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Canestra du Caravage

Corbeille de fruit, huile sur toile, Caravage

Une œuvre pleine de mystères

Nec abest gloria proximae huic fiscellae, et qua flores micant. Fecit eam Michael Angelus Caravagensis Romae nactus auctoritatem, volueramque ego fiscellam huic aliam habere similem, sed cum huis pulchriyudinem, incomparabilemque excellentiam assequeretur nemo, solitaria relicta est.

Cardinal Federico Borromeo

Le tableau est apparu dans les collections du cardinal Borromeo dès 1607. D’après ses mots, il a clairement apprĂ©ciĂ© Ă  quel point il apprĂ©ciait l’Ĺ“uvre, au point de ne pas trouver un pendentif Ă  la hauteur de sa beautĂ©, mais on ne sait pas pourquoi le cardinal parle dans sa description de “fleurs panachĂ©es” et non de fruits.

Un deuxième problème est la date de la peinture. Selon certains Ă©rudits, il a Ă©tĂ© commandĂ© par le cardinal Del Monte, puis donnĂ© au cardinal Borromeo. Cette hypothèse a Ă©tĂ© formulĂ©e sur la base d’un Ă©change de lettres entre les deux qui a eu lieu Ă  la fin du XVIe siècle, dans lequel diffĂ©rentes rĂ©fĂ©rences Ă  la peinture peuvent ĂŞtre lues. Selon d’autres, la peinture dont parlent les deux cardinaux dans les lettres n’est pas la tesselle caravaggesque.

Coupe de cerises, art romain, 3e siècle.
Coupe de cerises, art romain, 3e siècle.
Détail d’un parterre de mosaïque dans le triclinium de la Maison “Afrique” de Thysdrus

Cette Ĺ“uvre est Ă  considĂ©rer comme le point d’arrivĂ©e de toutes les expĂ©riences de jeunesse du peintre. Une corbeille de fruits humble et isolĂ©e vient ici pour la première fois pour assumer pleinement sa dignitĂ© de sujet artistique. L’origine de la peinture en direct avec le sujet en face, la tradition flamande de l’attention calligraphique aux dĂ©tails doit avoir Ă©tĂ© apprise par le jeune Merisi assistant Ă  l’Ă©tude d’Arcimboldo . La coupe de fruits est Ă©galement dĂ©rivĂ©e de la tradition hellĂ©nistique : les mosaĂŻques grecques reproduisaient parfois la soi-disant xenia , les cadeaux pour les invitĂ©s et les emblèmes. L’attention spatiale particulière, avec le panier Ă©mergeant en trois dimensions Ă  partir d’un fond clair uniforme, mais dĂ©passant illusoirement du bord de la table avec une lame d’ombre significative, semble rappeler le balayage typique des bas-reliefs romains. La lumière est analytique, capable de souligner chaque dĂ©tail de manière illusionniste : les formes, la consistance matĂ©rielle de l’objet et de ses surfaces, du tissage artisanal de l’osier Ă  la poussière des raisins. 

Ce morceau de peinture apparemment simple se concentre sur l’humilitĂ© et la simplicitĂ© des fruits. Cependant, ce qui apparaĂ®t Ă  première vue frais et vital est en fait consommĂ© rapidement : les feuilles se dessèchent et la pomme au centre a une tavelure voyante. Le sens de la vie et de la mort est très fort dans ce travail : la jeunesse, mais essentiellement toute l’existence humaine, se termine trop rapidement, tout comme les fruits et les fleurs ne durent qu’un instant. C’est ce moment, Ă©ternel et Ă  la fois Ă©phĂ©mère, que le Caravage a voulu arrĂŞter pour toujours sur sa toile.


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