L’exigence surprenante de la lenteur

La plupart des personnes qui dรฉcouvrent des pratiques lentes comme le taiji quan ou certains qi gong, qui peuvent sembler plus faciles que des exercices dynamiques, sont รฉtonnรฉes par la difficultรฉ de leur mise en ล“uvre. Ce qui donnait l’impression de facilitรฉ et d’aisance se rรฉvรจle d’une รฉtonnante difficultรฉ. Celle-ci rรฉside dans la combinaison de contrรดle physique, d’alignement postural et de conscience corporelle qu’elles requiรจrent. Contrairement aux entraรฎnements qui reposent principalement sur la force musculaire, ces pratiques exigent un effort d’une autre nature : un alignement prรฉcis du squelette et une รฉlasticitรฉ des tissus conjonctifs permettant au corps de se mouvoir efficacement comme un tout harmonieux.

Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’รฉternitรฉ.

ๅ‹•ไฝœๅฎœๆ…ขไธๅฎœๅฟซ

Cette utilisation efficace de la posture et de la structure corporelle prend souvent du temps ร  se dรฉvelopper, et tant qu’elle n’est pas acquise, mรชme les personnes ayant une bonne condition physique peuvent ressentir des courbatures et de la fatigue ร  des endroits inattendus. Pour les dรฉbutants, il est tout ร  fait normal de rencontrer cette difficultรฉ initiale, le temps que le corps s’adapte ร  de nouveaux mouvements et ร  un nouvel รฉquilibre. 

ๅ‹•ไฝœๅฎœๆ…ขไธๅฎœๅฟซ๏ผŒๆ…ขๅ‰‡ๅ‘ผๅธๅ‡ๅ‹ป๏ผŒๆฐฃๆฒ‰ไธน็”ฐ๏ผŒ็ฒพ็ฅžๅ…งๅฎˆใ€‚่‹ฅๅ‹•ไฝœๅคชๅฟซ๏ผŒๅ‰‡ๆฐฃๆตฎๅฟƒ่บ๏ผŒๅคฑๅปๅคชๆฅตๆ‹ณไน‹ๆœฌๆ„ใ€‚

ๆจๆพ„็”ซ

Yang Chengfu (ๆจๆพ„็”ซ) insiste sur la lenteur comme moyen de maintenir le souffle ancrรฉ dans le champ de cinabre et de prรฉserver la concentration. La rapiditรฉ est associรฉe ร  une perte de contrรดle et de sensibilitรฉ.

Les mouvements doivent รชtre lents (็ผ“ huวŽn) et non rapides. La lenteur permet une respiration uniforme, le souffle (ๆฐฃ qรฌ) sโ€™enracine (ๆฒ‰ chฤ“n) dans le champ de cinabre (ไธน็”ฐ dฤn tiรกn), et lโ€™esprit reste concentrรฉ (็ฒพ็ฅž jฤซng shรฉn) ร  lโ€™intรฉrieur (ๅ†…ๅฎˆ nรจi shว’u). Si les mouvements sont trop rapides, le souffle devient superficiel et lโ€™esprit agitรฉ, ce qui va ร  lโ€™encontre de lโ€™essence mรชme du taiji quan.

Lorsque les mouvements sont ralentis, le corps ne bรฉnรฉficie plus de l’รฉlan nรฉcessaire pour effectuer les transitions. Chaque transfert de poids, chaque rotation du torse et chaque pose du pied doivent รชtre soutenus par la posture du pratiquant. Les muscles et les fascias restent ainsi sollicitรฉs plus longtemps, crรฉant une forme de conditionnement isomรฉtrique.

La lenteur amplifie mรชme les plus petits dรฉsรฉquilibres, de sorte que si une articulation est mal alignรฉe ou si le poids n’est pas correctement rรฉparti, le praticien ressent immรฉdiatement de la fatigue ou de la tension.

็ทดๅคชๆฅตๆ‹ณ่ฒดๅœจ็ถฟ็ถฟไธๆ–ท๏ผŒๅฆ‚้•ทๆฑŸๅคงๆฒณ๏ผŒๆป”ๆป”ไธ็ต•ใ€‚ๅ‹•ไฝœๅฎœๆ…ข๏ผŒๆ…ขๅ‰‡ๆฐฃๆฒ‰๏ผŒๆฐฃๆฒ‰ๅ‰‡็ฉฉ๏ผŒ็ฉฉๅ‰‡่ƒฝ้œ๏ผŒ้œๅ‰‡่ƒฝ่ฎŠใ€‚

้™ˆ้‘ซ

Chen Xin (้™ˆ้‘ซ) souligne que la continuitรฉ et la lenteur sont les clรฉs pour dรฉvelopper la force interne et la capacitรฉ ร  sโ€™adapter.

La pratique du taiji quan repose sur la continuitรฉ ininterrompue, comme le fleuve Yangtsรฉ, qui coule sans fin. Les mouvements doivent รชtre lents (ๆ…ข mร n). La lenteur permet au souffle (ๆฐฃ qรฌ) de sโ€™enraciner (ๆฒ‰ chรฉn) ; quand le souffle est enracinรฉ, le corps est stable (็จณ wฤ›n) ; la stabilitรฉ permet le calme (้™ jรฌng) ; et le calme permet la transformation (่ฎŠ biร n).

La respiration et l’intention ajoutent รฉgalement ร  la difficultรฉ. En qi gong et en taiji quan, la respiration est coordonnรฉe au mouvement, ralentissant souvent pour s’accorder au rythme du corps. Cela peut amรฉliorer l’oxygรฉnation, mais exige aussi une concentration intense. L’esprit ne doit pas vagabonder ; la conscience doit rester ancrรฉe dans le corps, percevoir l’alignement, la circulation du qi et l’รฉquilibre.

Imprimer la forme ร  une durรฉe, c’est l’exigence de la beautรฉ mais c’est aussi celle de la mรฉmoire.

Milan Kundera  in La lenteur

Enfin, il y a une dimension culturelle et philosophique. Les traditions taoรฏste et confucรฉenne mettent toutes deux l’accent sur la discipline, la patience et le raffinement par la rรฉpรฉtition. Pour la tradition confucรฉenne la discipline (็บชๅพ‹ jรฌlวœ) est morale et sociale. Confucius (ๅญ”ๅญ Kว’ngzว) insiste sur lโ€™importance de se cultiver (ไฟฎ่บซ xiลซshฤ“n) pour devenir un homme de vertu (ๅ›ๅญ junzi) qui agit avec rectitude et respect des rites (็คผ lว). Pour les taoรฏstes la discipline (ไฟฎๅ…ป xiลซ yวŽng) est naturelle et interne. Laozi (่€ๅญ) et Zhuangzi (ๅบ„ๅญ) prรดnent une discipline qui consiste ร  sโ€™aligner sur la voie (้“ dร o), le principe naturel de lโ€™univers, par la simplicitรฉ (ๆœด pว”) et le non-agir (ๆ— ไธบ wรบ wรฉi). La lenteur est intentionnelle, incitant le pratiquant ร  dรฉpasser la force superficielle pour atteindre une intรฉgration plus profonde du corps, du souffle et de l’esprit. Pour de nombreux dรฉbutants, la difficultรฉ ne rรฉside pas uniquement dans le travail musculaire, mais dans l’apprentissage de l’apaisement de l’agitation et l’acceptation de l’intensitรฉ du mouvement immobile.

La lenteur prend le temps en traรฎtre
Le corps sโ€™assoupit et la parole respire
Cโ€™est le chemin vers le silence souverain
Le chรขteau intรฉrieur
Les espaces infinis oรน scintille
Lโ€™ultime clartรฉ du jour รฉternel.

Tahar Ben Jelloun in Que la Blessure se ferme

En rรฉsumรฉ, la difficultรฉ des exercices lents rรฉside dans l’exigence d’un engagement musculaire constant, d’une grande prรฉcision dans l’exรฉcution des mouvements et d’une concentration mentale soutenue, des qualitรฉs souvent moins sollicitรฉes lors d’exercices plus rapides et dynamiques. C’est pourquoi, malgrรฉ leur apparence douce, les athlรจtes confirmรฉs ressentent souvent des courbatures aprรจs leur premiรจre vรฉritable sรฉance de taiji quan ou de qi gong.

Le conditionnement isomรฉtrique

Lorsquโ€™un sujet est debout, sous lโ€™effet de contraintes internes (activitรฉs circulatoire et respiratoire ร  minima) et รฉventuellement externes, il est en permanence dรฉsรฉquilibrรฉ. Les oscillations posturales sont donc liรฉes ร  des ajustements posturaux permanents permettant de maintenir la projection du centre de masse dans le polygone de sustentation, ce processus de recherche permanente de lโ€™รฉquilibre correspondant ร  la stabilisation posturale.

Le taiji quan utilise frรฉquemment des postures statiques ou des mouvements trรจs lents, oรน les muscles se contractent sans changement de longueur (isomรฉtrie). Cela renforce les muscles profonds, les tendons et les articulations, essentiels pour la stabilitรฉ et lโ€™รฉquilibre.

Le conditionnement isomรฉtrique favorise la circulation du souffle (ๆฐฃ qรฌ) et le raffinement de la force (ๅ‹ jรฌn). En maintenant des postures, le pratiquant apprend ร  relier la respiration, lโ€™intention (yi) et la tension musculaire subtile, ce qui est central dans le taiji quan. Cette force interne permet de gรฉnรฉrer de la puissance sans effort apparent, principe clรฉ des arts martiaux internes.

Les exercices isomรฉtriques obligent ร  un alignement prรฉcis du corps : colonne vertรฉbrale, bassin, รฉpaules ; ce qui corrige les dรฉsรฉquilibres et prรฉvient les blessures. En maintenant une posture, le pratiquant dรฉveloppe une sensibilitรฉ accrue ร  la rรฉpartition du poids, ร  la relaxation des articulations et ร  lโ€™enracinement, il amรฉliore ainsi sa conscience corporelle et son alignement.

Le taiji quan alterne phases statiques et dynamiques, le conditionnement isomรฉtrique prรฉpare le corps ร  exรฉcuter des mouvements fluides et contrรดlรฉs, en รฉvitant les tensions inutiles.

Les contractions isomรฉtriques douces protรจgent les articulations et amรฉliorent la mobilitรฉ, ce qui est particuliรจrement bรฉnรฉfique pour les personnes รขgรฉes ou en rรฉรฉducation. La concentration requise pour maintenir une posture isomรฉtrique favorise la mรฉditation en mouvement, rรฉduisant le stress et amรฉliorant la clartรฉ mentale.

Le conditionnement isomรฉtrique dans le taiji quan nโ€™est pas un simple renforcement musculaire : cโ€™est une mรฉthode holistique qui lie le corps, lโ€™esprit et le souffle. Il permet de dรฉvelopper une force interne subtile, une stabilitรฉ physique et mentale, et une conscience accrue du mouvement, tout en respectant les principes de douceur et de fluiditรฉ propres ร  cet art.

Dans notre รฉcole nous retrouvons le travail des postures immobiles debout, plus ou moins basses, symรฉtriques ou asymรฉtriques dans :



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