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Pratiques

L’effet Dunning-Kruger

Paysage des montagnes jaunes Huangshan, Emmanuel Boitier

L’effet Dunning-Kruger, aussi appelĂ© effet de surconfiance, est un biais cognitif par lequel les moins qualifiĂ©s dans un domaine pourraient surestimer leur compĂ©tence.

Ce phĂ©nomĂšne a Ă©tĂ© dĂ©crit au moyen d’une sĂ©rie d’expĂ©riences dirigĂ©es par les psychologues amĂ©ricains David Dunning et Justin Kruger. Leurs rĂ©sultats ont Ă©tĂ© publiĂ©s en dĂ©cembre 1999 dans la revue Journal of Personality and Social Psychology.

Dunning et Kruger attribuent ce biais Ă  une difficultĂ© mĂ©tacognitive des personnes non qualifiĂ©es qui les empĂȘche de reconnaĂźtre exactement leur incompĂ©tence et d’évaluer leurs rĂ©elles capacitĂ©s. Cette Ă©tude suggĂšre aussi les effets corollaires : les personnes les plus qualifiĂ©es auraient tendance Ă  sous-estimer leur niveau de compĂ©tence et penseraient Ă  tort que des tĂąches faciles pour elles le sont aussi pour les autres.

Les Ă©tudes sur l’effet Dunning-Kruger ont gĂ©nĂ©ralement portĂ© sur des participants nord-amĂ©ricains, mais des Ă©tudes sur des participants japonais suggĂšrent que les diffĂ©rences culturelles ont un rĂŽle dans l’apparition de l’effet. L’Ă©tude de 2001 intitulĂ©e « Divergent Consequences of Success and Failure in Japan and North America : An Investigation of Self-improving Motivations and Malleable Selves Â» a indiquĂ© que les Japonais avaient tendance Ă  sous-estimer leurs capacitĂ©s et Ă  voir les sous-performances (Ă©checs) comme une opportunitĂ© d’amĂ©liorer leurs capacitĂ©s Ă  une tĂąche donnĂ©e, augmentant ainsi leur valeur pour le groupe social.

Mais comment marquer la diffĂ©rence entre ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas ?

La frontiĂšre entre les deux Ă©volue au cours du temps. On a d’ailleurs vu se dĂ©ployer la dynamique typique de l’effet dit « Dunning-Kruger Â». Il s’agit d’un biais cognitif identifiĂ© depuis fort longtemps et qui fut Ă©tudiĂ© empiriquement en 1999 par deux psychologues amĂ©ricains, David Dunning et Justin Kruger. Cet effet s’articule en un double paradoxe : d’une part, pour mesurer son incompĂ©tence, il faut ĂȘtre
 compĂ©tent ; et d’autre part, l’ignorance rend plus sĂ»r de soi que la connaissance. Ce n’est en effet qu’en creusant une question, en s’informant, en enquĂȘtant sur elle, qu’on la dĂ©couvre plus complexe qu’on ne l’eĂ»t soupçonnĂ©. 

Etienne Klein

C’est le paradoxe auquel se confronte le dĂ©butant qui aborde les arts internes :

  • dans un premier temps pour le choisir il devra Ă©valuer les compĂ©tences d’un professeur alors qu’il n’a pas le niveau pour le faire,
  • dans un deuxiĂšme temps il sera tenter de s’auto-Ă©valuer alors que dans ce contexte, Ă©galement, il n’a pas une expĂ©rience suffisante pour le faire.

Lorsque l’on aborde l’Ă©tude des arts internes on commence par mĂ©moriser ce qu’il y a de plus externe, c’est Ă  dire les enchaĂźnements, les chorĂ©graphies et le plus souvent on en ignore les aspects les plus internes qui relĂšvent d’une expĂ©rimentation qui s’inscrit dans le temps long. On peut avoir ainsi l’illusion d’une certaine maitrise alors que l’on n’a mĂȘme pas abordĂ© le travail interne, cette illusion peut chez certains perdurer longtemps.

La courbe Dunning-Kruger

La courbe Dunning-Kruger naĂźt Ă  partir des rĂ©sultats des expĂ©riences portĂ©es par les psychologues amĂ©ricains. Sa signification : le dĂ©butant affiche une grande confiance infondĂ©e appelĂ©e auto-surĂ©valuation, ainsi qu’une sous-estimation des experts. Il gravit alors la montagne de la stupiditĂ©. En commençant Ă  acquĂ©rir des compĂ©tences, il redescend jusqu’à la vallĂ©e de l’humilitĂ© parfois nommĂ©e vallĂ©e du dĂ©sespoir . Ses compĂ©tences continuent Ă  se construire et sa confiance revient petit Ă  petit, mais, cette fois, elle est fondĂ©e sur une auto-Ă©valuation rĂ©aliste de ses compĂ©tences. Il atteint alors le plateau de la consolidation sur lequel il va continuer de progresser dans le domaine en question. Ce que rĂ©vĂšle ce schĂ©ma, c’est que la personne incompĂ©tente ne reconnaĂźt son incompĂ©tence antĂ©rieure et ses anciennes lacunes qu’en amĂ©liorant significativement ses connaissances.

Dans l’apprentissage des arts internes, on peut penser qu’une personne est atteinte du syndrome Dunning-Kruger si elle intĂšgre une Ă©cole et pense tout savoir mieux que les autres Ă©lĂšves qui y pratiquent depuis plusieurs annĂ©es et y ont acquis une certaine habilitĂ© (ćŠŸć€« gƍng fu). Elle peut considĂ©rer les autres comme des incapables et ne pas comprendre l’intĂ©rĂȘt de certains procĂ©dĂ©s. Nous qui pratiquons dans une petite commune rurale, nous l’observons souvent chez des personnes venant de grandes villes ou trĂšs diplĂŽmĂ©es et qui peuvent avoir un apriori condescendant. Au fur et Ă  mesure, elle va dĂ©couvrir la pratique et redescendre sur terre ou gagner en humilitĂ©, Ă©tape fondamentale pour acquĂ©rir ensuite les compĂ©tences (抟抛 gƍng lĂŹ) nĂ©cessaires.

De nombreux facteurs mentaux doivent ĂȘtre pris en compte lors de la pratique du taijiquan (ć€Șæ„”æ‹ł tĂ i jĂ­ quĂĄn), et la façon dont les gens rĂ©agissent naturellement peut devenir un Ă©cueil, en particulier lorsqu’ils interagissent avec un partenaire ou un adversaire.  Dans le processus d’apprentissage, l’Ă©lĂšve passe de la pensĂ©e novice Quoi ? Ă  J’Ă©tais autrefois aveugle et maintenant je vois, puis Ă  Hum, il y a lĂ , plus que ce que je pensais, puis Ah non, je ne vais jamais y arriver, puis vient OK, ça commence Ă  avoir un sens, et Faites-moi confiance, c’est compliquĂ© Ă  mesure que l’on s’approche de la maĂźtrise.

Dans les arts internes, les novices peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă  sentir leur souffle (æ°Ł qĂŹ) circuler, ou Ă  mobiliser l’intention (甚意  yĂČng yĂŹ), ainsi que d’autres concepts qui sont susceptibles d’auto-illusion et de les inviter Ă  gravir la montagne de la stupiditĂ©, en particulier dans les premiĂšres Ă©tapes de l’Ă©tude. Pendant la pratique en solo, il y a peu de retour d’information disponible pour savoir si on comprend et si on utilise correctement les concepts. La pratique avec un partenaire, et bien sur l’avis d’un professeur compĂ©tent, permet de valider ou d’invalider nos ressentis.

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Professeur de qi gong et de tai chi chuan, créateur de l'école Nuage~Pluie
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