De soi-même, on s’ouvre

Portrait de Claude Regy

« Créer des images en écoutant le silence » : écoutez le grand homme de théâtre Claude Régy faire l’éloge de la lenteur, en 1999.

Dongxiao

Le dongxiao est fabriqué à partir d’une longue tige de bambou d’environ 1,2 pouce de diamètre. Tous les nœuds naturels doivent être retirés à l’intérieur pour créer un alésage légèrement conique ouvert aux deux extrémités. À l’extrémité supérieure, une encoche avec un bord tranchant y est découpée. Cinq trous pour les doigts, un trou pour le pouce et plusieurs trous d’aération sont percés dans le tube ; le placement du premier trou d’évent après le dernier trou pour les doigts détermine la longueur acoustique de la flûte. 

Le roi de Qin brise la formation

Peinture murale commémorant la victoire du général Zhang Yichao sur les Tibétains en 848, grotte de Mogao 156, fin de la dynastie Tang, détail

La musique du roi de Qin brisant la formation de bataille est une musique martiale de la dynastie Tang louant les grandes réalisations militaires de l’empereur Taizong.

L’erhu

Erhu, Yang Xue

L’erhu est un instrument de musique traditionnel chinois à cordes frottées.

Lotus interprété au guqin

Lotus blanc, 1978, détail, encre et couleur sur papier, Yuan Yunfu

L’éloge du caractère inébranlable de la fleur de lotus ici est très impressionnant, et ce solo de guqin 蓮 lián est également un hommage aux caractéristiques nobles et pures (高潔 gāo jié) de la fleur de lotus. Cette chanson a été adaptée et de la chanson traditionnelle Le lotus dans l’eau (出水蓮 chū shuǐ lián). La mélodie est élégante et simple ; la vitesse est moyenne et tranquille ; elle est destinée à exalter le noble sentiment du jeune lotus.

La chambre de l’aile ouest

Illustration de La chambre de l’aile ouest

西廂記 xīxiāng jì

La chambre de l’aile ouest est interprétée ici au guqin par Feng Qiuhuang.

L’Histoire du pavillon d’Occident est une pièce du dramaturge Wang Shifu, écrite aux environs de 1300. Elle appartient au genre zaju.

En Chine, le théâtre chanté est apparu autour du XIIIe siècle de notre ère et a connu son plein épanouissement sous la dynastie mongole des Yuan (1279-1368).
Le corpus qui nous est parvenu, constitué de cent-soixante-deux livrets, est d’une diversité et d’une richesse telles qu’on le considère depuis longtemps comme l’expression la plus haute du génie théâtral chinois. Destinés à un public populaire et alternant des récitatifs en langue vernaculaire et des airs chantés, ces drames nous offrent un éclairage unique sur la manière dont les Chinois ont envisagé la place de l’homme au sein de la société. Nous y retrouvons ainsi exprimés les sentiments, les valeurs, les croyances, les conflits individuels et collectifs, ainsi que les ressources morales dont l’individu confronté aux situations les plus extrêmes devait se montrer capable.


    Sur la plage, les oies se posent

    Vol, Machida Yasuo

    Sur la plage, les oies se posent est une pièce célèbre pour guqin. Dans la tradition chinoise, les bancs de sable ou les plages et les oies sauvages sont des symboles de l’exil. D’autres suggèrent que la mélodie suggère le détachement des choses du monde, l’admiration pour les oies, des animaux nobles et libres.

    Ballade en montagne

    Maisons dans un paysage montagneux, encre et couleur sur papier, Pu Quan

    新乐府·行山·岭

    Le concert « Nouveau Palais de la musique – Parcours des montagnes » fait de l’esprit des monts et eaux traditionnels chinois un vecteur musical de communication avec le monde, il emprunte subtilement les procédés de représentation de la montagne (山 shān) de la peinture traditionnelle chinoise de paysage (山水画 shān shuǐ huà), évoquant l’ensemble thématique de l’album à travers les éléments versant, cime (岭 lǐng), pic, vallée, colline, arrière-montagne, marche en montagne (行山 xíng shān).

    Les cinq musiciens issus d’horizons différents avec entre les mains des instruments confectionnés de matériaux naturels, unité de l’homme et de l’instrument, à travers notes musicales, mélodies, rythmes et timbres sonores spécifiques narrent l’histoire de deux voyageurs issus de contrées différentes au Moyen-Orient qui, d’étrangeté à familiarité avec le peuple montagnard autochtone, de méfiance à confiance, pénètrent en les montagnes luxuriantes à la découverte des pics mystérieux et sommets abrupts.

    En Chine, l’œuvre est moins l’expression d’un génie individuel que participation au mouvement du cosmos, à cet ordre qui unit la terre, le ciel et l’homme, le 道 dào. Un même souffle de vie anime tous les êtres, pris dans le dynamisme des transformations (易 yì) incessantes dont le vide (虚 xū) est le lieu. C’est à ressaisir cet influx spirituel, ce rythme, que le peintre doit collaborer. L’inspiration est ce rare moment où la fusion avec la nature a lieu ; dès lors le pinceau va avec aisance se mettre en marche. Aucun labeur. La peinture, disent les Chinois, émane du cœur, 心 xīn.

    On verra souvent dans les lavis de la dynastie Song le peintre, assis sur une terrasse promontoire devant un paysage ouvert largement ; au loin des pics montagneux perdus dans la brume ; dans la vallée, inaperçue mais entendue, la rivière, paysage se dit montagne et eaux,  山水 shān shu ; près du peintre un petit serviteur, fournira pinceau, encre et papier, une fois la contemplation du sage achevée.

    Vent d’automne

    Le guqin, un instrument de musique traditionnel chinois à cordes pincées.

    L’écriture occupe une place centrale dans la culture chinoise et la poésie a toujours occupé le premier rang parmi les modes d’expression. Lettré, écrivain et poète y sont des termes interchangeables, qualités déterminant la valeur d’un homme. Les examens impériaux étaient basés en grande partie sur la maitrise de l’écriture.

    La production poétique de la dynastie Tang (唐朝 T’ang 618 – 907) est considérable : on compte dans la Poésie complète des Tang quarante huit mille neuf cents poèmes de plus de deux mille auteurs.

    Li Bai, Du Fu et Bai Juyi sont les poètes les plus célèbres. Meng Haoran et Wang Wei sont deux autres auteurs importants de cette dynastie.

    李白 Lǐ Bái


    Le poème de Li Bai, Vent d’automne, n’est pas des plus connus. C’est une chanson d’amour sur la nostalgie de l’être aimé que l’automne rend encore plus douloureuse.

    Le contenu est relativement banal et renferme de nombreux lieux communs associés au sujet : l’automne (秋 qiū), saison traditionnellement associé à la mélancolie ; la brise froide ; la lune brillante (月明 yuè míng) en automne, qui répand une clarté glaciale ; les feuilles (葉 yè) mortes, les oiseaux réveillés par le clair de lune, les croassements que le lecteur imagine, la longueur de la nuit, etc.

    三五七言

    秋風清
    秋月明
    落葉聚還散
    寒鴉棲復驚
    相思相見知何日
    此時此夜難為情

    李白

    Trois, cinq et sept mots

    Vent frais d’automne,
    lune brillante d’automne.
    Les feuilles mortes se rassemblent puis s’éparpillent.
    Les corbeaux transis se reposent puis s’effarouchent.
    Qui sait quand viendra le jour des retrouvailles et de l’amour ?
    En cet instant, en cette nuit, c’est l’émotion qui me tourmente.

    Traduction d’Anne-Hélène Suares


    L’image des feuilles mortes qui se rassemblent puis s’éparpillent, ainsi que celle des corbeaux que se réunissent sur les arbres puis se réveillent en sursaut et s’envolent fait référence à la précarité des rencontres des deux amants, qui peuvent avoir à se séparer brusquement, comme les feuilles par un coup de vent ou les corbeaux réveillés par le soudain clair de lune.

    Les images de nuit d’automne sont courantes dans les poèmes dits de gynécée, qui parlent souvent de la solitude de la femme, de l’attente vaine de l’être aimé, de la perte de la jeunesse, etc., à travers certaines images qui suggèrent la froideur, comme le clair de lune, la rosée glaciale ;  ou bien des sons, comme les gouttes de la clepsydre, le crissement des grillons, etc.

    La forme de ce poème est originale, voire exceptionnelle dans la poésie du VIIIe siècle. Trois, cinq et sept mots fait référence au fait que le premier distique soit fait de vers trisyllabes, le deuxième de vers pentasyllabes, et le troisième de vers heptasyllabes. Étant donné qu’en poésie chinoise classique les mots sont normalement monosyllabes, cela donne ce qu’annonce le titre, des vers de trois, de cinq et de sept paroles.

    古琴 gǔqín

    Le guqin, littéralement instrument à cordes ancien, ou qin, est un instrument de musique traditionnel chinois à cordes pincées de la famille des cithares (中華絃樂噐 Zhōnghuá xián yuè qì). 

    Un gentilhomme ne se sépare pas de son qin ou de son se sans bonne raison.

    Classique des rites

    Il est joué depuis les temps anciens, et fut traditionnellement apprécié et considéré par les lettrés comme un instrument raffiné, d’une grande subtilité. Les Chinois font parfois référence au guqin comme le père de la musique chinoise ou l’instrument des sages.

    Le guqin est un instrument au son doux, doté d’une tessiture de quatre octaves. Ses cordes à vides sont accordées dans le registre des basses et son degré le plus bas est de deux octaves sous le do, à savoir la même plus basse note que le violoncelle. Le son est produit en pinçant les cordes, à vide, en les appuyant sur la touche ou en utilisant des harmoniques. L’utilisation du glissando lui confère un son rappelant le pizzicato du violoncelle, la contrebasse fretless ou encore la guitare slide. L’instrument est capable d’un grand nombre d’harmoniques, dont 91 couramment utilisées et indiquées par des points sur la touche. Traditionnellement le guqin avait à l’origine cinq cordes, mais d’autres qin en possédant 10 ou plus ont été trouvés. Sa forme moderne a été standardisée il y a deux millénaires.


    L’Ou opéra en trois minutes

    Personnage de l'Opéra chinois

    Contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer, cet art de la scène né aux alentours du XIIIe siècle, n’a que peu en commun avec la tradition occidentale qui a commencé au XVIIe siècle. L’opéra chinois est un spectacle multiple qui fait appel à une musique bien différente de ce à quoi l’oreille européenne est habituée, mais il y aussi du chant, des parties récitées, une gestuelle précise, de la danse, des acrobaties, un art particulier du costume et des maquillages. En effet, chaque élément à une signification précise que le public chinois connaît et apprécie.

    Cet art est né dans la Chine impériale, probablement des échanges avec l’Inde. Les premières traces d’Opéra chinois apparaissant dans une région marchande, typique du commerce maritime avec son voisin du sud. L’Opéra chinois connaît une sorte d’âge d’or sous la dynastie des Yuan (1271-1368), nous connaissons d’ailleurs plus de 150 pièces de cette période, elles sont encore relativement courtes, puisqu’elles sont construites en quatre actes. Sous la dynastie Ming (1368-1644), ils commenceront à pouvoir s’étendre sur plusieurs jours.

    Depuis l’époque des Yuan, ces opéras et ceux qui sont nés ensuite sont sans cesse adaptés tout au long des siècle. Le répertoire contient des pièces historiques, des histoires d’amour difficile, des pièces où les bonnes gens luttent contre les bandits, des légendes… Outre les signes, le public connaît ces histoires et sait les apprécier. Le divertissement vient du travail de l’acteur et la qualité du chant. Les chinois écoutent un opéra davantage qu’ils le voient, comme le fait l’Occident.

    Il y a des constantes dans l’art de l’opéra chinois qui se retrouvent partout dans le pays. Tous les rôles sont classés de façon semblable, les rôles de femmes, d’hommes, de clowns et de « visages peints ». Ces catégories se divisent elles-mêmes en un grand nombre de subdivisions. Les costumes sont les mêmes, quelle que soit l’époque. C’est eux qui indiquent le statut social du personnage. Par exemple, les hauts fonctionnaires portent des robes ornées de broderies, un dragon sur le corps et des vagues sur le bas. Les femmes vertueuses ont une longue veste noire brodée d’un galon bleu… La gestuelle est fixe, tel mouvement va à tel personnage. Les façons d’exprimer les sentiments sont aussi codifiées en fonction de chaque personnage.

    L’Opéra chinois se refuse à toute forme de réalisme. « A quoi bon reproduire ce qu’on peut voir dans la rue ? », scande un dicton d’acteur. Rien n’est laissé au hasard, aucun geste n’est pas dansé, aucune parole n’est parlée, car même dans le cas où le personnage récite, la voix naturelle de l’acteur ne doit pas transparaître, seulement celle de son personnage !

    瓯剧 Ōujù, à l’origine connu sous le nom de 温州 乱弹 Wēnzhōu luàntán ou 永嘉乱弹 Yǒngjiā luàntán, est une forme régionale d’opéra chinois du comté de Yongjia, Wenzhou dans le sud-est de la province du Zhejiang.

    Wenzhou est le berceau du 南戲 Nánxì, une forme d’opéra chinois du 12e siècle. La forme la plus ancienne de l’opéra Ōu, cependant, n’a émergé qu’après la fin de la dynastie Ming au 17e siècle, lorsque les styles de chant du 高腔 Gāoqiāng ont gagné en popularité dans le sud du Zhejiang. Le style luantan est arrivé plus tard et a été coopté par les locaux dans leurs performances avec le Gaoqiang et le Kunqiang. Au début, les représentations avaient lieu sur les scènes des temples uniquement lors d’occasions spéciales telles que le festival religieux Nuo d’un mois, les foires au temple, les courses de bateaux-dragons sur la rivière Ou, les mariages, les récoltes ou d’autres célébrations. À mesure que la demande augmentait dans toute la région, plusieurs agriculteurs-artistes du comté de Yongjia sont devenus des artistes à plein temps. Au milieu de la dynastie Qing, ils ont également interprété l’opéra Hui, le 灘簧 Tān huáng, un précurseur de l’opéra Xi, et le 時調 Shí diào. Parce que le luantan s’est avéré le style vocal le plus populaire, il a dominé la forme qui est progressivement devenue connue sous le nom de Yongjia luantan ou Wenzhou luantan.


    Les Eaux de Mars

    Les oliviers de Cagnes-sur-mer

    Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
    Un reste de racine, c’est un peu solitaire
    C’est un éclat de verre, c’est la vie, le soleil
    C’est la mort, le sommeil, c’est un piège entrouvert

    Un arbre millénaire, un nœud dans le bois
    C’est un chien qui aboie, c’est un oiseau dans l’air
    C’est un tronc qui pourrit, c’est la neige qui fond
    Le mystère profond, la promesse de vie

    C’est le souffle du vent au sommet des collines
    C’est une vieille ruine, le vide, le néant
    C’est la pie qui jacasse, c’est l’averse qui verse
    Des torrents d’allégresse, ce sont les eaux de Mars

    C’est le pied qui avance à pas sûr, à pas lent
    C’est la main qui se tend, c’est la pierre qu’on lance
    C’est un trou dans la terre, un chemin qui chemine
    Un reste de racine, c’est un peu solitaire

    C’est un oiseau dans l’air, un oiseau qui se pose
    Le jardin qu’on arrose, une source d’eau claire
    Une écharde, un clou, c’est la fièvre qui monte
    C’est un compte à bon compte, c’est un peu rien du tout

    Un poisson, un geste, c’est comme du vif argent
    C’est tout ce qu’on attend, c’est tout ce qui nous reste
    C’est du bois, c’est un jour le bout du quai
    Un alcool trafiqué, le chemin le plus court

    C’est le cri d’un hibou, un corps ensommeillé
    La voiture rouillée, c’est la boue, c’est la boue
    Un pas, un pont, un crapaud qui croasse
    C’est un chaland qui passe, c’est un bel horizon
    C’est la saison des pluies, c’est la fonte des glaces
    Ce sont les eaux de Mars, la promesse de vie

    Une pierre, un bâton, c’est Joseph et c’est Jacques
    Un serpent qui attaque, une entaille au talon
    Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
    Un reste de racine, c’est un peu solitaire

    C’est l’hiver qui s’efface, la fin d’une saison
    C’est la neige qui fond, ce sont les eaux de Mars
    La promesse de vie, le mystère profond
    Ce sont les eaux de Mars dans ton cœur tout au fond

    Un pas, une… pedra é o fim do caminho
    E um resto de toco, é um pouco sozinho …
    Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
    Un reste de racine, c’est un peu solitaire…

    Georges Moustaki