La Voie de Maรฎtre Lee Bei Lai par Nigel Sutton
J’ai rencontrรฉ Lee Bei Lei (alias Li Bian Lei/Lai) pour la premiรจre fois en 1987 lors de ma premiรจre visite en Malaisie. Mon beau-frรจre รฉtait secrรฉtaire du groupe de taiji quan qu’il dirigeait ร Batu Pahat, une ville de l’รtat mรฉridional de Johor. En tant que ยซ pompier invitรฉ ยป, qui avait participรฉ et connu un certain succรจs dans une compรฉtition en Chine, j’ai รฉtรฉ invitรฉ ร jouer devant un public de plusieurs centaines d’aficionados du taijiquan . ร cette รฉpoque, les Chinois en Malaisie n’รฉtaient pas autorisรฉs ร visiter la Chine, donc un รฉtranger qui y avait รฉtรฉ et pratiquait les arts martiaux chinois รฉtait quelque chose de rare. Je me suis pavanรฉ, les 48 รฉtapes combinaient la forme du taijiquan et une forme du baguazhang et aprรจs, j’ai รฉtรฉ prรฉsentรฉ au ยซ Maรฎtre ยป, Lee Bei Lei. Mon ignorance naรฏve et juvรฉnile m’a empรชchรฉ mรชme d’รชtre conscient de la terreur que j’aurais dรป ressentir. J’รฉtais venu dans sa salle d’entraรฎnement en tant que ยซย cรฉlรฉbritรฉย ยป, j’avais effectuรฉ ma dรฉmonstration devant ses รฉtudiants et je me suis rรฉgalรฉ de leurs applaudissements ! Un artiste martial traditionnel de la gรฉnรฉration de maรฎtre Lee verrait tout cela comme un dรฉfi, littรฉralement une tentative de nuire ร sa rรฉputation. Ceci ร un homme pour qui les dรฉfis รฉtaient un quotidien, la sรจve et la nourriture mรชme de son existence ! Mais je ne savais rien de tout cela.
Lorsqu’il m’a รฉtรฉ prรฉsentรฉ par mon beau-frรจre, j’ai vu un homme รฉnorme pour un Chinois, avec une posture trรจs droite et un visage plein de dรฉdain amusรฉ pour moi et tout ce que je reprรฉsentais. Il m’a prรฉsentรฉ un รฉnorme index et m’a demandรฉ de le saisir et de le plier. J’ai pris le doigt dans mon poing et j’ai tendu de toutes mes forces, mais je ne pouvais pas le bouger. Puis, en agitant simplement le doigt d’un cรดtรฉ ร l’autre, il a pu facilement perturber mon รฉquilibre et dรฉplacer tout mon corps d’un cรดtรฉ ร l’autre. Il m’a ensuite demandรฉ de frapper son ventre avec mes doigts รฉtendus, et avec une expansion spectaculaire de ce qui รฉtait dรฉjร un ventre assez substantiel, il a non seulement interceptรฉ et annulรฉ mon coup, mais m’a รฉgalement causรฉ un certain degrรฉ de douleur.
Ce n’รฉtait pas la premiรจre fois que je rencontrais les cรฉlรจbres mรฉthodes de neigong de l’รฉcole malaisienne de taijiquan Zhengzi (Cheng Man Ching), et j’รฉtais dรฉjร convaincu. Les diverses manifestations โ coups sur tout le corps, coups sur des poteaux tรฉlรฉgraphiques ou chaises brisรฉes dans le dos โ รฉtaient toutes impressionnantes. Mais ce qui m’impressionnait le plus, ce sont les exploits au combat des รฉlรจves de ce style et la rรฉputation martiale de l’รฉcole. C’รฉtaient des hommes (et dans des cas plus rares des femmes) qui marchaient le long du chemin. Leur taijiquan รฉtait un art de combat : c’รฉtait ce que je voulais apprendre.
Au cours des annรฉes suivantes, j’ai รฉtรฉ initiรฉ ร la lignรฉe Zhengzi et j’ai appris les exercices de neigong (force interne) qui รฉtaient les ยซenseignements intรฉrieursยป de l’art, disponibles uniquement pour ceux qui avaient entrepris la cรฉrรฉmonie officielle du baishi . J’ai appris ces exercices de plusieurs professeurs diffรฉrents. Bien que tous leur aient enseignรฉ un peu diffรฉremment. les fondamentaux รฉtaient manifestement les mรชmes.
Le baishi (ๆๅธซ bร ishฤซ) est le don et la cรฉrรฉmonie traditionnelle d’acceptation d’un nouveau disciple par un maรฎtre (ๅธซๅ shฤซfu), dans les arts martiaux chinois. Le rituel de cette cรฉrรฉmonie traditionnelle symbolise l’obรฉissance et l’acceptation de l’รฉlรจve dans sa nouvelle ยซ famille ยป (lignรฉe martiale du maรฎtre). Le dรฉroulement de la cรฉrรฉmonie est variable selon les traditions, les rรฉgions et les styles. Souvent, le disciple se prosterne devant le maรฎtre, lui offre un prรฉsent (don monรฉtaire dans une enveloppe), puis partage le thรฉ avec le maรฎtre. La cรฉrรฉmonie a lieu devant tรฉmoins et fait l’objet, depuis la pรฉriode Rรฉpublicaine, d’une publication dans la presse.
Chacun des principaux professeurs dont j’ai reรงu l’enseignement avait รฉtรฉ attirรฉ par le taijiquan de Zhengzi de la mรชme maniรจre ; dรฉjร รฉtablis en tant qu’enseignants ou maรฎtre dans d’autres arts, ils ont pris part ร des matchs de dรฉfi contre un reprรฉsentant du taijiquan Zhengzi et ont รฉtรฉ vaincus. Cela, dans tous les cas, les a incitรฉs ร agir en gentleman selon le code d’รฉthique martiale et ร devenir un disciple, sinon de l’homme qui les a vaincus, du moins de son maรฎtre.
Pendant mon temps de formation avec ces professeurs, j’ai rencontrรฉ pรฉriodiquement maรฎtre Lee, une fois lors d’une compรฉtition oรน, mรฉcontent d’une dรฉcision d’arbitrage prise contre l’un de ses รฉlรจves, il a dรฉfiรฉ le jury ร un combat. Ces juges, tous ยซmaรฎtresยป dans leur art, gardaient la tรชte baissรฉe et ne croisaient pas son regard, encore moins son dรฉfi. Son indignation a รฉtรฉ justifiรฉe lorsque le comitรฉ qui a statuรฉ sur ces questions a examinรฉ la dรฉcision de l’arbitre et l’a annulรฉe. L’รฉlรจve de maรฎtre Lee a remportรฉ le championnat.
En d’autres circonstances, j’ai รฉtรฉ dรฉlรฉguรฉ pour emmener des รฉtudiants du Royaume-Uni visiter son club pour participer ร des combats avec ses รฉtudiants. Il รฉtait toujours poli et ses รฉtudiants รฉtaient accueillants mais il n’a jamais rรฉsistรฉ ร l’occasion de ยซย se pavanerย ยป, de montrer aux รฉtrangers en gรฉnรฉral, et ร moi en particulier, ร quel point nous savions peu de choses.
Chacun de mes professeurs, bien qu’issu de la mรชme lignรฉe, a abordรฉ l’art de maniรจre individuelle. Ils ont toujours justifiรฉ cela en affirmant que la maniรจre dont ils pratiquaient รฉtait la seule maniรจre, enseignรฉe ร eux seuls par leur professeur. Il est arrivรฉ un moment oรน maรฎtre Lee et son enseignement sont devenus le centre de mon รฉtude. รtant donnรฉ que je connaissais ses exploits de combattant, pourquoi l’ai-je laissรฉ plus tard dans mes รฉtudes ? La raison en รฉtait que parmi les membres les plus ยซraffinรฉsยป de la communautรฉ malaisienne Zhengzi , sa rรฉputation รฉtait celle d’un bagarreur grossier et non raffinรฉ. Dans l’ensemble, le taiji quan les exposants se targuent du fait que leur art est ร plusieurs niveaux รฉlevรฉ au-dessus de la ยซforce brute et de l’ignoranceยป des autres systรจmes. A cette รฉpoque, il serait juste de dire que ma vision de l’art n’รฉtait pas exempte de cette attitude รฉlitiste.
Nรฉanmoins, il รฉtait indรฉniable que maรฎtre Lee รฉtait un reprรฉsentant rรฉussi et trรจs visible des arts de combat, et son art, comme il l’a proclamรฉ haut et fort, รฉtait le taijiquan. Finalement, j’ai fait une dรฉmarche pour lui demander de me prendre comme disciple initiรฉ. Cela a รฉtรฉ facilitรฉ par le service que rendait mon beau-frรจre en tant que secrรฉtaire du club et le fait que maรฎtre Lee m’avait rencontrรฉ ร plusieurs reprises au cours de plusieurs annรฉes. Sa rรฉponse, cependant, n’a pas รฉtรฉ immรฉdiate. En fait, il fallut plusieurs jours avant que je reรงoive une rรฉponse, sous la forme d’une invitation, ร visiter la maison oรน maรฎtre Lee sรฉjournait avec un certain nombre de ses รฉlรจves. A cette รฉpoque, ils รฉtaient tous dans la ville la plus mรฉridionale de la Malaisie, Johor Bahru, pour assister ร une compรฉtition de niveau national. Ma femme et moi รฉtions รฉgalement lร car elle participait รฉgalement ร la compรฉtition.
La cรฉrรฉmonie ยซ d’entrรฉe par la porte ยป a eu lieu dans cette maison et s’y sont rassemblรฉs en tant que tรฉmoins de nombreux disciples et pairs seniors de maรฎtre Lee. Ensuite, j’ai eu un avant-goรปt immรฉdiat du style unique de maรฎtre Lee et des mรฉthodes d’entraรฎnement qu’il utilisait. Aprรจs s’รชtre engagรฉ dans une sรฉance de ‘sparring’ trรจs courte mais douloureuse avec mon nouveau mentor, j’ai immรฉdiatement appris le premier de sa sรฉrie d’exercices de force interne.
Le sparring (de l’anglais, ยซ entraรฎnement ยป) est une forme d’entrainement commune ร de nombreux arts martiaux. Bien que les formes soient variables, le sparring consiste essentiellement en un combat libre avec des rรจgles, et l’accord de ne pas provoquer de blessures ร l’adversaire.
ร ce stade, il convient de considรฉrer quelle est la nature de l’entraรฎnement en force interne dans le systรจme malais Zhengzi , et aussi ce qu’il accomplit. Historiquement, cela ne remonte pas ร la famille Yang, avec qui Zheng Manqing s’est notamment entraรฎnรฉ; mais ร Zhang Qingling, qui bien qu’รฉgalement disciple de la famille Yang, รฉtait en plus membre d’une lignรฉe taoรฏste d’arts martiaux internes. Il les avait apprises de son professeur, Zuo Laifeng. Au sein du Zhengzi taijiquan, elles sont appelรฉes la ยซmรฉthode Zuoยป. L’effet de cet entraรฎnement est de permettre ร l’exposant de recevoir la force d’un adversaire et de la neutraliser en dรฉtournant la puissance entrante vers le sol. En mรชme temps, il est capable de prendre cette force du sol et de la restituer sous la forme de contres d’une puissance dรฉvastatrice. Ceci est dรฉcrit dans la maxime du taijiquan : ยซย Neutraliser c’est frapper, frapper c’est neutraliserย ยป. Cette formation permet รฉgalement au pratiquant d’utiliser le timing et la distance pour rendre les attaques de l’adversaire inefficaces, tout en magnifiant tout contre livrรฉ. De plus, l’accent est mis sur le dรฉveloppement de la sensibilitรฉ tactile ร portรฉe de lutte, ce qui permet ร l’exposant de dรฉsรฉquilibrer constamment son adversaire, rendant ainsi les frappes encore plus dรฉvastatrices. L’รฉlรจve du taijiquan apprend รฉgalement ร la fois ร ยซsegmenterยป son corps en diffรฉrentes parties, afin de dissimuler son propre centre d’รฉquilibre et de gravitรฉ, puis ร le rรฉunir en un tout afin que la somme soit beaucoup plus puissante que les parties individuelles. Ceci est dรฉcrit dans une autre maxime : ยซย Dans le taijiquan , il n’y a pas de poing, tout le corps est un poingย ยป.
L’entraรฎnement consiste en plusieurs sรฉries de qi gong debout et assis (ยซย compรฉtence respiratoire/รฉnergรฉtiqueย ยป), combinรฉs avec du pai da gong (ยซย compรฉtence de gifle et de frappeย ยป). Ces derniers sont des exercices d’auto-frappe conรงus pour conditionner le corps. En outre, il existe รฉgalement un certain nombre d’exercices conรงus pour รฉtirer ce que nous appellerions maintenant le fascia, des exercices d’entraรฎnement impliquant la respiration et le son, et diverses pratiques mรฉditatives, certaines impliquant la circulation du qi (ยซย รฉnergie vitaleย ยป) et d’autres non . .
Alors que la majoritรฉ de ces exercices รฉtaient (et dans certains cas sont toujours) gardรฉs secrets, d’autres sont ouvertement enseignรฉs dans d’autres systรจmes d’arts martiaux et รฉcoles de spiritualitรฉ et de mรฉditation. Connaรฎtre ces exercices, ร eux seuls, cependant, ne suffit pas. Ils doivent รชtre pratiquรฉs rigoureusement; dans le premier cas pendant au moins 100 jours. L’ensemble complet d’exercices qui sont censรฉs รชtre pratiquรฉs deux fois par jour pendant cette pรฉriode, prend au moins 90 minutes d’entraรฎnement. Comme la plupart des bonnes choses, en particulier lors de l’รฉlaboration de ce que les Chinois appellent gong fu , c’est ennuyeux, rรฉpรฉtitif et non sans douleur.
De plus, dรฉvelopper le gong fu de ces exercices n’est toujours pas suffisant. De nombreux autres systรจmes martiaux ont les mรชmes choses, mais ils ne peuvent รชtre utilisรฉs que lorsque le corps taijiquan a รฉtรฉ crรฉรฉ et que les stratรฉgies et tactiques de l’art se sont fermement incarnรฉes.
Le shenfa (mรฉthode du corps) enseignรฉ par Maรฎtre Lee n’รฉtait pas diffรฉrent de l’enseignement des autres professeurs de l’ รฉcole Zhengzi dont j’avais reรงu l’enseignement. Il y avait cependant des diffรฉrences d’accent. Le premier รฉtait l’insistance sur le fait que le corps devait รชtre rendu aussi fort que possible grรขce ร des exercices spรฉcifiques. Alors que la force du corps physique รฉtait toujours importante dans les premiรจres รฉtapes de l’entraรฎnement du taijiquan , Maรฎtre Lee diffรจre en ce que les membres avaient tous leur propre rรฉgime d’entraรฎnement spรฉcifique et rigoureux.
- Les mains sont entraรฎnรฉes avec une boule de fer dans une combinaison d’exercices de prรฉhension, de lancer et d’attrape, complรฉtรฉs par le ยซย roulageย ยป de la balle sur une table en utilisant les quatre รฉnergies directionnelles clรฉs de peng, lu, ji et an (expansion vers le haut et vers l’extรฉrieur, dรฉplacement vers l’arriรจre autour du corps, vers l’avant et vers le bas respectivement).
- Les bras et les avant-bras en particulier sont entraรฎnรฉs par une sรฉrie d’exercices consistant ร serrer et desserrer les poings pendant que les bras sont tendus. Ces exercices yang sont รฉquilibrรฉs en balanรงant les bras dans diffรฉrentes directions motivรฉes par des tours de taille, offrant un entraรฎnement au dรฉveloppement de la force centripรจte et centrifuge.
- Les jambes sont entraรฎnรฉes par un exercice que maรฎtre Lee a appelรฉ ยซย La jambe de la belle dameย ยป, une rรฉfรฉrence ironique ร la cรฉlรจbre position ยซย La main de la belle dameย ยป qui est l’une des signatures du Zhengzi taijiquan . Cet exercice implique une mรฉthode particuliรจre de marche jambes droites avec les orteils levรฉs et le poids reposant sur les talons qui dรฉveloppe la force dans le bas des jambes.
- Un autre aspect de l’entraรฎnement de force interne de maรฎtre Lee รฉtait l’utilisation d’un bรขton. Il n’y avait pas de forme dรฉfinie, seulement une sรฉrie de mouvements de base et d’applications ร deux. L’utilisation du bรขton agit ร la fois comme un ยซmultiplicateur de forceยป et enseigne รฉgalement comment utiliser tout le corps pour fournir de la force jusqu’au bout de l’arme. Lorsque cela peut รชtre fait avec succรจs, l’exposant constate que sa capacitรฉ ร exercer une force sans armes est grandement amรฉliorรฉe. L’enseignement clรฉ ici est le suivant : ยซย La puissance est enracinรฉe dans les pieds, dรฉveloppรฉe dans les jambes, contrรดlรฉe par la taille et exprimรฉe dans les mains.ย ยป (REMARQUE : Bien que la poussรฉe et l’agitation du bรขton/de la lance constituent une partie importante de notre entraรฎnement dans de nombreuses factions du Zhengzi taijiquan , ce n’รฉtait pas l’accent mis par Maรฎtre Lee. Il s’est concentrรฉ sur le roulement des poignets, souvent l’un contre l’autre (quelque chose comme le shibori (ยซ torsion ยป) dans les รฉcoles d’รฉpรฉe japonaises) et le dรฉveloppement de la sensibilitรฉ et de la puissance grรขce ร des exercices de bรขton collants – comme pousser les mains avec des lances. Je dois รฉgalement noter que maรฎtre Lee a toujours dรฉcrit le travail du bรขton de Donn Draeger comme le meilleur qu’il ait jamais vu !)
Afin de vraiment comprendre et d’รชtre capable d’utiliser efficacement cet enseignement, il faut s’engager dans une pratique systรฉmatique et dรฉtaillรฉe de la poussรฉe des mains. La ยซracineยป ne peut รชtre ressentie que lorsque quelqu’un tente de perturber votre รฉquilibre et une ligne claire doit รชtre crรฉรฉe entre la puissance entrante et le sol. Cela signifie que le corps doit รชtre alignรฉ de maniรจre ร ce que la puissance le traverse, sans aucun point de rรฉsistance ou tension inutile.
Lร oรน les mรฉthodes de maรฎtre Lee diffรฉraient des autres enseignants de la lignรฉe Zhengzi , c’est qu’en plus d’identifier et d’entraรฎner le dรฉveloppement de ยซvoies clairesยป pour la force entrante, ses รฉlรจves s’entraรฎnaient รฉgalement ร rendre dรฉlibรฉrรฉment les choses difficiles, en ยซbrisantยป leur structure corporelle, puis en essayant de la rรฉcupรฉrer aussi efficacement que possible. Cela pourrait signifier, par exemple, qu’au lieu de garder la tรชte droite, comme si elle รฉtait suspendue au-dessus, on la laisse ยซ flรขner ยป. Une mรฉthode similaire pour rendre les choses plus difficiles consiste ร soulever les talons du sol de maniรจre ร n’utiliser que la plante des pieds pour ยซ enraciner ยป. Une faรงon unique de le faire, utilisรฉe par les รฉtudiants de Maรฎtre Lee, รฉtait de scier en deux les sabots de bois traditionnels chinois, puis de les porter lors de la pratique de leur forme ou de la poussรฉe des mains.
Le processus de formation ร l’รฉcole de maรฎtre Lee met constamment l’accent sur la pratique rรฉpรฉtรฉe des bases. On entend souvent le refrain qu’il n’y a pas de secrets et que le seul secret rรฉside dans la maรฎtrise des fondamentaux. D’aprรจs mon expรฉrience et celle des รฉtudiants sรฉniors de l’รฉcole, cela s’est certainement avรฉrรฉ รชtre le cas.
Bien que maรฎtre Lee n’ait pas insistรฉ sur la forme (posture 37 de Zheng Man Qing), il a insistรฉ pour que ses รฉtudiants la pratiquent suffisamment pour arriver au point oรน ils pourraient identifier les aspects importants qui รฉtaient essentiels ร une utilisation efficace de l’art. Ces aspects sont presque tous liรฉs ร la structure corporelle, comme dรฉcrit ci-dessus. Une fois cela fait, l’รฉtudiant est en mesure de tirer le meilleur parti de la pratique de la poussรฉe des mains pour tester et renforcer ses progrรจs. De mรชme, grรขce ร la pratique du personnel, ร la fois en solo et avec un partenaire, le shenfa est encore renforcรฉ et testรฉ.
Le pratiquant de taiji quan ne suit pas un enseignement passivement ; il sโinvestit activement dans un apprentissage inchoatif au grรฉ duquel il en vient ร รฉlaborer son ๅๅคซ gลng fu , terme qui, รฉtymologiquement, dรฉsigne aussi bien le degrรฉ de maรฎtrise atteint que le temps et le travail consentis pour y parvenir. Tant et si bien que son art est le sien propre, et la crรฉation de son style, le couronnement idรฉal dโune รฉvolution toute personnelle. Une notion cristallise ce cheminement : ่บซๆณ shฤn fว, contraction de ่บซ ้ซ็ไฝฟ็จๆนๆณ shฤntว de shวyรฒng fฤngfว, que lโon traduira, faute de mieux, par ยซ maniรจre/capacitรฉ dโutiliser son corps ยป.
Sa volontรฉ de mettre son art ร l’รฉpreuve รฉtait lรฉgendaire. Des รฉtudiants et des pairs racontent qu’il a acceptรฉ des dรฉfis dans des cafรฉs bondรฉs, devant sa porte d’entrรฉe et dans la salle d’entraรฎnement de ses rivaux. Il a travaillรฉ comme guide touristique pendant une grande partie de sa vie, et partout oรน il allait, il recherchait รฉgalement d’autres artistes martiaux pour mettre son art ร l’รฉpreuve. Une telle attitude fait รฉgalement partie intรฉgrante du processus de dรฉveloppement dans l’apprentissage et le raffinement de la ยซ force interne ยป.
Une histoire commune que vous entendez de ceux qui allaient devenir les maรฎtres de la gรฉnรฉration de maรฎtre Lee, et de leurs รฉlรจves รฉgalement, est que l’entrainement de base รฉtait si difficile physiquement qu’ils รฉtaient incapables de monter ou de descendre les escaliers ou de s’accroupir sur les toilettes . Une autre chose que tous ces rรฉcits ont en commun est le fait que la pรฉriode de formation de base, bien qu’intense, n’รฉtait pas longue. Le chiffre constamment entendu รฉtait celui de deux ans. Aprรจs deux ans d’un tel entraรฎnement, ceux qui ressentaient encore le besoin de continuer sur le chemin, ont รฉtรฉ encouragรฉs ร entrer dans le monde martial et ร enseigner. Dans le monde martial chinois traditionnel malaisien de cette รฉpoque, cela signifiait bien sรปr qu’ils รฉtaient ouverts aux dรฉfis, ร leur tour,
Maรฎtre Lee Bei Lei (nom de naissance Li Mu Guan) รฉtait un vรฉritable gรฉant de sa gรฉnรฉration et il a donnรฉ l’exemple ร suivre pour nous tous, ses รฉlรจves. Aucun signe de respect, aucun mot n’est assez profond pour exprimer la dette que nous lui devons. Tout ce qu’on peut dire, c’est que c’รฉtait un privilรจge, c’รฉtait un honneur, c’รฉtait rรฉel !
Pendant l’รฉcriture de cette article [2018], Maรฎtre Lee Bei Lei est dรฉcรฉdรฉ. Il avait 86 ans. Repose en paix Shifu !
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