Principes

Nature

Nature

La personnification de l’ensemble des forces naturelles, l’essence de l’homme ou des choses, naĂźtre.

Natura est quoniam semper aperta mihi

Satiricon de PĂ©trone

Je pourrais aller au grĂ© de ma fantaisie, m’arrĂȘter Ă  l’endroit oĂč le soir viendrait me surprendre, avoir des nuits paisibles et connaĂźtre des rĂ©veils dĂ©licieux, en pleine nature, dans la lumiĂšre de l’aube. 

– Albert t’Serstevens in L’ItinĂ©raire espagnol, Ă©ditions Plon, 1933

DĂ©jĂ  les premiĂšres ombres de la nuit commençoient Ă  envelopper le bosquet d’orangers, et donnoient Ă  la nature cette teinte de mĂ©lancolie qui favorise si bien les mĂ©ditations religieuses et les tendres rĂȘveries.

– Sophie Cottin  in Mathilde, 1805

Le dĂ©crochement se fait Ă  l’Ă©poque romantique, c’est-Ă -dire au moment oĂč la nature devient verte. Avant, la nature est de toutes les couleurs.

– Michel Pastoureau

Natura

  • Nature est issu du latin natura qui signifie le fait de la naissance, le tempĂ©rament, le cours des choses
  • Natura est lui-mĂȘme participe du verbe nascor issu de gnatus forme archaĂŻque de natus.
  • Le latin natus dĂ©signe celui qui est nĂ©, celui qui est par naissance, et est Ă©galement comme indiquĂ© ci-dessus le participe du latin nascor, et ce mot natus, au sens de gnatus dĂ©signe, au singulier, le fils.
  • La racine sanskrit jna, dont est issu le sanskrit janati donnera la racine proto-indo-europĂ©en gno qui signifie connaĂźtre qui en grec donnera ÎłÎčÎłÎœÏ‰ÏƒÎșω signifiant apprendre Ă  connaĂźtre, qui donnera le latin gnosco qui Ă©voluera en nosco et notre mot connaissance.
  • Pour les grecs, nature est φυσÎčς.
    Physis est issu du verbe Ï†Ï…ÎżÎŒÎ±Îč qui a le sens du souffle, de la vie qui deviendra la racine du mot physique. Son Ă©quivalent est la racine indo-europĂ©enne antĂ©rieure bhu signifiant croitre, ĂȘtre.

φυσÎčς

Physis est un des concepts fondamentaux de la philosophie grecque. Les Romains l’ont traduit par natura, mais le concept moderne de nature s’est trouvĂ© engagĂ© dans un certain nombre d’emplois, et surtout dans une sĂ©rie d’oppositions : nature et esprit, nature et grĂące, nature et libertĂ©, …, qui risqueraient de dĂ©tourner l’historien des harmoniques elles-mĂȘmes complexes de la notion grecque.

Physis est donc d’abord le titre d’une question : D’oĂč viennent les choses ? Comment naissent-elles et croissent-elles ? En quel sens l’Ă©tant vient-il Ă  l’ĂȘtre ?

Or que dit le mot Ï†ÏÏƒÎčς ? Il dit ce qui s’épanouit de soi-mĂȘme, pour la rose le fait de se dĂ©ployer en s’ouvrant et, dans un tel dĂ©ploiement, de faire son apparition, de se tenir dans cet apparaĂźtre, et d’y demeurer.

— Martin Heidegger

φύσÎčς viendrait du verbe Ï†ÏÏ‰, qui veut dire engendrer et par consĂ©quent faire croĂźtre. La croissance selon une approche grecque, comme une espĂšce d’irruption et d’avancĂ©e sur la scĂšne du monde, d’Ă©mergence dans cette dimension qui nous est ouverte, perceptible); elle y dure un certain temps, elle s’y maintient en s’y dĂ©ployant, s’offrant ainsi Ă  notre regard.

Les Grecs n’ont pas commencĂ© par apprendre des phĂ©nomĂšnes naturels ce qu’Ă©tait la Ï†ÏÏƒÎčς, mais inversement c’est sur la base d’une expĂ©rience fondamentale et poĂ©tique de l’ĂȘtre, que s’est ouvert Ă  eux ce qu’ils ont dĂ» nommer Ï†ÏÏƒÎčς. Ce n’est que sur la base de cette ouverture qu’ils purent comprendre la nature au sens restreint. ÎŠÏÏƒÎčς dĂ©signe donc originellement le ciel et la terre, aussi bien la pierre que la plante, aussi bien l’animal que l’homme, ainsi que l’histoire humaine en tant qu’Ɠuvre des hommes et des dieux. 

– Martin Heidegger in Introduction Ă  la mĂ©taphysique

è‡Ș然

En chinois, è‡Ș然 zĂŹrĂĄn, ou性è‡Ș然 dĂ  zĂŹrĂĄn ou encoreè‡Ș然界 zĂŹrĂĄnjiĂš que l’on peut traduire par de soi-mĂȘme ainsi, allant de soi dĂ©signe et dĂ©finit la nature.

L'Origine primordiale ou Chaos primordial, rouleau horizontal, encre sur papier, 1349. de Zhu Derun (1294-1365),  Musée de Shanghai.

Une nature qui est un de soi-mĂȘme ainsi sans commencement et sans fin, sans crĂ©ation d’aucune sorte, sans transcendance, sans sens non plus et dont les manifestations sont alĂ©atoires et contextuelles. La pensĂ©e chinoise du monde s’est dĂ©veloppĂ©e sans l’idĂ©e de CrĂ©ation, sans transcendance et sans mĂ©taphysique. Certes, 怩 tiān , le ciel est un outil conceptuel fondamental de la vision chinoise du monde. Tiān n’est rien d’autre, comme le dit Jacques Gernet, que la simple reconnaissance de l’existence d’une raison concrĂšte appartenant aux choses elles-mĂȘmes, immanente au rĂ©el. La nature, l’allant de soi ne porte aucun projet, ne rĂ©sulte d’aucune intention transcendantale. Sans commencement, sans fin, sans direction, la nature ne tĂ©moigne de rien d’autre que d’elle-mĂȘme. L’allant de soi n’est rien d’autre que la vie faisant Ă©cho Ă  elle-mĂȘme.

L’idĂ©e que l’humain, äșș rĂ©n, n’est qu’un Ă©lĂ©ment de la nature parmi d’autres, sans rien de d’extraordinaire, de supĂ©rieur ou d’infĂ©rieur, de prĂ©destinĂ©, sans finalitĂ©, a pour consĂ©quence que la vie humaine, pour prĂ©cieuse qu’elle puisse paraĂźtre, n’est en fait qu’une banalitĂ© naturelle et que le destin des humains est identique Ă  celui de tout ce qui vit. Rien de plus.

La mort n’est pas la conclusion de la vie, une frontiĂšre, un passage, mais est profondĂ©ment inscrite dans la vie, elle est un phĂ©nomĂšne de vie. Celui qui meurt, Ă©lĂ©ment banal de la nature, ne retourne nulle part, il entre dans une autre manifestation de la nature, dans une autre latence. Du mĂȘme au mĂȘme sous des manifestations diverses.

L’humain n’est pas dans la nature, il est de la nature

Ce qui fait le processus biologique de la vie, du point de vue chinois, est une dĂ©clinaison contextuelle et Ă©phĂ©mĂšre du dynamisme interne immanent qui est Ă  l’Ɠuvre dans tout ce qui est dans le monde. Dans certaines conditions, ce dynamisme interne se configure sous des formes particuliĂšres. L’ĂȘtre humain est une de ces configurations. Autrement dit, il n’y a pas de solution de continuitĂ© entre l’ĂȘtre humain et ce que nous appelons la nature.

無ç‚ș

N’ayant plus ni dĂ©sir ni volontĂ© propre, l’agir du sage taoĂŻste (聖äșș shĂšngrĂ©n) n’est pas dirigĂ© par une intention ou un jugement; il est simple rĂ©action aux situations d’un ĂȘtre qui a retrouvĂ© en lui l’ordre naturel de la vie. Ce qu’il fait n’interfĂšre jamais avec le cours des choses et le mouvement naturel des ĂȘtres. WĂșwĂ©i c’est, mĂ» par une nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure, faire ce qui est demandĂ©, Ă  un moment et dans un lieu prĂ©cis, par la nature des choses. Alors il n’est rien qui ne soit rĂ©alisĂ©, puisque la voie est l’universelle spontanĂ©itĂ© prĂ©sente au cƓur de chacun.


MĂ©diagraphie
Dominique Clergue
Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie

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