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Pratiques

Orientations

Peinture murale du tumulus Goguryeo 47

Les points cardinaux

Les points cardinaux sont les 4 points imaginaires qui dĂ©finissent les directions du Nord, de l’Est, du Sud et de l’Ouest.

Le Nord

Il existe deux “types” de nord : le nord magnĂ©tique et le nord gĂ©ographique. Lorsque que l’on utilise une boussole, celle-ci va ĂȘtre attirĂ©e par le nord magnĂ©tique alors que lorsque l’on regarde une carte, celle-ci est orientĂ©e suivant le pole nord gĂ©ographique La diffĂ©rence entre le nord magnĂ©tique et le nord gĂ©ographique est appelĂ©e dĂ©clinaison magnĂ©tique.

Dans l’hĂ©misphĂšre nord, l’étoile polaire est situĂ©e trĂšs proche de l’axe de rotation de la Terre, elle reste Ă  la mĂȘme position dans le ciel quelle que soit l’heure de la nuit et quel que soit le jour de l’annĂ©e alors que toutes les autres Ă©toiles semblent tourner autour d’elle. En traçant une ligne verticale de l’étoile polaire jusqu’à l’horizon, on a une trĂšs bonne approximation de la direction du Nord.

L’Est

Le lever du Soleil se fait dans la direction de l’Est. En fait, le soleil ne se lĂšve Ă  l’Est que durant 2 jours dans l’annĂ©e, pendant les deux Ă©quinoxes. L’étĂ©, le Soleil reste plus longtemps visible dans le ciel, il se lĂšve au Nord-Est alors que l’hiver celui-ci se lĂšve au Sud-Est

Le sud

Dans l’hĂ©misphĂšre sud, il n’existe pas d’étoile brillante situĂ©e Ă  proximitĂ© du prolongement de l’axe de rotation de la Terre. Pour dĂ©terminer la position du Sud, on peut s’aider d’une constellation trĂšs cĂ©lĂšbre dans l’hĂ©misphĂšre Sud, la croix du Sud. Il faut ensuite reporter entre 4 et 5 fois la distance qui sĂ©pare les deux Ă©toiles de la partie la plus grande de la croix (Acrus et Gacrux).

L’Ouest

L’Ouest est la direction oĂč se couche le soleil. Comme pour l’Est, le soleil ne se couche exactement Ă  l’Ouest que pendant les Ă©quinoxes, sinon, il se couchera au Nord-Ouest l’étĂ© et au Sud-Ouest l’hiver.

Observations

Quant Ă  l’orientation de l’Ăźle, l’ingĂ©nieur l’avait dĂ©terminĂ©e approximativement par la hauteur et la position du soleil, ce qui mettait Ă  l’est la baie de l’Union et tout le plateau de Grande-Vue. 

Jules Verne in L’Ile mystĂ©rieuse

Alors que le nord semble ĂȘtre la direction de rĂ©fĂ©rence lorsqu’il s’agit de cartographie, il n’apparaĂźt pas aussi important lorsqu’il est ramenĂ© Ă  une orientation naturelle. En effet, parce que s’orienter, c’est d’abord repĂ©rer des Ă©lĂ©ments du monde extĂ©rieur pour se positionner dans l’espace, le repĂšre le plus Ă©vident, Ă  notre latitude, est d’abord le soleil. Tout sujet positionnĂ© Ă  cette latitude perçoit le mĂȘme mouvement du soleil : il dĂ©crit un arc de cercle qui part de l’est Ă  l’aube (oriens ), s’érige au sud Ă  midi, puis s’effondre Ă  l’ouest le soir (occidens), sans passer par le nord. Le soleil ne se trouve donc jamais de façon visible au nord. Le nord reste voilĂ©.

Cela vaut aussi pour les Japonais qui se trouvent Ă  une mĂȘme latitude ; l’est se disant higashi (東, ăČがし), mot qui provient de himukashi signifiant face au soleil, et l’ouest, nishi (è„ż, にし), mot qui provient de inishi, lĂ  oĂč le soleil a disparu.

SĂ©miotiques

Ainsi ĂŽ Juges de la RĂ©publique, & Pilotes de ce Navire, qui aveuglez de vos passions, & en la nuict de vos intentions mauvaises, vous avez perdu le Nort, parmy l’obscuritĂ© de vos malices.

Sermons et saincts exercices tres-doctes et eloquents sur toutes les Evangiles du sainct Caresme

Orient

Pour les occidentaux, l’orient symbolise l’origine du monde. La priĂšre liturgique chrĂ©tienne se pratique dans la direction de l’orient (ad orientem), parce qu’elle vise le soleil qui est le symbole du Christ. Les Ă©glises Ă©taient Ă©difiĂ©es dans la direction de l’est jusqu’au XVe siĂšcle et les cartes du Moyen Âge reprĂ©sentaient l’est vers le haut.

Le quadrilatĂšre solsticial

Depuis les origines et jusqu’au XVe siĂšcle, dans tous les pays chrĂ©tiens, l’Ă©difice de l’Ă©glise Ă©tait adaptĂ© Ă  une priĂšre communautaire dirigĂ©e vers l’est, c’est ce qu’on a appelĂ© l’orientation. Car l’attente du soleil levant (symbole du Christ ressuscitĂ©) est un trait essentiel de la priĂšre et de la spiritualitĂ© chrĂ©tienne. Le soleil montant est souvent comparĂ© Ă  un oiseau. Le mazdĂ©isme assimile le soleil Ă  un coq qui annonce le lever du jour, et les clochers chrĂ©tiens portent encore cet oiseau qui symbolise la vigilance de l’ñme en attendant la seconde venue du Christ, la naissance de la Grande Aurore. 

MĂ©ridien

Si l’est paraĂźt valorisĂ© en Occident, l’Orient valorise aussi le sud car il manifeste une grande lumiĂšre. Certaines cartes antiques et mĂ©diĂ©vales chinoises sont ainsi axĂ©es selon la position mĂ©ridienne du soleil. Lorsque les cartes japonaises reprĂ©sentent le nord vers le haut, c’est en raison de la prĂ©sence du palais impĂ©rial, qui fait face au midi dans les villes. Dans ce sens, les habitants ne doivent jamais s’orienter vers le nord car ils feraient face Ă  l’Empereur. Ils doivent prĂ©fĂ©rer le sud.

Chinois et Japonais parlent encore aujourd’hui de l’axe sud-nord, et non, nord-sud, comme en Occident. En chinois, diriger ou enseigner se dit æŒ‡ć— zhǐnĂĄn, ce qui signifie pointer (指 zhǐ) vers le sud 捗 nĂĄn.

Ce sens, qui fait dos au nord, se retrouve aussi dans l’invention chinoise du char montre-sud (2600 AEC) qui, comme son nom l’indique, Ă©tait orientĂ© vers le sud.

Il existait aussi des poissons ou tortues montre-sud, ancĂȘtres de la boussole, qui Ă©taient employĂ©es Ă  des fins divinatoires ou mĂ©dicales, leurs tĂȘtes Ă©tant dirigĂ©es vers le sud.

Septentrion

À notre latitude, s’il existe des variations culturelles qui valorisent plus ou moins un des quatre points cardinaux, repĂ©rables selon la longitude, le nord est globalement minorĂ©.

FascinĂ©s par le spectacle du ciel Ă©toilĂ©, les anciens ont remarquĂ©, sur la voĂ»te cĂ©leste, des figures apparemment fixes, les constellations. 

La Grande Ourse

La Grande Ourse est la troisiĂšme constellation du ciel par son Ă©tendue. Ses Ă©toiles les plus brillantes, Dubhe, Merak, Phecda, Megrez, Alioth, Mizar et Alkaid, sont visibles Ă  l’Ɠil nu et elles dessinent une grande figure surnommĂ©e la Grande casserole ou le Grand chariot.

Le Grand chariot

Aux latitudes europĂ©ennes, le Grand chariot prĂ©sente la particularitĂ© de ne jamais se coucher, elle est circumpolaire et elle survole l’horizon nord avant de remonter Ă  l’est. Ainsi, quelle que soit la nuit de l’annĂ©e ou l’heure de la nuit, en vous tenant face Ă  un horizon nord dĂ©gagĂ© et en balayant le ciel du regard, vous trouverez inĂ©vitablement les sept Ă©toiles de la Grande casserole, d’oĂč l’intĂ©rĂȘt de les utiliser pour partir Ă  la dĂ©couverte des autres constellations. Une mĂ©thode trĂšs connue permet de dĂ©terminer l’emplacement de l’Étoile polaire : en traçant la ligne des Gardes de la Grande casserole, prolongĂ©e dans le sens Merak-Dubhe d’une distance Ă©gale environ Ă  cinq fois la distance entre ces deux Ă©toiles, on tombe sur l’Étoile polaire.

Les changements saisonniers correspondent Ă  la position de rotation de la Grande Ourse dans le ciel
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Que le manche du Boisseau s’oriente vers l’est et le printemps emplit tout sous le ciel
Qu’il s’orient vers le Sud et l’Ă©tĂ© s’installe
Qu’il s’oriente ver l’ouest et l’automne survient
Qu’il s’oriente vers le nord et l’hiver arrive

En astronomie chinoise, ses sept Ă©toiles principales correspondent au Boisseau du Nord (ćŒ—æ–—, Běidǒu) ou sept Ă©toiles de Beidou (ćŒ—æ–—äžƒæ˜Ÿ, Běidǒu qÄ« xÄ«ng), un des plus anciens astĂ©rismes utilisĂ©s dont l’orientation Ă©tait utilisĂ©e pour suivre le cycle des saisons.

Dans le domaine des armes et des armures, le Boisseau du Nord est couramment rencontrĂ© sur les lames d’Ă©pĂ©e, souvent sous la forme de sept bouchons en laiton qui sont insĂ©rĂ©s dans la lame, parfois avec des lignes les reliant.

Cela se voit le plus souvent sur les sabres chinois, appelĂ©s « sept Ă©toiles jian Â» par les collectionneurs mais ils apparaissent Ă©galement sur les ćƒæœˆćˆ€ yǎnyuĂšdāo, et, plus rarement, les lames de sabre et les fers de lance. Le motif est Ă©galement courant sur les Ă©pĂ©es droites de CorĂ©e et du Vietnam.

La Grande Ourse dans le taoĂŻsme

La Grande Ourse est considĂ©rĂ©e comme le trĂŽne de äžŠćž ShĂ ngdĂŹ, la divinitĂ© suprĂȘme dans l’ancienne religion chinoise de la dynastie Shang au taoĂŻsme ultĂ©rieur. 

  • La Grande Ourse indique la bonne orientation pour effectuer la mĂ©ditation ou les rituels Ă  travers le mouvement apparent du manche de la grande louche tout au long de l’annĂ©e.
  • La Grande Ourse Ă©tait prĂ©sumĂ©e avoir de puissants pouvoirs d’exorcisme en tant que divinitĂ© du Nord et du monde souterrain. Dans les rituels taoĂŻstes du tonnerre (é›·æł• LĂ©ifǎ), le tonnerre est invoquĂ© de la direction vers laquelle pointe la Grande Ourse (appelĂ©e ć‘œé–€ MĂŹngmĂ©n, la porte de la force vitale) afin d’expulser les dĂ©mons.
  • La Grande Ourse reçoit des invocations du postulant qui demande pardon pour ses pĂ©chĂ©s et pour que son nom soit effacĂ© du registre des morts (死籍 SǐjĂ­).
  • La Grande Ourse ouvre la voie vers le ciel, sa septiĂšme Ă©toile s’appelle ć€©é—œ Tiānguān, la Passe du Ciel, Ă  la fois dans la mĂ©ditation et le rituel. 

La Grande Ourse a donc une double nature : elle est liĂ©e Ă  la vie et Ă  la mort et est associĂ©e Ă  l’idĂ©e de passage. Il sĂ©pare Ă©galement le bien du mal et accorde des punitions et des rĂ©compenses. Tous les symboles qui reprĂ©sentent le lien entre l’unitĂ© et la multiplicitĂ© lui sont Ă©troitement liĂ©s.

Lors des rituels taoĂŻstes d’adoration des divinitĂ©s astrales (æ­„çœĄèžæ–— bĂč gāng tĂ  dĂČu), dans les Monts du Dragon et du Tigre, le maĂźtre rituel, portant des chaussures nuages, place sur le sol le diagramme de la Grande Ourse qui symbolise les neuf couches du ciel. AccompagnĂ© d’une mĂ©lodieuse musique taoĂŻste, le maĂźtre rituel visualise les Neuf Cieux, et arpente la Grande Ourse selon les positions des Ă©toiles et des 28 constellations ainsi que le diagramme des Neuf Palais et des Huit Trigrammes. C’est de cette maniĂšre que les Ăąmes des taoĂŻstes peuvent monter aux Neuf Cieux pour remettre des pĂ©titions aux esprits, ou les contrĂŽler, dĂ©truire le mal et invoquer le tonnerre.

La Petite Ourse

L’Étoile polaire

Alpha Ursae Minoris est l’étoile la plus brillante de la constellation de la Petite Ourse. Elle est connue pour correspondre avec une bonne prĂ©cision Ă  la direction du pĂŽle nord cĂ©leste, ce qui lui vaut l’appellation commune d’Étoile polaire ou plus simplement de Polaire. Du fait de sa position quasiment confondue avec la direction de l’axe de rotation terrestre, toutes les autres Ă©toiles du ciel paraissent tourner autour d’elle, et dans l’hĂ©misphĂšre nord elle ne se couche jamais, tandis qu’elle n’est jamais visible dans l’hĂ©misphĂšre sud. Les chinois la nomme ćŒ—æžæ˜Ÿ běi jĂ­ xÄ«ng.

Le Petit chariot 

La Petite Ourse est une constellation de l’hĂ©misphĂšre cĂ©leste nord. Le Petit chariot par contraste au Grand chariot de la Grande Ourse est, tout comme l’autre Ourse, formĂ© de sept Ă©toiles principales. 

Comme la Petite Ourse est formĂ©e de sept Ă©toiles, le mot latin pour nord est septentrio, issu de septem (sept) et de triones (bƓufs), sur la base de sept bƓufs conduisant une charrue, Ă  qui les sept Ă©toiles ressemblent Ă©galement. Ce nom a cependant Ă©tĂ© aussi rattachĂ© aux Ă©toiles principales de la Grande Ourse. L’ours se dit par ailleurs arktos en grec, d’oĂč le nom de cercle arctique qu’on donnait au cercle des Ă©toiles circumpolaires toujours visibles.

En astronomie chinoise, les principales Ă©toiles de la Petite Ourse Ă©taient divisĂ©es entre deux astĂ©rismes : ć‹Ÿé™ł GĂČuchĂ©n (Place courbe) et ćŒ—æ„” BěijĂ­ (litt. PĂŽle Nord). Ces deux astĂ©rismes incarnent le cƓur du Palais pourpre, siĂšge du pouvoir suprĂȘme. L’astĂ©risme du pĂŽle Nord est un constituĂ© de cinq Ă©toiles situĂ©, son Ă©toile la plus brillante est dĂ©nommĂ©e l’Empereur (澝 dĂŹ).

Le nord de la boussole

Si les cartes du Moyen Âge font figurer l’est en haut, l’axe de rotation de la Terre entraĂźne une lecture de la carte peu conventionnelle ; en plaçant le nord en haut, la lecture est plus conforme au sens habituel et occidental de gauche Ă  droite. Aussi, la majoritĂ© des cartographes avaient remarquĂ© qu’au-delĂ  de toute symbolique, l’étoile polaire ne bougeait pas, ce qui facilitait leurs reprĂ©sentations du monde. De la mĂȘme façon, les grands navigateurs occidentaux du XVe siĂšcle employaient cette Ă©toile comme un repĂšre fiable de navigation, car fixe et permanent dans le ciel, la nuit. L’emploi de la boussole paraĂźt ici Ă©vident car son aiguille indique toujours le nord, malgrĂ© des conditions mĂ©tĂ©orologiques ou des obstacles pouvant empĂȘcher de voir l’étoile polaire. Si le nord est valorisĂ© depuis l’utilisation de la boussole en tant qu’outil d’orientation, il manifeste une tentative de rationalisation du monde Ă  partir d’une cartographie plus prĂ©cise. À partir du moment oĂč le nord est Ă©tabli de façon pĂ©renne, il devient le repĂšre gĂ©omĂ©trique Ă  partir duquel les dĂ©placements s’élaborent Ă  la surface du globe, et ce, au-delĂ  de toute pensĂ©e mystique et religieuse.

ÉnumĂ©ration

À partir du XIIe siĂšcle, les portulans sont ainsi recouverts de « roses des vents » avec le nord dirigĂ© vers le haut et une couleur la plupart du temps rouge. Les autres points cardinaux s’enroulaient Ă  partir du nord dans le sens horaire, en marquant des angles gĂ©omĂ©triques afin de prĂ©ciser encore les directions. Si le nord possĂšde donc une valeur culturelle, en tant qu’il reprĂ©sente le point de rĂ©fĂ©rence, aujourd’hui, il nous semble qu’il manifeste un Ă©lan rationnel, qui s’éloigne d’une orientation plus sensible et symbolique, oĂč l’orient, Ă  notre latitude, Ă©tait prĂ©fĂ©rĂ© avant.

Tout juste arrivĂ© de Shanghai, le malheureux Ă©missaire des Fils du Dragon vient d’ĂȘtre atteint par une flĂšche empoisonnĂ©e. Il danse et chante en profĂ©rant des propos incohĂ©rents. Il semble avoir perdu le nord ! Pourtant, si on lit de plus prĂšs les paroles qui accompagnent sa gigue effrĂ©nĂ©e, on s’aperçois qu’elles correspondent aux quatre points cardinaux dans l’ordre oĂč ils sont donnĂ©s traditionnellement en Chine. La transcription toung si nan peĂŻ donnĂ©e par HergĂ© ou par Tchang Tchong-Jen est celle de l’Ecole Française d’ExtrĂȘme-Orient.

Est, ouest, sud, nord, ordre chinois des points cardinaux

Enfin, l’énumĂ©ration des points cardinaux en Chine montre le nord (挗 běi) Ă  la fin, prĂ©fĂ©rant l’est ‘東 dƍng) en premier, puis l’ouest (è„ż xÄ«) et le sud (捗 nĂĄn).

Le caractĂšre æ–č fāng ne signifie pas seulement direction ou point cardinal  mais Ă©galement cĂŽtĂ©, mĂ©thode, moyen, carrĂ©, en ce moment. Il s’agit donc d’une Ă©tendue ouverte plutĂŽt que d’un point fixe. Cette conception en aire et non en point permet d’intĂ©grer le centre (äž­ zhƍng) aux quatre points cardinaux habituels, car ce centre ne peut ĂȘtre rĂ©duit Ă  un point et doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un espace, celui de l’empereur (澝 dĂŹ), celui de l’empire de Chine (侭朋 zhƍng guĂł).  

Le syntagme chinois äș”æ–č wǔ fāng dĂ©signe la totalitĂ© de l’univers. Son Ă©numĂ©ration se fait dans l’ordre suivant : Est, Ouest, Sud, Nord, Centre. Dans la tradition chinoise classique, les wufang sont  intĂ©grĂ©s dans des sĂ©ries complexes de symboles qui associent l’espace avec divers Ă©lĂ©ments : les mĂ©tĂ©ores, les couleurs, le corps humain, les montagnes, les notes, etc. Cette thĂ©orie des cinq agirs (äș”èĄŒ wǔ xĂ­ng) articule la pensĂ©e et la mĂ©ta-gĂ©ographie chinoises.

Car c’est dans ce palais du « Milieu Juste » que l’empereur rĂ©alisait le lien le plus sacrĂ© de la spiritualitĂ© laĂŻque chinoise : relier le Ciel et la Terre, l’espace et le temps. LĂ , lui Ă©tait solennellement donnĂ© lecture des messages qui seraient ensuite psalmodiĂ©s aux dĂ©funts dans le Temple des AncĂȘtres de la dynastie rĂ©gnante. LĂ , chaque annĂ©e, Ă  la fĂȘte du printemps (nouvel an lunaire chinois), lui Ă©taient rituellement prĂ©sentĂ©es la charrue impĂ©riale et la mesure Ă  grains remplie de semences Ă  l’aide desquelles il irait ranimer la terre et relancer le cycle des labours en traçant le premier sillon au

Temple du Dieu du Sol. LĂ , l’empereur examinait toutes les adresses votives qui seraient dĂ©clamĂ©es lors des cĂ©rĂ©monies rythmant le cours de l’annĂ©e sur cette gigantesque boussole rituelle qu’Ă©tait la capitale entiĂšre : au solstice d’hiver dans le Temple du Ciel (situĂ© au Sud), au solstice d’Ă©tĂ© dans le Temple de la Terre (situĂ© au Nord), Ă  l’Ă©quinoxe de printemps au Temple de la Lune (situĂ© Ă  l’Ouest), et Ă  l’Ă©quinoxe d’automne dans le Temple du Soleil (situĂ© Ă  l’Est).

Enfin, Ă©levant l’axe royal Nord-Sud, le redressant Ă  la verticale, l’empereur atteignait au niveau sublime de sa tĂąche d’harmonisation: assurer le lien entre le haut et le bas, entre son « pĂšre » et son peuple, entre le Ciel unique et l’infinie terre chinoise. En Ă©cho avec son nom, la position du Palais du Milieu manifeste l’importance de ce rĂŽle. Ici, au centre gĂ©omĂ©trique de la CitĂ© Pourpre, qui est au milieu de la ville impĂ©riale, elle-mĂȘme au cƓur de la ville capitale qui est symboliquement au centre du pays, Ă  la croisĂ©e mystĂ©rieuse de l’horizontalitĂ© politique et de la verticalitĂ© spirituelle, battait le cƓur du centre du milieu de l’empire du mĂȘme nom.

Cyrille J.-D. Javary in Dans la cité pourpre interdite

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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie
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