L’enseignement du tuishou

Le tuishou (ๆŽจๆ‰‹ tuฤซ shว’u) fait effectivement partie intรฉgrant de l’รฉtude du taiji quan, mรชme si souvent il n’est pas enseignรฉ, ce qui en soi est significatif. Les exercices ร  deux, dont le tuishou fait partie, reprรฉsentent en gรฉnรฉral la moitiรฉ de mes cours. Mon professeur me disait que le tuishou permet de soigner, de soigner son attitude, d’apprendre ร  n’รชtre ni bourreau, ni victime. La plus part d’entre nous sommes formatรฉs pour l’action, voire la compรฉtition ; notre volontรฉ, notre agir, notre rapport au monde sont souvent trop durs. Nous pouvons masquer cela par le discours, par les mots, par l’image que l’on veut donner de soi aux autres et ร  nous mรชme. Mais un corps ne peut mentir, dans le tuishou, dans notre relation ร  l’autre, nous nous rรฉvรฉlons tel que nous sommes. Le grand maรฎtre Cheng Man Ching nous invitait ร  investir dans la perte. Beaucoup d’รฉlรจves, et se fut aussi mon cas, ont l’impression que c’est l’autre qui est dur, mais la rรฉalitรฉ, et peu importe que l’autre soir dur ou pas, c’est que l’on est soi-mรชme dur parce que l’on est dans l’incapacitรฉ de cรฉder. C’est un long chemin pour soi et ร  enseigner, mais celles et ceux qui le parcourent y trouvent de grands bienfaits.

Beaucoup de personnes commencent la pratique du Taiji Quan en sโ€™imaginant quโ€™elles vont sโ€™exercer ร  une sorte de gymnastique รฉnergรฉtique nโ€™impliquant que leur propre corps et leur propre esprit. Elles se trouvent souvent fort รฉtonnรฉes lorsquโ€™on commence ร  leur parler de travail avec partenaire, de tuishou ou bien dโ€™applications martiales des mouvements de la forme. Certaines vont alors manifester un intรฉrรชt encore plus grand pour notre pratique, mais dโ€™autres vont marquer une rรฉticence bien comprรฉhensible.

Le rรดle de lโ€™enseignant sera alors primordial par ses explications et son approche de ce travail.

Bien sรปr, il faut dโ€™abord que lโ€™enseignant ait lui-mรชme envie dโ€™aborder le sujet. Il peut simplement ne pas avoir les connaissances suffisantes et manquer dโ€™assurance pour pouvoir enseigner le travail avec un partenaire. Il peut aussi รฉprouver une apprรฉhension tout ร  fait lรฉgitime du contact, en fonction de son passรฉ รฉmotionnel, ou avoir mal vรฉcu une sรฉance de ยซ rentre-dedans ยป avec des partenaires qui ne comprenaient pas encore lโ€™essence du tuishou.

Il sโ€™agit bien ici de ยซ comprรฉhension ยป, car connaรฎtre les exercices de tuishou de notre style, mรชme si cโ€™est une base essentielle, ne suffit pas.

Je vais donc dโ€™abord tenter de dรฉfinir le tuishou, en fonction, bien sรปr, de mon propre vรฉcu et de ma propre expรฉrience. Le tuishou ou ยซ poussรฉe des mains ยป, ou ยซ mains collantes ยป (moins littรฉral) est la partie du Taiji Quan qui consiste ร  effectuer des exercices sur place (ๅฎšๆญฅๆŽจๆ‰‹ dรฌng bรน tuฤซ shว’u) ou ร  pas mobiles (ๆดปๆญฅๆŽจๆ‰‹ huรณ bรน tuฤซ shว’u) avec un partenaire. On peut รฉgalement รฉvoluer en improvisant comme deux joueurs de jazz, le jeu consistant ร  absorber et repousser en utilisant son corps et son esprit pour transformer les forces en prรฉsence jusquโ€™ร  ce quโ€™apparaisse un dรฉsรฉquilibre. On parle alors de ยซ tuishou libre ยป.

Le tuishou libre, nous verrons quโ€™il faut nรฉanmoins faire attention, est aussi le moyen de pratiquer avec quelquโ€™un sans que soient occasionnรฉes de blessures. Ce nโ€™est pas le cas du san shou (ๆ•ฃๆ‰‹ sวŽn shว’u ; littรฉralement ยซ dispersion des mains ยป) qui est le combat libre, sans rรจgles.

Me Wang Yen-nien nโ€™a, ร  ma connaissance, jamais fait pratiquer le san shou dans ses cours. Il montrait, de temps ร  autre, des applications martiales (voir les photos ร  la fin de son livre). Il a enseignรฉ ร  partir de 1991 ce que dโ€™aucuns appellent des ยซ applications techniques ยป (็”จๆณ• yรฒng fวŽ) qui permettent de bien faire la forme, sans รชtre forcรฉment efficaces en lโ€™รฉtat, mais il nโ€™a jamais dรฉveloppรฉ le san shou dans son enseignement.

Il disait รฉgalement que les enchaรฎnements ร  deux, qui sont pratiquรฉs aujourdโ€™hui dans dโ€™autres styles, sont abusivement appelรฉs san shou et quโ€™il faut les appeler ๅฏนๆ‰“ duรฌ dวŽ (combat codifiรฉ). Jโ€™ajouterai que si Me Wang Yennien nโ€™a jamais introduit de dui da dans son enseignement, cโ€™est selon moi parce que les transitions pour se replacer (avec les mains collรฉes) entre chaque technique, ou sรฉrie de techniques, induisent autant de mauvais rรฉflexes. Cโ€™est donc joli ร  regarder mais pas trรจs pertinent.

Le terme ยซ san shou ยป est quelquefois utilisรฉ pour nommer la boxe chinoise de compรฉtition, plus communรฉment appelรฉe san da. Mais il y a des rรจgles.

ร€ propos de rรจglesโ€ฆ Un jour quelquโ€™un mโ€™a demandรฉ ce que je pensais de Sun Zi et de son livre Lโ€™art de la guerre. Jโ€™รฉtais pressรฉ et jโ€™ai rรฉpondu : ยซ Sun Zi, cโ€™est Sun Zi ยป, sans plus dโ€™explications. Sโ€™il me lit aujourdโ€™hui, quโ€™il accepte mes excuses bien tardives. Ce que je voulais dire, cโ€™est que jโ€™ai lu attentivement Sun Zi, mais que si je dois combattre, ce sera selon mes rรจgles, pas les siennes. Cโ€™est au moins ce quโ€™il mโ€™a appris. Les modes dโ€™emploi cโ€™est bien, mais dans lโ€™action, il vaut mieux sโ€™en รฉmanciper pour รชtre en prise avec le rรฉelโ€ฆ Mais je mโ€™รฉgare.

Jโ€™insiste bien sur le fait que le tuishou fait partie intรฉgrante du Taiji Quan. On pourrait, et certains le font, ne prendre que cette partie-lร  de notre art et dรฉlaisser la forme. On en a รฉvidemment le droit, mais je pense que cโ€™est une erreur fondamentale, tellement lโ€™un peut nourrir lโ€™autre. Tomber dans le biais de la pratique dโ€™une simple ยซ technique ยป de combat est un piรจge selon moi, et peut mรชme se rรฉvรฉler un vรฉritable cul-de-sac. Cโ€™est la raison, selon moi encore, pour laquelle Me Wang Yen-nien nโ€™a jamais fait pratiquer de san shou dans ses cours. Deux mรฉcaniciens, le nez dans leur moteur, ne sont pas prรชts ร  construire une fusรฉe interplanรฉtaire. Il faut quโ€™au moins lโ€™un dโ€™entre eux lรจve le nez vers les รฉtoilesโ€ฆ Et lร , il nโ€™y pas de limites.

ร€ lโ€™opposรฉ, ne sโ€™exercer quโ€™ร  la forme peut amener ร  une pratique รฉthรฉrรฉe, voire ร  des fantasmes รฉloignรฉs de la rรฉalitรฉ. Pourtant la rรฉalitรฉ peut รชtre tellement subtile. La dรฉcouverte est sans fin.

Venons-en ร  lโ€™enseignement du tuishou.
Et parlons dโ€™abord dโ€™attitude.
Quโ€™y a-t-il dans ma main dโ€™enseignant quand elle vient se poser sur un รฉlรจve ?

Si je repense ร  ma carriรจre, je me rends compte que cette main a dit et ressenti beaucoup de choses. Dans les premiers temps, elle nโ€™รฉtait pas trรจs consciente, elle รฉtait incertaine, pas trรจs assurรฉe, comme Bambi faisant ses premiers pas, puis elle sโ€™est mise ร  gambader gaiement : ยซ Et vas-y que jโ€™absorbe, et vas-y que je pousse ยป. Il y avait surtout elle, le corps de lโ€™autre ne comptait pas vraiment. Puis elle sโ€™est mise ร  รฉcouter et les premiรจres รฉmotions ont dรฉferlรฉ. Elle sโ€™est alors refroidie et recroquevillรฉe sur elle-mรชme. Elle sโ€™est mis une armure derriรจre laquelle elle cachait sa peur. Elle a, peu ร  peu, enlevรฉ cette armure en prenant de lโ€™assurance. Elle a pris tellement dโ€™assurance quโ€™elle en est devenue orgueilleuse et dominatrice et sโ€™est mise ร  se battre pour se prouver sa valeur ร  elle-mรชme et ร  lโ€™autre. Lโ€™impatience et lโ€™intransigeance sont apparues car lโ€™autre ne fait jamais comme il faut. Mais comme lโ€™orgueil ne demande quโ€™ร  รชtre rabaissรฉ, elle est devenue plus modeste et sโ€™est mise ร  apprendre avec dรฉtermination de lโ€™autre et de ce quโ€™il exprimait. Et quelque chose sโ€™est produit. Elle a commencรฉ ร  devenir bienveillante et douce.

Jโ€™ai utilisรฉ la main ร  travers cette allรฉgorie, mais il est รฉvident que ceci se rapporte ร  tout le corps et ร  lโ€™esprit. Me Wang Yen-nien disait que tout le corps est dans la main et que le corps est fait de mille mains (je ne sais plus si la citation est exacte mais lโ€™esprit y est).

ร€ partir de lร , jโ€™aurais lโ€™air bien malin de dire quโ€™un enseignant doit รชtre doux et bienveillant pour enseigner le tuishou, mais รงa ne vient pas ainsi. Il sait nรฉanmoins que cโ€™est une idรฉe vers laquelle il peut tendre.

Lโ€™enseignement nโ€™en est que plus aisรฉ, car montrer un mouvement ร  un รฉlรจve est beaucoup plus facile avec une main douce et patiente quโ€™avec une main qui contraint. En plus, cโ€™est beaucoup plus pratique pour apprendre soi-mรชme. Lโ€™horizon devient
beaucoup plus large. La main commence ร  voir audelร . Parfois elle devient libre et autonome.

Quโ€™il soit bien compris ici, que lorsque je parle de bienveillance, je ne parle pas du care anglais, en franรงais le ยซ prendre soin ยป, une nouvelle marotte dโ€™outre-Atlantique fleurant bon le business plan, et qui, avec des expressions comme le ยซ vivre ensemble ยป ou autres, me donne des envies de Kalachnikov. La bienveillance dont je parle nโ€™est pas un truc dรฉgoulinant.

Ce quโ€™il y a de bien quand on est enseignant, cโ€™est la possibilitรฉ ร  partir dโ€™un cadre contraignant, les quinze exercices de base de notre style, de crรฉer sa propre pรฉdagogie et son propre chemin de connaissance. Il nโ€™y a pas de limite ร  la crรฉativitรฉ, et nous le voyons au Collรจge des Enseignants, pour inventer dโ€™autres exercices ou des jeux รฉducatifs afin dโ€™enseigner tel ou tel principe. Le relรขchement du corps et des mains (ๆพๅŠฒ sลng jรฌn), lโ€™inertie, la rectitude, le dan tian, la mallรฉabilitรฉ du corps, la facultรฉ de transformation (ๅŒ–ๅŠฒ huร  jรฌn), la technique du ressort, les appuis, lโ€™enracinement, les dรฉplacements, le regard, et tellement de choses encore peuvent รชtre รฉtudiรฉes sous les angles les plus variรฉs.

Mais je crois quโ€™il est impรฉratif de revenir rรฉguliรจrement aux quinze exercices de base qui nโ€™ont pas รฉtรฉ choisis au hasard par Me Wang Yen-nien. Certains les nรฉgligent ou les abandonnent carrรฉment par ennui ou par refus de la contrainte quโ€™ils peuvent reprรฉsenter. Ils ne proposent plus ร  leurs รฉlรจves que des exercices รฉducatifs. Cโ€™est un choix, mais je leur assure que plus on les pratique, plus ces exercices deviennent agrรฉables. On retrouve la libertรฉ ร  travers un cadre contraignant. Je crois quโ€™on ne peut faire cela sans sortir aussi de ce cadre et trouver dโ€™autres jeux รฉducatifs, mais pour mieux y revenir. Les quinze exercices de base sont un socle dont on aurait tort de se priver.

La premiรจre difficultรฉ dโ€™un enseignant pour enseigner le tuishou est dโ€™amener ses รฉlรจves ร  entrer en contact physique. Il faut parfois des ruses de Sioux, et de toute faรงon, on ne peut pas demander cela ร  tout le monde. Chacun est libre de participer. Certains enseignants ont mรชme tendance ร  abandonner. Comme je lโ€™ai expliquรฉ, lโ€™attitude de lโ€™enseignant est importante. Mais ce qui peut aider, cโ€™est une graduation dans le contact et surtout dโ€™enseigner systรฉmatiquement un peu de tuishou. Avec le temps, ces moments deviennent plus conviviaux et agrรฉables et certains rรฉfractaires finissent par se mettre de la partie. On peut aussi, quand on en a la possibilitรฉ, dรฉdier des sรฉances hebdomadaires uniquement au tuishou. Marie-Christine Moutault avait rรฉussi ร  privilรฉgier un tel moment aprรจs son cours du lundi soir. Jโ€™ai eu le bonheur dโ€™y participer pour mon plus grand bรฉnรฉfice. Tous ceux qui ont pu suivre cette sรฉance ont beaucoup progressรฉ.

La deuxiรจme difficultรฉ dโ€™un enseignant est dโ€™amener ses รฉlรจves de la pratique des exercices ร  celle du tuishou libre. Passer des gammes ร  lโ€™improvisation nโ€™est pas รฉvident. Deux รฉlรฉments me paraissent nรฉcessaires pour franchir le pas : se libรฉrer de la peur de pousser et lโ€™observation. Comment sโ€™y prendre ? ร€ chacun de trouver sa recette, mais je peux donner des exemples. ร€ la sรฉance de Marie Christine, nous avions disposรฉ un tapis de saut verticalement contre le mur de la salle. Trois ou quatre personnes plutรดt bien charpentรฉes (pour la sรฉcuritรฉ) se tenaient ร  un mรจtre du tapis les bras croisรฉs et le menton rentrรฉ. Les autres รฉlรจves prรฉsents
pouvaient les projeter contre le tapis sans risque. On voyait que chacun y prenait beaucoup de plaisir โ€ฆ
Aprรจs un coup en tuishou libre, mรชme involontaire, il faut dโ€™ailleurs faire attention et redonner la consigne dโ€™y aller molo. ร€ mesure que lโ€™on gagne en efficacitรฉ, il est dโ€™ailleurs recommandรฉ de faire encore plus attention et de ne pas se laisser aller ร  pousser fortement. Jโ€™ai moi-mรชme une ou deux fois frisรฉ la catastrophe et cela reste profondรฉment gravรฉ dans ma mรฉmoire. On peut รฉvidemment travailler la chute avec un public sportif, des tapis, et un enseignant qui sait faire, mais cela reprรฉsente beaucoup de conditions ร  rรฉunir. Voilร  pour la ยซ libรฉration de la poussรฉe ยป.

En ce qui concerne lโ€™observation, Marie-Christine avait dรฉveloppรฉ une technique qui consistait, lorsquโ€™un dรฉsรฉquilibre apparaissait, ร  sโ€™arrรชter et ร  envisager, ร  deux, les solutions possibles pour transformer la poussรฉe.

Ceci est trรจs important. Cela implique, outre la prise de recul par rapport ร  lโ€™action, la notion de collaboration entre les partenaires.

Lorsquโ€™on pratique le tuishou libre, les premiers temps surtout โ€“ mais mรชme aprรจs on nโ€™en est pas exempt โ€“ on veut รชtre plus fort que lโ€™autre et on a tendance ร  รชtre teigneux. En plus on se ยซ bat ยป sans trop observer, la tรชte dans le guidon. Cโ€™est une รฉtape normale par laquelle on doit passer. La technique de Marie-Christine permettait de prendre du recul, de ne bouger que si on รฉtait poussรฉ, et de transformer les deux ยซ belligรฉrants ยป en collaborateurs.

Il y a certainement dโ€™autres biais, mais le rรฉsultat cโ€™est que le tuishou libre devient alors plus lent, les mouvements plus amples, le tempo sโ€™accorde, et le tout est beaucoup plus agrรฉable ร  pratiquer. ร€ tel point quโ€™une poussรฉe reรงue dans ce contexte devient un plaisir et pas une maltraitance quโ€™on doit faire payer. Il arrive mรชme que lโ€™action se crรฉe dโ€™elle mรชme. Les adversaires deviennent les acteurs de quelque chose qui est en train de se crรฉer. Ils deviennent alors autre chose que des adversaires. Un jour on mโ€™a fait remarquer que dans le milieu du Taiji Quan on parlait de paix, mais que nos techniques servaient ร  faire mal. Ce que je viens de dire plus haut pourrait y rรฉpondre.

Nรฉanmoins, malgrรฉ cette approche, il est inรฉluctable de retomber dans la ยซ lutte ยป : ยซ ne pas tomber, faire tomber lโ€™autre ยป. On arrive alors ร  un tuishou ยซ fermรฉ ยป oรน chacun guette lโ€™autre. Il faut sortir de cela et lร , cโ€™est un vrai changement de paradigme quโ€™il nโ€™est pas facile de comprendre : laisser des portes ouvertes. Le tuishou libre peut sโ€™envisager comme un dialogue, mais pour quโ€™il y ait dialogue, il faut laisser lโ€™autre sโ€™exprimer et il faut demander ร  lโ€™autre, si nรฉcessaire, de nous laisser nous exprimer. Il ne sโ€™agit pas, ยซ grand seigneur ยป, de se laisser pousser, mais de laisser des portes ouvertes pour permettre lโ€™expression de lโ€™autre, mรชme si cela provoque notre dรฉsรฉquilibre. Si je compare avec un match de football, cโ€™est beaucoup plus agrรฉable ร  regarder, et certainement ร  jouer, quand il y a du jeu plutรดt que quand les รฉquipes se contrecarrent mutuellement. Lโ€™expression ยซ dรฉvelopper le jeu ยป me convient assez pour illustrer ce concept. Le rรฉsultat : on progresse, on dรฉcouvre et on prend plus de plaisir ร  pratiquer.

Je voudrais revenir sur cette histoire de ยซ tempo qui sโ€™accorde ยป.

En 1999, ร  Chalonnes, il a รฉtรฉ demandรฉ ร  Me Wang Yen-nien de faire un stage sur le tuishou et la santรฉ. Lors de ce stage, il a enseignรฉ trois exercices de base, les seuls qui soient cycliques (hormis le ๆŒ‰็™ผๅ‹ ร n fฤ jรฌn) : le sixiรจme exercice (cercle horizontal de la main), le douziรจme exercice (les cercles verticaux) et le treiziรจme exercice (ๆŽค pรฉng, ๆ‹ lวš, ๆŒค jว, ๆŒ‰ ร n). Il a donc mis en รฉvidence que la santรฉ est dรฉpendante de la notion de cycle et que rentrer dans un cycle gestuel en tuishou avec un partenaire est bรฉnรฉfique pour les deux personnes.

Cela peut paraรฎtre un peu intellectuel de dire cela et pourtant cโ€™est concret : on rejoint lร  une notion cosmique. La respiration de nos gestes nous permet dโ€™apprรฉhender lโ€™espace au-delร  de notre corps. Le point de transformation, comme le moment dโ€™รฉternitรฉ avant que la balanรงoire ne change de sens, lร  rรฉsident lโ€™appel et le Mystรจre.

Pour cela, le Taiji Quan nous guide vers lโ€™รฉlรฉvation, le dรฉploiement de lโ€™esprit.
Bon, cโ€™est pas le tout, je vais me taper un petit cognac maintenant.
Amitiรฉs ร  tous et bonne pratique.

Hervรฉ Marest

Le Yangjia Michuan, la transmission secrรจte de la famille Yang, est un style de taiji quan crรฉรฉ par Yang Luchan, le fondateur du style Yang. Il a transmis ce style ร  son fils Yang Jianhou qui l’a enseignรฉ ร  son รฉlรจve Zhang Qinlin. Wang Yen-nien est probablement le seul รฉlรจve de Zhang Qinlin ayant appris cette forme et qui ait survรฉcu ร  la guerre sino-japonaise. Il a choisi, afin d’รฉviter qu’elle ne se perde, de la transmettre ร  un grand nombre d’รฉlรจves de toutes nationalitรฉs. Elle est reprรฉsentรฉe en France par l’Amicale du Yangjia Michuan Taiji Quan et par le Collรจge Europรฉen des enseignants du Yangjia Michuan Taiji Quan.


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