Dans l’enseignement traditionnel des arts martiaux (傳統武術 chuán tǒng wǔ shù), l’étude des mouvements enchainés, nommés formes (套路 tào lù), a toujours occupé une place centrale. À travers elles, des générations de maîtres ont transmis à leurs élèves des principes, des techniques et des enseignements anciens visant à entraîner le corps et à forger l’esprit.
D’un point de vue extérieur, une forme n’est qu’une séquence codifiée de mouvements, une sorte de contenant qu’il faut sans cesse façonner, former et perfectionner en prévision de le remplir. Une forme peut paraître belle et harmonieuse, mais, dans le fond, elle peut n’être rien de plus qu’une coquille vide, appréciable esthétiquement, mais inutile sans sa véritable substance.
Le taiji quan traditionnel insiste sur le fait que les formes ne sont pas de simples enchaînements esthétiques, mais des outils pour développer une substance interne (souffle, intention, alignement, force interne). Pour remplir véritablement une forme, lui donner substance, il faut partir de la compréhension des principes et de leur réalisation, qui ne concerne pas exclusivement l’aspect gymnique. Il faut aussi veiller à ne pas reproduire d’une manière rigide un modèle. Il s’agit plutôt de partir de la compréhension du mouvement correct ; le champ des mouvements corrects possibles est très large, comme le montrent les différences dans l’exécution d’une même forme par différents maîtres reconnus. La précision nécessite également la maîtrise de l’alignement structurel. Chaque corps trouve sa propre justesse dans les principes, pas dans une imitation mécanique.
Il est ensuite absolument indispensable de comprendre comment passer du simple relâchement (鬆 sōng) à celui de l’enracinement (根 gēn), afin de gérer ce type particulier de force qu’est la force interne dérivée du relâchement et de l’enracinement (松根勁 sōng gēn jìn). Cela implique de s’être libéré de cette force musculaire brute, celle que l’on utilise habituellement dans la vie quotidienne (力 lì) pour en découvrir une totalement nouvelle, inconnue de la plupart.
En parcourant ce chemin, les tensions musculo-tendineuses deviennent essentiellement expansives ; et dans l’exécution de la forme, on parvient à maîtriser constamment ce processus physiologique d’extension tridimensionnelle des fibres et des fascias que les Chinois appellent 對拉 duì lā. Lorsque la forme extérieure commence à se remplir, le mouvement est accompagné de pressions et de décompressions structurelles.
L’énergie cinétique exprimée à travers le mouvement se propagera alors dans le corps comme des ondes de pression élastique du sol et des pieds jusqu’aux extrémités, ce qui correspond aux concepts de force expansive (掤勁 péng jìn) et de force enroulée comme la soie (纏絲勁 chán sī jìn). Jusqu’à ce que l’intention (意 yì), qui génère l’ouvrir et le fermer (開合 kāi hé), émane d’une couche de l’esprit bien plus profonde que celle d’on on use d’habitude ; l’intention guide, l’énergie suit (意導氣順 yì dǎo qì shùn ou 以意導氣 yǐ yì dǎo qì). Dans ce cas, l’intérieur et l’extérieur seront en parfaite harmonie (內外相合 nèi wài xiàng hé) : l’intérieur (le contenu) engendrera la forme (le contenant), et l’extérieur (la forme) nourrira le contenu (内劲导外形 nèi jìn dǎo wài xíng) ; on retrouve cette idée dans les expressions l’intention interne guide le mouvement externe (內意導外動 nèi yì dǎo wài dòng) ou l’intention guide le souffle, le souffle guide la forme (以意導氣,以氣導形 yǐ yì dǎo qì, yǐ qì dǎo xíng).
L’union du corps et de l’esprit, du yin et du yang est au cœur du taiji quan.
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