La Guerre des Boxers

La révolte des Boxers organisée par les Poings de la justice et de la concorde, société secrète dont le symbole est un poing fermé se déroule en Chine, entre 1899 et 1901.

La bataille de l'armée Qing econtre les forces alliées des huit puissances, détail, Musée d'histoire sociale

Les missionnaires blancs pr√©sents en Chine √† la fin du XIXe si√®cle avaient, les premiers, donn√© le nom de Boxers aux Chinois group√©s dans la soci√©t√© secr√®te des Poings de la Justice et de la Concorde. Ils les voyaient pratiquer une forme de gymnastique guerri√®re dans laquelle on crut reconna√ģtre des techniques de boxe, en fait des techniques de kung-fu. Ces Boxers furent responsables d’un terrible bain de sang au tournant du nouveau si√®cle, et la guerre qui porta leur nom √©branla m√™me le temps de quelques mois la pr√©sence occidentale dans le vieil Empire du Milieu. Roland Habersetzer, professeur d’histoire et sp√©cialiste des arts martiaux de l’Extr√™me-Orient, auteur de nombreux ouvrages qui font autorit√© dans divers domaines (il dirige le Centre de Recherche Budo et l’Institut Tengu), raconte ce que fut cette violente chasse aux √©trangers et comment elle fut jugul√©e in extremis ‚Ķ ‚ÄĒ DRAGON n¬į 10


Les trait√©s de paix sign√©s √† P√©kin en 1860 impos√®rent √† la Chine, vaincue, son ouverture aux occidentaux : diplomates, commer√ßants, religieux, missions militaires, allaient pouvoir y circuler librement. Mais cette rencontre brutale entre deux cultures allait vite d√©velopper un courant de x√©nophobie aussi bien dans les milieux populaires qu’aupr√®s des autorit√©s mandchoues ou la vieille soci√©t√© traditionnelle chinoise, convaincue de sa sup√©riorit√© sur les ¬ę barbares ¬Ľ. Il y avait d√©j√† eu le soul√®vement populaire des Taipings entre 1850 et 1864, auquel le tr√īne n’avait pu mettre fin qu’en appelant √† l’aide un corps exp√©ditionnaire franco-anglais command√© par le G√©n√©ral Gordon. Une aventure qui se solda tout de m√™me par‚Ķ 30 millions de morts, au moins ! A l’aube du XXe si√®cle, ce fut le tour des partisans de la soci√©t√© secr√®te des Poings de la Justice et de la Concorde (Áĺ©ŚíĆśč≥ Y√¨h√©qu√°n), √©galement traduit par Poings d’harmonie et de justice ou Lutteurs pour la justice et la concorde ou la Milice de la justice et de la concorde (Áĺ©ŚíĆŚúė Y√¨h√©tu√°n) avec Áĺ©  y√¨ pour justice, droiture ;  ŚíĆ h√© pour harmonie, paix ; śč≥ qu√°n pour poing, boxe ou Śúė tu√°n pour groupe, r√©unir ; qui pass√®rent dans l’Histoire sous le nom de ¬ę Boxers ¬Ľ (Boxeurs, en fran√ßais). Violemment anti occidentaux, ils √©taient officieusement soutenus par l’imp√©ratrice x√©nophobe Tseu Hi (śÖąÁ¶ß C√≠x«ź 1835-1908), qui manŇďuvrait d√©j√† en coulisses pour rejeter les √©trangers √† la mer et, jouant sur les deux tableaux, comptait bien utiliser dans ce but un mouvement qu’elle encourageait en coulisses. En r√©alit√©, cette r√©volte, une de plus √† mettre √† l’actif des soci√©t√©s secr√®tes qui s√©vissaient dans le pays, √©tait dirig√©e √† la fois contre les √©trangers et contre les Mandchous (la dynastie des Tsing ), r√©gime consid√©r√© comme usurpateur depuis sa prise de pouvoir en 1644. D’o√Ļ le slogan des combattants Boxers : Renversez les Tsing, r√©tablissez les Ming ! (ŚŹćśłÖŚ§ćśėé f«én qńęng f√Ļ m√≠ng), qui envahirent P√©kin et Tien-Tsin, pour y faire le si√®ge des L√©gations √©trang√®res, ces quartiers o√Ļ s’√©taient r√©fugi√©es et barricad√©es en toute h√Ęte les communaut√©s occidentales. Le mot d’ordre, devenu cri de guerre pendant ces semaines de terreur, fut Mort aux √©trangers ! Tout l’empire chinois, soit quelques 350 millions d’hommes, semblait soudain prendre feu une nouvelle fois derri√®re ces groupes fanatiques. Dans ce contexte, les 55 jours de P√©kin, pendant l’√©t√© 1900, ne furent que l’√©pisode le plus connu d’un conflit qui a s√©vit dans toute la Chine de l’est entre 1998 et 1901, √©pisode qui fut immortalis√© en 1962 par une fresque hollywoodienne o√Ļ l’on trouvait Ava Gardner, Charlton Heston, David Niven ‚Ķ Action ‚Ķ !


Mort aux diables étrangers !

Cela faisait 20 ans que s’agitaient les Boxers, notamment sur la fa√ßade est de la Chine (r√©gion du Shandong), et en particulier dans les provinces du nord. Mais √† l’aube de l’ann√©e 1900, ce fut soudain bien plus qu’un fr√©missement, appuy√© sur des actes isol√©s √† l’encontre des √©trangers, notamment des missionnaires, dispers√©s √† travers une Chine qui, officiellement, jouait la relation cordiale avec les puissances √©trang√®res qui avaient manifest√© le d√©sir de s’ouvrir le fabuleux march√© de l’Empire du Milieu. De fait, les privil√®ges arrach√©s par les Occidentaux √©taient devenus insupportable √† la fiert√© chinoise : avec le statut d’exterritorialit√© (depuis les Trait√©s de Nankin, 1842, puis de P√©kin, 1860, la Chine avait d√Ľ accepter d’accorder aux Europ√©ens le droit d’avoir √† P√©kin, ainsi que dans 5, puis 16, ports, des ambassades et des consulats au sein de L√©gations, v√©ritables quartiers r√©serv√©s aux Europ√©ens, hors de la juridiction chinoise), et les privil√®ges √©conomiques exorbitants et sans cesse augment√©s (notamment cette pratique des concessions territoriales les autorisant, depuis 1875 et plus encore apr√®s 1894, √† construire et √† exploiter des lignes de chemin de fer, √† les prot√©ger militairement et √† exploiter en exclusivit√© les richesses naturelles sur une largeur de territoire de 15 km de part et d’autre de ces voies), ressentis comme un r√©el d√©pe√ßage de la Chine, le seuil du supportable √©tait largement d√©pass√© pour tout patriote chinois. Or c’√©tait l’impasse politique. Apr√®s une succession d’empereurs faibles, la prise de pouvoir de l’imp√©ratrice r√©gente Tseu-Hi en 1861, qui r√©cup√©ra son pouvoir d’extr√™me justesse gr√Ęce aux mercenaires europ√©ens dirig√©s par l’Anglais Gordon auquel elle confia le soin d’√©craser la r√©volte des Tarpings, fut le signe d’un durcissement. Apr√®s l’√©chec du mouvement r√©formateur dit des Cent jours de P√©kin men√© par le jeune empereur h√©ritier Kouang-Sou, mais brutalement stopp√© par Tseu-Hi qui n’envisagea pas un seul instant de laisser son pouvoir, il n’y avait plus dans le vaste empire de perspective d’√©volution hors nouvelle secousse sociale. Ce fut donc au tour des Boxers, une secte fanatique et x√©nophobe, habit√©e par la magie tao√Įste, manipul√©e par les Mandarins pour maintenir une inertie sociale qui les arrangeait bien, avant de l’√™tre par Tseu-Hi elle-m√™me. Ils se signalaient par un foulard rouge nou√© autour de la t√™te et, brandissant en signe de ralliement leur poing mena√ßant, se disaient invuln√©rables m√™me aux balles des fusils : dans un √©tat d’exaltation fr√©n√©tique, bard√©s d’amulettes, ils demandaient qu’on les prennent pour cibles afin de montrer comment ils survivaient aux salves (ils montraient dans leurs mains, et devant une foule en d√©lire, les projectiles apparemment arr√™t√©s par les plis de leur v√™tement, lorsque les fusils chinois avaient fini de tirer‚Ķ √† blanc, jusqu’au jour o√Ļ, bien s√Ľr, les balles furent occidentales …) Leur cri de ralliement avait le m√©rite de poser un programme que tout Chinois fatigu√© par la pr√©sence des Blancs pouvait comprendre : Mort aux √©trangers ! Inexorablement, la tension montait un peu partout, et des bandes arm√©es s’en prenaient f√©rocement aux √©trangers isol√©s, personnels des missions isol√©es √† l’int√©rieur du pays, ouvriers de chantiers ferr√©s dans les parties c√īti√®res. Tr√®s vite, devant l’inaction des autorit√©s chinoises, pourtant somm√©es de faire cesser ces exactions, neuf √©tats europ√©ens, associ√©s aux Etats Unis et au Japon (qui, avait militairement √©cras√© la Chine en 1895, et y avaient exig√©, et obtenu, les m√™mes privil√®ges que les puissances blanches) se trouv√®rent dans l’obligation d’intervenir pour sauver, non seulement leurs privil√®ges √©conomiques, mais aussi la vie de quelques 12000 de leurs ressortissants et aussi, sans doute plus accessoirement il est vrai, quelques 600 000 chr√©tiens autochtones qui leur faisaient confiance.

Comme une peau de chagrin

Le 8 avril 1900 la France somme le gouvernement chinois de prendre toutes les mesures pour assurer la s√©curit√© des Europ√©ens en Chine. C’est que, loin de la protection des grandes villes, le massacre des missions avait commenc√© dans tout le golfe du Petchili. Sur l’axe de la voie ferr√©e franco-belge P√©kin-Hank√©ou, 80 chr√©tiens sont affreusement massacr√©s √† Kao-Lou. D√©j√† les Boxers confluent vers les villes de P√©kin et de Tien-Tsin, d√©truisant tout ce qui ressemblait √† un √©tablissement europ√©en, missions, installations, chantiers. De partout, lorsqu’ils le peuvent encore, ing√©nieurs, cheminots, ouvriers, religieux se replient vers la capitale, entra√ģnant les chr√©tiens chinois qui savaient n’avoir rien de bon √† attendre de la situation ‚Ķ A Fong-Ta√Į, encore √† une vingtaine de kilom√®tres de P√©kin, des rescap√©s de la folie boxer sont r√©cup√©r√©s in extremis le 29 mai par un groupe de 15 volontaires civils partis des L√©gations de P√©kin √† leur rencontre. Le m√™me jour, d’autres petits groupes de volontaires rejoignent encore la ville depuis Tien-Tsin par le train (120 km), et repartent le lendemain pour porter secours √† d’autres r√©fugi√©s isol√©s √† Chan-Sin-Tien. Il est plus que temps. La vague boxer gonfle ‚Ķ D√©j√† des ponts sont d√©truits, des rails arrach√©s (puisque les tire-fonds qui les fixent blessent les dragons qui circulent sous la terre), des traverses dispers√©es ‚Ķ Les Boxers s’enhardissent, se rapprochent tr√©s vite, s’acharnent, d√©truisent et tuent. Malgr√© une situation dramatique, de nouveaux groupes de volontaires blancs se constituent √† Tien-Tsin pour se porter √† la rencontre d’autres r√©fugi√©s annonc√©s et venant de l’ouest. L’un d’eux, prot√©g√© par un groupe de 20 cosaques russes, est durement accroch√© par les Boxers le 3 juin. Apr√®s un rude combat, une derni√®re charge de cavalerie disperse les assaillants. Le ton est d√©finitivement donn√©.

Plus au nord, en Mandchourie, les Europ√©ens pr√©sents sur les nombreux chantiers de voies ferr√©es entre Teline et Moukden se font aussi sur prendre. Les √©glises sont en flammes, les magasins sont pill√©s, les missions fran√ßaises, danoises, anglaises, sont d√©truites, tous ceux qui ne peuvent fuir sont √©gorg√©s. Les Russes se replient vers le nord avec un convoi de chr√©tiens chinois. A Kharbine, 3000 r√©fugi√©s arm√©s par le g√©n√©ral russe Guerngross et ses cosaques sont encercl√©s par des milliers de Chinois d√©cha√ģn√©s qui attaquent sur le fleuve Amour, plus au nord, les bateaux amenant ravitaillement, armes et munitions depuis Khabarovsk‚Ķ Tout au sud, Fran√ßais et Russes doivent aban-donner le Yunnan et se r√©fugier au Tonkin, en Indochine fran√ßaise‚Ķ En quelques semaines, la pr√©sence europ√©enne en dehors d’une, encore, relative protection des villes, fond comme une peau de chagrin‚Ķ Partout la chasse est d√©sormais ouverte contre les ¬ę diables √©trangers ¬Ľ (Yang-Kouei-Tseu). Fin mai de cette ann√©e 1900, Delcass√©, Ministre fran√ßais des Affaires Etrang√®res, est persuad√© qu’une intervention militaire muscl√©e s’impose. Mais la division r√®gne encore dans le camp des Europ√©ens : on h√©site √† Londres et √† Berlin, tandis qu’√† Washington et √† Rome on se d√©clare pr√™t √† suivre. Puis tout s’acc√©l√®re, car plus personne ne peut se faire d’illusion. Ordre parvient donc aux commandants des forces navales europ√©ennes stationn√©es en Extr√™me-Orient de pr√©lever des contingents de marins pour venir au secours des L√©gations de P√©kin. A l’embouchure du fleuve Pe√Į-Ho, dans le golfe du Petchili, une armada de navires de guerres appartenant aux grandes puissances, et qui va s’√©toffer de plus en plus au fil des √©v√®nements, est ancr√©e hors de port√©e des pi√®ces d’artillerie lourde qui arment les forts chinois du port de Takou, d√©barcad√®re obligatoire. Le 31 mai au soir, 75 matelots fran√ßais, 75 Russes, 75 Anglais, 60 Am√©ricains, 40 Italiens et 30 Japonais d√©barquent en rade de Takou et prennent un train sp√©cial √† Tien-Tsin. 50 Allemands et 30 Autrichiens suivent encore le lendemain. Faibles effectifs certes, mais accueillis en lib√©rateurs par les concessions europ√©ennes qui se les r√©partissent pour renforcer leur protection. Le temps presse : quelques dizaines d’hommes encore arrivent √† passer, ainsi que 400 Chinois arm√©s de lances recrut√©s parmi les chr√©tiens autochtones. Le pi√®ge va se refermer sur eux, mais ils ne peuvent encore y croire : le 5 juin, une nouvelle colonne de secours d’un millier de marins est annonc√©e en provenance de Takou, tandis qu’une nouvelle quarantaine de fusiliers marins fran√ßais arrive encore pour renforcer la garde des L√©gations. C’est fini d√©sormais : d√®s le 8, la voie ferr√©e est coup√©e et la ligne t√©l√©graphique entre P√©kin et Tien-Tsin est d√©truite deux jours plus tard. De tr√®s grave, la situation devenait franchement d√©sesp√©r√©e ‚Ķ

La folle équipée de la colonne Seymour (5-26 juin 1900)

Le vice-amiral Seymour, commandant en chef de l’escadre anglaise des mers du sud, organise √† Tien-Tsin une colonne de secours interalli√©e dont le but √©tait de foncer sur P√©kin pour d√©bloquer la tenaille boxer qui √©tait en train de verrouiller la place. Homme de d√©cision, il pr√©voit de r√©parer la voie ferr√©e au fur et √† mesure de sa progression. Il regroupe donc 900 Anglais, 500 Allemands, 300 Russes, 160 Fran√ßais, 100 Am√©ricains, 54 Japonais, 40 Italiens et 30 Autrichiens, soit plus de 2000 marins dot√©s de 200 √† 300 cartouches chacun, ainsi que 7 canons (h√©las sans attelages pour les rendre autonomes) et trois jours de vivres. Le sentiment d’urgence occultait les r√©alit√©s tactiques ‚Ķ La troupe, motiv√©e comme on peut imaginer, se met en route le 10 juin au petit jour, r√©partie en trois trains. On fait 40 km le premier jour, mais seulement 14 d√®s le second, la ligne se r√©v√©lant de plus en plus ab√ģm√©e. Il faut r√©parer sommairement sous un soleil mordant et le regard immobile des troupes imp√©riales chinoises venues en spectatrices, apparemment neutres ‚Ķ On fait encore 12 km le 13 juin, plus que 8 le 14 juin ‚Ķ Mais on est parvenu √† Lang-Fong, √† 60 km de P√©kin ! Puis c’est l’enlisement. La ligne devient irr√©parable, les Boxers sont omnipr√©sents alors que les troupes imp√©riales, qui pouvaient jusque l√† donner un semblant de protection, ont soudain disparu. Les villages alentours sont vides. Une situation de cauchemar ‚Ķ Soudain, avec des hurlements fr√©n√©tiques, les Boxers d√©cha√ģn√©s foncent par centaines sur les ouvriers d√©sarm√©s qui, en t√™te de le colonne ferroviaire stopp√©e, tentent encore de poser de nouvelles traverses. Impossible de fuir ‚Ķ C’est √©galement le massacre du d√©tachement italien qui assurait la garde du chantier. Panique et reflux des survivants vers les trains ‚Ķ contre-attaque d√©sesp√©r√©e repoussant les diables rouges, qui laissent une centaine de cadavres sur le ballast … Mais ils reviennent aussit√īt, s’en prennent cette fois aux deux extr√©mit√©s de la colonne isol√©e dans les m√Ęchoires de l’√©tau. C’est que la masse des Boxers exhibe maintenant un armement moderne, ainsi des carabines Winchester am√©ricaines √† r√©p√©titions, et m√™me quelques canons ‚Ķ Aux deux bouts, les pertes europ√©ennes sont s√©v√®res. Il faut se replier avant que la voie ferr√©e qui relie √† Tien-Tsin ne soit aussi coup√©e. Trop tard ! Tr√®s vite, une fourmili√®res humaine a emport√© en temp√™te rails et traverses ‚Ķ Ordre est donn√© d’√©vacuer les trains pour se replier le long du fleuve Pe√Į-Ho en transportant les bless√©s sur des jonques. On enterre les morts sur place, en les camouflant pour √©viter toute profanation. Fran√ßais et Italiens assurent l’avant-garde, les Allemands l’arri√®re-garde. Au centre, les Russes, avec les autres d√©tachements. On a encore le moral, pourtant ‚Ķ la nourriture est infecte, l’eau du Pe√Į-Ho est immonde, charriant mollement des cadavres au point d’emp√™cher le passage des jonques. La chaleur est accablante et les hommes souffrent de la soif. Au fur et √† mesure que s’acc√©l√®re cette retraite en bon ordre, l’arm√©e r√©guli√®re chinoise, qui ne cache plus d√©sormais son accointance avec les Boxers, attaque ouvertement avec artillerie et cavalerie. Les Europ√©ens doivent prendre √† la ba√Įonnette chaque village sur le parcours. On continue de se replier de jour comme de nuit. Les bless√©s de toutes nationalit√©s s’entassent sur la jonque fran√ßaise. Les Chinois tentent un barrage avec des navires coul√©s : on passe quand m√™me ‚Ķ Puis vient le miracle : lorsque les rescap√©s arrivent enfin devant l’arsenal chinois imp√©rial de Si-Kou, √† 3 km seulement de Tien-Tsin, celui-ci est √©vacu√© contre toute attente apr√®s une terrible accrochage, sur une offensive europ√©enne si forte que les Chinois ont cru √† l’arriv√©e de renforts lourds ‚Ķ Les 1700 hommes et 250 bless√©s qui se regroupent loin derri√®re les remparts de l’arsenal d√©sert√© se savent d√©sormais en s√©curit√©. Il y a l√† vivres, armes et munitions en quantit√© suffisante. Les Japonais s’√©quipent en Winchester toutes neuves, les Allemands r√©cup√®rent une dizaine de leurs propres canons Krupp encore dans leurs caisses (en r√©alit√©, le fabricant Krupp avait revendu ses pi√®ces d√©mod√©es aux Chinois, qui √©taient m√™me venus s’entra√ģner avec les artilleurs allemands en Allemagne au cours des derni√®res ann√©es du XIXe si√®cle). Le 26 juin une colonne de secours de 2000 hommes les rejoint depuis Tien-Tsin, o√Ļ tout le monde se replie sous la vigilance des Fran√ßais (remarqu√©s pour leur ardeur au feu, leur d√©brouillardise et, para√ģt-il ‚Ķ leur bonne humeur aux pires moments !) qui ferment la marche avec un petit canon tir√© par un √Ęne ‚Ķ Non sans que l’√©quipe anglaise n’ait pris le temps de dynamiter l’arsenal et le camp de Si-Kou. Mais tout n’√©tait pas dit, loin s’en fallait. Somme toute, la tentative Seymour se soldait par un √©chec, certes avec h√©ro√Įsme, mais un √©chec tout de m√™me: les L√©gations de P√©kin restaient d√©finitivement enclav√©es et les quartiers europ√©ens de Tien-Tsin, o√Ļ avaient pu se rassembler 5 000 hommes, √©taient aussi en √©tat de si√®ge. Tout le monde avait √† ce point de l’histoire engag√© une course contre la montre: les Boxers, maintenant ouvertement appuy√©s par les troupes r√©guli√®res chinoises, pour r√©duire d√©finitivement les poches europ√©ennes de P√©kin et de Tien-Tsin ; les nations europ√©ennes pour les d√©senclaver au prix d’une invasion d√©sormais planifi√©e massive, avec des renforts d√©barquant sans arr√™t dans le golfe du Petchili, rameut√©s d’Indochine, d’Inde, des Philippines, du Japon, de Sib√©rie ‚Ķ 60 000 hommes y √©taient disponibles. Mais il fallait faire vite !

Le guêpier de Tien-Tsin (10-24 Juin 1900)

Le 11 juin, au lendemain du d√©part de la colonne Seymour pour P√©kin, un r√©giment russe qui avait pu d√©barquer dans le port de Takou vient prendre position √† Tien-Tsin, en protection des concessions. En m√™me temps qu’eux, des Fran√ßais, des Anglais, des Allemands, des Am√©ricains, des Japonais ‚Ķ Le commandement de ces forces de secours internationales √©tait confi√© au Mar√©chal allemand Von Waldersee (ce qui n’enchantait d’ailleurs pas la France, inqui√®te de la ¬ę Weltpolitik ¬Ľ du jeune empereur Guilaume II, mais l’heure √©tait encore √† l’union ‚Ķ). Il √©tait temps. Les Boxers s’infiltrent de tous c√īt√©s dans la ville, massacrant les Chinois catholiques dans la ville chinoise. Leurs premiers obus tombent sur les concessions. Le 16 juin les forts chinois de Takou sont pris d’assaut par les troupes de marine d√©barquant en force des navires de guerre europ√©ens apr√®s un d√©luge de feu parfaitement concentr√© sur les positions chinoises, o√Ļ les Allemands d√©couvrent 6 canons Krupp √† tir rapide, encore fumants ‚Ķ Mais les pertes sont lourdes. Surtout, rien n’est r√©gl√©. 17 juin : impossible d’entrer dans la ville de Tien-Tsin. Les troupes alli√©es restent clou√©es sur place par le feu nourri des Boxers embusqu√©s dans les maisons derri√®re leurs caisses de munitions. 20 juin : nouvelle tentative, nouvel √©chec. 300 hommes sont tu√©s. La situation est plus que sombre. C’est le 19 juin, √† P√©kin, que l’ambassadeur d’Allemagne, le Baron Von Kettler, venu n√©gocier tr√®s officiellement au Palais Imp√©rial, est abattu par un r√©gulier chinois sur le trajet de retour. Ce qui fut le signal : le prince Tuan, proche de Tseu-Hi, a ouvertement pris la t√™te du mouvement boxer et a fait cerner les L√©gations, o√Ļ les europ√©ens se retranchent, sans illusions, d’autant qu’arrive la nouvelle du retrait de la colonne Seymour cens√©e d√©bloquer la situation.

A Tien-Tsin, dans l’apr√®s-midi du 22 juin, les √©chos d’une nouvelle canonnade nourrie provenant du sud annoncent que de nouveaux renforts (dont 2000 Russes) ont pu d√©barquer √† Takou. Ceux ci couvrent aussit√īt, √† pied sous une chaleur torride, les 45 km qui les s√©parent de Tien-Hsin, pour s’infiltrer enfin dans la ville. Le 24, on l’a vu, une exp√©dition en repart pour aller porter secours √† la colonne Seymour qui revenait √† sa base. Jusqu’au 8 juillet de nouveaux renforts alli√©s prennent position sur les d√©fenses de la ville. Leur sup√©riorit√© de feu devient enfin suffisante pour qu’il soit possible de lancer une attaque frontale contre la ville mur√©e occup√©e par les Chinois. Le 14 juillet la ville chinoise est prise apr√®s de violents combats autour de la gare. Le verrou de Tien-Tsin a enfin saut√©, ce qui ouvrait la route de P√©kin. Mais les alli√©s ont perdu plus de 800 des leurs dans l’affaire. Il est n√©cessaire d’attendre le d√©barquement de nouveaux renforts et de r√©organiser les unit√©s. On se donne pour cela deux √† trois semaines, √† attendre dans une ville pratiquement d√©truite, o√Ļ l’on d√©couvre partout ce que l’on appellera plus tard une guerre totale, baign√©e par une fleuve encombr√© de cadavres et de restes d’animaux dont la d√©composition d√©gage une odeur pestilentielle. Pas question de s’attarder √† cette premi√®re victoire. P√©kin restait la priorit√©, d’o√Ļ parvenaient des nouvelles alarmantes: depuis le 26 juin seuls les b√Ętiments des ambassades fran√ßaises, allemandes et anglaises restaient debout, o√Ļ r√©sistaient encore tant bien que mal des Europ√©ens et des Chinois amis livr√©s √† eux-m√™mes, cern√©s par les hordes de Boxers qui sentent venir l’hallali.

Les 55 jours de P√©kin (20 juin-15 ao√Ľt 1900)

La marche vers P√©kin commence le 4 ao√Ľt. Il faut faire vite pour exploiter la victoire de Tien-Tsin, sans laisser aux Boxers le temps de souffler. Sur les 30000 hommes maintenant rassembl√©s dans la ville, 20000 vont faire mouvement, remontant vers le nord sur les deux rives du Pe√Į-Ho: Am√©ricains, Anglais et Japonais, par la rive ouest, Fran√ßais (avec des troupes coloniales Annamites et Tonkinois), Russes, Allemands, Autrichiens, Italiens, par la rive est. Un assaut combin√© des deux colonnes leur permet de faire leur jonction √† Pe√Į-Tsang, o√Ļ les Japonais des g√©n√©raux Tsukamoto et Manab√© p√©n√®trent les premiers. On souffle un peu. Le ravitaillement suit bien par le fleuve. Mais une puissante artillerie chinoise les attend √† un kilom√®tre plus au nord. On attaque dans une grande confusion, chaque groupe tentant d’arracher la victoire qui passera pour d√©cisive. Et ce sont les Am√©ricains qui, cette fois, paient le plus lourd tribut. Tout est cependant termin√© au soir du 6: les alli√©s ont pu remonter jusqu’√† Yang-Tsoun. Malgr√© un manque de coordination dans le commandement alli√©, qui favorise le recul en bon ordre des troupes chinoises sur P√©kin, on d√©cide de reprendre la marche le 8 ao√Ľt au matin. Tong Tcheou est prise sans combat le 12, point cl√© pour la route de P√©kin, jonction du fleuve et du Canal Imp√©rial, ville de sinistre m√©moire puisque c’est l√† que furent sauvagement tortur√©s puis √† mort les pl√©nipotentiaires fran√ßais et anglais en 1860 (ce qui avait provoqu√© une riposte fulgurante de l’Occident, et, entre autres, le sac du Palais d’Et√©). On dispose alors de 14000 hommes valides et on d√©cide de ne plus attendre d’autres renforts, qui continuent cependant de remonter depuis Takou. Les Fran√ßais prennent par le pont de Palikao, les Am√©ricains et les Anglais passent plus au sud, les Japonais plus au nord, les Russes au centre. On se bousculerait presque, pour en finir, √™tre les premiers √† entrer dans P√©kin ‚Ķ

Depuis pr√®s de 8 semaines, on n’en pouvait plus d’attendre dans les L√©gations de P√©kin, sur les derniers murs desquels venaient se briser plusieurs fois par jour les vagues d’attaque des Boxers press√©s d’en finir avant l’arriv√©e des secours europ√©ens. Stress absolu ‚Ķ le jour comme la nuit. Ce si√®ge des L√©gations de P√©kin est une histoire dans l’histoire. Le quartier des L√©gations est situ√© au sud-est de la ville tartare (qui est au nord, tandis que le vieille ville chinoise est au sud), entre les portes Tsien-Men et Ha-Ta-Men, ouvertes dans une impo villa d’enceinte de 20 m d’√©paisseur et de 16 m de haut, d√©fendues par d’√©normes tours de quatre √©tages pour vues de meurtri√®res et d’embrasures pour les canons qui, de l√† haut, tirent sur les concessions. C’est dans cet espace r√©duit et bombard√© que s’√©taient laiss√©s enfermer, le 31 mai, environ 450 marins appartenant √† 8 nations diff√©rentes, pr√©lev√©s sur les √©quipages des navires en rade devant Takou, et venus par trains sp√©ciaux sur une ligne alors encore intacte. Parmi les effectifs civils, les ambassadeurs de France et de Russie, les ministres et repr√©sentants de Belgique, d’Angleterre, d’Italie, d’Autriche, du Japon, ainsi que leur familles et leurs personnels, dont on pouvait compter une centaine comme combattants. Auxquels on pouvait ajouter quelques 400 Chinois, qui savaient quel serait leur sort s’ils tombaient entre les mains des Boxers ‚Ķ Tous irr√©m√©diablement pi√©g√©s depuis plus de 8 semaines maintenant ! Ayant appris avec d√©sespoir le retrait de la colonne Seymour, et n’√©tant gu√®re inform√©s pr√©cis√©ment des efforts de la communaut√© internationale depuis la reprise de Tien-tsin. L’assassinat de Von Kettler, le 20 juin (il est vrai que l’attach√© japonais, le Marquis Sugiyama, avait d√©j√† √©t√© sauvagement assassin√© le 11 juin, et que son corps mutil√© ne fut jamais retrouv√©), avait √©t√© le signal du durcissement des combats. Ce n’est que le lendemain que la d√©fense des L√©gations fut r√©ellement organis√©e, maintenant que personne ne se faisait plus d’illusions sur la suite : d√©cision d’abandonner les l√©gations trop isol√©es de Belgique, Italie et Autriche-Hongrie, pour mieux renforcer le p√©rim√®tre des autres, sur lesquels on se regroupe, creusement de tranch√©es, renforcement des postes d’observation et de tir, stockage de vivres et m√™me de b√©tail sur pied. La d√©fense de cet espace est plac√©e sous les ordres d’un √©tat major interalli√© dirig√© par l’Austro-Hongrois Thomann Von Montalma. Il faut d√©sormais faire face de tous c√īt√©s et, lentement, inexorablement, les assi√©g√©s perdent des hommes. A quelques kilom√®tres des L√©gations, d’autres furieux combats ont lieu autour de la mission catholique et de la cath√©drale du P√©-Tang. Le 12 juillet au matin une √©norme mine chinoise y explose, laissant un entonnoir de 7 m de profond et de 40 de diam√®tre, tuant 80 personnes, dont 20 enfants. M√™me si la prise de Tien-Tsin par la colonne de secours (13 et 14 juillet) leur donne un illusoire moment de r√©pit (l’imp√©ratrice Tseu-Hi, un moment d√©stabilis√©e par la nouvelle, √©tablit un court cesser-le-feu avec, m√™me, quelques envois de vivres aux assi√©g√©s !), les fusillades sont ininterrompues, les d√©fenses tombent, les m√©dicaments et la nourriture manquent. Les Boxers ont aussi des tireurs de pr√©cision qui, embusqu√©s, √©liminent s√Ľrement. Et partout des vagues d’assaut de milliers de Chinois s’encha√ģnent avec des cris de mort Tuons, Tuons (śĚÄ shńĀ), Br√Ľlons, Br√Ľlons (ÁÉß shńĀo) ‚Ķ Un d√©ferlement de haine, un furieux appel au meurtre, une volont√© de d√©truire ‚Ķ Le harc√®lement sera continu jusqu’√† la fin, inesp√©r√©e: au matin du 14 arrivent de nouveaux bruits de canonnades, portant des rumeurs d’espoir, puis des certitudes, dans l’incr√©dulit√©‚Ķ Anglais et Am√©ricains sont √† l’angle nord-est de la ville chinoise, Japonais, Fran√ßais et Russes sont au mur est de la ville tartare, que l’on escalade. Les Japonais dynamitent la porte Tsi-Hoa-Men, les Anglais arrivent directement le ce qui reste des L√©gations en empruntant l’√©gout de la Rivi√®re de Jade ‚Ķ C’est le ras de mar√©e, les derniers combats au corps √† corps. En cette fin d’apr√®s-midi du 14 ao√Ľt, apr√®s 55 jours d’angoisse, les assi√©g√©s de P√©kin entendent soudain monter du pied de la muraille qui les coupait du monde des vivants, le son aigre des cornemuses de l’Arm√©e des Indes ‚Ķ C’est fini. P√©kin est ville ouverte, les derni√®res poches de r√©sistance sont rapidement r√©duites.

Les troupes chinoises, r√©guliers et Boxers confondus, se replient vers le nord et l’est. La cour s’√©chappe du Palais Imp√©rial et fuit vers le Chen-Si le 16, alors que Tseu-Hi s’en √©tait sauv√©e d√®s l’aube du 15, d√©guis√©e en paysanne (elle ne reviendra √† P√©kin qu’en 1902). La ville est un monceau de ruine. Des centaines de cadavres Boxers jonchent les gravas, sur fond des derniers incendies qu’ils avaient allum√©s. Les assi√©g√©s des L√©gations avaient finalement perdu 43 % de leurs effectifs, √† quoi il convient d’ajouter environ un millier de civils chinois qui avaient r√©sist√© √† leur c√īt√©. Mais la guerre des Boxers √©tait √©teinte. Certes des op√©rations de nettoyage furent effectu√©es tout autour de P√©kin jusqu’en mai 1901, et les villes fortifi√©es qui refusaient de se rendre aux alli√©s √©taient forc√©es, prises au canon et √† la ba√Įonnette, souvent pill√©es et incendi√©es ‚Ķ Pas de quartier: le sang appelle le sang ‚Ķ Les Boxers survivants (auxquels les autorit√©s chinoises ne pardonnaient pas l’√©chec ‚Ķ) furent livr√©s √† la justice chinoise, qui les fit ex√©cuter, sans √©tat d’√Ęme, et dans une parfaite hypocrisie. Le Prince Tuan fut exil√©. De Tien-Tsin, base arri√®re, montait toujours le flot des renforts d√©barqu√©s √† Takou. Le point d’orgue final fut la revue internationale de la victoire, men√©e par Von Waldersee le 28 ao√Ľt, d√©filant √† travers les cours du Palais Imp√©rial occup√© par les occidentaux. Le monde pouvait √† nouveau √™tre rassur√©.

Celui-ci tira cependant quelques le√ßons de cette guerre des Boxers, Pour les alli√©s, cette guerre fut un extraordinaire terrain pour tester du nouveau mat√©riel de guerre : ainsi les fusils Mosin-Nagan des Russes, les Mauser 1898 des Allemands (qui avaient vendus les mod√®les ant√©rieurs, 1871 et 1873, aux troupes chinoises), les fusils Arisaka 1897 des Japonais, les Mannlicher-Carcano 1891 des Italiens, pour ne citer que ces exemples l√†, rest√®rent en dotation dans les arm√©es jusqu’√† la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Quant √† la Chine, qui avait d√Ľ s’engager par le protocole du 7 septembre 1901 √† payer un d√©dommagement de 450 millions de Ta√ęls, elle comprit qu’elle ne pourrait lutter √† armes √©gales avec les √©trangers qu’en se mettant d’abord √† leur √©cole, comme avait fait le Japon une trentaine d’ann√©es auparavant. Elle devait en attendant, la mort dans l’√Ęme, interdire ses soci√©t√©s secr√®tes et laisser se renforcer l’implantation militaire √©trang√®re sur son sol. Surtout, de cette d√©faite cuisante allait sortir une haine encore plus forte contre l’imp√©ratrice douairi√®re Tseu-Hi (qui avait finalement laiss√© faire les √©trangers et m√™me renou√© avec eux, dans un incroyable r√©tablissement diplomatique, pour conserver son tr√īne jusqu’√† sa mort en 1908 !), qui aboutit au printemps 1912 √† la proclamation de la d√©ch√©ance de la dynastie mandchoue. La r√©volution d√©ferla alors sur la Chine, encha√ģnant d’autres √©pisodes sanglants. Quant √† la boxe chinoise traditionnelle (śč≥ś≥ē qu√°n f«é), dont se dont se r√©clamaient les Boxers, discr√©dit√©e par son inefficacit√© face aux armes modernes (lorsque les tirs √©taient r√©els‚Ķ), elle ne suscita plus d√©sormais, et pendant des d√©cades, qu’un tr√®s faible int√©r√™t dans le pays ; il fallut attendre longtemps avant qu’Am√©rique et Occident ne la red√©couvrent, entra√ģnant du coup un renouveau qui a largement d√©pass√© les fronti√®res chinoises‚Ķ √Čtonnant revirement de l’Histoire ‚Ķ




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