Auteur : Dominique Clergue

Chen Huimin

Peinture de fleurs, Chen Huimin

陈慧敏 Chén Huìmǐn

Chen Huiming est une artiste peintre chinoise. En 1964, elle a été diplômée de l’Institut des Arts et du Design de Pékin. Elle est une figure exceptionnelle de l’art contemporain. Depuis plus de 30 ans, elle exprime dans ses œuvres la beauté des fleurs.

Peinture de fleurs, Chen Huimin
Peinture de fleurs, Chen Huimin
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Le nuage de l’inconnaissance

Encre et couleur sur papier, Wang Wuxie ou Wucius Wong, né en 1936

Par nature, les sens sont ordonnés en sorte qu’avec eux, les hommes puissent avoir connaissance de toutes choses corporelles extérieures ; mais en aucune façon ils ne peuvent parvenir, avec eux, à la connaissance des choses spirituelles par leurs opérations, veux-je dire. Parce que par leur cessation et impuissance, nous le pouvons, de la manière qui suit : lorsque nous lisons ou entendons parler de certaines choses, et par suite comprenons que nos sens extérieurs ne peuvent nous renseigner ni apprendre aucunement quelle est la qualité de ces choses, alors nous pouvons véritablement être assurés que ces choses sont spirituelles et non corporelles.

Le nuage de l’inconnaissance

Cet écrit anonyme anglais de la fin du XIVe siècle se présente comme un guide de la vie contemplative. La théologie mystique s’y trouve prônée en réaction à la théologie scolastique ou spéculative qui avait cours alors. Probablement écrit par un ermite, ce texte a souvent été comparé aux thèses du bouddhisme zen par la dimension universelle de l’expérience spirituelle qui y est dévoilée.

Une goutte d’eau rejetée par l’agitation de la mer,
En plein hiver, tomba dans le désert.
Devenue glace par la rigueur du froid,
Elle crut vivre une existence indépendante.
Et cependant, par chacun, en tout lieu,
Elle entendait parler de la mer.
Elle pensa trouver, dans la rosée et dans la pluie,
La preuve de l’existence de cet océan.
Or, malgré les affirmations de la raison,
Cent doutes se dissimulaient dans son âme.
Oui, dans le désert pierreux de l’illusion et de l’imagination,
Nul ne s’est jamais sauvé par la déduction. 

Djâmi 

Le XVe siècle marqua le triomphe de la poésie mystique d’inspiration soufie et voit s’écrire les dernières œuvres de la période dite « classique » de la poésie persane. Le plus grand représentant de ce mouvement est sans doute le poète Djâmi (†1492), originaire du Khorasan, souvent considéré comme la dernière grande figure de la poésie classique iranienne. Après des études à Samarkand, il rejoignit la confrérie soufie des Naqchabandis et s’inspira directement de cette expérience dans l’ensemble de ses œuvres littéraires.


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Jean-Marc Moschetti

Dans la forêt de bambous, Jean-Marc Moschetti

Originaire de Nice, Jean-Marc Moschetti s’est très tôt intéressé aux cultures orientales. C’est au cours de séjours au Japon qu’il découvre le sumi-e et qu’il a immédiatement été séduit par la poésie de ce graphisme épuré, par le caractère synthétique et fulgurant de cet art qui cherche à reproduire l’esprit des choses, en représentant uniquement la vie et l’essence de la nature.

墨絵 Sumie

La peinture à l’encre est un mouvement de la peinture japonaise originaire de Chine et dominant à l’époque de Muromachi. Ce courant se caractérise par l’usage du lavis à l’encre noire, la prédominance du paysage comme sujet et la proximité avec la philosophie du bouddhisme zen.

Panorama des monts Huang Shan, Jean-Marc Moschetti
Panorama des monts Huang Shan, Jean-Marc Moschetti

C’est après une longue pratique de cet art exigeant, dont une dizaine d’années d’étude à l’Institut de Peinture Tch’an et Sumi-e suivies de quatre ans de perfectionnement à l’Académie Internationale de Peinture à l’encre, Chine Europe Japon et de plusieurs rencontres avec des maîtres chinois et japonais, que Jean-Marc Moschetti décide de présenter son travail.

Jean-Marc Moschetti est lauréat de plusieurs concours de peinture. Il a notamment obtenu le Premier Prix décerné par l’ Académie Européenne des Arts Graphiques Plastiques et Photographiques en 2010.

En 2011, il devient membre de I’ International Chinese Calligraphy & Ink Painting Society de Tokyo et obtient successivement.

  • le Anshan City Public Foreign Office Award lors de l’exposition internationale de peinture (Chine, 2018) –
  • le second Grand Prix lors de l’exposition internationale de peinture de Pékin en 2019
Comment le vent sait-il dans quelle direction il doit souffler ? Jean-Marc Moschetti
Comment le vent sait-il dans quelle direction il doit souffler ? Jean-Marc Moschetti

Il peint les sujets traditionnels, chargés de symboles, de la peinture zen, comme le bambou, l’orchidée, les branches de prunus et les paysages d’Asie dont il cherche à restituer l’atmosphère et l’âme : montagnes vertigineuses noyées de brumes mystérieuses, abîmes profonds et pins noueux ou lacs paisibles… Sauvage et sereine beauté de la Nature vivante pour laquelle il éprouve admiration et respect.

Il utilise par ailleurs cet “esprit du geste” pour une peinture plus contemporaine voire parfois résolument abstraite, créant ainsi une sorte de lien entre tradition et modernité.


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Le tai chi chuan, une boxe pour les doux

La poussée de Cheng Man Ching

Traduction d’un article paru le 1 janvier 1963 dans la revue Taiwan Today donc du vivant de Cheng Man Ching. Taiwan Today est une relance du Taiwan Journal, un hebdomadaire de langue anglaise publié pour la première fois en 1964. Le combat qui opposa Cheng Man Ching à Robert Smith sert de prétexte à dresser un portrait de Cheng Man Ching et du tai chichuan.

Robert Smith a été battu. Le Chinois, petit et mince, en fin soixantaine, avait laissé Robert lui frapper la poitrine, l’abdomen et même les reins aussi fort qu’il le pouvait. Les Chinois n’ont fait que sourire et ont appelé à des coups encore plus durs, mais Robert a abandonné. Il s’était blessé les articulations en essayant trop fort. Le vieil homme sourit largement, comme il l’avait fait tant de fois auparavant. Robert sourit tristement. C’était la première fois qu’il était battu par un homme qui n’avait pratiquement rien fait pour gagner.

Robert n’était pas un homme faible. En fait, il était très fort. De retour aux États-Unis, il fut entraîneur de boxe. Il avait appris le judo au Japon, où il avait obtenu la ceinture noire, troisième niveau, et il avait écrit un livre à ce sujet. Il avait reçut un enseignement dans les systèmes Pai-kua, Shao-lin et Chin-na – l’école difficile de la boxe chinoise qui se caractérise par l’usage de la la force et de la violence. Il pesait près de 90 kg, tout en os et en muscles.

Mais ce vieil homme était un pratiquant de tai chi chuan qui tire son pouvoir et sa force de la respiration abdominale profonde et fonde son habileté dans la boxe sur le principe du céder. Il avait prouvé que la force et l’action n’étaient pas de taille face à la tranquillité, au naturel et à la flexibilité.

L’accent mis sur la relaxation a fait du tai chi chuan plus qu’un art de l’autodéfense. Il est devenu réputé pour être un excellent exercice pour atteindre la relaxation mentale par le mouvement physique.

Le pouvoir de la nature se trouve dans la grâce et la facilité, disent les exposants du tai chi chuan. En chinois, taichi signifie «L’ultime», la raison d’être de tous les êtres et la quintessence de la vie.

Un principe si compliqué et pourtant si simple n’est pas facile à conceptualiser. Cela diffère de ce que nous sommes amenés à croire. La santé et la force ne se trouvent pas dans les biceps bombés et les muscles durs. Un jeune bûcheron peut être vaincu par un érudit âgé. Faire le premier pas peut nous conduire à perdre.

Tout cela doit être vu pour être cru. Même alors, il est facile de soupçonner que cela puisse être des foutaises.

À Taiwan aujourd’hui, le meilleur homme pour réfuter cela est le professeur Cheng Man-ching, un universitaire chinois de 61 ans qui est un maître de tai chi chuan depuis plus de 30 ans. Il est l’un des meilleurs disciples de Yang Cheng-fu, la référence en son temps.

Le nom de Yang Cheng-fu peut ne rien signifier pour ceux qui ne connaissent rien à la boxe chinoise. Mais dans les annales du pugilisme chinois, il était parmi les plus illustres. Ses exploits de pugiliste sont devenus des légendes. Il était connu pour maîtriser son adversaire avant même d’avoir été touché.

Chen Manching n’aurait pas appris le tai chi chuan orthodoxe de Yang Chengfu sans la révolution de 1911 qui avait renversé la dynastie mandchoue. Yang avait été instructeur à la cour impériale, un poste, à l’époque, très prestigieux pour tout pugiliste. Son enseignement était accaparé par les princes et les membres des familles royales. La révolution l’a rendu sans emploi mais cela lui a aussi donné l’occasion d’enseigner aux gens du commun. Sa renommée s’est alors répandue au loin.

Cheng à cette époque était un jeune homme faible qui ne s’était distingué que dans la pratique chinoise de la médecine des herbes. Mais il souffrait de tuberculose, que ses herbes n’avaient pas réussi à guérir. Il crachait du sang et avait de la fièvre dans l’après-midi. Les troubles peptiques l’avait encore plus énervé. Il était si faible qu’il ne pouvait pas dormir la nuit s’il avait marché plus de cent pas pendant la journée. Il avait pratiquement abandonné son cas comme désespéré.

Yang Chengfu ne prenait pas facilement de disciple. En tant que médecin bien connu, Cheng fut un jour été invité à soigner Mme Yang, qui était gravement malade. Le diagnostic fut brillant et Mme Yang se remit rapidement. Par gratitude et impressionné par le talent de Cheng, Yang Chengfu lui enseigna les secrets du tai chi chuan. Il fallu sept ans à Cheng pour tous les apprendre et être autonome.

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Qu’est-ce que la vie ?

Erwin Schrödinger

De la physique à la biologie

Quel est le trait caractéristique de la vie ? Quand dit-on qu’une portion de matière est vivante ? Quand elle ne cesse de « faire quelque chose », de se mouvoir, d’échanger des matériaux avec le milieu environnant, et ainsi de suite, et cela pendant une période beaucoup plus longue que nous supposerions une substance inanimée capable de se maintenir en état de mouvement dans des circonstances analogues. Quand un système non vivant est isolé ou placé dans un milieu uniforme, tout mouvement cesse en général assez vite en conséquence de diverses espèces de frictions ; les différences de potentiel électrique ou chimique sont égalisées ; des substances tendant à entrer en combinaison chimique obéissent à cette tendance ; la température devient uniforme par suite de la conduction de la chaleur. En fin de compte le système tout entier se réduit à une portion de matière inerte, morte. Un état permanent est atteint où l’on n’observe plus aucun événement. Le physicien appelle cela l’état d’équilibre thermodynamique, ou d’« entropie maxima ».

Erwin Schrödinger in Qu’est-ce que la vie ? . De la physique à la biologie
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Notes de chevet

Sei Shônagon (1885), Yôshû Chikanobu (1838-1912)

枕草子 Makura no sōshi

Les Notes de chevet est une œuvre majeure de la littérature japonaise du XIe siècle, attribuée à Sei Shōnagon et achevée en 1002.

Au printemps, j’aime observer l’aube devenant graduellement de plus en plus blanche jusqu’à ce qu’une faible teinte rosée couronne la cime de la montagne, tandis que de grêles bandes de nuages pourpres s’étendent au-dessus.
En été, j’aime la nuit, non seulement quand la lune brille, mais l’obscurité aussi, quand les lucioles s’entre-croisent dans leur vol, ou quand la pluie tombe.
En automne, c’est la beauté du soir qui m’émeut le plus profondément, pendant que je suis du regard les corbeaux qui cherchent par deux, trois et quatre un endroit où se percher, et que le soleil couchant projette la splendeur de ses rayons en approchant de la crête des montagnes. Et encore plus délicieux est de voir passer les oies sauvages en longues lignes qui, dans la distance, paraissent infiniment petites. Et quand le soleil est complètement couché, combien est émouvant d’entendre le fredonnement des insectes ou les soupirs du vent !
En hiver, qu’indiciblement belle est la neige ! Mais j’aime aussi l’éblouissante blancheur du givre, et même, parfois, le froid intense. C’est alors qu’il est bon d’aller vite chercher de la braise et d’allumer les feux. Et ne nous laissons pas persuader par la douce chaleur de midi de permettre aux tisons du foyer ou du brasier de devenir un tas de cendres blanches.

Notes de chevet

Les Notes de chevet se composent de nombreuses notes, impressions sur le vif de l’auteur, abordant tour à tour les choses qu’elle aime ou déteste voir, écouter, manger et boire, ainsi que d’historiettes au sein de la cour impériale, des poésies et quelques avis sur ses contemporains. Alors que c’est surtout un travail personnel, l’écriture et les compétences poétiques de Shōnagon le rendent intéressant comme œuvre littéraire, et il s’agit d’un précieux document historique. Une partie a été révélée à la Cour par accident du vivant de Shōnagon.

清少納言 Sei Shōnagon

Dame Sei Shōnagon est une femme de lettres japonaise qui a produit des œuvres écrites vers l’an 1000 qui sont considérées comme une des productions majeures de la littérature japonaise et mondiale et parfois comme la première forme romancée.


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Distinguer le pur du bigarré

Portrait de Yang Chengfu

Propos de Yang Chengfu sur la poussée des mains

Il faut distinguer le pur du bigarré. Nombreux sont ceux qui pratiquent le taiji de nos jours mais ce n’est pas le vrai taiji. Le vrai a un goût différent et se distingue facilement. Avec un vrai taiji, votre bras est comme du fer enveloppé de coton. Il est doux et pourtant lourd pour celui qui s’essaie à le soulever. Vous pouvez le ressentir dans la pratique de la poussée des mains. Lorsque vous touchez un adversaire, vos mains sont douces et légères mais il ne peut pas s’en débarrasser. Lorsque vous attaquez, c’est comme une balle pénétrant proprement et fortement, mais sans user de force. Lorsqu’il est repoussé de trois mètres, il ressent un petit mouvement, mais pas de force ni de douleur. En le touchant, vous ne le saisissez pas. Au lieu de cela, vous adhérez légèrement à lui pour qu’il ne puisse pas s’échapper. Bientôt, ses deux bras deviennent si douloureux qu’il ne peut plus le supporter. C’est du vrai taiji. Si vous utilisez la force, vous pouvez le déplacer, mais ce ne sera pas propre et net. S’il essaie d’utiliser la force pour vous retenir ou vous contrôler, ce sera pour lui comme d’essayer d’attraper le vent ou les ombres. Partout c’est le vide. Cela peut être comparé à une marche sur des gourdes sur l’eau. Vous ne pouvez pas vous rendre là où est le substantiel. En termes simples, le vrai taiji est merveilleux.

楊澄甫 Yáng Chéngfǔ (1883–1936), propos recueillis par Chen Weiming

杨澄甫论推手

世间练太极者,亦不在少数。宜知分别纯杂,以其味不同也,纯粹太极,其臂如绵裹铁,柔软沉重。推手之时,可以分辨。其拿人之时,手极轻而人不能过。其放人之时,如脱弹丸,迅疾干脆,毫不费力。被跌出者,但觉一动,而并不觉痛,已跌丈余外矣。其黏人之时,并不抓擒,轻轻黏住,即如胶而不能脱,使人两臂酸麻不可耐。此乃真太极拳也。若用力按人推人,虽亦可以制人,将人打出,然自己终未免吃力,受者亦觉得甚痛,虽打出亦不能干脆。反之,吾欲以力擒制太极拳能手,则如扑风捉影,处处落空。又如水上踩葫芦,终不得力。此乃真太极意也。

杨澄甫口述 陈微明录

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Excursion à la grotte de Zhang Gong

Excursion à la grotte de Zhang Gong, 1700, Shitao

La grotte de Zhang Gong, un lieu pittoresque célèbre et autrefois la résidence de 張道陵 Zhāng Dàolíng, un patriarche de l’église taoïste, fondateur de l’École des cinq boisseaux de riz. Selon les croyances taoïstes, ces grottes sont des sources de la force créatrice de la nature et offrent un potentiel de rajeunissement et de renouvellement.

Suivant une composition antérieure de 沈周 Chén Zhōu (1427-1509), Shítāo peint comme s’il reproduisait le processus cosmique de la création: son travail au pinceau construit avec énergie des couches dans des teintes fleuries de bleu ciel, vert pâle, orange et fuchsia, il transforma travail de Chén Zhōu en une image éclatante évoquant le pouvoir procréateur de la nature. 

Dans un long poème à la fin du parchemin, Shítāo reconnaît les attributs mystiques taoïstes de la grotte et suggère de manière ludique qu’à travers son art, il a capturé à la fois la grotte et sa force créatrice.

Excursion à la grotte de Zhang Gong, 1700, Shitao

Poussé par un désir ardent, anxieux de voir l’abondance des formes variées et étranges que crée l’artificieuse nature, ayant cheminé sur une certaine distance entre les rocs surplombants, j’arrivai à l’orifice d’une grande caverne, et m’y arrêtai un moment, frappé de stupeur, car je ne m’étais pas douté de son existence ; le dos arqué, la main gauche étreignant mon genou tandis que de la droite j’ombrageais mes sourcils abaissés et froncés, je me penchais continuellement, de côté et d’autre, pour voir si je ne pouvais rien discerner à l’intérieur, malgré l’intensité des ténèbres qui y régnaient. Après être resté ainsi un temps, deux émotions s’éveillèrent soudain en moi : crainte et désir ; crainte de la sombre caverne menaçante, désir de voir si elle recelait quelque merveille.

Léonard de Vinci in Carnets

石濤 Shítāo

Autoportrait, la plantation d'un pin, 1674, Shitao
Autoportrait, la plantation d’un pin, 1674, Shitao

苦瓜和尚 kǔguā héshàng

Shitao, littéralement Flots de pierre, 1642- 1707, également surnommé Moine Citrouille-amère, est un artiste peintre chinois de la dynastie Qing. Il fut aussi calligraphe et poète, paysagiste tout en ayant endossé l’habit de moine chán dans sa jeunesse.

Son œuvre, composée notamment de paysages, 山水 shānshuǐ, et de motifs végétaux, exprime avec simplicité des thèmes complexes, comme l’immensité du monde ou la beauté de la vie. Son nom de naissance était 朱若极 Zhū Rùojí, et son nom de moine 道濟 Dàojì. Parfois boudé dans les milieux lettrés en Chine, Shitao est célèbre en Occident par son traité 畫語錄 Huà yǔlù, Citations sur la peinture.


Le 24 juin 2007 France Culture consacrait une émission de la série Une vie, une oeuvre à Shitao. Philippe Sollers y participait ainsi que Charles Juliet et Fabienne Verdier.
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A hauteur de nuages

Montagne Qiyun

八句口诀

顶天立地,形松意充,外敬内静,心澄貌恭,一念不起,神注太空,神意照体,周身融融

Le plus beau cadeau que mes amis de Hexianju m’aient offert est un poème en huit vers, comportant chacun quatre caractères. Trente-deux syllabes en tout, mais qui en requièrent beaucoup plus dans la traduction en français. Ce poème est devenu mon compagnon de route et il n’est presque pas de jour où je ne me le dise intérieurement ou en murmurant le texte chinois qui semble avoir, en lui-même, une force d’apaisement. Un des assistants de maître Liu avait une voix grave dont les vibrations à elles seules suffisaient à apporter la paix intérieure. J’en propose ici une traduction personnelle, pas nécessairement littérale, mais qui n’est pas infidèle à son sens profond.

Bernard Besret in A hauteur des nuages
顶天立地 dǐng tiān lì dì
Tête au ciel, pieds à la terre
形松意充 xíng sōng yì chōng
Corps détendu, la conscience se dilate
外敬内静 wài jìng nèi jìng
À l’extérieur, l’abandon ; à l’intérieur, la paix
心澄貌恭 xīn chéng mào gōn
Le cœur comme un lac d’eau limpide; attitude humble
一念不起 yī niàn bù qǐ
Pas une pensée ne venant le traverser
神注太空 shén zhù tài kōng
L’esprit s’identifie infini du ciel
神意照体 shén yì zhào tǐ
Quand l’attention revient à l’intérieur
周身融融 zhōu shēn róng róng
Tout est bon, tout est bien, tout est à l’harmonie du qi

Les maîtres de Hexianju me l’ont fait répéter et répéter encore, jusqu’à ce que je le sache par cœur, en chinois.

Bernard Besret in A hauteur des nuages

顶天立地

Ding tian, li di, le premier verset du poème propose en quatre caractères un véritable condensé de l’anthropologie chinoise. L’homme est en effet conçu comme un trait d’union entre le ciel (de polarité yang) et la terre (de polarité yin). Il est tian/di, « ciel/terre ». Comme un aimant qui captera l’énergie qui, entre le ciel (pôle positif) et la terre (pôle négatif), emplit l’univers et la ferait circuler dans tout le corps. L’Homme réunit en lui les vertus du Ciel et de la Terre : il lui appartient pour son propre accomplissement de les mener à l’harmonie, écrit François Cheng’.

Bernard Besret in A hauteur des nuages

形松意充

Xing song, yi chong, le corps doit être complète-ment détendu, libéré de toutes ses crispations et tensions internes pour que la conscience puisse se dilater. Ce concept de la conscience qui se dilate me facilite grandement l’exercice toujours difficile de la méditation. Faire le vide en soi n’est pas une démarche purement négative si elle s’accompagne d’une dilatation de la conscience. C’est sur le Vide que se fixe le Tao, dit Zhuang Zi. Du Vide de l’esprit jaillit la lumière ; là se trouve le salut de l’homme.

Bernard Besret in A hauteur des nuages

外敬内静

Pour cela, wai jing, nous devons accepter avec respect ce qui se passe à l’extérieur et sur quoi nous n’avons aucune emprise. Les stoïciens disaient : « Ce qui est est » Et, nei jing, quoi qu’il arrive, il nous faut garder la paix.

Bernard Besret in A hauteur des nuages

心澄貌恭

Xin Cheng, le coeur, c’est-à-dire l’esprit, est alors comme un lac d’eau limpide que rien ne vient troubler. Image à elle seule source de paix, si on l’intériorise. Mao gong, cette paix intérieure nous conduit à garder une attitude humble dans toutes les situations où nous conduit la vie. L’image qui me vient ici à l’esprit est celle des moines bouddhistes que l’on voit s’incliner, les mains jointes et toujours le sourire aux lèvres, lorsqu’ils vous saluent.

Bernard Besret in A hauteur des nuages

一念不起
神注太空

Yi nian bu qi, si l’esprit arrive à faire le vide de toute pensée, de tout discours, de toute ratiocination, shen zhu tai kong, alors il peut s’identifier au vide de l’espace infini. Toutes les barrières se dissolvent, rien ne l’empêche plus d’être aussi vaste que l’univers.

Bernard Besret in A hauteur des nuages

神意照体
周身融融

Shen yi zhao ti, et lorsque l’attention revient à l’intérieur, zhou shen rong rong, il constate que tout est bien, que tout est bon, que tout est en harmonie, tout est dans la paix. Et je me répète : Zhou shen rong rong.

Bernard Besret in A hauteur des nuages
Palais Yuxu dans les monts Qiyun

Bernard Besret

Comment un ancien moine cistercien, prieur de l’abbaye de Boquen, dont la contestation puis la démission avait défrayé la chronique dans les années 60 et 70, peut-il se retrouver à fonder, en Chine, une auberge taoïste au flanc d’une montagne sacrée ? Les circonstances de la vie y sont certes pour quelque chose, mais tout se passe comme si Bernard Besret, éternel pèlerin de l’absolu, avait retrouvé à travers la sagesse chinoise la patrie spirituelle qu’il avait toujours cherchée.Voici donc les chroniques taoïstes de Bernard Besret : elles nous parlent de la vie quotidienne en Chine, de son propre parcours, de celui d’un ancêtre lointain qui fut jadis évêque en Chine ; elles nous invitent aussi à méditer sur le sens du temps, du corps, du rapport au cosmos… Autant de thèmes qui, au fil d’une plume alerte, nous interrogent sur notre propre vie, et nous enrichissent de connaissances sur cette « étrangeté » qu’est la Chine.

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Canestra du Caravage

Corbeille de fruit, huile sur toile, Caravage

Une œuvre pleine de mystères

Nec abest gloria proximae huic fiscellae, et qua flores micant. Fecit eam Michael Angelus Caravagensis Romae nactus auctoritatem, volueramque ego fiscellam huic aliam habere similem, sed cum huis pulchriyudinem, incomparabilemque excellentiam assequeretur nemo, solitaria relicta est.

Cardinal Federico Borromeo

Le tableau est apparu dans les collections du cardinal Borromeo dès 1607. D’après ses mots, il a clairement apprécié à quel point il appréciait l’œuvre, au point de ne pas trouver un pendentif à la hauteur de sa beauté, mais on ne sait pas pourquoi le cardinal parle dans sa description de “fleurs panachées” et non de fruits.

Un deuxième problème est la date de la peinture. Selon certains érudits, il a été commandé par le cardinal Del Monte, puis donné au cardinal Borromeo. Cette hypothèse a été formulée sur la base d’un échange de lettres entre les deux qui a eu lieu à la fin du XVIe siècle, dans lequel différentes références à la peinture peuvent être lues. Selon d’autres, la peinture dont parlent les deux cardinaux dans les lettres n’est pas la tesselle caravaggesque.

Coupe de cerises, art romain, 3e siècle.
Coupe de cerises, art romain, 3e siècle.
Détail d’un parterre de mosaïque dans le triclinium de la Maison “Afrique” de Thysdrus

Cette œuvre est à considérer comme le point d’arrivée de toutes les expériences de jeunesse du peintre. Une corbeille de fruits humble et isolée vient ici pour la première fois pour assumer pleinement sa dignité de sujet artistique. L’origine de la peinture en direct avec le sujet en face, la tradition flamande de l’attention calligraphique aux détails doit avoir été apprise par le jeune Merisi assistant à l’étude d’Arcimboldo . La coupe de fruits est également dérivée de la tradition hellénistique : les mosaïques grecques reproduisaient parfois la soi-disant xenia , les cadeaux pour les invités et les emblèmes. L’attention spatiale particulière, avec le panier émergeant en trois dimensions à partir d’un fond clair uniforme, mais dépassant illusoirement du bord de la table avec une lame d’ombre significative, semble rappeler le balayage typique des bas-reliefs romains. La lumière est analytique, capable de souligner chaque détail de manière illusionniste : les formes, la consistance matérielle de l’objet et de ses surfaces, du tissage artisanal de l’osier à la poussière des raisins. 

Ce morceau de peinture apparemment simple se concentre sur l’humilité et la simplicité des fruits. Cependant, ce qui apparaît à première vue frais et vital est en fait consommé rapidement : les feuilles se dessèchent et la pomme au centre a une tavelure voyante. Le sens de la vie et de la mort est très fort dans ce travail : la jeunesse, mais essentiellement toute l’existence humaine, se termine trop rapidement, tout comme les fruits et les fleurs ne durent qu’un instant. C’est ce moment, éternel et à la fois éphémère, que le Caravage a voulu arrêter pour toujours sur sa toile.


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L’amer

Posture du joueur de pipa, Cheng Man Ching

Ne craignez pas le travail amer. Si vous le craignez, vous ne progresserez pas. Les classiques du taijiquan disent que la racine correcte est dans le pied. Un débutant peut développer une racine en passant simplement trois à cinq minutes, matin et soir, debout une seule jambe. Alternez les jambes et augmentez progressivement le temps tandis que vous descendez plus bas. Ce travail amer non seulement développe une racine, mais il stimule également le système cardiovasculaire, ce qui profite au cerveau. Il est essentiel que votre qi coule vers le champ de cinabre inférieur, les deux pieds adhèrent au sol, et alors vous n’exercez absolument aucune force. Lorsque vous pratiquez cette posture debout, vous pouvez faciliter le maintien de votre équilibre en touchant légèrement une chaise ou une table avec le majeur et l’index. Après un certain temps, utilisez uniquement l’index. Quand vous pouvez rester sans assistance, vous pouvez choisir la posture de lever des mains ou la posture du joueur de pipa continuer votre pratique. La posture du simple fouet développe l’ouverture et l’extension tandis que la posture du commencement cultive l’unité indifférenciée. Ces postures sont essentielles pour comprendre la forme et l’application du taijiquan- alors ne les négligez pas !

La nouvelle méthode d’apprentissage personnel du Tai Chi Ch’uan selon Maître Cheng

On retrouve les postures asymétriques debout dans le Wudang qi gong et dans le qi gong des cinq animaux.


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