ur, car on pourrait y puiser. ยป  

Le dangereux trou d’eau ou abรฎme dรฉsignait le Yi-King et il en va de mรชme du puits, mais  celui-ci a un sens positif : il contient les eaux vives. Il faut le restaurer pour qu’il serve.  Mais on n’a pas de concept (15) ร  son sujet, pas d’ustensile pour transporter l’eau : la  cruche est brisรฉe et fuit. Le chaudron a besoin d’anses et d’anneaux neufs qui permettent  de le saisir, et de mรชme le puits demande ร  รชtre maรงonnรฉ ร  nouveau, car il contient une  ยซ source claire et fraรฎche dont on peut boire ยป. On peut en tirer de l’eau, car ยซ on peut se  fier ร  lui ยป.  

Il est clair que le sujet qui formule ce pronostic est encore le Yi-King qui se prรฉsente  comme une fontaine d’eau vive. L’hexagramme prรฉcรฉdent dรฉcrivait en dรฉtail le danger  encouru par celui qui tombe accidentellement dans le puits, ร  l’intรฉrieur de l’abรฎme. Il  doit travailler ร  en sortir, afin de dรฉcouvrir que c’est un vieux puits en ruine, enseveli  dans la vase, mais susceptible d’รชtre restaurรฉ pour servir ร  nouveau.  

J’ai soumis deux questions ร  une mรฉthode fondรฉe sur le hasard, l’oracle des piรจces de  monnaie, la seconde de ces questions ayant รฉtรฉ posรฉe aprรจs que j’eus รฉcrit mon analyse  de la rรฉponse ร  la premiรจre.  

La premiรจre question รฉtait en quelque sorte adressรฉe au Yi-King : qu’avait-il ร  dire sur  mon action, c’est-ร -dire sur la situation oรน j’รฉtais l’acteur, situation que vint dรฉcrire le  premier hexagramme que j’obtins ? Le Yi-King m’a rรฉpondu en se comparant ร  un  chaudron, ร  un vase rituel qui demandait ร  รชtre rรฉnovรฉ et ne trouvait qu’une faveur  douteuse auprรจs du public. La rรฉponse ร  la seconde question fut que j’รฉtais tombรฉ dans  une difficultรฉ, car le Yi-King reprรฉsentait un trou d’eau profond et dangereux dans lequel  on pouvait facilement s’embourber. Toutefois, le trou d’eau se rรฉvรฉla รชtre un vieux puits  qui n’avait besoin que d’รชtre rรฉnovรฉ pour pouvoir servir encore. 

Les quatre hexagrammes sont pour l’essentiel cohรฉrents en ce qui concerne le thรจme  (vase, gouffre, puits) et, au point de vue du contenu intellectuel, ils paraissent รชtre dotรฉs  de sens. Si un รชtre humain m’avait tenu de tels propos, j’aurais dรป, en tant que  psychiatre, le dรฉclarer sain d’esprit, au moins sur la base des matรฉriaux prรฉsentรฉs. Je  n’aurais pu, en vรฉritรฉ, dรฉcouvrir dans les quatre rรฉponses rien de dรฉlirant, de stupide ou  de schizophrรฉnique. Compte tenu de l’extrรชme antiquitรฉ du Yi-King et de son origine  chinoise, je ne puis considรฉrer comme anormal son langage archaรฏque, symbolique et fleuri. Au contraire, j’aurais eu ร  fรฉliciter la personne supposรฉe de la profondeur  d’intuition avec laquelle elle avait pรฉnรฉtrรฉ mon รฉtat d’incertitude. Par contre, toute  personne ร  l’esprit vif et lรฉger peut retourner entiรจrement la situation et montrer  comment j’ai projetรฉ mes รฉtats subjectifs dans le symbolisme des hexagrammes. Une  telle critique bien que catastrophique du point de vue rationnel de l’Occident, ne porte  pas atteinte ร  la fonction du Yi-King. Bien au contraire, le sage chinois me dirait en  souriant : ยซ Ne voyez-vous pas comme le Yi-King est utile pour vous faire projeter dans  son symbolisme abstrus vos pensรฉes non encore formulรฉes ? Vous auriez pu รฉcrire votre  prรฉface sans vous rendre compte de l’avalanche d’incomprรฉhensions qu’elle risque de  dรฉclencher. ยป Le point de vue chinois ne s’occupe pas de l’attitude que l’on adopte en  face de l’activitรฉ de l’oracle. C’est seulement nous qui achoppons ร  chaque instant sur  notre prรฉjugรฉ : la notion de causalitรฉ. L’antique sagesse de l’Orient met l’accent sur le fait  que l’individu intelligent est conscient de ses propres pensรฉes, mais pas le moins du  monde de la maniรจre dont il l’est. Moins nous rรฉflรฉchirons ร  la thรฉorie du Yi-King, et plus  nous dormirons tranquilles. Il me semble qu’ร  l’aide de cet exemple, un lecteur sans  prรฉjugรฉ peut maintenant รชtre en mesure de former au moins un essai de jugement sur le  fonctionnement du Yi-King. On ne peut pas en demander davantage ร  une introduction.  Si, par cette dรฉmonstration, je suis parvenu ร  รฉlucider la phรฉnomรฉnologie psychologique  du Yi-King, j’aurai rempli mon propos. Quant aux milliers de questions, de doutes, de  critiques que soulรจve ce singulier ouvrage, je ne puis y rรฉpondre. Le Yi-King se prรฉsente  avec des preuves et des rรฉsultats ; il ne se vante pas, il n’est pas d’un abord aisรฉ.  Constituant un รฉlรฉment de la nature, il attend, comme tel, qu’on le dรฉcouvre. Il n’offre ni  faits, ni pouvoirs, mais, pour les รชtres รฉpris de connaissance de soi et de sagesse โ€” s’il  en est โ€”, il paraรฎt รชtre le livre adรฉquat. A l’un, son esprit semblera aussi lumineux que le  jour ; ร  un autre, chargรฉ d’ombre comme le crรฉpuscule ; ร  un troisiรจme, obscur comme la  nuit. Celui ร  qui il ne plaรฎt pas n’a pas ร  l’utiliser, et celui qui est contre lui n’est pas  obligรฉ de le trouver vรฉridique. Puisse-t-il s’avancer dans le monde pour le bรฉnรฉfice de  ceux qui savent discerner sa signification (16)

Carl Gustav Jung 


โNotes

  1. I Ching or the Book of Changes, traduction de Cary F. Baynes, New York-Londres,  1950-1951. La prรฉface anglaise est signรฉe de Jung et datรฉe de Zurich 1949 tandis que les  Gesammelte Werke donnent l’allemand comme รฉcrit en 1948, ce qui confirme qu’il s’agit  d’un nouveau texte. (N.d.T)
  2. Synchronicitรคt als ein Princip akausaler Zusammenhรคnge (La synchronicitรฉ, principe de  connexions acausales), Zurich, 1952. Traduction ร  paraรฎtre. 
  3. Zahl und Zeit, Stuttgart, Ernst Klett, 1970. Traduction franรงaise d’E. Perrot : Nombre et  Temps. Psychologie des profondeurs et physique moderne. Paris, 1978, รฉd. La Fontaine de  Pierre, 25 bd Arago.  
  4. Legge commente ainsi le texte qui explique les traits du Yi-King : ยซ Suivant nos  conceptions, un crรฉateur d’emblรจmes devrait avoir beaucoup du poรจte, mais ceux du Yi n’รฉvoquent pour nous qu’un ennuyeux pรฉdant (dryasdust). Sur plus de trois cent  cinquante, le plus grand nombre n’est que grotesque ยป (The Sacred Books of the East, vol.  16, The Yi-King, 2รจme รฉdit., Oxford, Clarendon Press, 1899, p. 22). Sur les ยซ leรงons ยป des  hexagrammes, le mรชme auteur dรฉclare : ยซ Mais, pourrait-on demander, pourquoi nous  seraient-elles vรฉhiculรฉes par un tel attirail de figures linรฉaires et dans un tel fatras de  reprรฉsentations emblรฉmatiques? ยป (ibid., p. 25). Pourtant il n’est dit nulle part que Legge  se soit prรฉoccupรฉ de faire l’essai de la mรฉthode. 
  5. Voir la prรฉface de Richard Wilhelm, Yi-King, trad. cit. (N.d.T.)  
  6. Voir J. B. Rhine, The Reach of the Mind, 1947.  
  7. Elles sont chรชn, c’est-ร -dire ยซ semblables ร  des esprits ยป. ยซ Le ciel a produit des choses  semblables ร  des esprits ยป (Legge, op. cit., p. 41).  
  8. La cuisson est un trait essentiel de la civilisation. Le chaudron est ainsi un excellent  symbole de cette derniรจre. (N.d.T.)  
  9. Ainsi les invidi (envieux) forment une figure qui revient constamment dans les  anciens traitรฉs latins d’alchimie, en particulier la Turba Philosophorum (XIe-XIIe siรจcle).  
  10. Le mot ยซ concept ยป, vient du latin concipere : ยซ rassembler ยป, par exemple dans un  vase ; concipere dรฉrive de capere : ยซ prendre, saisir ยป.  
  11. C’est l’รฉtymologie classique. Celle qui fait venir religio de religiare, ยซ relier ยป,  remonte aux pรจres de l’ร‰glise.  
  12. J’ai fait cette expรฉrience avant d’avoir effectivement รฉcrit la prรฉface.  
  13. L’auteur de la traduction anglaise est Mrs. Cary F. Baynes, รฉlรจve de C. G. Jung, ร  la  suggestion de qui elle entreprit ce travail. (N.d.T.)  
  14. Voir plus haut, p. 78 et suiv. (N.d.T.)  
  15. Allemand Begriff associรฉ ร  Griff, anse (voir plus haut). (N.d.T.)  
  16. Le lecteur trouvera profit ร  se reporter aux quatre hexagrammes dans le texte et ร   les lire avec les commentaires qui les accompagnent. 

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