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Lectures

Sous la surface des choses

Alba lunare, 1930, Gerardo Dottori

Croyez-vous ensuite que les sciences seraient jamais advenues et auraient acquis leur grandeur s’il n’y avait eu avant elles des magiciens, des alchimistes, des astrologues et des sorciĂšres, assoiffĂ©s de puissances cachĂ©es et interdites ?

Friedrich Wilhel Nietzsche in Le Gai Savoir

GĂ©nie scientifique incontestĂ© dans le panthĂ©on de la physique, Newton publie en 1687 son Ɠuvre maĂźtresse, Principes mathĂ©matiques de la philosophie naturelle, qui dĂ©finit les idĂ©es centrales des sciences naturelles pour les deux cent annĂ©es Ă  venir. L’univers dans lequel nous vivons aujourd’hui a Ă©tĂ© dĂ©fini principalement par Newton. Que nous lancions une balle en l’air, jouions au billard, ou frappions une balle de tennis, que nous contemplions la chute gracieuse d’une pomme dans le verger, que nous prenions l’avion, que la NASA lance des hommes vers la Lune ou que des sondes spatiales entrent en orbite autour de la planĂšte Saturne, tous ces mouvements sont dictĂ©s par les lois de la gravitation et du mouvement de Newton.

L’oeuvre newtonienne est l’aboutissement des travaux du XVIIe siĂšcle et le point de dĂ©part de ce que l’on appelle aujourd’hui la mĂ©canique rationnelle.

Le dernier des Babyloniens

Carte des Ă©toiles assyriennes de Ninive
Carte des Ă©toiles assyriennes de Ninive.

Newton n’est pas le premier de l’Ăąge de raison. Il a Ă©tĂ© le dernier des magiciens, le dernier des Babyloniens et des SumĂ©riens, le dernier grand esprit qui a contemplĂ© le monde visible et intellectuel avec les mĂȘmes yeux que ceux qui ont commencĂ© Ă  construire notre hĂ©ritage intellectuel il y a quelque 10 000 ans.

John Maynard Keynes in Newton, the Man

Un monde de flux

Étude de LĂ©onard de Vinci sur les turbulences
Étude de LĂ©onard de Vinci sur les turbulences

Car la nature travaille Ă  une perpĂ©tuelle circulation, gĂ©nĂ©rant des fluides Ă  partir de solides, des solides Ă  partir de fluides, du fixe Ă  partir du volatile, du volatile Ă  partir du fixe, du subtil Ă  partir du grossier et du grossier Ă  partir du subtil, gĂ©nĂ©rant certaines choses pour qu’elles s’Ă©lĂšvent et donnent les fluides terrestres supĂ©rieurs, les fleuves et l’atmosphĂšre; et par consĂ©quent d’autres pour qu’elles descendent.

Isaac Newton in The Correspondence of Isaac Newton

Tout est corruptible

Il est trĂšs agrĂ©able aux actions de la nature de procĂ©der Ă  la circulation de toutes choses. Ainsi, cette Terre ressemble Ă  un grand animal ou plutĂŽt Ă  un vĂ©gĂ©tal inanimĂ©, et puise dans la respiration Ă©thĂ©rĂ©e son repos quotidien et son ferment vital. [
] C’est l’esprit subtil qui cherche les recoins les plus dissimulĂ©s de toute la matiĂšre grossiĂšre, qui pĂ©nĂštre leurs pores les plus infimes et les divise plus subtilement que ne le ferait toute autre puissance matĂ©rielle.

Isaac Newton in Newton

Transmutations

Extrémité surmontant un kerykeion en bronze datant de la fin VIe ou tout début du Ve siÚcle © MET Museum
ExtrĂ©mitĂ© surmontant un kerykeion en bronze datant de la fin VIe ou tout dĂ©but du Ve siĂšcle. La baguette tenue par HermĂšs est surmontĂ©e d’un cercle fermĂ© et d’un cercle ouvert Ă  son sommet. Aussi appelĂ© caducĂ©e en latin.

Ces deux mercures sont les semences masculine et fĂ©minine [
] fixes et volatiles, les serpents enroulĂ©s sur le caducĂ©e, les dragons de Flammel. Rien n’est produit par la seule semence masculine ou fĂ©minine. [
] Les deux doivent s’unir.

Isaac Newton citĂ© in Never at Rest

L’Ɠuvre de Dieu

Dieu, qui donna aux animaux un mouvement autonome dĂ©passant notre comprĂ©hension, est sans aucun doute capable d’implanter dans des corps d’autres principes de mouvement que nous comprenons parfois aussi peu. Certains s’empressent d’assurer qu’il s’agit d’un principe spirituel ; il pourrait pourtant s’agir d’un principe mĂ©canique.

Isaac Newton in The Correspondence of Isaac Newton

Newton croyait en Dieu, non par obligation, mais par une conviction intime liĂ©e Ă  sa comprĂ©hension de la nature. Le Dieu de Newton avait Ă©tabli les rĂšgles de fonctionnement de l’univers, rĂšgles que l’homme pouvait connaĂźtre au prix d’un grand effort.

Il est omniprĂ©sent non seulement virtuellement, mais aussi substantiellement. [
] En lui sont contenues et se meuvent toutes choses, mais il n’agit pas sur elles, ni elles sur lui. [
] Il est toujours et partout. [
] Il est tout oil, toute oreille, tout cerveau, tout bras, toute force de sensation, de comprĂ©hension et d’action.

Isaac Newton in Principia

Voir les forces invisibles

Bien qu’il eĂ»t abandonnĂ© l’alchimie, Newton avait appris Ă  son contact. Il voyait des forces invisibles. Il savait qu’il allait devoir permettre aux planĂštes de s’influencer mutuellement Ă  distance. Ce qu’il rĂ©digeait, c’Ă©tait les principes de la philosophie, et plus encore: les principes mathĂ©matiques de la philosophie naturelle.

Les lois du mouvement

  1. Tout corps persĂ©vĂšre dans son Ă©tat de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite aussi longtemps que des forces ne viennent agir sur lui et le contraignent Ă  changer d’Ă©tat.
  2. Tout changement de mouvement est proportionnel Ă  la force motrice imprimĂ©e et s’effectue le long de la droite selon laquelle cette force est imprimĂ©e.
  3. A toute action correspond toujours une réaction égale et opposée; autrement dit, les actions mutuelles de deux corps sont toujours égales et de directions contraires.

Sans ces principes, la Terre, les planĂštes, les comĂštes, le Soleil et tout ce qu’ils contiennent se refroidiraient, gĂšleraient et deviendraient des masses inactives; et toute putrĂ©faction, toute gĂ©nĂ©ration, toute vĂ©gĂ©tation, toute vie, cesseraient.

Isaac Newton in Opticks

La dynamique du taiji quan

La dynamique est la branche de la mĂ©canique qui Ă©tudie le mouvement d’un mobile considĂ©rĂ© dans ses rapports avec les forces qui sont en cause. Le taijiquan est un art qui s’est spĂ©cialisĂ© dans la gĂ©nĂ©ration de forces trĂšs grandes, dans des mouvements de trĂšs faible amplitude.

Ceux qui Ă©tudient le taiji quan savent que ses concepts importants sont souvent difficiles Ă  saisir et, pour de nombreux pratiquants, une grande partie de la littĂ©rature ayant un contenu substantiel est difficile Ă  comprendre. Les transmissions Ă©crites lapidaires des anciens maĂźtres, qui constituent les classiques du taiji quan, ont tendance Ă  faire sens seulement lorsque l’on en a compris les concepts sous-jacents. Ces transmissions semblent avoir Ă©tĂ© destinĂ©es plus Ă  confirmer la comprĂ©hension qu’Ă  la transmettre.

Le taijiquan doit ĂȘtre expĂ©rimentĂ© et pratiquĂ© avec persĂ©vĂ©rance pour ĂȘtre compris ; le taoĂŻsme nous apprend que les mots limitent souvent cette comprĂ©hension. Cependant l’articulation des concepts du taiji et des connaissances scientifiques, si elle ne peut fournir une comprĂ©hension complĂšte, peut ĂȘtre d’une aide prĂ©cieuse.

PremiĂšre loi du mouvement de Newton

Les forces que nous expĂ©rimentons dans la vie quotidienne sont soit gravitationnelles, soit Ă©lectriques. Il est important de comprendre la premiĂšre loi de Newton, qui traite du comportement des objets en l’absence de force: en l’absence de toute force externe, un objet stationnaire restera stationnaire, et un objet en mouvement continuera Ă  se dĂ©placer Ă  vitesse constante dans un ligne droite. Par consĂ©quent, le mouvement contre la gravitĂ© et la modification de notre mouvement ou de celui des objets extĂ©rieurs est impossible sans la force. Les os de notre corps ne sont dĂ©placĂ©s contre la gravitĂ© que par les forces exercĂ©es sur eux par les muscles. Sans les muscles et les forces qu’ils exercent, un corps humain serait incapable de bouger, de respirer ou d’affecter physiquement son environnement.

Afin d’expĂ©rimenter la force dont on use dans le taiji quan, il est productif de se tourner vers la physique, l’anatomie et la physiologie pour comprendre l’action musculaire et clarifier la distinction entre ses deux types, 抛 lĂŹ et 拁 jĂŹn.

DeuxiĂšme loi du mouvement de Newton

De nombreux styles d’arts martiaux, ainsi que des sports, utilisent principalement la vitesse pour gĂ©nĂ©rer de la force (F), et mettent donc l’accent sur l’accĂ©lĂ©ration (a) de l’Ă©quation F = ma (la deuxiĂšme loi du mouvement de Newton). Alors que le taiji quan utilise Ă©galement l’accĂ©lĂ©ration, il met l’accent sur l’utilisation d’une structure unifiĂ©e (corps entier), mettant ainsi l’accent sur la composante «m» (masse) dans F = ma.

Notre objectif devrait ĂȘtre de maximiser la masse efficace en recrutant tout le corps dans nos techniques. Ce corps unifiĂ© se reflĂšte dans le dicton des classiques du taijiquan selon lequel si une partie bouge, chaque partie bouge, et si une partie est immobile, chaque partie est immobile. Bien que quelqu’un puisse ĂȘtre trĂšs fort ou trĂšs rapide, s’il utilise principalement son bras pour gĂ©nĂ©rer sa force, il utilise principalement la masse de son bras plutĂŽt que la masse de son corps tout entier. L’entraĂźnement permet d’augmenter la masse effective, et la force correspondante produite, en recrutant davantage de corps dans les techniques.

Le taijiquan enseigne Ă  ĂȘtre correctement alignĂ© contre la rĂ©sistance mĂȘme en se dĂ©plaçant et mĂȘme lorsque la direction de la rĂ©sistance change. Il en rĂ©sulte une structure unifiĂ©e dont la masse est prĂȘte Ă  ĂȘtre maximisĂ©e Ă  tout moment. L’accĂ©lĂ©ration est principalement gĂ©nĂ©rĂ©e en dĂ©plaçant la structure unifiĂ©e (masse) en dĂ©plaçant son poids, sans compromettre la structure unifiĂ©e.

Chaque articulation a un angle optimal oĂč elle est la plus forte, et, par exemple, l’Ă©paule n’est pas forte lorsque le bras est derriĂšre le torse. 

TroisiĂšme loi du mouvement de Newton

Si on prend l’exemple d’un sprinter sur son starting block : l’athlùte pousse (applique une force) sur le starting block et en retour le starting block va
« pousser » l’athlĂšte d’une mĂȘme force mais de direction opposĂ©e (vers l’avant) ce qui lui permettra de s’élancer vers l’avant. Lorsque un athlĂšte cours, c’est la force de frottement entre le sol et la chaussure qui permet de s’opposer Ă  l’action horizontale de la jambe et qui permet au final Ă  l’athlĂšte d’avancer. Si la force de frottement est infĂ©rieure Ă  l’action de poussĂ©e horizontale de l’athlĂšte, celui-ci va glisser. Les forces de frottements donc vont dĂ©pendre du type de sol et du type de chaussure. En sprint, les spikes aident Ă  augmenter l’adhĂ©rence. L’athlĂšte est ainsi capable d’appliquer des forces plus importantes (et donc d’accĂ©lĂ©rer plus vite).

Si l’on prend l’exemple de 2 patineurs immobiles sur une patinoire. Un patineur pousse l’autre, que ce passe t’il ? Seul le patineur qui est poussĂ© entre en mouvement ou les deux ? On peut supposer que les patins glissent parfaitement sur la glace, il n’y a donc pas de frottements au niveau du sol. Le premier patineur exerce une force et donc le second va partir vers l’arriĂšre. Mais la troisiĂšme loi de Newton nous dit le premier patineur subit en retour une
force Ă©gale Ă  celle qu’il a exercĂ© mais d’une direction opposĂ© : il partira lui aussi vers l’arriĂšre !

En gĂ©nĂ©ral, lorsque nous ressentons une force, la plupart des gens rĂ©agissent contre cette force avec autant de force ou avec plus de force. Par exemple, si vous tirez votre partenaire de tajiquan trĂšs doucement vers l’avant, il rĂ©siste et utilise une force opposĂ©e, gĂ©nĂ©ralement beaucoup plus grande, puis en tant que joueur de taijiquan, nous profitez de ce mouvement. Si vous le poussez doucement, votre partenaire rĂ©agira et dĂ©placera son bras vers l’avant et vous pourrez tirer votre partenaire vers le bas.

Lorsque nous nous tenons debout, nous exercons une force sur le sol : notre poids, et pourtant nous ne nous enfonçons pas. Tout simplement le sol exerce une force contraire de mĂȘme amplitude.


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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie
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