Cycles de formation aux arts internes 2021-2022

Huangshan

La formation aux arts internes de l’école Nuage~Pluie est avant tout une formation humaine complète qui privilégie l’accomplissement de l’être, à travers la connaissance profonde et la pratique de la pensée chinoise, au-delà de l’acquisition de méthodes dans le seul objectif de les enseigner.

L’école Nuage~Pluie vous propose une formation sous la forme de cycles.

Séminaire d’été

Pratique sous les arbres, séminaire d'été 2021

Ce séminaire d’été clos la formation au qi gong, de trois années, proposée par l’école Nuage~Pluie.

L’épée du taijiquan

Le professeur Cheng Man Ching pratique l'escrime

太极剑 tài jí jiàn

C’est une arme dite courte, à double tranchant, dont la taille varie entre 80 et 110 cm, et qui se manie d’une seule main.

Elle a une garde (剑格 jiàn gé) assez petite qui protège la main, une poignée (剑柄 jiàn bǐng ), et un pommeau (剑首 jiàn shǒu ), l’extrémité de la poignée la plus proche de nous qui sert de butée pour éviter à la main de glisser et qui, à l’occasion, peut aussi servir à frapper. Sur le pommeau se trouve le chas (剑眼jiàn yǎn) auquel est attaché le pompon (剑穗 jiàn suì) souvent de couleur rouge et dont les mouvements déconcentrent l’adversaire.

La lame (剑刃 jiàn rèn) se compose d’une pointe (剑尖 jiàn jiān)  pour les coups d’estoc, de l’arête (剑脊 jiàn jǐ), ainsi que des tranchants supérieur (上刃 shàng rèn) et inférieur (下刃 xià rèn) pour les coups de taille. On peut distinguer trois tiers dans la lame :

  • Le tiers côté poignée ( 后下刃 hòu xià rèn) est le plus épais et s’utilise pour bloquer des coups puissants en prenant garde de ne pas utiliser le tranchant, ce qui entraînerait une détérioration du fil de la lame.
  • Le tiers médian (中下刃 zhōng xià rèn) permet de couper profondément, de trancher, mais aussi de dévier un coup ou même de le bloquer s’il n’a pas trop de force.
  • Le tiers de la lame le plus éloigné de la main, côté pointe (前下刃 qián xià rèn) est la partie la plus souple, la plus fine. On ne l’utilise pas pour parer un coup, mais pour cisailler et lacérer ou pour des coups de pointe : ceux-ci ne sont efficaces que s’ils pénètrent dans l’axe de la lame.
Les parties de l'épée du taijiquan

剑訣 jiàn jué

Si la main droite tient une épée, la main gauche est vide. Avec les doigts on fait un « mudra », index et majeurs tendus et joints, les autres doigts repliés, pouce en-dessus. Ce mudra, épée magique du taoïsme, contribue à l’équilibre général du combattant.

Symbole de l’épée, on lui confère un sens énergétique. Au-delà de sa fonction d’équilibrage, il semblerait aussi qu’autrefois on combattait avec le fourreau de l’épée, on le tenait en posant les deux doigts en question dessus pour le contrôler. Le fourreau restait contre l’avant-bras, prêt à parer en cas de besoin.

Les locuteurs chinois font une distinction claire entre une « épée » (à double tranchant) et un « couteau » (à un tranchant). Dans la culture chinoise l’épée à double tranchant ou  剑 jiàn est considérée comme une arme de maître ou une arme de gentleman, à la fois du fait de l’habileté considérable requise pour combattre avec cette arme et du fait que les commandants d’armées ont favorisé le jian afin de se déplacer facilement parmi les troupes. Elle est décrite en chinois comme la «dame délicate» des armes, et est traditionnellement considérée comme l’arme la plus appropriée pour les femmes. Une épée à simple tranchant est appelée 刀 dāo. Le jian et le dao sont parmi les quatre armes principales enseignées en Chine, les autres étant le bâton et la lance. L’ordre dans lequel ces armes sont enseignées peut varier selon les écoles et les styles, mais le jian est généralement enseigné en dernier parmi les quatre.

On a pu voir, récemment, une discussion qui est récurrente sur la façon dont l’escrime chinoise dévie délibérément avec le plat de la lame. Certains aujourd’hui, ne connaissant pas les principes de l’art, mais désireux de pratiquer, empruntent la parade avec le bord de l’épée européenne. Il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles 剑法 jiàn fǎ et 刀法 dāo fǎ évitent les parades bord sur bord. Ces raisons incluent la structure 三枚 sān méi (trois plaques) de la lame. La plaque à haute teneur en carbone et à bords durs des épées chinoises les rend excellentes pour couper et maintenir un bord, mais fragiles lors des rencontres bord sur bord.

Au-delà des raisons métallurgiques, le travail au sabre chinois dévie avec le plat pour des raisons de principe. Le principe de base de l’approche chinoise du maniement de l’épée est que chaque réponse au coup du 对方 duì fāng n’est pas une défense dualiste puis contrecarrée par une attaque, mais est un mouvement fluide et sans rupture. Il n’y a ni parade ni riposte ni dans jiànfǎ ni dans dāofǎ. Il y a ce que l’on appelle en mandarin 單形 dān xíng, littéralement une forme unique ou simple. L’acte de dévier consiste à viser et à contre-couper. Il s’agit à proprement parler d’une déviation. Un mot, une action, aucune pensée de défendre puis de chercher une attaque. Il y a une intention mentale avec la déviation et la cible simultanément comme un tout plus grand. L’attaque et la défense n’existent pas dans l’escrime chinoise bien pratiquée. La déviation avec la lame à plat aligne non seulement la contre-coupe, étant un mouvement continu, mais génère également de la puissance pour l’action de coupe du mouvement de déviation-coupe. N’étant qu’un seul mouvement, sans changement brutal de direction, aucun élan n’est perdu. La quantité de mouvement de la déviation fournit ainsi de la puissance à la coupe qu’elle génère. Pour ces raisons, l’escrime chinoise se concentre uniquement sur l’utilisation de la lame à plat pour dévier.

Scott M. Rodell in Deflections in Chinese Swordsmanship

S’assoir en silence

Paroles du ciel, eau-forte, 2020, Fudezuka Toshihisa

Le son est une vague d’énergie silencieuse. En tant qu’objet de perception, il a besoin d’un organe de perception pour être entendu, comme l’oreille. Il faut aussi de la conscience. Les insensibles n’écoutent pas. Un esprit humain peut entendre, mais ne pas écouter. Il peut écouter et ne pas entendre. Il peut y avoir un son sous la forme d’une onde énergétique, qui provoque une sensation dans le tympan, mais aucune conception ou discrimination n’a lieu sans une prise de conscience d’instant en instant.

Hommage au taijiquan Zheng zi

Maître Ju Hongbin pratiquant l'épée de Cheng Man Ching

Documentaire réalisé en 2010 par l’International Cheng man Ching Heritage AssociationTai Chi

Ce documentaire rend hommage au taijiquan Zheng zi, une forme en trente-sept postures, créée par maître Zheng Manqing en 1938. Maître 鞠鴻賓 Jū Hóngbīn, disciple direct de Zheng Manqing y est interviewé. Maître Ju Hongbin s’est consacré pendant plus de 50 ans à la promotion du taijiquan Zheng zi.

Le pays des sens

Accumulation de fenêtres, 2006, encre sur papier, quatre panneaux, Cai Guangbin

Entraîné par cette épreuve de la puissance de la raison, notre penchant à étendre [nos connaissances] ne voit plus de bornes. La colombe légère, qui, dans son vol, fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide. C’est ainsi que Platon quittant le monde sensible, qui renferme l’intelligence dans de si étroites limites, se hasarda, sur les ailes des idées, dans les espaces vides de l’entendement pur. Il ne s’apercevait pas que, malgré tous ses efforts, il ne faisait aucun chemin, parce qu’il n’avait pas de point d’appui, de support sur lequel il pût faire fond et appliquer ses forces pour changer l’entendement de place. C’est le sort ordinaire de la raison humaine, dans la spéculation, de construire son édifice en toute hâte, et de ne songer que plus tard à s’assurer si les fondements en sont solides.

Emmanuel Kant in Critique de la raison pure

Expliquer et comprendre

Kuroda Tetsuzan

Dans l’absolu, il n’y a besoin d’aucune parole, et la véritable transmission se fait I shin den shin (d’âme à âme). Dans le monde actuel, si les gens veulent étudier les théories supérieures, il est nécessaire de les expliquer. Le problème ne se pose plus de savoir quel est le mode de transmission. Dans la situation actuelle, il faut que l’élève commence par comprendre les théories avec la tête. Ensuite, dès qu’il commence à bouger, je lui fais remarquer qu’il utilise la force, qu’il pousse dans le sol. Et à partir de là, le travail de correction commence. — Kuroda Tetsuzan

Samā‘

Sama, danse giratoire sacrée des derviches tourneurs soufis

Samā‘ désigne la danse giratoire sacrée des derviches tourneurs Mevlevi qui s’exécute dans le semahâne. Le samā‘ fait partie des pratiques spirituelles du soufisme.

Les derviches tourneurs se déplacent d’abord avec lenteur et font trois fois le tour de la piste. Chaque derviche se tourne vers celui qui est derrière lui et tous deux s’inclinent avant de reprendre leur circumambulation. Ce déplacement est le symbole des âmes errantes cherchant à la périphérie de l’existence. Après le troisième tour, le maître prend place sur son tapis et les danseurs attendent. Alors les chanteurs chantent et quand ils s’arrêtent, les derviches, en un geste triomphal, laissent tomber leur manteau noir, dévoilant leur vêtement blanc. La chute du manteau est celle de l’illusion. Quand le manteau noir qui représente l’enveloppe charnelle est abandonné, c’est la résurrection. Les derviches, bras croisés sur la poitrine, mains sur les épaules, se mettent à tourner lentement, sur eux-mêmes puis écartent les bras, la main droite tournée vers le ciel pour récolter la grâce de Dieu et la main gauche tournée vers le sol pour la dispenser vers les hommes. En même temps qu’ils tournent sur eux-mêmes, ils tournent autour de la salle. Ce double tour figure la loi de l’univers, l’homme tourne autour de son centre, son cœur, et les astres gravitent autour du soleil. Ce double symbolisme cosmique est le véritable sens du Sema : toute la création tourne autour d’un centre.

Les poésies mystiques chantées dans le samā‘ associent les thèmes de l’amant et de l’aimé, de l’ivresse spirituelle, de la nostalgie de la séparation de l’être bien-aimé ou encore de notre divine essence. Ces états intérieurs accentués par la danse sont les effets de l’ivresse spirituelle qui se traduit par une sensation de submersion et un oubli de soi-même dont l’aboutissement est l’extinction dans la présence divine.

Sache que le monde tout entier est miroir,
dans chaque atome se trouvent
cent soleils flamboyants.
Si tu fends le cœur d’une seule goutte d’eau,
il en émerge cent purs océans.
Si tu examines chaque grain de poussière,
mille Adam peuvent y être découverts…

Un univers est caché dans une graine de millet ;
tout est rassemblé dans le point du présent…
De chaque point de ce cercle
sont tirées des milliers de formes.
Chaque point, dans sa rotation en cercle,
est tantôt un cercle,
tantôt une circonférence qui tourne.

Mahmûd Shabestarî. Poète soufi, Iran (XIVè s.)

Kyūzō Mifune

Jigoro Kano et Kyuzo Mifune

三船久蔵 Mifune Kyūzō (1883 – 1965)

Kyūzō Mifune est considéré comme l’un des plus grands pratiquants de l’art du judo après son fondateur, Kano Jigoro. Il a 13 ans lorsqu’il commence le jùdô. Il rejoint le Kôdôkan en 1903. En 1912, il était déjà un rokudan (6e dan) et un instructeur du Kôdôkan. Il était incroyablement énergique et fini par parvenir à la tête des instructeurs du Kôdôkan. La vitesse avec laquelle il a maîtrisé les techniques du jùdô peut seulement être comparé à la rapidité de sa promotion. En recevant le 10e dan le 25 mai 1945, il devint le 2e plus jeune homme à obtenir le 10e dan, grade qu’il gardera pendant presque 20 ans c’est à dire plus longtemps de n’importe quel 10e dan. Il était humble et permanent du groupe consultatif de dôjo de Kôdôkan. Il est l’auteur du « Canon du Jùdô ». En 1964 le gouvernement Japonais lui a attribué l’honneur de l’ordre du soleil levant. Il fut la première personne à être honorer de cette manière pendant sa vie. Avant sa mort le 27 janvier 1965, il était le seul 10e Dan vivant dan dans le monde.

Le Maître de Nô

Le shite sur la scène du nô

Le théâtre de nô, art traditionnel et sacré propre au Japon, demeure une énigme pour les Occidentaux malgré quelques traductions et représentations dont le mystère ne cesse de fasciner. Armen Godel nous fait vivre dans cet ouvrage sa rencontre avec un maître de nô qui le prend pour disciple. À sa suite, nous entrons dans les arcanes d’un art fabuleux où le légendaire se mêle à la magie, où le masque porte le sens de la destinée, où le verbe se confond avec le silence.

Attention versus atténuation

Théorie générale du Taijiquan de Wang Zongyue, page 1

Les pratiquants de taijiquan savent probablement qu’il est important de prêter attention à ce qu’ils pratiquent, mais ils peuvent ne pas se rendre compte qu’il est naturel et normal pour les humains d’atténuer ou de rejeter divers signaux que nous recevons. Comme nous ne sommes capables de traiter qu’une quantité assez limitée d’informations à la fois, nous supprimons nécessairement les informations qui semblent moins importantes.