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Pandiculation

Pandiculation
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Le mot pandiculation vient du latin pandiculatum, qui signifie s’√©tendre, s’allonger. La pandiculation d√©crit donc tout simplement un √©tirement que la plupart des gens font quotidiennement, l’un des exemples les plus courants de pandiculation est lorsque vous vous r√©veillez le matin et que vous b√Ęillez et tendez vos muscles, puis d√©tendez vos muscles. La pandiculation nous offre des connexions int√©roceptives, c’est un mouvement inh√©rent pour fournir au corps une r√©troaction sur l’√©tat des structures des tissus mous.

La pandiculation spontan√©e consiste le plus souvent √† porter les bras au-dessus de la t√™te, renverser la t√™te en arri√®re, tout en √©tirant les muscles des cuisses et des mollets. Un creusement du dos est √©galement remarqu√©. L’homme et la femme apprennent √† le faire tr√®s t√īt :¬†d√®s la douzi√®me semaine de grossesse, le fŇďtus se montre plut√īt dou√© pour la pandiculation. C’est sa mani√®re √† lui de r√©agir apr√®s une longue immobilit√©.

Oh ! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un r√™ve inou√Į des Asies,
Des Khenghavars ou des Sions ?

Arthur Rimbaud in Les Mains de Jeanne-Marie

En pandiculant, nous sommes encourag√© √† sentir ce que font nos muscles.¬†Nous voulons √©viter les contractions extr√™mes ou forcer un √©tirement.¬†Au contraire, bougons doucement, en donnant √† notre cerveau, nos muscles et notre syst√®me nerveux une chance de red√©marrer, pour ainsi dire, en d√©sactivant les tensions. Nous bougons avec un mouvement plus fluide et naturel. En pr√©sence d’un nŇďud, que se passe-t-il si nous for√ßons, tirons, √©tirons ?¬†√áa devient plus serr√© !¬†Mais si nous entrons dans la contraction, dans le sch√©ma de la tension, du nŇďud, vous devenons plus conscient de cette tension et pouvons lentement la soulager. Notre culture aime utiliser la force pour cr√©er le changement, travailler¬†dur, combattre, etc. Il n’est donc pas √©tonnant que nous pensons que sortir de la douleur va demander plus de douleur. Que se passe-t-il quand nous souffrons ? Nous nous resserrons, reculons, fermons.

√Čtirements

Les chats sont un excellent mod√®le car ils pandiculent tout le temps. Apr√®s l’une de leurs nombreuses siestes, les chats se l√®vent et se cambrent le dos et tendent leurs muscles, cela semble tellement relaxant.

Photographie d'un chat qui baille et s'étire

On s’√©tire pour se d√©barrasser de la raideur des membres qui sont rest√©s immobiles pendant la nuit. Mais on s’√©tire aussi pour alerter le cerveau et lui dire “Salut, tiens-toi pr√™t, la journ√©e va commencer !”. S’√©tirer mobilise de nombreux muscles, en particulier tous ceux qui permettent de se tenir debout. Les faire travailler, permet tout simplement de conserver leur souplesse. Ces √©tirements stimulent aussi l‚Äôint√©roception, c‚Äôest-√†-dire la perception que nous avons de notre propre corps via l‚Äôactivation d‚Äôune zone du cerveau appel√©e insula. Si cet √©tirement ne vient pas naturellement, il faut le provoquer. L’√™tre humain n’est pas le seul √† le faire, tous les vert√©br√©s jouent √† cela. 

B√Ęillement

Petit bébé en train de bailler

Dans la pandiculation l’√©tirement s’accompagne d’un b√Ęillement. Le b√Ęillement est un comportement st√©r√©otyp√©. Il commence par une inspiration ample et lente, la bouche largement ouverte¬†; puis la respiration s‚Äôarr√™te bri√®vement, l‚Äôair restant bloqu√© dans la poitrine ; enfin une expiration se fait lentement et bruyamment. Les muscles respiratoires sont √©tir√©s, ainsi que ceux du visage et du cou. Les paupi√®res se ferment avec tant de force qu‚Äôune larme peut perler. Puis les muscles concern√©s par le b√Ęillement se rel√Ęchent. Une sensation de bien-√™tre s‚Äôensuit. Le b√Ęillement influe sur la circulation du liquide c√©phalo-rachidien.¬†C’est un liquide transparent dans lequel baigne le cerveau. Il circule m√™me √† l’int√©rieur. Le liquide c√©phalo-rachidien amortit les mouvements et les chocs que subit le cerveau.¬†Il joue un r√īle protecteur sur le plan immunologique. C’est aussi un marqueur des infections. Il permet √©galement l’√©vacuation des d√©chets qui proviennent du cerveau. Quand nous b√Ęillons, nous donnons un grand coup de balai dans le cerveau qui est encore en mode sommeil, nous sonnons l’heure du r√©veil. C’est d’ailleurs pour cela que nous b√Ęillons lorsque nous sommes fatigu√©.¬†

√Čtirement et pandiculation

L’√©tirement est passif

L’√©tirement est passif, nous n’utilisons pas activement le muscle, nous tirons simplement dessus, il n’y a pas d’implication c√©r√©brale.

L’√©tirement envoie des informations sensorielles uniquement jusqu’√† la moelle √©pini√®re

Illustration du réflexe rotulien

Lorsqu’un muscle est¬†√©tir√©¬†, les r√©cepteurs sensoriels dans ce muscle envoient des informations √† la moelle √©pini√®re pour indiquer que la longueur du muscle a chang√©, dans ce cas allong√©.¬†La moelle √©pini√®re en r√©ponse envoie une impulsion au muscle en cours d’√©tirement, d√©clenchant une contraction (resserrement), elle envoie √©galement une impulsion au muscle oppos√© inhibant une contraction.¬†Ainsi, l’√©tirement d’un muscle le fait r√©agir en se contractant.¬†Cela va √† l’encontre de ce que nous essayons d’accomplir lorsque nous nous √©tirons.¬†Le cerveau n’est pas du tout impliqu√© dans le processus, le r√©flexe d’√©tirement est un r√©flexe de la¬†moelle √©pini√®re¬†.

Les étirements diminuent la puissance potentielle des muscles impliqués

Les étirements passifs et même les étirements PNF (facilitation neuromusculaire proprioceptive) réduisent temporairement la puissance potentielle du muscle.

Les étirements ne fournissent aucune nouvelle information sensorielle au cerveau

Comme le cerveau n’est pas impliqu√© dans un √©tirement passif, il n’y a pas de nouvelles informations sensorielles pour le cerveau. Par cons√©quent, aucun nouvel apprentissage n’a lieu. Cela peut √™tre la diff√©rence la plus importante entre l’√©tirement et la pandiculation.

Les étirements peuvent être douloureux

Les √©tirements passifs sont g√©n√©ralement inconfortables et peuvent m√™me √™tre douloureux, surtout en cas d’ amn√©sie motrice sensorielle.

Aucune attention n’est requise pour s’√©tirer

Il n’y a aucune attention focalis√©e requise pour tirer sur un membre et √©voquer un √©tirement.

Le changement de longueur est temporaire

L’√©tirement passif ne conf√®re qu’un changement temporaire de longueur, le cas √©ch√©ant, car les muscles se contractent par r√©flexe en r√©ponse √† l’√©tirement.

Les √©tirements n’√©liminent pas l’amn√©sie motrice sensorielle

Les √©tirements passifs ne font¬†rien¬†pour √©liminer les¬†niveaux¬†habituels¬†de contraction musculaire chronique qui sont typiques de l’amn√©sie motrice sensorielle.

Le milieu socioculturel et l¬īenvironnement imposent des stimuli constants aux r√©flexes de survie. Au court du temps, ces r√©flexes deviennent des habitudes. Un r√©flexe est √† la fois sensoriel et moteur et lorsqu’il devient une habitude, il y a une perte de contr√īle dans la r√©gion de l’action motrice et dans la capacit√© √† sentir. Nous devons nous r√©f√©rer √† cet √©tat comme √† celui d’une amn√©sie motrice sensorielle. Le stress accumul√© cause une amn√©sie motrice sensorielle. Ce qu’on d√©crit comme √©tant les effets de l¬īavancement de l’√Ęge, sont, en v√©rit√©, des effets directs de l’amn√©sie motrice sensorielle. 

La pandiculation est active

Lors d’une pandiculation, nous utilisons activement le muscle, notre cerveau est impliqu√© dans le processus.

La pandiculation envoie de nouvelles informations sensorielles jusqu’au cerveau

Illustration du système moteur est hautement organisé et connecté
Le système moteur est hautement organisé et connecté

Lorsqu’un muscle est contract√© , les r√©cepteurs sensoriels dans ce muscle envoient des informations jusqu’au cortex sensoriel moteur du cerveau pour indiquer que la longueur du muscle a chang√© , dans ce cas raccourci et aussi que le niveau de tension dans le muscle a augment√©. Parce que cette information a atteint le cerveau, le muscle peut √™tre d√©tect√© ou ressenti. Il est maintenant sous notre contr√īle conscient. √Ä ce stade, nous pouvons choisir d’augmenter, de maintenir ou de diminuer le niveau de contraction. En pandiculant, nous diminuerons lentement le niveau de contraction jusqu’au repos complet. Mais le point √† retenir est que nous √©licitons un contr√īle cortical complet sur le muscle lorsque nous le contractons volontairement.

La pandiculation augmente la sensation et la conscience des muscles impliqués

La pandiculation renforce la connexion entre le cortex sensori-moteur du cerveau et le muscle. Le muscle peut √™tre d√©tect√© plus clairement et le contr√īle des deux fonctions du muscle (contraction et relaxation) est augment√©. En effet, le muscle est √† la fois contract√© et d√©tendu lentement et soigneusement pendant une pandiculation, ce qui vous permet essentiellement de  pratiquer les  deux fonctions.

La pandiculation fournit beaucoup de nouvelles informations sensorielles pour le cerveau

Parce que le cerveau est tr√®s impliqu√© dans le processus de pandiculation, il y a une grande quantit√© de nouvelles informations sensorielles pour le cerveau. Par cons√©quent, un nouvel apprentissage a lieu.

La pandiculation est agréable

La pandiculation effectu√©e correctement est tr√®s agr√©able et relaxante. Elle propose la sensation du b√Ęillement.

Une attention est requise pour pandiculer efficacement

Une attention focalis√©e est absolument n√©cessaire pour effectuer une pandiculation efficace, √† la fois pour contracter le muscle d√©sir√© et aussi pour contr√īler la phase de relaxation lente afin qu’elle soit lisse.

Le changement de longueur dure

La pandiculation conf√®re des changements plus permanents de la longueur musculaire √† mesure que notre cerveau apprend une nouvelle longueur de repos plus longue pour nos muscles. Les changements de longueur musculaire obtenus par pandiculation sont le r√©sultat de la r√©duction du niveau de tension dans le muscle. Ils ne r√©sultent pas d’un remodelage tissulaire.

La pandiculation √©limine l’amn√©sie motrice sensorielle

La pandiculation √©limine l’amn√©sie motrice sensorielle rapidement et facilement en redonnant le contr√īle du muscle au cortex sensori-moteur et en nous permettant d’ apprendre √† nous d√©tendre et √† allonger nos muscles .

Ce sont les principales diff√©rences entre l’√©tirement et la pandiculation. Un dernier point √† noter est que souvent, lorsque les gens s’√©tirent, ils √©tirent les muscles de mani√®re isol√©e, alors qu’avec la pandiculation, on contracte plusieurs muscles √† la fois. Cela nous permet de lib√©rer de grands sch√©mas de contraction plus rapidement et plus efficacement.

La composante d’apprentissage de la pandiculation nous permet de d√©velopper un meilleur contr√īle sensori-moteur de nos muscles, et les muscles sur lesquels nous avons un contr√īle total ne causeront pas de douleur. Ce ne sont que les muscles dont nous avons perdu le contr√īle qui deviennent chroniquement tendus et douloureux. La douleur est le signe d’avertissement que nous n’avons plus le contr√īle.


Dominique Clergue
Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie
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