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La voie du bambou

La voie du bambou

Bouddhisme chan et taoĂŻsme

Art martial interne et relations Ă  autrui. Il existe au sein de l’école martiale Tai ji quan (boxe du faĂźte suprĂȘme) ainsi que dans celle du Ba gua zhang ou « paume des huit trigrammes » (en particulier dans le Bagua mi hun zhang, l’art des « paumes qui Ă©garent les Ăąmes ») de remarquables pratiques qui s’effectuent Ă  deux partenaires, nous retiendrons particuliĂšrement ici celles qui se nomment tui shou et pan shou (« mains qui poussent » ou « mains collantes » et « mains lovĂ©es » ou « mains serpentines »). DĂ©rivĂ©es de l’art des qin na ou arts des saisies et contre saisies, les pan shou sont des techniques de mains (mais en rĂ©alitĂ© aussi de coudes, de pieds, de hanches ou de tĂȘte…) qui cherchent Ă  dĂ©sĂ©quilibrer l’adversaire, ou plutĂŽt le comparse, car tout l’art dont il s’agit consiste bien Ă  Ă©viter les confrontations en force, Ă  utiliser les points d’achoppement que ne manque pas d’offrir, sans le savoir, l’adversaire, Ă  dĂ©tourner stratĂ©giquement les intentions et les forces en mouvement pour les faire retourner au vide, Ă  utiliser le faible pour dĂ©river le puissant, Ă  amorcer un dĂ©but de rĂ©sistance pour mieux l’effacer ensuite. L’autre, ici, n’est donc pas un adversaire au sens premier du terme : il est plutĂŽt une sorte de partenaire qu’on cherche Ă  Ă©vincer en utilisant ses propres points de faiblesse, un partenaire avec qui il faut entrer en affaire, en relation, car c’est lĂ , au cƓur de l’action, du contact, de la sensation, qu’on discernera les « pleins et les vides », « les rĂ©sistances et l’accueil » du vis-Ă -vis, et par miroir, de nous-mĂȘme. Il y a un esprit chevaleresque dans cet art des « mains qui adhĂšrent ». Si l’on veut rencontrer l’autre, ce doit ĂȘtre sans peur ou surinvestissement. Se confronter au monde de l’autre, c’est avant tout ting, « recevoir en Ă©coutant la sensation », puis dong, « comprendre ce qui est en train de se produire », pour hua , « transformer ce qui est possible ». C’est aussi, lian, nian, sui, « continuement coller et suivre » sa rĂ©alitĂ©, ce qu’il manifeste d’instant en instant, six termes clĂ©s du combat martial et tout bonnement de n’importe quelle relation humaine Ă©panouie et adĂ©quate. Car un des buts majeurs de cette ascĂšse physicopsychique est bel et bien de dĂ©boucher sur un art de vivre, yang sheng chu shi, « art des relations », suprĂȘme-ultime de l’humanitĂ©. Le « monde des relations », chu shi, est le miroir impitoyable qui nous renvoie ses reflets d’adĂ©quation ou d’entrave, de fluiditĂ© ou de coagulation, d’intelligence subtile ou grossiĂšre. AprĂšs tout, une simple conversation, nĂ©cessite elle aussi, ce toucher affinĂ© et « manipulatoire » qui se joue de l’équilibre du dĂ©sĂ©quilibre, du plein et du vide pour faire sens et aussi pour faire force si nĂ©cessaire. Ainsi hua, na, da (transformer, saisir et frapper) et son inverse da, na, hua sont les principes de tout pugilat psychique ou physique. L’art des mains lovĂ©es s’insinue dans l’intime du rapport Ă  soi et Ă  l’autre, c’est une merveille qui nĂ©cessite plusieurs annĂ©es de frĂ©quentation assidue pour pouvoir fleurir dans la vie mĂȘme et s’appliquer jusque dans le dhyĂ na.

PrĂ©sentation de l’Ă©diteur

A l’ombre d’une Chine qui s’Ă©veille, nouvel eldorado, dragon en quĂȘte de reconnaissance, Ă  l’ombre encore du supermarchĂ© du Tao qui inonde le monde ” spirituel ” de produits de consommation rapide (formations Ă©clair en acupuncture, qi gong pour gens pressĂ©s, tai chi panacĂ©e et autre mĂ©ditation intensive pour hommes d’affaires), se tiennent discrĂštes les traditions vivantes du taoĂŻsme et du bouddhisme chan. Ce livre tĂ©moigne pour leur survie en redonnant ses lettres de noblesse Ă  la Grande Etude, celle qui nĂ©cessite une vie tournĂ©e vers l’Orient de l’esprit. ThĂ©orie et surtout pratique, enseignements traditionnels ainsi que tĂ©moignages personnels illustrent cette Voie chinoise du Bambou dont le pictogramme calligraphiĂ© en couverture reflĂšte les qualitĂ©s : fermetĂ© extĂ©rieure et vacuitĂ© intĂ©rieure, vigueur et souplesse, esthĂ©tique de la simplicitĂ©, Ă©pure foisonnante – tel est le cƓur du Tao et du chan. Un long dĂ©veloppement sur les arts martiaux complĂšte cette Ă©tude. –Ce texte fait rĂ©fĂ©rence Ă  une Ă©dition Ă©puisĂ©e ou non disponible de ce titre.

Yen Chan

Au cours de ses pĂ©rĂ©grinations en Occident puis en ExtrĂȘme-Orient, l’auteur, nĂ© en 1961, rencontre le chan chinois, mĂ©tissage de taoĂŻsme et de bouddhisme, dont les enseignements Ă  la fois rĂ©volutionnaires et traditionnels proposent la libĂ©ration ” en une vie ” et ” dans la vie “. Il Ă©tudie Ă©galement les voies de l’attention du theravĂąda et du dzogchen, ainsi que les arts martiaux internes. Le vĂ©nĂ©rable Xu Yun pour le chan, Shen Ji Cheng et Lu Ji Tang pour les arts internes du Tao, sont les maĂźtres des lignages auxquels il se rattache.

Dominique Clergue
Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie

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