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De la vertu

Les vertus cachées - vertueuses, porcelaine sur toile, 2014, Caroline Cheng

Le é“ćŸ·ç¶“ dĂ odĂ©jÄ«ng, le livre de la voie et de la vertu, nos pratiques imprĂ©gnĂ©es de taoĂŻsme, nous invitent Ă  nous interroger sur la notion de 經 dĂ©, le plus souvent traduit par vertu.

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La dĂ©marche ćœłde celui qui a un cƓur droit æ‚ł.

ćŸ· dĂ©, traduit en gĂ©nĂ©ral par vertu, a en chinois moderne le sens de vertu, moralitĂ©, volontĂ©, bontĂ©, bienveillance ; mais a eu autrefois tout comme son Ă©quivalent français le sens d’effet ou de pouvoir.

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En grec ancien, áŒ€ÏÎ”Ï„Îź, l’arĂ©tĂ©, qui se rencontre dĂ©jĂ  aux Ă©poques les plus lointaines, traverse toute l’histoire de la culture et de l’éducation en GrĂšce, et demeure vivant dans la langue grecque moderne. Cette notion au sens premier de « mĂ©rite, vertu », est en rĂ©alitĂ© beaucoup plus riche de sens.

Son Ă©tymologie permet d’approcher de sa signification fondamentale : le mot est formĂ© sur la racine indo-europĂ©enne *ar-, au sens d’adapter, ajuster, et dĂ©signe l’adaptation parfaite comme l’adjectif ጂρÎčÏƒÏ„ÎżÏ‚, aristos, qui signifie excellent. À cette racine se rattachent aussi les verbes ÎŹÏÎ±ÏÎŻÏƒÎșω, arariskĂŽ, et ÎŹÏÎŒÏŒÏ„Ï„Ï‰, armottĂŽ, ajuster, qui disent l’adaptation pratique, ainsi que le nom áœ°ÏÎŒÎżÎœÎŻÎ±, harmonia, l’harmonieuse beautĂ©, et plus encore, le verbe ÎŹÏÎ­ÏƒÎșω, areskĂŽ, plaire.

Dans la culture grecque des temps archaĂŻques, l’arĂ©tĂ© consiste dans la bravoure face Ă  l’adversitĂ© et a dĂ©signĂ© Ă  l’origine une prouesse guerriĂšre. 

Le concept d’arĂ©tĂ© constitue une part significative de la paideia, c’est-Ă -dire de l’Ă©ducation des enfants, dont le but est de les mener Ă  l’Ăąge adulte. Cette Ă©ducation inclut un entraĂźnement physique, qui consiste essentiellement (mais pas seulement) en de la gymnastique, un entraĂźnement intellectuel (art oratoire, rhĂ©torique, physique) et un entraĂźnement spirituel (musique et Ă©ducation morale).

Au total, l’arĂ©tĂ© dĂ©signe, au sens le plus fondamental, toute sorte d’excellence. Celui qui jouit de cette arĂ©tĂ© rĂ©alise son plein potentiel, elle fait de lui un homme complet. Elle est ce Ă  quoi tout Grec doit aspirer.

Virtus 

La virtus est la qualitĂ© propre du vir, c’est-Ă -dire du mĂąle. Aussi la premiĂšre acception du mot fut-elle de dĂ©signer le courage physique dont doit faire preuve le soldat sur le champ de bataille.

Sous l’influence de la pensĂ©e philosophique grecque, virtus connut une extension imprĂ©vue et dĂ©signa le courage moral nĂ©cessaire Ă  l’homme pour accĂ©der Ă  la sagesse. La diffusion de la pensĂ©e stoĂŻcienne Ă  Rome fut dĂ©cisive pour l’Ă©volution du mot : dans la mesure oĂč le sage stoĂŻcien doit vaincre ses passions pour consentir Ă  la place qui lui est assignĂ©e dans l’ordre du monde, quelle qu’elle soit, il convenait de mettre en relief l’Ă©nergie que requiert un tel consentement ; ce fut la virtus. À partir de lĂ , le mot finit par dĂ©signer de façon gĂ©nĂ©rale la rectitude morale par opposition au vitium, Ă  tout ce qui gĂąte ou dĂ©vie la conduite morale de l’homme

Vertu

Courage physique ou moral; force d’Ăąme, vaillance

Ce fut sans doute avec une profonde sagesse que les Romains appelĂšrent du mĂȘme nom la force et la vertu.

Joseph De Maistre in Les Soirees De Saint-Petersbourg

Disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l’individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme Ă  un idĂ©al moral, religieux, en dĂ©pit des obstacles qu’il rencontre. 

La perfection de la volontĂ© s’appelle la raison, la perfection de l’action est la vertu, virtus, action forte; car la vertu est force mĂȘme avec la faiblesse physique.

Louis de Bonald in LĂ©gislation primitive

Exercice de la vertu

Le christianisme (…) changea la position relative qu’occupaient entre elles les vertus. Les vertus rudes et Ă  moitiĂ© sauvages Ă©taient en tĂȘte de la liste; il les plaça Ă  la fin. Les vertus douces, telles que l’humanitĂ©, la pitiĂ©, l’indulgence, l’oubli mĂȘme des injures, Ă©taient des derniĂšres; il les plaça avant toutes les autres.

Tocqueville in Correspondance Entre Alexis de Tocqueville Et Arthur de Gobineau

 PropriĂ©tĂ© d’un corps, de quelque chose Ă  quoi on attribue des effets positifs

Les vertus curatives et préventives des fruits frais.

Dr Robert Schwartz in Nouveaux remĂšdes et maladies d’actualitĂ©

Principe agissant, pouvoir actif

On avait rĂ©cemment, au moyen de la distillation, tirĂ© du haschisch une huile essentielle qui paraĂźt possĂ©der une vertu beaucoup plus active que toutes les prĂ©parations connues jusqu’Ă  prĂ©sent.

Charles Baudelaire in Les Paradis artificiels

Pouvoir, propriété

Le temps n’a par lui-mĂȘme aucune vertu effective; tout arrive dans le temps, mais rien ne se fait par le temps.

Pierre-Joseph Proudhon in Qu’est-ce que la propriĂ©tĂ© ?

En vertu de

Une planĂšte, qu’on suppose lancĂ©e dans l’espace en un instant donnĂ©, avec une vitesse et suivant une direction dĂ©terminĂ©e, parcourt, autour du soleil, une ellipse, en vertu d’une force dirigĂ©e vers cet astre, et proportionnelle Ă  la raison inverse du carrĂ© des distances.

Marie-Jean-Antoine de Caritat Condorcet in Esquisse d’un tableau historique des progrĂšs de l’esprit humain

Hiérarchie céleste

Nous connaissons par les livres sacrĂ©s neuf ordres distinguĂ©s parmi les Esprits cĂ©lestes, les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les PrincipautĂ©s, les Dominations, les TrĂŽnes, les ChĂ©rubins et les SĂ©raphins. En effet, il est parlĂ© des Anges et des Archanges dans presque tous les livres de l’Écriture. Tout le monde sait que les ProphĂštes font souvent mention des ChĂ©rubins et des SĂ©raphins. Saint Paul d’un autre cĂŽtĂ© a parlĂ© de quatre ordres diffĂ©rents dans l’ÉpĂźtre aux ÉphĂ©siens, oĂč il dit que JĂ©sus Christ a Ă©tĂ© Ă©levĂ© au-dessus des Puissances, des PrincipautĂ©s, des Vertus et des Dominations ; et il en nomme un cinquiĂšme dans l’ÉpĂźtre aux Colossiens, oĂč il parle des TrĂŽnes et des Dominations, des PrincipautĂ©s et des Puissances. Si l’on joint donc l’ordre des TrĂŽnes aux quatre dont il est parlĂ© dans l’ÉpĂźtre aux ÉphĂ©siens, on trouve qu’il y en a cinq, et si l’on ajoute Ă  ces cinq les Anges, les Archanges, les ChĂ©rubins et les SĂ©raphins, on aura les neuf ordres d’Anges dont nous parlons. 

Sermon de Saint GrĂ©goire le Grand

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