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Pandiculation

Autoportrait, bùillement de Joseph Ducreux, détail

Le mot pandiculation vient du latin pandiculatum, qui signifie s’Ă©tendre, s’allonger. La pandiculation dĂ©crit donc tout simplement un Ă©tirement que la plupart des gens font quotidiennement, l’un des exemples les plus courants de pandiculation est lorsque vous vous rĂ©veillez le matin et que vous bĂąillez et tendez vos muscles, puis dĂ©tendez vos muscles. La pandiculation nous offre des connexions intĂ©roceptives, c’est un mouvement inhĂ©rent pour fournir au corps une rĂ©troaction sur l’Ă©tat des structures des tissus mous.

La pandiculation spontanĂ©e consiste le plus souvent Ă  porter les bras au-dessus de la tĂȘte, renverser la tĂȘte en arriĂšre, tout en Ă©tirant les muscles des cuisses et des mollets. Un creusement du dos est Ă©galement remarquĂ©. L’homme et la femme apprennent Ă  le faire trĂšs tĂŽt : dĂšs la douziĂšme semaine de grossesse, le fƓtus se montre plutĂŽt douĂ© pour la pandiculation. C’est sa maniĂšre Ă  lui de rĂ©agir aprĂšs une longue immobilitĂ©.

Oh ! quel RĂȘve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un rĂȘve inouĂŻ des Asies,
Des Khenghavars ou des Sions ?

Arthur Rimbaud in Les Mains de Jeanne-Marie

En pandiculant, nous sommes encouragĂ© Ă  sentir ce que font nos muscles. Nous voulons Ă©viter les contractions extrĂȘmes ou forcer un Ă©tirement. Au contraire, bougons doucement, en donnant Ă  notre cerveau, nos muscles et notre systĂšme nerveux une chance de redĂ©marrer, pour ainsi dire, en dĂ©sactivant les tensions. Nous bougons avec un mouvement plus fluide et naturel. En prĂ©sence d’un nƓud, que se passe-t-il si nous forçons, tirons, Ă©tirons ? Ça devient plus serrĂ© ! Mais si nous entrons dans la contraction, dans le schĂ©ma de la tension, du nƓud, vous devenons plus conscient de cette tension et pouvons lentement la soulager. Notre culture aime utiliser la force pour crĂ©er le changement, travailler dur, combattre, etc. Il n’est donc pas Ă©tonnant que nous pensons que sortir de la douleur va demander plus de douleur. Que se passe-t-il quand nous souffrons ? Nous nous resserrons, reculons, fermons.

Étirements

Les chats sont un excellent modĂšle car ils pandiculent tout le temps. AprĂšs l’une de leurs nombreuses siestes, les chats se lĂšvent et se cambrent le dos et tendent leurs muscles, cela semble tellement relaxant.

Photographie d'un chat qui baille et s'Ă©tire

On s’Ă©tire pour se dĂ©barrasser de la raideur des membres qui sont restĂ©s immobiles pendant la nuit. Mais on s’Ă©tire aussi pour alerter le cerveau et lui dire “Salut, tiens-toi prĂȘt, la journĂ©e va commencer !”. S’Ă©tirer mobilise de nombreux muscles, en particulier tous ceux qui permettent de se tenir debout. Les faire travailler, permet tout simplement de conserver leur souplesse. Ces Ă©tirements stimulent aussi l’intĂ©roception, c’est-Ă -dire la perception que nous avons de notre propre corps via l’activation d’une zone du cerveau appelĂ©e insula. Si cet Ă©tirement ne vient pas naturellement, il faut le provoquer. L’ĂȘtre humain n’est pas le seul Ă  le faire, tous les vertĂ©brĂ©s jouent Ă  cela. 

BĂąillement

Petit bébé en train de bailler

Dans la pandiculation l’Ă©tirement s’accompagne d’un bĂąillement. Le bĂąillement est un comportement stĂ©rĂ©otypĂ©. Il commence par une inspiration ample et lente, la bouche largement ouverte ; puis la respiration s’arrĂȘte briĂšvement, l’air restant bloquĂ© dans la poitrine ; enfin une expiration se fait lentement et bruyamment. Les muscles respiratoires sont Ă©tirĂ©s, ainsi que ceux du visage et du cou. Les paupiĂšres se ferment avec tant de force qu’une larme peut perler. Puis les muscles concernĂ©s par le bĂąillement se relĂąchent. Une sensation de bien-ĂȘtre s’ensuit. Le bĂąillement influe sur la circulation du liquide cĂ©phalo-rachidien. C’est un liquide transparent dans lequel baigne le cerveau. Il circule mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur. Le liquide cĂ©phalo-rachidien amortit les mouvements et les chocs que subit le cerveau. Il joue un rĂŽle protecteur sur le plan immunologique. C’est aussi un marqueur des infections. Il permet Ă©galement l’Ă©vacuation des dĂ©chets qui proviennent du cerveau. Quand nous bĂąillons, nous donnons un grand coup de balai dans le cerveau qui est encore en mode sommeil, nous sonnons l’heure du rĂ©veil. C’est d’ailleurs pour cela que nous bĂąillons lorsque nous sommes fatiguĂ©. 

Étirement et pandiculation

L’Ă©tirement est passif

L’Ă©tirement est passif, nous n’utilisons pas activement le muscle, nous tirons simplement dessus, il n’y a pas d’implication cĂ©rĂ©brale.

L’Ă©tirement envoie des informations sensorielles uniquement jusqu’Ă  la moelle Ă©piniĂšre

Illustration du réflexe rotulien

Lorsqu’un muscle est étiré , les rĂ©cepteurs sensoriels dans ce muscle envoient des informations Ă  la moelle Ă©piniĂšre pour indiquer que la longueur du muscle a changĂ©, dans ce cas allongĂ©. La moelle Ă©piniĂšre en rĂ©ponse envoie une impulsion au muscle en cours d’Ă©tirement, dĂ©clenchant une contraction (resserrement), elle envoie Ă©galement une impulsion au muscle opposĂ© inhibant une contraction. Ainsi, l’Ă©tirement d’un muscle le fait rĂ©agir en se contractant. Cela va Ă  l’encontre de ce que nous essayons d’accomplir lorsque nous nous Ă©tirons. Le cerveau n’est pas du tout impliquĂ© dans le processus, le rĂ©flexe d’Ă©tirement est un rĂ©flexe de la moelle Ă©piniĂšre .

Les étirements diminuent la puissance potentielle des muscles impliqués

Les Ă©tirements passifs et mĂȘme les Ă©tirements PNF (facilitation neuromusculaire proprioceptive) rĂ©duisent temporairement la puissance potentielle du muscle.

Les Ă©tirements ne fournissent aucune nouvelle information sensorielle au cerveau

Comme le cerveau n’est pas impliquĂ© dans un Ă©tirement passif, il n’y a pas de nouvelles informations sensorielles pour le cerveau. Par consĂ©quent, aucun nouvel apprentissage n’a lieu. Cela peut ĂȘtre la diffĂ©rence la plus importante entre l’Ă©tirement et la pandiculation.

Les Ă©tirements peuvent ĂȘtre douloureux

Les Ă©tirements passifs sont gĂ©nĂ©ralement inconfortables et peuvent mĂȘme ĂȘtre douloureux, surtout en cas d’ amnĂ©sie motrice sensorielle.

Aucune attention n’est requise pour s’Ă©tirer

Il n’y a aucune attention focalisĂ©e requise pour tirer sur un membre et Ă©voquer un Ă©tirement.

Le changement de longueur est temporaire

L’Ă©tirement passif ne confĂšre qu’un changement temporaire de longueur, le cas Ă©chĂ©ant, car les muscles se contractent par rĂ©flexe en rĂ©ponse Ă  l’Ă©tirement.

Les Ă©tirements n’Ă©liminent pas l’amnĂ©sie motrice sensorielle

Les Ă©tirements passifs ne font rien pour Ă©liminer les niveaux habituels de contraction musculaire chronique qui sont typiques de l’amnĂ©sie motrice sensorielle.

Le milieu socioculturel et lÂŽenvironnement imposent des stimuli constants aux rĂ©flexes de survie. Au court du temps, ces rĂ©flexes deviennent des habitudes. Un rĂ©flexe est Ă  la fois sensoriel et moteur et lorsqu’il devient une habitude, il y a une perte de contrĂŽle dans la rĂ©gion de l’action motrice et dans la capacitĂ© Ă  sentir. Nous devons nous rĂ©fĂ©rer Ă  cet Ă©tat comme Ă  celui d’une amnĂ©sie motrice sensorielle. Le stress accumulĂ© cause une amnĂ©sie motrice sensorielle. Ce qu’on dĂ©crit comme Ă©tant les effets de lÂŽavancement de l’Ăąge, sont, en vĂ©ritĂ©, des effets directs de l’amnĂ©sie motrice sensorielle. 

La pandiculation est active

Lors d’une pandiculation, nous utilisons activement le muscle, notre cerveau est impliquĂ© dans le processus.

La pandiculation envoie de nouvelles informations sensorielles jusqu’au cerveau

Illustration du systÚme moteur est hautement organisé et connecté
Le systÚme moteur est hautement organisé et connecté

Lorsqu’un muscle est contractĂ© , les rĂ©cepteurs sensoriels dans ce muscle envoient des informations jusqu’au cortex sensoriel moteur du cerveau pour indiquer que la longueur du muscle a changĂ© , dans ce cas raccourci et aussi que le niveau de tension dans le muscle a augmentĂ©. Parce que cette information a atteint le cerveau, le muscle peut ĂȘtre dĂ©tectĂ© ou ressenti. Il est maintenant sous notre contrĂŽle conscient. Ă€ ce stade, nous pouvons choisir d’augmenter, de maintenir ou de diminuer le niveau de contraction. En pandiculant, nous diminuerons lentement le niveau de contraction jusqu’au repos complet. Mais le point Ă  retenir est que nous Ă©licitons un contrĂŽle cortical complet sur le muscle lorsque nous le contractons volontairement.

La pandiculation augmente la sensation et la conscience des muscles impliqués

La pandiculation renforce la connexion entre le cortex sensori-moteur du cerveau et le muscle. Le muscle peut ĂȘtre dĂ©tectĂ© plus clairement et le contrĂŽle des deux fonctions du muscle (contraction et relaxation) est augmentĂ©. En effet, le muscle est Ă  la fois contractĂ© et dĂ©tendu lentement et soigneusement pendant une pandiculation, ce qui vous permet essentiellement de  pratiquer les  deux fonctions.

La pandiculation fournit beaucoup de nouvelles informations sensorielles pour le cerveau

Parce que le cerveau est trĂšs impliquĂ© dans le processus de pandiculation, il y a une grande quantitĂ© de nouvelles informations sensorielles pour le cerveau. Par consĂ©quent, un nouvel apprentissage a lieu.

La pandiculation est agréable

La pandiculation effectuĂ©e correctement est trĂšs agrĂ©able et relaxante. Elle propose la sensation du bĂąillement.

Une attention est requise pour pandiculer efficacement

Une attention focalisĂ©e est absolument nĂ©cessaire pour effectuer une pandiculation efficace, Ă  la fois pour contracter le muscle dĂ©sirĂ© et aussi pour contrĂŽler la phase de relaxation lente afin qu’elle soit lisse.

Le changement de longueur dure

La pandiculation confĂšre des changements plus permanents de la longueur musculaire Ă  mesure que notre cerveau apprend une nouvelle longueur de repos plus longue pour nos muscles. Les changements de longueur musculaire obtenus par pandiculation sont le rĂ©sultat de la rĂ©duction du niveau de tension dans le muscle. Ils ne rĂ©sultent pas d’un remodelage tissulaire.

La pandiculation Ă©limine l’amnĂ©sie motrice sensorielle

La pandiculation Ă©limine l’amnĂ©sie motrice sensorielle rapidement et facilement en redonnant le contrĂŽle du muscle au cortex sensori-moteur et en nous permettant d’ apprendre Ă  nous dĂ©tendre et Ă  allonger nos muscles .

Ce sont les principales diffĂ©rences entre l’Ă©tirement et la pandiculation. Un dernier point Ă  noter est que souvent, lorsque les gens s’Ă©tirent, ils Ă©tirent les muscles de maniĂšre isolĂ©e, alors qu’avec la pandiculation, on contracte plusieurs muscles Ă  la fois. Cela nous permet de libĂ©rer de grands schĂ©mas de contraction plus rapidement et plus efficacement.

La composante d’apprentissage de la pandiculation nous permet de dĂ©velopper un meilleur contrĂŽle sensori-moteur de nos muscles, et les muscles sur lesquels nous avons un contrĂŽle total ne causeront pas de douleur. Ce ne sont que les muscles dont nous avons perdu le contrĂŽle qui deviennent chroniquement tendus et douloureux. La douleur est le signe d’avertissement que nous n’avons plus le contrĂŽle.


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