Catégorie : Regards

Monts Huang

黄山 Huángshān

Les monts jaunes sont un massif montagneux de l’Anhui méridional, province de l’est de la Chine. La région est connue pour sa beauté, qui repose sur la forme des pics de granite, sur celle tourmentée des conifères, et sur les nuages qui entourent fréquemment le massif. Cette montagne mythique change sans cesse de visage au gré des vents et des bruines… désespérant parfois les artistes qui désirent en fixer la beauté. Ces montagnes sont un sujet privilégié pour la peinture et la littérature chinoises traditionnelles.

Sur le mont Huangshan, Shí Tāo XVIIe siècle
Sur le mont Huangshan, Shí Tāo XVIIe siècle

Filed under: RegardsTagged with: ,

Chen Huimin

Peinture de fleurs, Chen Huimin

陈慧敏 Chén Huìmǐn

Chen Huiming est une artiste peintre chinoise. En 1964, elle a été diplômée de l’Institut des Arts et du Design de Pékin. Elle est une figure exceptionnelle de l’art contemporain. Depuis plus de 30 ans, elle exprime dans ses œuvres la beauté des fleurs.

Peinture de fleurs, Chen Huimin
Peinture de fleurs, Chen Huimin
Filed under: RegardsTagged with: , ,

Jean-Marc Moschetti

Dans la forêt de bambous, Jean-Marc Moschetti

Originaire de Nice, Jean-Marc Moschetti s’est très tôt intéressé aux cultures orientales. C’est au cours de séjours au Japon qu’il découvre le sumi-e et qu’il a immédiatement été séduit par la poésie de ce graphisme épuré, par le caractère synthétique et fulgurant de cet art qui cherche à reproduire l’esprit des choses, en représentant uniquement la vie et l’essence de la nature.

墨絵 Sumie

La peinture à l’encre est un mouvement de la peinture japonaise originaire de Chine et dominant à l’époque de Muromachi. Ce courant se caractérise par l’usage du lavis à l’encre noire, la prédominance du paysage comme sujet et la proximité avec la philosophie du bouddhisme zen.

Panorama des monts Huang Shan, Jean-Marc Moschetti
Panorama des monts Huang Shan, Jean-Marc Moschetti

C’est après une longue pratique de cet art exigeant, dont une dizaine d’années d’étude à l’Institut de Peinture Tch’an et Sumi-e suivies de quatre ans de perfectionnement à l’Académie Internationale de Peinture à l’encre, Chine Europe Japon et de plusieurs rencontres avec des maîtres chinois et japonais, que Jean-Marc Moschetti décide de présenter son travail.

Jean-Marc Moschetti est lauréat de plusieurs concours de peinture. Il a notamment obtenu le Premier Prix décerné par l’ Académie Européenne des Arts Graphiques Plastiques et Photographiques en 2010.

En 2011, il devient membre de I’ International Chinese Calligraphy & Ink Painting Society de Tokyo et obtient successivement.

  • le Anshan City Public Foreign Office Award lors de l’exposition internationale de peinture (Chine, 2018) –
  • le second Grand Prix lors de l’exposition internationale de peinture de Pékin en 2019
Comment le vent sait-il dans quelle direction il doit souffler ? Jean-Marc Moschetti
Comment le vent sait-il dans quelle direction il doit souffler ? Jean-Marc Moschetti

Il peint les sujets traditionnels, chargés de symboles, de la peinture zen, comme le bambou, l’orchidée, les branches de prunus et les paysages d’Asie dont il cherche à restituer l’atmosphère et l’âme : montagnes vertigineuses noyées de brumes mystérieuses, abîmes profonds et pins noueux ou lacs paisibles… Sauvage et sereine beauté de la Nature vivante pour laquelle il éprouve admiration et respect.

Il utilise par ailleurs cet “esprit du geste” pour une peinture plus contemporaine voire parfois résolument abstraite, créant ainsi une sorte de lien entre tradition et modernité.


Filed under: RegardsTagged with: ,

Excursion à la grotte de Zhang Gong

Excursion à la grotte de Zhang Gong, 1700, Shitao

La grotte de Zhang Gong, un lieu pittoresque célèbre et autrefois la résidence de 張道陵 Zhāng Dàolíng, un patriarche de l’église taoïste, fondateur de l’École des cinq boisseaux de riz. Selon les croyances taoïstes, ces grottes sont des sources de la force créatrice de la nature et offrent un potentiel de rajeunissement et de renouvellement.

Suivant une composition antérieure de 沈周 Chén Zhōu (1427-1509), Shítāo peint comme s’il reproduisait le processus cosmique de la création: son travail au pinceau construit avec énergie des couches dans des teintes fleuries de bleu ciel, vert pâle, orange et fuchsia, il transforma travail de Chén Zhōu en une image éclatante évoquant le pouvoir procréateur de la nature. 

Dans un long poème à la fin du parchemin, Shítāo reconnaît les attributs mystiques taoïstes de la grotte et suggère de manière ludique qu’à travers son art, il a capturé à la fois la grotte et sa force créatrice.

Excursion à la grotte de Zhang Gong, 1700, Shitao

Poussé par un désir ardent, anxieux de voir l’abondance des formes variées et étranges que crée l’artificieuse nature, ayant cheminé sur une certaine distance entre les rocs surplombants, j’arrivai à l’orifice d’une grande caverne, et m’y arrêtai un moment, frappé de stupeur, car je ne m’étais pas douté de son existence ; le dos arqué, la main gauche étreignant mon genou tandis que de la droite j’ombrageais mes sourcils abaissés et froncés, je me penchais continuellement, de côté et d’autre, pour voir si je ne pouvais rien discerner à l’intérieur, malgré l’intensité des ténèbres qui y régnaient. Après être resté ainsi un temps, deux émotions s’éveillèrent soudain en moi : crainte et désir ; crainte de la sombre caverne menaçante, désir de voir si elle recelait quelque merveille.

Léonard de Vinci in Carnets

石濤 Shítāo

Autoportrait, la plantation d'un pin, 1674, Shitao
Autoportrait, la plantation d’un pin, 1674, Shitao

苦瓜和尚 kǔguā héshàng

Shitao, littéralement Flots de pierre, 1642- 1707, également surnommé Moine Citrouille-amère, est un artiste peintre chinois de la dynastie Qing. Il fut aussi calligraphe et poète, paysagiste tout en ayant endossé l’habit de moine chán dans sa jeunesse.

Son œuvre, composée notamment de paysages, 山水 shānshuǐ, et de motifs végétaux, exprime avec simplicité des thèmes complexes, comme l’immensité du monde ou la beauté de la vie. Son nom de naissance était 朱若极 Zhū Rùojí, et son nom de moine 道濟 Dàojì. Parfois boudé dans les milieux lettrés en Chine, Shitao est célèbre en Occident par son traité 畫語錄 Huà yǔlù, Citations sur la peinture.


Le 24 juin 2007 France Culture consacrait une émission de la série Une vie, une oeuvre à Shitao. Philippe Sollers y participait ainsi que Charles Juliet et Fabienne Verdier.
Filed under: RegardsTagged with:

Canestra du Caravage

Corbeille de fruit, huile sur toile, Caravage

Une œuvre pleine de mystères

Nec abest gloria proximae huic fiscellae, et qua flores micant. Fecit eam Michael Angelus Caravagensis Romae nactus auctoritatem, volueramque ego fiscellam huic aliam habere similem, sed cum huis pulchriyudinem, incomparabilemque excellentiam assequeretur nemo, solitaria relicta est.

Cardinal Federico Borromeo

Le tableau est apparu dans les collections du cardinal Borromeo dès 1607. D’après ses mots, il a clairement apprécié à quel point il appréciait l’œuvre, au point de ne pas trouver un pendentif à la hauteur de sa beauté, mais on ne sait pas pourquoi le cardinal parle dans sa description de “fleurs panachées” et non de fruits.

Un deuxième problème est la date de la peinture. Selon certains érudits, il a été commandé par le cardinal Del Monte, puis donné au cardinal Borromeo. Cette hypothèse a été formulée sur la base d’un échange de lettres entre les deux qui a eu lieu à la fin du XVIe siècle, dans lequel différentes références à la peinture peuvent être lues. Selon d’autres, la peinture dont parlent les deux cardinaux dans les lettres n’est pas la tesselle caravaggesque.

Coupe de cerises, art romain, 3e siècle.
Coupe de cerises, art romain, 3e siècle.
Détail d’un parterre de mosaïque dans le triclinium de la Maison “Afrique” de Thysdrus

Cette œuvre est à considérer comme le point d’arrivée de toutes les expériences de jeunesse du peintre. Une corbeille de fruits humble et isolée vient ici pour la première fois pour assumer pleinement sa dignité de sujet artistique. L’origine de la peinture en direct avec le sujet en face, la tradition flamande de l’attention calligraphique aux détails doit avoir été apprise par le jeune Merisi assistant à l’étude d’Arcimboldo . La coupe de fruits est également dérivée de la tradition hellénistique : les mosaïques grecques reproduisaient parfois la soi-disant xenia , les cadeaux pour les invités et les emblèmes. L’attention spatiale particulière, avec le panier émergeant en trois dimensions à partir d’un fond clair uniforme, mais dépassant illusoirement du bord de la table avec une lame d’ombre significative, semble rappeler le balayage typique des bas-reliefs romains. La lumière est analytique, capable de souligner chaque détail de manière illusionniste : les formes, la consistance matérielle de l’objet et de ses surfaces, du tissage artisanal de l’osier à la poussière des raisins. 

Ce morceau de peinture apparemment simple se concentre sur l’humilité et la simplicité des fruits. Cependant, ce qui apparaît à première vue frais et vital est en fait consommé rapidement : les feuilles se dessèchent et la pomme au centre a une tavelure voyante. Le sens de la vie et de la mort est très fort dans ce travail : la jeunesse, mais essentiellement toute l’existence humaine, se termine trop rapidement, tout comme les fruits et les fleurs ne durent qu’un instant. C’est ce moment, éternel et à la fois éphémère, que le Caravage a voulu arrêter pour toujours sur sa toile.


Filed under: Regards

La fleur de prunier

Fleurs de prunier, cigogne et cerf, encre et couleur claire sur papier, Ganku (1749-1838), Goshun (1752-1811), Azuma Tôyô (1755-1839), période Edo

梅花 méhuā

La fleur de prunier est connue depuis plus de mille ans à travers la poésie et la peinture chinoise.

Elle est la fleur de l’hiver, annonciatrice du printemps. Le prunier est le premier arbre à fleurir dans l’année, avant même que ses feuilles se soient développées et même sous la neige. On dit que sa floraison est d’autant plus belle que la plante a subi les rigueurs de l’hiver.

四君子 sì jūnzǐ

Ensemble avec le bambou, l’orchidée et le chrysanthème, ces quatre plantes sont considérées comme les quatre gentilshommes de la peinture chinoise. L’expression compare les quatre plantes à 君子 jūnzǐ, l’homme de bien du confucianisme.

Trois amis de l'hiver, encre sur papier, Zhao Mengjian
Trois amis de l’hiver, encre sur papier, Zhao Mengjian

La fleur de prunier est quelquefois utilisée pour symboliser 煉丹 liàndān, l’alchimie taoïste, et elle fait alors référence aux cinq agents. Elle fait aussi référence à la persévérance requise dans l’étude des arts internes et à la fin de l’hiver de l’être humain, quand le printemps du naturel le touche, l’enveloppe dans ses pétales accueillantes. C’est une représentation de notre résilience. Les légendes chinoises disent que 仙人 xiānrén, les immortels taoïstes, se nourrissent de fleurs de prunier et que 老子 Lǎozǐ serait né au pied d’un prunier.

La disposition resserrée des cinq pétales de la fleur de prunier symbolisent l’harmonie, l’unité des différentes parties de notre corps, des êtres humains entre eux et de tout ce qui existe. Cette floraison, à la fin de l’hiver, dans le grand froid et la neige abondante, une floraison qui revient chaque année, infailliblement, évoque la force de la vie, l’espoir, la vaillance, la ténacité, la continuité, la santé et la longévité.

Fleur de prunier, encre et couleur sur papier, Pu Ru 1896-1963
Fleur de prunier, encre et couleur sur papier, Pu Ru 1896-1963


La fleur de prunier représente aussi la retenue et la simplicité. En effet, elle fleurit et donne à voir sa beauté pendant que les autres fleurs se préparent, puis elle leur laisse la place dès que celles-ci apparaissent. Son travail est alors achevé.


Filed under: RegardsTagged with: ,

Tatsuya Ishiodori

石踊達哉

Né en Mandchourie en 1945, Ishiodori Tatsuya passe son enfance à Kagoshima puis s’installe à Tokyo, où il obtient le diplôme des Beaux-Arts en 1970. Devenu un artiste à succès, il s’intéresse surtout pendant vingt ans à l’art du portrait. Il vient souvent à Paris, y acquiert un atelier et s’y marie en 1988. Depuis, il navigue entre la France et le Japon. Vivre et travailler à l’étranger lui fait prendre conscience de sa culture d’origine. Il découvre que la peinture japonaise est en même temps « absolument originale » et « totalement universelle » : il veut, en renouvelant la tradition, être à la fois « authentique » et « moderne ».


Filed under: RegardsTagged with:

I Nyoman Wirdana

Flora Avis Bali, 2010, huile sur toile par I Nyoman Wirdana

Sophistiqué, méticuleux, vibrant et magnifique

Les peintures de l’artiste balinais I Nyoman Wirdana célèbrent la couleur et la joie. Ses images racontent le mythique et le mystique, s’inspirant du cosmos et de la nature tout en étant uniquement balinaises.

La danse de Shiva par I Nyoman Wirdana
La danse de Shiva

Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel prennent vie sous nos yeux dans La danse de Shiva, une représentation palpitante du dieu hindou Shiva dans une roue cosmique, encerclée d’une délicieuse gamme de motifs décoratifs. 

Les formes violettes interagissaient avec les teintes oranges, les verts contrastaient avec les rouges, les bleus et les jaunes dans des relations d’opposition. Dynamisée par une tension visuelle dynamique, la composition brille d’une grâce sous-jacente. Comprendre la théorie des couleurs et l’association avec le subconscient était le principal instrument de la méthodologie de Wirdana.

Le regard de Shiva a la séduction de la transe, ses quatre bras sont disposés en un éventail de gestes divins avec des symboles sacrés tenus à portée. Les gardiens sentinelles sont positionnés à sa gauche et à sa droite. De délicats dessins symétriques consacrent le majestueux Shiva, “Le Destructeur” au sein de la sainte trinité hindoue, y compris Brahma et Vishnu. 

D’autres divinités entoure Shiva améliorant la fluidité du mouvement circulaire de la composition qui mène l’œil du champ visuel extérieur au champ visuel intérieur. Des points et des cercles blancs et dorés – étoiles et planètes – couvrent le plan extérieur de l’image, des diamants scintillants dans un océan de grandeur de couleur. L’image est encadrée par une bordure blanche de motifs répétitifs, de fleurs de lotus et de la syllabe sanskrite ॐ Om, sculptés dans des formes peintes tridimensionnelles objectivant et projetant la composition l’extérieur.

Borobudur s'éveille au milieu des lucioles par I Nyoman Wirdana
Borobudur s’éveille au milieu des lucioles

Les animaux des écritures balinaises jouent des rôles principaux dans les compositions caractérisées par les autres œuvres de Wirdana: cerfs, éléphants, cygnes et même la licorne mythique. Dans Borobudur s’éveille au milieu des lucioles (2014-2016) Wirdana sélectionne un récit bouddhiste tout en incluant des motifs de conception architecturale ancienne. 

Les œuvres sont parfois créées par paires – qui, selon l’artiste, doivent rester côte à côte:  Arbre des Lumières, parc aux cerfs (2013-2014) et quelque part au-dessus de l’arc-en-ciel (2018)

Ses œuvres antérieures, dominées par des couleurs qui se chevauchent et des formes d’inspiration cubiste comme dans Ganesha Samsara, suggèrent l’atmosphère surréaliste d’un autre monde qui est vivante à Bali, où le voile entre l’invisible et le visible est mince. Tout l’espace à l’intérieur de la toile est entièrement occupé avec la répétition de motifs et de formes. L’esthétique est dominée par la ligne, le récit, la figuration et la planéité sans profondeur de champ.

Les surfaces complexes des peintures de Wirdana exigent notre inspection minutieuse et la texture joue un rôle essentiel. Son «paysage» de vallées et de pics finement réglés est construit en superposant de la peinture à l’huile en points, traits et rythmes définis sur la toile. Il adopte la méthode de peinture au pointillisme pour atteindre cet objectif. Ces points textuels fonctionnent correctement sous un éclairage conçu. Les pics projettent de minuscules ombres dans les vallées. Les reflets colorés, souvent accentués par des couleurs scintillantes ou vives, deviennent une caractéristique visuelle distincte. En revanche, l’obscurité de la vallée souligne l’impact esthétique global.

Les motifs linéaires dans la texture créent des rythmes visuels encourageant l’œil à traverser la composition en mouvements tourbillonnants et pulsatoires. La superposition de peinture de Wirdana est un processus minutieux, qui prend environ 18 mois à l’artiste. “Ma technique a constamment évolué, et c’est le résultat de mes années d’observation tout en mélangeant et en développant mon style”, a déclaré Wirdana. “Mes connaissances de base proviennent de la compréhension de l’impressionnisme, mais je décris ma technique comme étant tout sur le flux.”

L’impact du cubisme est évident dans mes peintures précédentes, avec les influences chinoises du Feng Sui et de l’art déco qui ont évolué au sein de la peinture balinaise. Ma technique prend du temps. Je travaille lentement et c’est ma méthodologie consciente. La superposition est un processus étape par étape qui nécessite certaines profondeurs de couleurs distinctes.

Dans la tradition de la peinture balinaise, les images narratives classiques sacrées exposées dans les temples, les sanctuaires et les demeures de l’aristocratie sont strictement codifiées. Les artistes fonctionnent comme un médiateur entre les mondes du visuel et de l’invisible, déchiffrant l’ésotérique en un langage pratique pour le monde quotidien. La mission de Wirdana est la même.

J’ai une approche systématique et calculée et je planifie chaque travail avec un système de grille avant de commencer. Avec une grande partie de la composition, environ 60%, je peux prédire le résultat. Les 40 pour cent restants sont plutôt une réponse spontanée au cours de la progression de l’œuvre, ce qui me permet d’améliorer la dynamique esthétique. Mon objectif est de viser le meilleur pour atteindre les meilleurs résultats en fonction de mes capacités.


Filed under: RegardsTagged with:

Zen, la vie de Dogen

Dogen regardant la lune. détail, Monastère Hokyoji, préfecture de Fukui

永平道元 Eihei Dōgen (1200 – 1253) est le fondateur de l’école Sōtō du bouddhisme zen au Japon. Il l’introduisit sur l’île après un voyage en Chine. Il est considéré comme un des plus grands maîtres du bouddhisme japonais. Par la profondeur et l’originalité de sa pensée, Dōgen est souvent considéré comme le plus grand philosophe du Japon et l’un des plus importants penseurs de toute l’histoire du bouddhisme, l’égal de Nagarjuna.

Impossible de définir
Ce qui est par-delà les mots
Dans le pinceau ne doit même pas rester
Une goutte d’encre.

Poèmes zen de Maître Dôgen

Un des aspects les plus originaux de sa pensée concerne sa conception du rapport de la partie avec le tout. Selon Dōgen, on ne peut saisir la réalité des choses que sous une forme déterminée. Ainsi, la vérité bouddhique ne peut apparaître que sous une forme déterminée. Chaque partie de la totalité du monde représente cette totalité sous une forme particulière. On peut donc saisir tout l’univers à travers la présence d’un seul brin d’herbe, à condition de saisir toute la nature de ce brin d’herbe. La présence d’un brin d’herbe peut donc représenter la vérité bouddhique. Cette conception s’applique aussi au temps. Le temps n’apparaît lui aussi que sous une forme déterminée appelée instant. La conception successive du passé/présent/futur est illusoire. Seul l’instant présent est réel. Par conséquent, chaque instant, aussi bref soit-il, “re-présente” le temps dans sa totalité sans qu’il soit nécessaire d’attendre d’autres instants. La vérité bouddhique du temps est le temps tel qu’il est, le présent instantané, maintenant.

Pour peindre le printemps, il ne faut pas peindre les saules, les pruniers rouges, les pêchers, les pruniers verts. Peignez juste le printemps. Peindre les saules, les pruniers rouges, les pêchers et les pruniers verts, ce n’est que peindre les saules, les pruniers rouges, les pêchers et les pruniers verts, ce n’est pas encore peindre le printemps. Le printemps n’est pas à ne pas peindre et pourtant hormis mon ancien maître, ancien éveillé, entre le ciel de l’Ouest et la terre de l’Est, nul n’a su peindre le printemps. Seul mon ancien maître, ancien éveillé, est la pointe du pinceau capable de peindre le printemps.

Corps et esprit : D’après le Shobogenzo, Dôgen

Un instant qui représente tous les instants, un brin d’herbe en présence qui représente tous les êtres symbolisent la vérité bouddhique d’une manière beaucoup plus adéquate que par le langage. La vérité bouddhique est donc toujours plus ou moins en conflit avec les expressions conceptuelles qui tentent de l’exprimer. C’est pourquoi les différentes expressions de cette vérité à travers l’histoire ne sont que différentes expressions de ce conflit.

En quoi l’homme serait-il plus précieux que la femme?
Le vide est le vide, les quatre éléments sont les quatre éléments, les cinq agrégats sont les cinq agrégats. Il en est de même pour l’homme et la femme, et l’un et l’autre peuvent atteindre l’Eveil.
C’est pourquoi il faut les respecter et les honorer l’un comme l’autre quand ils ont obtenu la Loi, et ne pas arguer du fait qu’ils soient homme ou femme. Tel est le principe de la suprême ry merveilleuse Voie bouddhique.

Corps et esprit: La voie du zen

La pensée de 道元禅師 Dōgen Zenji est la forme la plus radicale prise par les philosophies de l’ici et du maintenant. C’est pourquoi, si on l’épouse, elle représente à sa manière toutes les philosophies de la présence. Au Japon surtout, l’œuvre de Dōgen a été comparée à divers auteurs occidentaux tels que saint Augustin, Maître Eckhart, Merleau-Ponty, Sartre, Derrida ou Heidegger. Le rapprochement entre Dōgen et Heidegger permet de comprendre pourquoi l’œuvre de ce dernier a suscité un grand nombre d’études au Japon.

Concrètement, on fixe son attention sur un élément physique autour de nous ou en nous ; l’objet d’attention le plus habituel est le va-et-vient de notre respiration. Quand les pensées traversent le champ de la conscience, on sait que ces pensées sont là mais on ne s’y accroche pas. On reste concentré sur la respiration. Et si jamais une pensée nous accapare et nous détourne de cette attention à la respiration, dès que l’on s’en rend compte, on revient à cette attention. Au début, l’esprit est constamment détourné de son objet d’attention par toutes de considérations et rêveries que produit sans cesse le mental. Mais progressivement, il retourne de plus en plus vite à son objet d’attention et gagne en concentration. On peut comparer l’esprit à une sorte de torrent. Mais avec shamatha, ce torrent s’apaise et devient comme un fleuve s’écoulant tranquillement. Une fois que l’on devient très expérimenté dans shamatha, l’esprit est comme un lac empli de quiétude.

Polir la lune et labourer les nuages : Oeuvres philosophiques et poétiques

Zen est un film japonais réalisé en 2009 par Banmei Takahashi. Le film raconte l’histoire vraie du jeune moine japonais Dōgen qui s’initia au bouddhisme zen en Chine au xiiie siècle et l’importa au Japon.


Filed under: RegardsTagged with: ,

Mers sensorielles

Mers sensorielles, Iris van Herpen

Iris van Herpen

Le 20 janvier 2020, Iris van Herpen a présenté sa dernière collection Couture, intitulée «Sensory Seas», au Cirque d’hiver Bouglione à Paris.

Pour cette collection, Iris van Herpen s’inspire des processus sensoriels qui se produisent entre la composition complexe du corps humain, reflétée par l’écologie marine fibreuse de nos océans.

Les premiers fils d’inspiration sont venus du neuroanatomiste espagnol Ramón y Cajal. pour découvrir quelque chose que personne n’avait encore compris. Il a demandé: comment le cerveau engage-t-il la conversation avec ses homologues ? En explorant notre système nerveux central dans ses détails microscopiques, Cajal a documenté ses découvertes révolutionnaires à travers des dessins anatomiques qui sont considérés parmi les plus grandes illustrations scientifiques du monde. Penché sur son microscope, il a fusionné la science avec l’art et fait revivre les fils de notre biologie en enchantant l’œil humain.

Une autre inspiration est venue de la plongée dans les profondeurs de l’hydrozoa, une classe d’organismes marins délicatement ramifiés. Passant d’un stade polypoïde à un stade méduse, les hydrozoa brodent les océans comme des tissus aqueux, formant des couches de dentelle vivante.

Sculpture de Philip Beesley pour son exposition partagée avec Iris van Herpen intitulée Transforming Space and Transforming Fashion, au ROM
Sculpture de Philip Beesley pour son exposition partagée avec Iris van Herpen intitulée Transforming Space and Transforming Fashion, au ROM

Mers sensorielles pose un microscope sur les nuances indélébiles entre l’anthropologie d’un organisme marin, le rôle des dendrites et des synapses délivrant des signaux infinis dans tout notre corps. Il attire l’attention sur la façon dont deux processus de messagerie torrentielle existent dans un état de flux ininterrompu ~ À partir de modèles de turbulence géostrophique, des modèles de vortex torsadés 3D ont été créés dans Rhino. En collaboration avec Philip Beesley, des milliers de fines couches de maillage de sérigraphie blanche ont été numérotées et coupées en tranches de 3 mm, pour ensuite couper les couches de zillion sur le découpage laser KERN avec une grille triangulée de chevrons. Les scripts Grasshopper ont adouci les processus de lissage, de découpe et d’imbrication. Ensuite, chaque couche a été embellie à la main avec une grille de minuscules chevrons transparents, créant des formes infiniment flexibles qui peuvent s’étendre et se contracter autour du corps, comme une mer sensorielle de reflux et de flux.

Iris van Herpen – traduction in Instagram

Filed under: RegardsTagged with: , ,

Minjung Kim

Encre sur papier mûrier Hanji, Minjung Kim

De son apprentissage de la calligraphie avec un maître coréen, Minjung Kim a conservé les bases de son approche artistique. L’emprunt de matériaux traditionnels enracine son travail dans la simplicité d’un univers originel. Le papier hanji est issu de la chair du mûrier, et la combustion de cet arbre permet de récolter la suie qui constitue l’encre. Les transformations se réalisent par le recours aux éléments du feu, de l’eau, de l’air. Les outils du calligraphe épousent ainsi le symbolisme du cycle de vie. L’aspect organique des éléments suggère la transformation du vivant. Et l’artiste s’efforce aussi, de par sa disposition intérieure, de s’harmoniser avec la nature.

Créer implique de consumer son identité, de s’oublier en se mettant au diapason de son souffle, pour que surgisse un mouvement spontané. Dans la présence à l’instant, le geste se réalise en relation avec la matière. Un dialogue s’instaure, sans que l’on sache d’où provient l’intention.

Cette attitude se décline au fil des approches nouvelles. Les œuvres construites comme des assemblages de papier, découpés, superposés, s’organisent en compositions abstraites d’une délicate complexité. En résultent des formes vibrantes, oscillant selon les degrés d’épaisseur, de combustion du papier et de dilution des lavis d’encre. L’utilisation de papier coloré apporte une musicalité proche d’un Paul Klee, ou d’un Wassily Kandinsky.

Ordine, 2010, encre sur papier mûrier Hanji, Minjung Kim
Ordine, 2010, encre sur papier mûrier Hanji, Minjung Kim

Au gré des formes qu’empruntent les expérimentations esthétiques, Minjung Kim crée les conditions qui permettront à son intervention de se faire minimale, devenant le reflet d’un dessein plus large, révélant le silence de la nature.


Filed under: RegardsTagged with: ,