Croyez-vous ensuite que les sciences seraient jamais advenues et auraient acquis leur grandeur s’il n’y avait eu avant elles des magiciens, des alchimistes, des astrologues et des sorciรจres, assoiffรฉs de puissances cachรฉes et interdites ?
Friedrich Wilhel Nietzsche in Le Gai Savoir
Gรฉnie scientifique incontestรฉ dans le panthรฉon de la physique, Newton publie en 1687 son ลuvre maรฎtresse, Principes mathรฉmatiques de la philosophie naturelle, qui dรฉfinit les idรฉes centrales des sciences naturelles pour les deux cent annรฉes ร venir. L’univers dans lequel nous vivons aujourd’hui a รฉtรฉ dรฉfini principalement par Newton. Que nous lancions une balle en l’air, jouions au billard, ou frappions une balle de tennis, que nous contemplions la chute gracieuse d’une pomme dans le verger, que nous prenions l’avion, que la NASA lance des hommes vers la Lune ou que des sondes spatiales entrent en orbite autour de la planรจte Saturne, tous ces mouvements sont dictรฉs par les lois de la gravitation et du mouvement de Newton.
L’oeuvre newtonienne est l’aboutissement des travaux du XVIIe siรจcle et le point de dรฉpart de ce que l’on appelle aujourd’hui la mรฉcanique rationnelle.
Le dernier des Babyloniens

Newton n’est pas le premier de l’รขge de raison. Il a รฉtรฉ le dernier des magiciens, le dernier des Babyloniens et des Sumรฉriens, le dernier grand esprit qui a contemplรฉ le monde visible et intellectuel avec les mรชmes yeux que ceux qui ont commencรฉ ร construire notre hรฉritage intellectuel il y a quelque 10 000 ans.
John Maynard Keynes in Newton, the Man
Un monde de flux

Car la nature travaille ร une perpรฉtuelle circulation, gรฉnรฉrant des fluides ร partir de solides, des solides ร partir de fluides, du fixe ร partir du volatile, du volatile ร partir du fixe, du subtil ร partir du grossier et du grossier ร partir du subtil, gรฉnรฉrant certaines choses pour qu’elles s’รฉlรจvent et donnent les fluides terrestres supรฉrieurs, les fleuves et l’atmosphรจre; et par consรฉquent d’autres pour qu’elles descendent.
Isaac Newton in The Correspondence of Isaac Newton
Tout est corruptible
Il est trรจs agrรฉable aux actions de la nature de procรฉder ร la circulation de toutes choses. Ainsi, cette Terre ressemble ร un grand animal ou plutรดt ร un vรฉgรฉtal inanimรฉ, et puise dans la respiration รฉthรฉrรฉe son repos quotidien et son ferment vital. [โฆ] C’est l’esprit subtil qui cherche les recoins les plus dissimulรฉs de toute la matiรจre grossiรจre, qui pรฉnรจtre leurs pores les plus infimes et les divise plus subtilement que ne le ferait toute autre puissance matรฉrielle.
Isaac Newton in Newton
Transmutations

Ces deux mercures sont les semences masculine et fรฉminine [โฆ] fixes et volatiles, les serpents enroulรฉs sur le caducรฉe, les dragons de Flammel. Rien n’est produit par la seule semence masculine ou fรฉminine. [โฆ] Les deux doivent s’unir.
Isaac Newton citรฉ in Never at Rest
L’ลuvre de Dieu
Dieu, qui donna aux animaux un mouvement autonome dรฉpassant notre comprรฉhension, est sans aucun doute capable d’implanter dans des corps d’autres principes de mouvement que nous comprenons parfois aussi peu. Certains s’empressent d’assurer qu’il s’agit d’un principe spirituel ; il pourrait pourtant s’agir d’un principe mรฉcanique.
Isaac Newton in The Correspondence of Isaac Newton
Newton croyait en Dieu, non par obligation, mais par une conviction intime liรฉe ร sa comprรฉhension de la nature. Le Dieu de Newton avait รฉtabli les rรจgles de fonctionnement de l’univers, rรจgles que l’homme pouvait connaรฎtre au prix d’un grand effort.
Il est omniprรฉsent non seulement virtuellement, mais aussi substantiellement. [โฆ] En lui sont contenues et se meuvent toutes choses, mais il n’agit pas sur elles, ni elles sur lui. [โฆ] Il est toujours et partout. [โฆ] Il est tout oil, toute oreille, tout cerveau, tout bras, toute force de sensation, de comprรฉhension et d’action.
Isaacย Newton in Principia
Voir les forces invisibles
Bien qu’il eรปt abandonnรฉ l’alchimie, Newton avait appris ร son contact. Il voyait des forces invisibles. Il savait qu’il allait devoir permettre aux planรจtes de s’influencer mutuellement ร distance. Ce qu’il rรฉdigeait, c’รฉtait les principes de la philosophie, et plus encore: les principes mathรฉmatiques de la philosophie naturelle.
Les lois du mouvement
- Tout corps persรฉvรจre dans son รฉtat de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite aussi longtemps que des forces ne viennent agir sur lui et le contraignent ร changer d’รฉtat.
- Tout changement de mouvement est proportionnel ร la force motrice imprimรฉe et s’effectue le long de la droite selon laquelle cette force est imprimรฉe.
- A toute action correspond toujours une rรฉaction รฉgale et opposรฉe; autrement dit, les actions mutuelles de deux corps sont toujours รฉgales et de directions contraires.
Sans ces principes, la Terre, les planรจtes, les comรจtes, le Soleil et tout ce qu’ils contiennent se refroidiraient, gรจleraient et deviendraient des masses inactives; et toute putrรฉfaction, toute gรฉnรฉration, toute vรฉgรฉtation, toute vie, cesseraient.
Isaacย Newton in Opticks
La dynamique du taiji quan
La dynamique est la branche de la mรฉcanique qui รฉtudie le mouvement dโun mobile considรฉrรฉ dans ses rapports avec les forces qui sont en cause. Le taijiquan est un art qui sโest spรฉcialisรฉ dans la gรฉnรฉration de forces trรจs grandes, dans des mouvements de trรจs faible amplitude.
Ceux qui รฉtudient le taiji quan savent que ses concepts importants sont souvent difficiles ร saisir et, pour de nombreux pratiquants, une grande partie de la littรฉrature ayant un contenu substantiel est difficile ร comprendre. Les transmissions รฉcrites lapidaires des anciens maรฎtres, qui constituent les classiques du taiji quan, ont tendance ร faire sens seulement lorsque l’on en a compris les concepts sous-jacents. Ces transmissions semblent avoir รฉtรฉ destinรฉes plus ร confirmer la comprรฉhension qu’ร la transmettre.
Le taijiquan doit รชtre expรฉrimentรฉ et pratiquรฉ avec persรฉvรฉrance pour รชtre compris ; le taoรฏsme nous apprend que les mots limitent souvent cette comprรฉhension.ย Cependant l’articulation des concepts du taiji et des connaissances scientifiques, si elle ne peut fournir une comprรฉhension complรจte, peut รชtre d’une aide prรฉcieuse.
Premiรจre loi du mouvement de Newton
Les forces que nous expรฉrimentons dans la vie quotidienne sont soit gravitationnelles, soit รฉlectriques. Il est important de comprendre la premiรจre loi de Newton, qui traite du comportement des objets en l’absence de force: en l’absence de toute force externe, un objet stationnaire restera stationnaire, et un objet en mouvement continuera ร se dรฉplacer ร vitesse constante dans un ligne droite. Par consรฉquent, le mouvement contre la gravitรฉ et la modification de notre mouvement ou de celui des objets extรฉrieurs est impossible sans la force. Les os de notre corps ne sont dรฉplacรฉs contre la gravitรฉ que par les forces exercรฉes sur eux par les muscles. Sans les muscles et les forces qu’ils exercent, un corps humain serait incapable de bouger, de respirer ou d’affecter physiquement son environnement.
Afin d’expรฉrimenter la force dont on use dans le taiji quan, il est productif de se tourner vers la physique, l’anatomie et la physiologie pour comprendre l’action musculaire et clarifier la distinction entre ses deux types, ๅ lรฌ et ๅ jรฌn.
Deuxiรจme loi du mouvement de Newton
De nombreux styles d’arts martiaux, ainsi que des sports, utilisent principalement la vitesse pour gรฉnรฉrer de la force (F), et mettent donc l’accent sur l’accรฉlรฉration (a) de l’รฉquation F = ma (la deuxiรจme loi du mouvement de Newton). Alors que le taiji quan utilise รฉgalement l’accรฉlรฉration, il met l’accent sur l’utilisation d’une structure unifiรฉe (corps entier), mettant ainsi l’accent sur la composante ยซmยป (masse) dans F = ma.
Notre objectif devrait รชtre de maximiser la masse efficace en recrutant tout le corps dans nos techniques. Ce corps unifiรฉ se reflรจte dans le dicton des classiques du taijiquan selon lequel si une partie bouge, chaque partie bouge, et si une partie est immobile, chaque partie est immobile. Bien que quelqu’un puisse รชtre trรจs fort ou trรจs rapide, s’il utilise principalement son bras pour gรฉnรฉrer sa force, il utilise principalement la masse de son bras plutรดt que la masse de son corps tout entier. L’entraรฎnement permet d’augmenter la masse effective, et la force correspondante produite, en recrutant davantage de corps dans les techniques.
Le taijiquan enseigne ร รชtre correctement alignรฉ contre la rรฉsistance mรชme en se dรฉplaรงant et mรชme lorsque la direction de la rรฉsistance change. Il en rรฉsulte une structure unifiรฉe dont la masse est prรชte ร รชtre maximisรฉe ร tout moment. L’accรฉlรฉration est principalement gรฉnรฉrรฉe en dรฉplaรงant la structure unifiรฉe (masse) en dรฉplaรงant son poids, sans compromettre la structure unifiรฉe.
Chaque articulation a un angle optimal oรน elle est la plus forte, et, par exemple, l’รฉpaule n’est pas forte lorsque le bras est derriรจre le torse.ย
Troisiรจme loi du mouvement de Newton
Si on prend lโexemple dโun sprinter sur son starting block : lโathlรจte pousse (applique une force) sur le starting block et en retour le starting block va
ยซ pousser ยป lโathlรจte dโune mรชme force mais de direction opposรฉe (vers lโavant) ce qui lui permettra de sโรฉlancer vers lโavant. Lorsque un athlรจte cours, cโest la force de frottement entre le sol et la chaussure qui permet de sโopposer ร lโaction horizontale de la jambe et qui permet au final ร lโathlรจte dโavancer. Si la force de frottement est infรฉrieure ร lโaction de poussรฉe horizontale de lโathlรจte, celui-ci va glisser. Les forces de frottements donc vont dรฉpendre du type de sol et du type de chaussure. En sprint, les spikes aident ร augmenter lโadhรฉrence. Lโathlรจte est ainsi capable dโappliquer des forces plus importantes (et donc dโaccรฉlรฉrer plus vite).
Si lโon prend lโexemple de 2 patineurs immobiles sur une patinoire. Un patineur pousse lโautre, que ce passe tโil ? Seul le patineur qui est poussรฉ entre en mouvement ou les deux ? On peut supposer que les patins glissent parfaitement sur la glace, il nโy a donc pas de frottements au niveau du sol. Le premier patineur exerce une force et donc le second va partir vers lโarriรจre. Mais la troisiรจme loi de Newton nous dit le premier patineur subit en retour une
force รฉgale ร celle quโil a exercรฉ mais dโune direction opposรฉ : il partira lui aussi vers lโarriรจre !
En gรฉnรฉral, lorsque nous ressentons une force, la plupart des gens rรฉagissent contre cette force avec autant de force ou avec plus de force. Par exemple, si vous tirez votre partenaire de tajiquan trรจs doucement vers l’avant, il rรฉsiste et utilise une force opposรฉe, gรฉnรฉralement beaucoup plus grande, puis en tant que joueur de taijiquan, nous profitez de ce mouvement.ย Si vous le poussez doucement, votre partenaire rรฉagira et dรฉplacera son bras vers l’avant et vous pourrez tirer votre partenaire vers le bas.
Lorsque nous nous tenons debout, nous exercons une force sur le sol : notre poids, et pourtant nous ne nous enfonรงons pas. Tout simplement le sol exerce une force contraire de mรชme amplitude.
- Newton, the Man, John Maynard Keynes
- Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche, traduction parย Henri Albert
- Newton,ย The Correspondance of Isaac Newtonย – Revue d’histoire des sciences
- La fureur alchimiste d’Isaac Newton – Thierry Gandillot
- Opticks : or, A treatise of the reflections, refractions, inflections and colours of light byย Newton, Isaac, Sir, 1642-1727
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