L’hiver est arrivé ! Dans l’hémisphère nord, la saison hivernale a commencé officiellement ce dimanche 21 décembre 2025 avec le solstice d’hiver. Les Français auront vécu le jour le plus court de l’année et la nuit la plus longue. A titre d’exemple, ce jour ne dure que 8h19 et la nuit commence à 16h58 sur la capitale, à Paris.

Paradoxalement, à compter de ce dimanche, les jours vont se rallonger, gagnant quelques secondes de soleil de manière progressive, jusqu’au solstice d’été, le phénomène inverse prévu le 21 juin. Si sur Terre le phénomène du solstice d’hiver s’étend sur une journée complète, le solstice ne dure qu’un instant d’un point de vue astronomique, quelques minutes tout au plus : lorsque la position du soleil vue depuis la planète bleue atteint son extrême septentrional ou méridional.
L’Institut de mécanique céleste et de calcul éphémérides (IMCCE) a annoncé que le solstice d’hiver 2025 a eu lieu ce dimanche 21 décembre, à 16 heures 03 minutes et 1 seconde (heure de Paris) très exactement (21h48 UTC). Lors du solstice d’hiver, la déclinaison du Soleil est à son minimum.
冬至 dōng zhì

Le solstice d’hiver (冬至 dōngzhì) est un terme solaire (節氣 jiéqi) utilisé par l’astronomie (天文 tiān wén). Il était appelé jour court (日短 rì duǎn) et jour le plus court (日短至 rì duǎn zhì) dans les temps anciens. Aujourd’hui (今天 jīn tiān), le soleil (太陽 tài yang) sera à 270 degrés de longitude. Comme le soleil (日 rì) est directement sur le tropique du Capricorne, la lumière du soleil est la plus inclinée vers l’hémisphère nord, c’est donc le jour le plus court de l’année dans l’hémisphère nord. Après demain, le soleil se déplacera progressivement vers le nord et la journée s’allongera de jour en jour. Dōngzhì est une fête traditionnelle majeure en Chine, profondément ancrée dans la culture et la philosophie, notamment dans le taoïsme. Les origines de cette fête remontent à la philosophie d’harmonie et d’équilibre du cosmos (陰陽 yīn yáng).
Si en Occident, le solstice marque le début de l’hiver, en Chine, il en constitue le cœur.
Un équilibre cosmique et un renouveau
Dans la pensée taoïste, le solstice d’hiver marque le point (冬至點 dōng zhì diǎn) où le 陰 yīn atteint son apogée. À partir de ce moment, le 陽 yáng commence à renaître, annonçant un retour progressif de la lumière et de la chaleur. C’est un moment de bascule, où l’équilibre entre les forces opposées se rétablit naturellement.
Bien que ce soit la période la plus froide de l’année, 冬至 dōng zhì est perçu comme le début d’un nouveau cycle, un temps de renaissance et d’espoir.
Une fête familiale et sociale
Traditionnellement, la fête du dōngzhì est aussi une occasion de réunir la famille. En particulier dans le sud de la Chine et dans les communautés chinoises d’outre-mer, le solstice d’hiver est l’occasion de cuisiner les tangyuan (湯圓, tāngyuán), ou balles de riz gluant, qui symbolisent la réunion. Les tangyuan sont faits de farine de riz et sont parfois colorés. Chaque membre de la famille reçoit au moins un grand tangyuan et plusieurs petits. Ces balles de farine peuvent être pleines ou fourrées. Elles sont cuites dans une soupe sucrée ou un bouillon, le tout servi ensemble dans un seul bol.

Dans le nord de la Chine, les gens mangent plutôt des raviolis. On dit que cette tradition a été initiée par le médecin Zhang Zhongjing (張仲景) de la dynastie Han. Un jour d’hiver, alors qu’il faisait froid, il vit les miséreux souffrant d’engelures aux oreilles. Compatissant, il ordonna à ses disciples de préparer des boulettes de pâte avec de l’agneau et de les distribuer aux pauvres pour les réchauffer. Puisque les boulettes avaient une forme d’oreille, Zhang les nomma ainsi : 嬌耳 jiāo ěr ; l’expression 祛寒嬌耳湯 qū hán jiāo ěr tāng signifie Soupe de boulettes qui protège du froid. Depuis, la tradition s’est ancrée et les chinois mangent des boulettes de pâtes lors de la fête du solstice d’hiver pour empêcher les engelures aux oreilles.
Les Chinois honorent leurs ancêtres et les divinités, en allumant de l’encens et en faisant des offrandes pour solliciter protection et bénédictions.
Les taoïstes profitent de cette période pour méditer, se recentrer et s’aligner avec les rythmes naturels. C’est un moment propice pour cultiver le souffle interne (氣 qì) et se préparer à l’essor du yang. Certains pratiquants effectuent des rituels pour purifier l’esprit et le corps, en harmonie avec le retour de la lumière. Le solstice rappelle l’importance de vivre en accord avec les cycles naturels. Les taoïstes voient dans ce jour une confirmation de l’ordre cosmique et de l’interdépendance de toutes choses.
Les aliments consommés (comme les tangyuan, les soupes nourrissantes ou le vin de riz) sont choisis pour renforcer le corps et l’esprit pendant l’hiver.
Dōngzhì marque aussi le début des préparatifs pour le Nouvel An lunaire, une période de transition et de préparation spirituelle.
Le solstice d’hiver est bien plus qu’un phénomène astronomique : c’est une célébration de l’équilibre, de la renaissance et de l’harmonie entre l’humain et le cosmos.
䷗ 復 fù
Leur signification philosophique est symbolisée par le vingt-quatrième hexagramme ䷗, le retour.
- En haut ☷ 坤 kūn : Le réceptif, la terre.
- En bas ☳ 震 Zhèn : L’éveilleur, le tonnerre.
L’idée du retour est indiquée par le fait qu’après que les traits sombres ont repoussé vers le haut tous les traits lumineux, un de ceux-ci rentre dans l’hexagramme par le bas. Le temps de l’obscurité est passé. Le solstice d’hiver amène la victoire de la lumière. L’hexagramme est rattaché au onzième mois, le mois du solstice.
Après le temps du déclin vient le retour. La puissante lumière qui avait été chassée refait son entrée. Un mouvement se produit. Toutefois ce n’est pas un mouvement contraint : le trigramme supérieur, ☷ kūn, a le caractère de l’abandon, du don de soi. C’est donc un mouvement naturel, qui naît spontanément. C’est pourquoi la transformation des choses anciennes est parfaitement aisée. Le vieux est déposé, le neuf est introduit. L’un et l’autre correspondent au temps et n’entraînent donc pas de dommage. Des groupes se forment entre êtres animés des mêmes sentiments. Mais ces réunions s’accomplissent au grand jour, elles correspondent à l’époque et c’est pourquoi tout effort particulier et égoïste en est exclu, et il n’en résulte aucune faute. Le retour a son fondement dans le cours de la nature. Le mouvement est circulaire. La voie se referme sur elle-même. C’est pourquoi il ne faut rien précipiter artificiellement. Tout vient spontanément lorsque c’en est le temps. Telle est la voie du ciel et de la terre. Tous les mouvements s’accomplissent en six étapes. Le septième degré amène ensuite le retour. Ainsi au septième mois après le solstice d’été où commence le déclin de l’année vient le solstice d’hiver; de même le lever du soleil survient à la septième heure double qui suit son coucher. C’est pourquoi le sept est le nombre de la jeune lumière qui naît lorsque le six, nombre de l’obscurité, s’accroît d’une unité. Ainsi le mouvement parvient à l’arrêt.
Pratiques
En tant que pratiquants des arts internes, nous savons à quel point l’harmonie avec les cycles naturels est importante. C’est pourquoi cette fête a une résonance particulière dans notre pratique ou nos enseignements.
Le solstice d’hiver est une période particulièrement propice à des pratiques de méditation et de qi gong spécifiques. Ces pratiques visent à harmoniser leqì avec le cycle naturel du yin et du yang, et à préparer le corps et l’esprit à l’essor progressif du yang après le solstice.
La méditation de l’enracinement et de la régénération
Objectif
Renforcer l’énergie yin (calme, introspection) et préparer l’émergence du yang.
Pratique
Posture : Assis en tailleur ou debout, pieds bien ancrés au sol, mains posées sur le champ de cinabre.
Respiration : Respiration lente et profonde, en visualisant l’énergie froide et sombre (yin) qui descend dans la terre, puis une lumière chaude (yang) qui remonte lentement des pieds vers le champ de cinabre.
Visualisation : Imaginer une graine enfouie dans la terre, prête à germer avec le retour de la lumière.
Bénéfices
Cette méditation aide à harmoniser les souffles, à calmer l’esprit et à renforcer la vitalité pour les mois à venir.
Le qi gong du feu intérieur
Objectif
Stimuler le yang naissant et renforcer le qi pendant la période froide.
Pratique
Mouvement : Exercices de qi gong comme Tenir la boule d’énergie (抱球 bào qiú) ou Soulever le ciel (托天 tuō tiān), en insistant sur la circulation du souffle vers le champ de cinabre.
Respiration : Inspiration par le nez en gonflant légèrement le ventre, expiration lente par la bouche, comme pour souffler sur une flamme intérieure.
Visualisation : Sentir une chaleur douce s’accumuler dans le champ de cinabre., comme un soleil levant.
Bénéfices
Ce qi gong active la circulation du qi, renforce le système immunitaire et prépare le corps à l’essor du yang.
Les six sons d’approche des exercices respiratoires
Objectif
Purifier les organes et harmoniser le qi avec les énergies saisonnières.
Pratique
Sons : Répéter les sons 噓 xū pour le foie, lié au printemps et au yang naissant, et 吹 chuī, pour les reins, liés à l’hiver et au yin).
Posture : Assis ou debout, mains sur les genoux ou en position de tenue de boule d’énergie.
Respiration : Chaque son est émis lors d’une expiration longue et contrôlée, suivie d’une inspiration naturelle.
Bénéfices
Cette pratique nettoie les méridiens, équilibre les émotions et renforce les organes en lien avec les saisons.
La marche méditative en pleine conscience
Objectif
Se connecter à l’énergie de la terre et au calme de l’hiver.
Pratique
Mouvement : Marcher lentement, en posant chaque pied avec intention, comme si on marchait sur de la neige fraîche.
Respiration : Synchroniser la respiration avec les pas (par exemple, 4 pas en inspirant, 4 pas en expirant).
Attention : Porter son attention sur les sensations des pieds, le contact avec le sol, et l’air froid sur la peau.
Bénéfices
Ce qi gong active la circulation du qi, renforce le système immunitaire et prépare le corps à l’essor du yang.
Rituel taoïste du Retour à l’unité
Objectif
Célébrer le solstice comme un retour à l’origine et à l’unité.
Pratique
Méditation guidée : Visualiser le ciel et la terre se rejoignant en soi, comme au moment de la création. On peut utiliser des mantras taoïstes comme 無極 xújí, l’illimité, l’éternel ou 太極 tài jí, le faîte suprême, l’ultime.
Offrandes symboliques : Allumer une bougie ou de l’encens en intention de renaissance et de gratitude.
Bénéfices
Ce rituel renforce le sentiment d’unité avec le cosmos et prépare l’esprit à accueillir les changements de la nouvelle année.
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