Entre douleur et souffrance : approche anthropologique

Si le corps se gouvernait autant selon moi que fait lโ€™รขme, nous marcherions un peu plus ร  notre aise.
– Montaigne,ย in Les Essais

Texte de David Le Breton

Professeur de sociologie ร  lโ€™universitรฉ Marc-Bloch de Strasbourgย ; membre de lโ€™Institut universitaire de Franceย ; membre du laboratoire URA-CNRS Cultures et sociรฉtรฉs en Europe

La douleur inรฉluctable

La douleur est une donnรฉe de la condition humaine, nul nโ€™y รฉchappe ร  un moment ou ร  un autre. Elle frappe provisoirement ou durablement selon les circonstances. Mais la plupart du temps elle est sans autre incidence quโ€™un malaise de quelques heures aussitรดt oubliรฉ dรจs lors quโ€™elle sโ€™est retirรฉe. Elle renvoie toujours ร  un contexte personnel et social qui en module le ressenti. Impossible dans la vie courante dโ€™รฉchapper un jour ou lโ€™autre au mal de dos, ร  une migraine, ร  un mal de ventre, une angine, une carie, une รฉcorchure, une brรปlure, un heurt contre une porte, une chute… La liste nโ€™en finit pas des petits maux qui jalonnent lโ€™existence. Et, paradoxe, parfois pour soigner la maladie ou la plaie il faut encore avoir mal. Comme la maladie ou la mort, la douleur est la ranรงon de la dimension corporelle de lโ€™existence. Parce que corps, tout individu est vouรฉ ร  la prรฉcaritรฉ, mais simultanรฉment si son corps est destinรฉ au vieillissement et ร  la mort, il est aussi la condition de la saveur du monde (Le Breton, 2006). Une structure informatique ou technique ne souffre pas car elle ne ressent rien. Un ordinateur en panne va ร  la casse sโ€™il ne marche plus. La douleur est le privilรจge et le tragique de la condition humaine ou animale. Mรชme si elle est partagรฉe par tout homme, son paradoxe est dโ€™apparaรฎtre toujours comme radicalement รฉtrangรจre ร  soi. ยซย Cette douleur, nous ne pouvions pas lโ€™imaginer comme nรดtre avant quโ€™elle nโ€™arrive. Et cโ€™est ร  peine si, aprรจs quโ€™elle soit arrivรฉe, nous pouvons nous la reprรฉsenter comme nรดtre.ย ยป (Vasse, 1983, 12.)

Nos sociรฉtรฉs occidentales connaissent de longue date un dualisme entre le corps et lโ€™รขme (ou lโ€™esprit). Il y aurait alors une douleur (physique) et une souffrance (psychique). On sรฉpare traditionnellement la douleur, atteinte de la chair, et la souffrance, atteinte de la psychรฉ. Cette distinction oppose le corps et lโ€™homme comme deux rรฉalitรฉs distinctes, faisant ainsi de lโ€™individu le produit dโ€™un collage surrรฉaliste entre une รขme et un corps. Le dualisme douleur-souffrance nโ€™est pas plus fondรฉ que le dualisme corps-esprit. Nous buttons contre un vocabulaire qui intรจgre de longue date une disjonction entre ce qui relรจve du corps et ce qui relรจve de lโ€™esprit comme si la condition humaine nโ€™รฉtait pas dโ€™emblรฉe, et de maniรจre irrรฉductible, une condition corporelle (Le Breton, 2008a). Mรชme Descartes butte sur le dualisme sโ€™agissant de la douleur. Dans lesย Mรฉditations, il explique que la douleur serait sans effet sur lui, sโ€™il nโ€™รฉtait ยซย logรฉ dans mon corps ainsi quโ€™un pilote en son navire. Car si cela nโ€™รฉtait, lorsque mon corps est blessรฉ, je ne sentirai pas pour cela de la douleur, mais jโ€™apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperรงoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau [โ€ฆ] Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que certaines faรงons confuses de penser, qui proviennent et dรฉpendant de lโ€™union et comme du mรฉlange de lโ€™esprit avec le corpsโ€ฏ[1]ย . Lโ€™homme Descartes est fondu en son corps, impensable sans la chair qui compose son rapport au monde. La mรฉdecine de la douleur ne cesse de se heurter ร  ce dualisme qui fait de la mรฉdecine une science du corps et de ses processus, et non une science de lโ€™homme ร  part entiรจre. Une sรฉrie dโ€™oppositions relevant dโ€™une reprรฉsentation dualiste complique souvent son approche des personnes douloureusesย : somatique/psychique, organique/psychologique, organique/fonctionnel, organique/psychosomatique, corps/รขme ou esprit, objectif/subjectif, rรฉel/imaginaire, etc. Et dans le discours de nombreux mรฉdecins seul a valeur scientifique et mรฉdicale ce qui relรจve du ยซย corpsย ยป, du ยซย rรฉelย ยป, de lโ€™ยซย organiqueย ยป, de lโ€™ยซย objectifย ยป, etc. Mais la douleur justement est un principe de subversion de ces catรฉgories trop rationnelles.

La douleur efface toute dualitรฉ entre physiologie et conscience, corps et รขme, physique et psychologique, organique et psychologique, elle montre lโ€™enchevรชtrement entre ces dimensions seulement distinguรฉes par une longue tradition mรฉtaphysique de nos sociรฉtรฉs occidentales (Le Breton, 2008a, 2008b). La douleur nโ€™est pas celle dโ€™un organisme, elle ne se cantonne pas ร  un fragment du corps ou ร  un trajet nerveux, elle marque un individu et dรฉborde vers son rapport au monde, elle est donc souffrance. La douleur dโ€™avant le sens nโ€™existe pas car il faudrait alors la concevoir sans contenu, sans sujet, pur phรฉnomรจne nerveux sans individu pour lโ€™รฉprouver. Aucune mesure commune entre le degrรฉ dโ€™altรฉration dโ€™un organe ou dโ€™une fonction et la douleur ressentie. La douleur nโ€™est pas la traduction mathรฉmatique dโ€™une lรฉsion mais une signification, cโ€™est-ร -dire une souffrance, elle est ressentie selon une grille dโ€™interprรฉtation inhรฉrente ร  lโ€™individu. Lโ€™homme nโ€™est pas son cerveau mais ce quโ€™il fait de sa pensรฉe et de son existence ร  travers son histoire personnelle. La dรฉfinition de lโ€™IASP (International Association for the Study of Pain) efface toute ambiguรฏtรฉ, elle surmonte le dualisme en faisant de la douleur une expรฉrience sensorielle et รฉmotionnelle dรฉsagrรฉable associรฉe ร  une lรฉsion tissulaire rรฉelle ou potentielle, ou encore dรฉcrite en des termes รฉvoquant une telle lรฉsion. Cette dรฉfinition insiste sur le ressenti du sujet, elle adopte son point de vue et valide sa parole. La douleur nโ€™est plus seulement sensation, mais aussi รฉmotion laissant donc รฉmerger la question du sens, et au-delร  elle est perception, cโ€™est-ร -dire activitรฉ de dรฉchiffrement sur soi et non de dรฉcalque dโ€™une altรฉration somatique (Le Breton, 2004).

Sโ€™agissant de la condition humaine la douleur ne se satisfait pas de lโ€™affection corporelle. La douleur nโ€™est pas seulement une histoire de systรจme nerveux. Elle nโ€™est pas un objet naturel susceptible dโ€™รชtre isolรฉ. Lโ€™identification de ses ยซย causesย ยป par le mรฉdecin est une interprรฉtation fondรฉe sur une discipline de pensรฉe et une observation clinique, elle ne recouvre que partiellement ce quโ€™en fait le patient qui la vit. Mais telle est la tรขche premiรจre du mรฉdecin ou du praticien traditionnel dโ€™ยซย objectiverย ยป le mal afin dโ€™avoir prise sur lui et de permettre lโ€™รฉlaboration dโ€™un discours ร  son sujet. La conception dโ€™une douleur purement sensorielle fondรฉe sur une organicitรฉ ยซย objectiveย ยป, dรฉcelable uniquement ร  travers les examens et le diagnostic, renvoie ร  une idรฉologie rationaliste redoutable pour le patient quiย tombe entre les mains de tels mรฉdecins. Il nโ€™y a pas de douleur ยซย objectiveย ยป attestรฉe par lโ€™examen mรฉdical et plus ou moins ressentie par les patients selon leurs filtres sociaux, culturels ou personnels, mais une douleur singuliรจre perรงue et marquรฉe par lโ€™alchimie de lโ€™histoire individuelle et le degrรฉ de lโ€™atteinte. Le sujet en souffrance est le seul ร  connaรฎtre lโ€™รฉtendue de sa peine, lui seul est en proie au supplice, la douleur ne se prouve pas, elle sโ€™รฉprouve (Le Breton, 2004). Elle nโ€™a aucune objectivitรฉ, mais une force dโ€™impact propre ร  lโ€™individu qui la ressent. La douleur perรงue nโ€™est pas la douleur physiologique. G. Canguilhem le disait avec forceย : ยซย Lโ€™homme fait sa douleur โ€“ comme il fait une maladie, ou comme il fait son deuil โ€“ bien plutรดt quโ€™il ne la reรงoit ou ne la subit.ย ยป (Canguilhem, 1966, 56-7.) Entre la sensation et lโ€™รฉmotion, il y a bien entendu une perception, cโ€™est-ร -dire un mouvement de rรฉflexivitรฉ et de sens attribuรฉ par celui qui la ressent, une affectivitรฉ en acte. Une douleur qui ne serait que de ยซย corpsย ยป est une abstraction comme le serait une souffrance qui ne serait que ยซย moraleย ยป. La douleur nโ€™รฉcrase pas le corps, elle รฉcrase lโ€™individu, elle brise lโ€™รฉcoulement de la vie quotidienne et altรจre la relation aux autres. Elle est souffrance. Si la douleur est un concept mรฉdical, souffrance est le concept du sujet qui la ressent.

La douleur est toujours souffrance

La douleur implique la souffrance. Il nโ€™y a pas de peine physique qui nโ€™entraรฎne un retentissement dans la relation de lโ€™homme au monde. Mรชme si elle touche seulement un fragment du corps, ne serait-ce quโ€™une dent cariรฉe, elle ne se contente pas dโ€™altรฉrer la relation de lโ€™homme ร  son corps, elle diffuse au delร , elle imprรจgne les gestes, traverse les pensรฉesย : elle contamine la totalitรฉ du rapport au monde. Lโ€™homme souffre dans toute lโ€™รฉpaisseur de son รชtre. Il ne se reconnaรฎt plus et son entourage dรฉcouvre avec surprise quโ€™il a cessรฉ dโ€™รชtre lui-mรชme. La douleur ยซย ne donne plus goรปt ร  rienย ยป, arrachant lโ€™homme ร  ses anciens usages et le contraignant ร  vivre ร  cรดtรฉ de soi sans pouvoir se rejoindre, dans une sorte de deuil de soi. La souffrance nomme cet รฉlargissement de lโ€™organe ou de la fonction ร  toute lโ€™existence. La douleur nโ€™est pas du corps mais du sujet. Elle nโ€™est pas cantonnรฉe ร  un organe ou ร  une fonction, elle est aussi morale. Le mal de dent nโ€™est pas dans la dent, il est dans la vie, il altรจre toutes les activitรฉs de lโ€™homme, mรชme celles quโ€™il affectionne. Si la douleur restait paisiblement enfermรฉe dans le corps, elle nโ€™aurait guรจre dโ€™incidence sur la vie quotidienne, elle est dโ€™ailleurs impensable sous cette forme. Nรฉcessairement elle dรฉborde le corps. Elle est donc vรฉcue comme une souffrance. Quand lโ€™individu est percutรฉ par la douleur, cโ€™est la chair de sa relation au monde qui en pรขtit. Mais si la souffrance est inhรฉrente ร  la douleur elle est plus ou moins intense selon les circonstances. Un jeu de variations existe de lโ€™une ร  lโ€™autre. La souffrance est fonction du sens que revรชt la douleur, elle est en proportion de la somme de violence subie.

En laissant de cรดtรฉ la thรฉologie et en voyant le texte selon un regard plus propre ร  lโ€™anthropologie, cโ€™est lโ€™enseignement du Livre de Job que lโ€™individu souffre moins de sa douleur que du sens quโ€™elle possรจde pour lui. Bien entendu, seule importe ici ร  nos yeux la dimension anthropologique du texte, non sa dimension religieuse ou spirituelle. Rappelons en les grandes lignes. Au dรฉpart du texte, Job est un homme comblรฉ. Riche, hospitalier, aimรฉ, profondรฉment pieux. Il ne doute de rien et vit dans un monde prรฉvisible sous lโ€™รฉgide de Dieu. ร€ la suite dโ€™un pari avec le diable, Dieu cherche ร  รฉprouver sa foi. Job perd sa fortune, ses enfants. Il prend lโ€™attitude du deuil, mais ne se plaint pas. Une sรฉrie de maux sโ€™abattent alors sur lui. Sept jours durant, Job se tait, seul le silence pouvant absorber lโ€™รฉtendue de son mal et surtout lโ€™abรฎme de son interrogation. Plus encore que de ses plaies, il souffre de ne pouvoir comprendre le sens de son รฉpreuve. Rien de sa vie passรฉe ne la justifie ร  ses yeux. Il nโ€™a commis aucun pรฉchรฉ, pourtant, dans sa conception religieuse du monde, la logique rassurante de la rรฉtribution est mise ร  malย : un juste ne saurait souffrir. Pour tรฉmoigner de cette injustice et demander des comptes ร  Dieu, il sโ€™arrache au silence et revient au langage pour rendre sa souffrance communicable. Le texte, paradoxalement, compare sa parole aux ยซย rugissements dโ€™une bรชte fรฉroceย ยป (Job, 4-31).

Loin dโ€™รชtre un apaisement, la prรฉsence de ses amis lโ€™afflige par leur attitude bornรฉe de gardiens du temple aveugles ร  lโ€™รฉmergence de lโ€™inรฉdit. Leur compassion ne rรฉsiste pas ร  la conviction de Job que ses souffrances ne sont pas mรฉritรฉes. Chiens de garde dโ€™une orthodoxie qui ne peut intรฉgrer lโ€™รฉvรฉnement dโ€™une souffrance injustifiรฉe, ils ne tolรจrent pas la moindre exception ร  la loi prรชtรฉe ร  Dieu car alors tout lโ€™รฉdifice de leur croyance est menacรฉ. Job est obligatoirement pรชcheur, ou ses fils, ou il a commis une faute ร  son insu. Guรจre attentifs ร  la souffrance de leur ami, toute tentative de trouver une origine attestant sa culpabilitรฉ leur est bonne pour sortir dโ€™embarras face ร  son opiniรขtretรฉ ร  dรฉfendre son innocence. Une douleur ou une maladie est toujours ร  leurs yeux le juste chรขtiment dโ€™un pรฉchรฉ envers Dieu. Malgrรฉ les arguments de Job, ils repoussent obstinรฉment lโ€™idรฉe dโ€™une souffrance innocente. Ils ne veulent pas se charger de sa souffrance. La faute lui incombe, et ils le traquent pour quโ€™il fasse son examen de conscience. La scรจne se transforme en tribunal, ils se comportent en procureurs sโ€™efforรงant de faire rendre gorge au coupable. Leur parole nโ€™est pas de consolation mais dโ€™accusation, Job en est davantage meurtri. ยซย Jusquโ€™ร  quand mโ€™affligerez-vous et mโ€™รฉcraserez-vous avec des motsย ?ย ยป (Job 19-2.) Il se retrouve finalement ร  la place de ceux quโ€™il consolait autrefois des mรชmes paroles vaines, il est maintenant victime et il vit de lโ€™intรฉrieur lโ€™inanitรฉ du propos de ses amis. Quelque chose de la loi divine est dรฉfaillant. Sa dรฉtresse est telle quโ€™il se donne ร  corpsย perdu ร  sa paroleย : ยซย Taisez-vousย ! Cโ€™est moi qui vais parler, quoi quโ€™il advienne. Aussi saisirai-je ma chair entre mes dents.ย ยป

La souffrance de Job tient moins ร  ses maux quโ€™ร  son incomprรฉhension des รฉpreuves qui le frappent et qui lui paraissent immรฉritรฉes au regard de sa loyautรฉ envers Dieu. Toute sa foi vacille face ร  lโ€™arbitraire. Lorsque Dieu apparaรฎt, sans lui donner les raisons des maux quโ€™il lui a infligรฉs, il laisse cependant entendre quโ€™ils nโ€™รฉtaient pas vains. Job nโ€™est pas ร  la mesure de Dieu et ne saurait rรฉclamer des comptes. Mais il se range du cรดtรฉ de Job et il dรฉnonce ses amis de rabattre sa peine sur une logique de chรขtiment ou de purification. Au terme du rรฉcit Job ne leur reproche en rien leur conduite. Dieu a rรฉtabli sa confiance dans le monde. Sโ€™il ne lui a pas donnรฉ les raisons de sa souffrance, il sait dรฉsormais quโ€™elles possรจdent un sens. Et il en est allรฉgรฉ. Sa souffrance tenait moins ร  sa douleur quโ€™ร  son incomprรฉhension que Dieu la lui envoie. Loin dโ€™รชtre un homme patient et soumis comme le dit souvent lโ€™exรฉgรจse chrรฉtienne Job rรฉsiste passionnรฉment ร  son รฉpreuve. Tout Le Livre de Job est le rรฉcit dโ€™une rรฉbellion, un appel passionnรฉ au sens, mais qui ne perd jamais son adresse ร  Dieu et sa confiance de recevoir un jour une rรฉponse. ยซย Je retire ma plainteย ยป, dit-il finalement, sa souffrance ayant disparu, dissoute dans la parole de Dieu. ร€ ce moment du rรฉcit les douleurs et les maladies sont toujours lร  mais elles sont maintenant supportables. Job, finalement, renonce ร  une justice dans lโ€™ici-bas pour ce qui est du dรฉroulement de lโ€™existence. Dieu nโ€™a pas rรฉpondu directement, mais il a laissรฉ entendre quโ€™une raison dictait sa conduite, inaccessible ร  Job, et celui-ci a repris confiance. Sensible ร  sa foi et ร  sa confiance, Dieu rรฉtablit Job dans son ancienne souverainetรฉโ€ฏ[2]ย . Ici, bien entendu, pour une lecture anthropologique, Dieu est une figure du sens, selon ce quโ€™il taise ou dise de la douleur de Job, sans toucher ร  ses plaies, il lโ€™apaise ou la multiplie.

La psychanalyse ne distingue pas douleur physique ou psychique, elle les met sur le mรชme plan. Freud emploie le mรชme termeย Schmerzย qui sโ€™applique, comme en franรงais, aux deux modalitรฉs de douleur. Il use du termeย Seelenschmerzย quand il entend mettre plutรดt lโ€™accent sur la douleur psychique. Il nโ€™utilise pas le termeย Leidenย qui renverrait ร  souffrance. Pour Freud la douleur (Schmerz) est une rรฉaction ร  la perte dโ€™une รฉvidence dโ€™exister ร  travers une brisure intรฉrieureย : un deuil, une sรฉparation, ou une cassure de lโ€™unitรฉ corporelle. Toute lโ€™รฉnergie de lโ€™individu souffrant se focalise et se dissout dans la reprรฉsentation de la perte. Lโ€™effacement du terme ยซย douloirย ยป en franรงais au profit du verbe ยซย souffrirย ยป rรฉpond finalement ร  une sorte dโ€™intuition de la langue, lโ€™impossibilitรฉ de distinguer dans le rapport au monde les effets de la douleur ยซย physiqueย ยป ou ยซย psychiqueย ยป. Toujours, cโ€™est la souffrance qui frappe et arrache ร  soi. Une fois franchie la rรฉsistance de lโ€™individu toute son รฉnergie se consume dans lโ€™attention quโ€™il lui porte. La souffrance lโ€™absorbe tout entier, elle lโ€™expulse de soi pour le rรฉduire ร  un appendice du point douloureux, le monde extรฉrieur lui devient indiffรฉrent. ยซย Dans le cas de la douleur corporelle, il se produit un investissement รฉlevรฉ et quโ€™il faut qualifier de narcissique de lโ€™endroit du corps douloureux, investissement qui ne cesse dโ€™augmenter et qui tend pour ainsi dire ร  vider le moiย ยป (Freud, 1990, 285). La douleur est un effort de crispation ร  la fois somatique et symbolique autour de la partie lรฉsรฉe du corps. Tension inutile et รฉpuisante dโ€™une dรฉfense inappropriรฉe qui รฉpuise le sujet. Plus la souffrance est intense plus elle appauvrit le rapport au monde. Lโ€™individu est tout entier resserrรฉ autour de sa peine. Son horizon est sans cesse barrรฉ par lโ€™organe ou la fonction dont il souffre.

Nous lโ€™avons dit, la douleur est toujours contenue dans une souffrance, elle est dโ€™emblรฉe un pรขtir, une agression plus ou moins vive ร  supporter. La souffrance est la rรฉsonance intime dโ€™une douleur, sa mesure subjective. Elle est ce que lโ€™homme fait de sa douleur, elle englobe ses attitudes, cโ€™est-ร -dire sa rรฉsignation ou sa rรฉsistance ร  รชtre emportรฉ dans un flux douloureux, ses ressources physiques ou morales pour tenir devant lโ€™รฉpreuve. Elle nโ€™est jamais le simple prolongement dโ€™une altรฉration organique, mais une activitรฉ de sens pour lโ€™homme qui en souffre. Si la douleur est un sรฉisme sensoriel, elle ne frappe quโ€™en proportion de la souffrance quโ€™elle implique, cโ€™est-ร -dire du sens quโ€™elle revรชt (Le Breton, 2004)โ€ฏ[3][3]ย Rappelons ร  ce propos la dรฉfinition de P. Ricล“ur, pour…. Elle nโ€™est pas le dรฉcalque dans la conscience dโ€™une effraction organique, elle mรชle le corps et le sens. Elle est somatisation et sรฉmantisation. Elle nโ€™est pas une sensation mais une perception, cโ€™est-ร -dire pour lโ€™individu la confrontation dโ€™un รฉvรฉnement corporel ร  un univers de sens et de valeur. Le ressenti nโ€™est pas lโ€™enregistrement dโ€™une affection, mais la rรฉsonance en soi dโ€™une atteinte rรฉelle ou symbolique. Le sens nโ€™est pas contenu dans les choses, il sโ€™instaure dans la relation avec les choses, et dans le dรฉbat nouรฉ avec les autres pour leur dรฉfinition, dans la complaisance ou non du monde ร  se ranger dans ces catรฉgories. Sentir le monde, mรชme la douleur, est une autre maniรจre de le penser, de le transformer de sensible en intelligible (Le Breton, 2006). Lโ€™expรฉrience humaine tient dโ€™abord aux significations avec lesquelles le monde est vรฉcu, car ce dernier ne se donne pas sous dโ€™autres auspices. Lโ€™affectivitรฉ est toujours premiรจre dans le ressenti de la douleur, elle en mesure lโ€™intensitรฉ et la tonalitรฉ. Toute douleur mobilise une signification, une รฉmotion.

La souffrance est le degrรฉ de pรฉnibilitรฉ de la douleur. Elle traduit la bascule de lโ€™existence vers le pire, lร  oรน disparaรฎt le goรปt de vivre. Elle est toujours impuissance, envahissement de soi, lร  oรน la douleur peut rester sous le contrรดle de lโ€™individu. La souffrance est immense ou dรฉrisoire selon les circonstances, elle nโ€™est jamais organiquement liรฉe ร  une lรฉsion. Cโ€™est la dimension proprement humaine du sens qui est ici en jeu. La douleur peut rester contenue ร  lโ€™intรฉrieur des processus de protection mis en place par lโ€™individu dans sa maladie ou les sรฉquelles de son accident, ou dans son choix dโ€™une activitรฉ qui le sollicite durement (sport extrรชme,ย body artโ€ฆ). La souffrance alors est insignifiante. Certes lโ€™individu a mal mais il est position de contrรดle face ร  sa douleur, il ne se laisse pas dรฉborder, elle reste ร  sa mesure. Il nโ€™en pรขtit pas encore. La souffrance intervient dรจs lors que la douleur entame ses capacitรฉs de rรฉsistance, lร  oรน il perd le contrรดle et รฉprouve le sentiment que son existence se dรฉfait. Elle implique une identitรฉ menacรฉe et le sentiment du pire. Elle va de pair avec lโ€™impossibilitรฉ dโ€™intรฉgrer lโ€™รฉvรฉnement quโ€™accentue encore le chaos intรฉrieur. La vie se transforme en un long supplice. Si la douleur est un ressenti pรฉnible mais encore dans les limites de tolรฉrance de lโ€™individu, la souffrance est une effraction, lโ€™invasion en soi dโ€™un sentiment de perte. La souffrance varie selon la signification de la douleur et la part de contrรดle que lโ€™individu est susceptible dโ€™exercer sur elle. Le sentiment tragique de la douleur, lโ€™embrasement de la souffrance, vient de nโ€™avoir aucune prise sur elle.

Variรฉtรฉs du rapport douleur/souffrance

Cette capacitรฉ ร  repousser les vagues de la souffrance en les cantonnant dans la seule douleur est parfaitement dรฉcrite dans certains รฉpisodes de vie des philosophes stoรฏciens dont le souci consistait ร  se tenir ร  distance des affections du monde. ยซย Le sage suppliciรฉ, ร  la lettre, ne sent rien. Pour ce sage qui est le contraire mรชme dโ€™un saint [โ€ฆ] il y a bien douleur, mais il nโ€™y a plus ni souffrance ni chagrinย ; la douleur de la chair et des nerfs froissรฉs a cessรฉ dโ€™รชtre dรฉpression de lโ€™รขme et dรฉsespoir. Le tour de force de la sagesse ne consiste pas ร  convertir la douleur en plaisir [โ€ฆ] mais ร  dissocier lโ€™ร‰prouver et le Ressentir, ou plus simplement ร  sรฉparer Sentir et Ressentir โ€“ car รฉprouver est plutรดt le verbe de la douleur et ressentir, cโ€™est-ร -dire souffrir, celui de la souffrance. La douleur ne fait pas mal au sage.ย ยป (Jankรฉlรฉvitch, 1956, 108.) Le stoรฏcisme est une pratique de lโ€™anesthรฉsie avec les ressources spirituelles propres au sujet. Il vise ร  dissoudre la souffrance pour la cantonner ร  une douleur tolรฉrable. Cicรฉron raconte ainsi le combat intรฉrieur de Posidonius contre la douleur. Pompรฉe est venu voir le philosophe en proie ร  une vive douleur. Il hรฉsite ร  entrer, mais le philosophe lโ€™invite et trouve nรฉgligeable sa douleur au regard de la visite dโ€™un homme illustre. Couchรฉ dans son lit, Posidonius dรฉveloppe avec รฉloquence lโ€™idรฉe quโ€™il nโ€™y a de bon que le beau, et, dans les moments oรน la douleur lui appliquait pour ainsi dire les pointes de feu, Posidonius rรฉpรฉta ร  plusieurs reprisesย : ยซย Tu perds ton temps, douleurย ; si importune que tu puisses รชtre, tu ne me feras jamais convenir que tu sois un malโ€ฏ[4][4]ย Cicรฉron, Tusculanes, tome 1. Parisย : Les Belles Lettres,….ย ยป Dans le mรชme mouvement, Cicรฉron rappelle les douleurs supportรฉes sans rechigner par les athlรจtes des jeux gymniques malgrรฉ la duretรฉ des รฉpreuves. Le souci de gloire et la volontรฉ de montrer envers et contre tout sa virilitรฉ anesthรฉsient en eux la douleur. Cicรฉron rappelle que les mรชmes fatigues ne sont pas รฉgalement lourdes pour le gรฉnรฉral ou le soldat ยซย car lโ€™honneur suffit ร  allรฉger celles qui incombent au commandementย ยป. Lโ€™intensitรฉ de la douleur est dโ€™abord une question de sens.

La souffrance dรฉborde ร  lโ€™infini la douleur dans le cas notamment de la torture, cโ€™est-ร -dire dโ€™une douleur infligรฉe par un autre sans รชtre en mesure de lโ€™en empรชcher. Une douleur infligรฉe de maniรจre traumatique laisse une trace de souffrance mรชme lorsquโ€™elle sโ€™efface. Elle mutile une part du sentiment dโ€™identitรฉ qui nโ€™arrive jamais tout ร  fait ร  oublier. La torture provoque une souffrance sans limite sur laquelle la victime est non seulement sans prise mais oรน elle dรฉpend absolument de lโ€™arbitraire de qui la lui inflige. Elle est en ce sens le pire de la souffrance. Exercice dโ€™une violence absolue sur un autre, impuissant ร  se dรฉfendre et livrรฉ tout entier ร  lโ€™initiative du bourreau, technique dโ€™anรฉantissement de la personne par la dislocation minutieuse du sentiment dโ€™identitรฉ ร  travers un mรฉlange de violences physiques et morales, elle vise ร  saturer la victime de souffrances avec un acharnement mรฉthodique dont la seule limite est la mort. La conscience que ce sont dโ€™autres hommes qui agissent ainsi ajoute ร  lโ€™impensable et fracture toute confiance envers le monde.

Dans des circonstances maรฎtrisรฉes la souffrance est insignifiante et lโ€™individu connaรฎt des situations limites comme dans le sport extrรชme ou leย body art. De mรชme les suspensions corporelles permettent dโ€™explorer les marges de la condition humaine hors de tout contexte religieux et de vivre une intense expรฉrience spirituelle. La violence des sensations รฉprouvรฉes induit lโ€™extase, dans le chamanisme traditionnel certes, mais aussi dans nos propres sociรฉtรฉs oรน la volontรฉ dโ€™explorer les marges de la condition humaine amรจne des individus, hors de tout contexte religieux, ร  vivre des expรฉriences extrรชmes dans le souci de connaรฎtre la transe. Une douleur choisie et contrรดlรฉe par une discipline personnelle dans un but de rรฉvรฉlation de soi ne contient quโ€™une parcelle dรฉrisoire de souffrance, mรชme si elle fait mal. Lorsque la souffrance nโ€™accompagne pas la douleur, il nโ€™en reste quโ€™une pรฉnibilitรฉ supportable, surtout si lโ€™individu sait pouvoir sโ€™en dรฉfaire ร  tout instant. Lโ€™individu fait ainsi ล“uvre de son corps en sโ€™infligeant uneย รฉpreuve personnelle et en ressentant la douleur. Pour ces femmes ou ces hommes qui explorent les marges du tolรฉrable, dรฉfrichent leurs limites dans ce contexte dโ€™exploration de soi, non seulement la souffrance nโ€™accompagne pas leur douleur, mais celle-ci induit parfois une jouissance, un arrachement ร  soi vรฉcu sur un mode propice. Une certaine รฉrotisation de la douleur contribue ร  en รฉmousser le tranchant. Lโ€™expรฉrience des marques corporelles ou des rites de suspension, remet profondรฉment en question le dualisme entre plaisir et douleur. De mรชme sur un autre plan lโ€™expรฉrience du SM, voire du body art. Le mรฉlange des sensations dรฉsamorce lโ€™acuitรฉ de la douleur et le sentiment dโ€™accomplissement qui accompagne lโ€™รฉpreuve induit une satisfaction, un plaisir difficile ร  caractรฉriser avec des mots ordinaires.

Lโ€™expรฉrience de lโ€™accouchement confronte รฉgalement ร  lโ€™insaisissable dโ€™une douleur vรฉcue de faรงon radicalement diffรฉrente dโ€™une femme ร  une autre. Certaines sont dรฉchirรฉes par la douleur ou lโ€™anticipent par un recours ร  la pรฉridurale sans laquelle elles ne pourraient concevoir la mise au monde de leur enfant. Dโ€™autres, ร  lโ€™inverse, refusent toute anesthรฉsie et contrรดlent leur douleur ร  travers des techniques du corps et une imagerie personnelle. Certaines femmes nโ€™hรฉsitent pas ร  dire lโ€™ambiguรฏtรฉ dโ€™une expรฉrience parfois difficile ร  dรฉmรชler dโ€™une forme singuliรจre de plaisir.

La douleur peut mรชme aboutir ร  lโ€™orgasme dans le cadre dโ€™un contrat sado-masochiste. Son รฉrotisation atteignant ainsi son point ultime. Mais lโ€™examen du parcours de vie de certains adeptes est parfois significatif de la reprise en main dโ€™anciennes souffrances aujourdโ€™hui neutralisรฉes sur la scรจne SM. Une sorte de sacrifice inconscient vient protรฉger lโ€™individu dโ€™une menace terrifiante de destruction de soi. La scarification dรฉlibรฉrรฉe est un paravent contre une souffrance intolรฉrable. Il sโ€™agit alors de se faire mal pour avoir moins mal comme lโ€™attestent par exemple nombre dโ€™adolescentes en souffrance qui entaillent leur peau pour รฉchapper un moment ร  leur รฉtouffement (Le Breton, 2007).

La douleur mรชle perception et รฉmotion, cโ€™est-ร -dire signification et valeur. Ce nโ€™est pas le corps qui pรขtit, mais lโ€™individu dans le sens et la valeur de sa vie. Si la maladie rend lโ€™homme plus corporel, la souffrance est une rรฉduction du corps au seul lieu de lโ€™incandescence douloureuse. Lโ€™individu nโ€™a plus de repli, aucun refuge, tout est dรฉvastรฉ. Il est sous son emprise. Lร  oรน la douleur, si elle fait mal, reste cependant sous le contrรดle de lโ€™individu susceptible encore de dรฉcider du moment oรน il peut lโ€™interrompre, comme par exemple dans la culture sportive, la souffrance est subie et sโ€™impose ร  la conscience malgrรฉ les efforts pour la contenir. Elle รฉpingle sans rรฉmission ร  un corps meurtri. Si elle dure, elle arrache le corps ร  la conscience de soi et le pose comme un autre. Elle devient persรฉcutrice et confronte ร  lโ€™expรฉrience concrรจte du dualisme. Rรฉduit ร  lโ€™impuissance, lโ€™individu en vient ร  se considรฉrer comme prisonnier dโ€™un corps oรน il ne se reconnaรฎt plus. La douleur est une dรฉconstruction radicale de lโ€™รฉvidence du monde, une perte de sa signification et de sa valeur qui rรฉduit lโ€™existence ร  un fardeauโ€ฏ[5][5]ย Cet article reprend largement des extraits dโ€™un ouvrage….

Bibliographie

  • Disease, Pain and Sacrifice: Toward a Psychology of Suffering by David Bakan.
  • Canguilhem G.ย Le Normal et le Pathologique. Parisย : PUF, 1966.
  • Freud S.ย Inhibition, symptรดme, angoisse. Parisย : PUF, 1990.
  • Glucklich A.ย Sacred pain. Hurting the body for the sake of the soul. Oxfordย : Oxford University Press, 2001.
  • Jankรฉlรฉvitch V.ย Lโ€™Austรฉritรฉ et la vie morale. Parisย : Flammarion, 1956.
  • Le Breton D.ย Anthropologie du corps et modernitรฉ. Parisย : PUF, 2008.
  • Le Breton D.ย La Chair ร  vif. De la leรงon dโ€™anatomie aux greffes dโ€™organes. Parisย : Mรฉtailiรฉ, 2008.
  • Le Breton D.ย En souffrance. Adolescence et entrรฉe dans la vie. Parisย : Mรฉtailiรฉ, 2007.
  • Le Breton D.ย Anthropologie de la douleur. Parisย : Mรฉtailiรฉ, 2004.
  • Vasse D.ย Le Poids du rรฉel, la souffrance. Parisย : Seuil, 1983.
  • Ricล“ur P. ยซย La souffrance nโ€™est pas la douleurย ยป. Inย : von Kaenel JM, ed.ย Souffrances. Corps et รขmes, รฉpreuves partagรฉes. Parisย : Autrement, 1994 (dir.).

Notes

    1. Descartes,ย Mรฉditations mรฉtaphysiques. Parisย : PUF, 1970, p. 123.
    2. Sur la position des religions au regard de la douleur, le statut quโ€™elle leur confรจre, je renvoie ร  Bakan (1968), Glucklich (2001), Le Breton (2004).
    3. Rappelons ร  ce propos la dรฉfinition de P. Ricล“ur, pour qui la douleur sโ€™applique ร  des ยซย affects ressentis comme localisรฉs dans des organes particuliers du corps ou dans le corps tout entier, et le terme de souffrance ร  des affects ouverts sur la rรฉflexivitรฉ, le langage, le rapport ร  soi, le rapport ร  autrui, le rapport au sens, au questionnementย ยป (Ricล“ur, 1994, 59).
    4. Cicรฉron,ย Tusculanes, tome 1. Parisย : Les Belles Lettres, 1960, p. 112.

Cet article reprend largement des extraits dโ€™un ouvrage paru aux รฉditions Mรฉtailiรฉย :ย Expรฉriences de la douleur.


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