Mutations

Traduction de l’entretien Esther Peรฑasย avec Chantal Maillard. paru le 3 novembre 2021sur le site ctxt.es

Hay cosas que no pueden enseรฑarse si no es callando.

Il est fรขcheux de cantonner Chantal Maillard (Bruxelles, 1951) ร  une seule รฉtiquette, qu’elle soit traductrice, essayiste, philosophe ou spรฉcialiste des religions en Inde, alors choisissons la plus gรฉnรฉrique, profonde et vitale, celle de poรจte. Son dernier livre, Las venas del dragรณn (Gutenberg Galaxy), nous propose de revoir nos modรจles de pensรฉe ร  partir des enseignements des trois courants de la sagesse chinoise : le confucianisme, le taoรฏsme et le bouddhisme, afin d’y intรฉgrer quelques problรฉmatiques qui pourraient รชtre bรฉnรฉfique non seulement pour chacun de nous, mais pour la sociรฉtรฉ et la planรจte, comme une certaine รฉducation du caractรจre, une sagesse (et une politique) de l’habitat qui dรฉpasse le discours รฉcologique ; ou le besoin de silence et d’attention.

Peut-รชtre que l’effondrement, non pas tel qu’il est prรฉdit mais tel qu’il se produit, peut รชtre rรฉorientรฉ avec

  • un bon gouvernement : la mรฉthode de Confucius ;
  • l’harmonie avec l’environnement : l’enseignement de Laozi ;
  • une comprรฉhension profonde de notre nature : la sagesse de Gautama.

Peut-รชtre.

Maillard clรดt cet essai par un chapitre consacrรฉ aux arts, indispensables dans la pensรฉe chinoise pour se vider l’esprit. Il peut รชtre utile de penser les choses diffรฉremment. Faites les choses diffรฉremment. Peut-รชtre.

Bai Juyi, l’un des plus grands poรจtes de la dynastie Tang (VIIe-Xe siรจcles), est citรฉ sur le portique du livre : ยซย Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait se taitย ยป. Mais si ยซ celui qui sait se tait ยป, comment apprendrons-nous le reste ?

L’ironie du poรจte dรฉsarme, en effet. Aristote disait que nous avions une obligation morale d’enseigner aux autres ce que nous avons appris. Mais, bien sรปr, la morale est politique, et ce n’est pas ร  cet ordre de choses que Laozi faisait rรฉfรฉrence. La diffรฉrence entre Aristote et Laozi est celle qui sรฉpare les savoirs exotรฉriques, ceux enseignรฉs dans les acadรฉmies, des savoirs รฉsotรฉriques, ceux qui se transmettent ร  huis clos car ils relรจvent d’un type d’observation qui demande un certain recul et un certain silence. Il y a des choses qu’on ne peut pas enseigner si ce n’est en se taisant. Sรฉrรฉnitรฉ, par exemple, face aux maux qui nous affectent, ou conscience de soi, choses auxquelles on ne peut accรฉder qu’en apprenant ร  inverser le regard. Cependant, il me semble que le moment est venu de brouiller la ligne qui sรฉpare l’exotรฉrique de l’รฉsotรฉrique.

Ver lo propio a partir de lo ajeno es mucho mรกs interesante, casi siempre, que considerar lo ajeno desde lo propio.

Quand le philosophe Michel Serres utilisait Le passage du Nord-Ouest entre les ocรฉans Atlantique et Pacifique comme mรฉtaphore du type de raison qui pouvait combler le fossรฉ entre les soi-disant ยซ sciences exactes ยป et les ยซ sciences humaines ยป, entre le savoir รฉtabli et le ยซ savoir sauvage ยป, comme il l’appelait, il n’imaginait pas que la glace du Groenland et de l’Alaska fonde un jour. C’est peut-รชtre le moment oรน, ร  l’image de ce qui se passe en gรฉographie maritime, cette รฉtape s’est maintenant ouverte entre les diffรฉrentes maniรจres que nous avons d’aborder le monde. Peut-รชtre est-il temps que la grande glace de l’objectivitรฉ scientifique s’effondre et que la raison adopte d’autres voies, ajoutant ร  la logique de comprรฉhension l’intuition sensible et la capacitรฉ de retourner le regard pour observer, ร  proprement parler,

Plonger dans les sagesses anciennes, non seulement de la tradition hรฉritรฉe mais aussi des autres, peut nous aider dans cette entreprise. Voir le sien ร  partir de ce qui est รฉtranger est beaucoup plus intรฉressant, presque toujours, que de considรฉrer ce qui est รฉtranger ร  partir du sien, comme nous l’avons fait jusqu’ici.

Parmรฉnide รฉtait ร  blรขmer . A partir de lui, les Grecs (et, par extension, les Occidentaux) ont commencรฉ ร  penser en termes d’รชtre (et de non รชtre), c’est-ร -dire de concepts qui, comme dans l’arbre de Porfirio, sont exclusifs. Taoรฏsme, confucianisme et bouddhisme, maquillage. En quoi cette pensรฉe opposรฉe conditionne-t-elle la maniรจre d’รชtre au monde ?

Le problรจme n’est pas tant de penser en termes d’opposรฉs que de valoriser l’un des pรดles au dรฉtriment de l’autre. Depuis l’Antiquitรฉ, les Chinois ont conรงu l’univers comme un systรจme dynamique dont le processus dรฉpend de l’alternance des contraires : deux principes actifs ou forces complรฉmentaires qui รฉchangent leurs valeurs lorsqu’elles atteignent leur extrรชme (le fort devient le faible, la lumiรจre devient l’ombre, etc. .). Alors que les Grecs parient sur le ยซ il y a ยป ร  la recherche de dรฉfinitions, les Chinois n’ont jamais perdu de vue la fonction indispensable du ยซ il n’y a pas ยป, tant dans leur cosmologie que dans leurs mathรฉmatiques, dans lesquelles ils ont opรฉrรฉ, depuis des temps trรจs anciens , avec des nombres nรฉgatifs.

Pensar el mundo como proceso, como transformaciรณn e interdependencia es, sin duda, lo que necesitamos.

Que peuvent apporter ces trois courants ร  la pensรฉe occidentale aujourd’hui ?

Concevoir le monde ร  partir de l’รชtre, c’est parier sur une rรฉalitรฉ stable, susceptible d’รชtre contrรดlรฉe et manipulรฉe. Ces derniers temps, nous avons de nombreux exemples que ce n’est pas le cas, et qu’il est plus utile de savoir s’adapter et anticiper que d’intervenir dans le processus. Cette prรฉvision est ce que les Chinois recherchaient en observant les schรฉmas de changement. Le livre des mutations, qui est ร  la base ร  la fois de la cosmologie taoรฏste et de l’รฉthique confucรฉenne (rappelons que seuls ces deux courants sont indigรจnes ; le bouddhisme sera importรฉ d’Inde plus tard), plus qu’un livre de divination, comme on a voulu le comprendre, c’est un systรจme de reprรฉsentation basรฉ sur le calcul binaire. L’observation de leurs combinaisons possibles leur a permis d’estimer les situations, d’en dรฉduire les possibilitรฉs de leur รฉvolution et, ainsi, de prendre les dรฉcisions les plus appropriรฉes. Cela pourrait รชtre compris comme un diagramme de complexitรฉ. Penser le monde comme processus, comme transformation et interdรฉpendance, c’est sans doute ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour pouvoir construire l’รฉthhopolitique nรฉcessaire ร  un changement de cap.

Est-il possible de s’entendre entre ces chemins qui recherchent l’immobilitรฉ, le calme, l’รฉquilibre et notre systรจme, qui favorise l’agitation, l’agitation constante ?

Nous sommes conscients que, sans certaines modifications importantes, ce systรจme finira par exploser entre nos mains. La tourmente qui caractรฉrise nos sociรฉtรฉs, et dont se nourrit le systรจme, atteint un point de dรฉsรฉquilibre difficilement rรฉcupรฉrable. Il suffit de constater le sentiment de perte absolue que ressent la jeunesse lorsque les rรฉseaux tombent en panne pendant quelques heures. Dรฉconnectรฉs, ils ne savent plus quoi faire d’eux-mรชmes, ni comment rรฉtablir les liens naturels remplacรฉs par des machines dont ils n’ont mรชme plus conscience. Introduire dans notre vie et celle des plus jeunes certains moments de silence et d’attention intรฉrieure pourrait รชtre l’une des premiรจres mesures qui rendraient possible un certain renversement (bien qu’improbable) du processus.

En termes taoรฏstes, il s’agirait de trouver et d’essayer de rester au point neutre oรน, en รฉquilibre, les forces opposรฉes suspendent leur mouvement. Ce vide, cette immobilitรฉ, est aussi le point d’origine de tout ce qui se passe.

El cuerpo tiene modos de conocer mรกs intuitivos (mรกs inmediatos) y abarcantes que la mente abstracta.

Vous proposez de remplacer le discours รฉcologique par une รฉcosophie dont on retrouve les racines dans ces systรจmes de pensรฉe. Pourquoi l’รฉcologie est-elle inutile et une oiko-sophia , une ยซ sagesse de l’habitat ยป, le pourrait ?

C’est avant tout une question de terminologie. Mais, on le sait bien, les concepts sont porteurs d’idรฉes et de maniรจres d’agir. Changer l’ รฉcologie pour une รฉco-sophia , suppose de sortir de l’ordre rationnel du discours ( logos ) sur l’habitat ( oikos ) pour entrer dans un autre type de rationalitรฉ dans laquelle la capacitรฉ intellectuelle s’ajoute ร  la perception sensible ou, pour mieux dire, sensorielle. . Le corps a des modes de connaissance plus intuitifs (plus immรฉdiats) et englobants que l’esprit abstrait. Il s’agirait de les rรฉcupรฉrer. C’est ce que j’ai appelรฉ ailleurs la ยซ raison esthรฉtique ยป.  

Ces trois courants sont ยซ pervertis ยป lorsqu’ils sont instituรฉs, lorsqu’ils deviennent une institution, et les enseignements des enseignants sont standardisรฉs. Toute tentative de consigner la sagesse de cette maniรจre est-elle inรฉvitablement vouรฉe ร  l’รฉchec ?

C’est la grande pierre d’achoppement des apprentis sages qui, n’ayant pas appris la substance, s’en tiennent ร  la lettre et la propagent. Vide de matiรจre premiรจre, un -isme (bouddhisme, chrรฉtien-isme, taoรฏsme, matรฉrialisme, communisme, etc.) adhรจre au nom de l’enseignant et, ainsi, chargรฉ d’idรฉologie, l’enseignement devient doctrine. Et rien n’est plus dangereux qu’une doctrine quand les idรฉes sont associรฉes ร  une รฉmotion.

Malheureusement, les trois รฉcoles auxquelles nous avons affaire sont rapidement devenues des religions. Le besoin que les humains ont de durer au-delร  de la mort est une faiblesse dont beaucoup profitent. Par consรฉquent, la nรฉcessitรฉ de sรฉparer les enseignements originaux de leurs dรฉrivations doctrinales ou pseudo-mystiques doit รชtre soulignรฉe.

Est-il possible de croire ร  la bontรฉ de l’รชtre humain, comme l’affirme Mencius, l’un des plus รฉminents philosophes du confucianisme (IVe et IIIe siรจcles AEC) ?

La controverse qui a dรฉbutรฉ en Europe aux XVIIe et XVIIIe siรจcles avec Rousseau et Hobbes ร  cet รฉgard, avait dรฉjร  eu lieu en Chine dรจs le IVe siรจcle entre deux adeptes de Confucius, Mencius et Xunzi. Mencius croyait ร  la bontรฉ naturelle de l’รชtre humain ; Xunzi, de son cรดtรฉ, a dรฉfendu son mal constitutif.

Les taoรฏstes, de leur cรดtรฉ, rรฉgleraient la question rapidement. La seule chose que font les distinctions morales est de semer la confusion – dira Zhuangzi – je ne vais pas entrer dans ces questions. A quelle distance est le bien du mal ? โ€“demandera Laozi โ€“ Le sage a cessรฉ de le savoir. 

Le moi a-t-il un sens – quel qu’il soit – sans sa dimension sociale (on voit comment cela se dรฉrobe : les corps de l’autre cรดtรฉ de l’รฉcran, les relations qui se crรฉent et se dรฉveloppent en rรฉseaux…) ?

De l’autre cรดtรฉ de l’รฉcran nous sommes tous, ร  l’Ouest comme ร  l’Est, au Nord comme au Sud. Mais, mรชme si nous sommes en personne devant un autre, ne sommes-nous pas toujours en quelque sorte de l’autre cรดtรฉ de l’รฉcran ? Le moi n’est-il pas le masque (la ยซ personne ยป) que, fabriquรฉ au fil des annรฉes par rรฉpรฉtition, nous offrons ร  l’autre ? Et n’avons-nous pas l’occasion de nous voir, alors, comme l’autre nous voit ? Ce syndrome de l’autoreprรฉsentation qui nous amรจne dรฉsormais ร  construire l’image pour l’accrocher sur les rรฉseaux, n’est-il pas la meilleure preuve que sans elles, sans nos images, il n’y a rien, en rรฉalitรฉ, qui nous dรฉfinisse ?

ยซ Le dรฉsir est cause de souffrance ยป, mais Lacan disait que nous sommes des รชtres dรฉsirants. N’y a-t-il pas moyen de combiner les deux positions ?

Elles ne sont pas contradictoires. C’est prรฉcisรฉment parce que nous sommes fondamentalement des รชtres dรฉsirants que nous souffrons. Quiconque veut quelque chose, s’il l’a ou s’il l’atteint, a peur de le perdre, s’il ne l’atteint pas, il regrette de ne pas l’avoir. Le dรฉsir d’avoir ce que vous n’avez pas et le dรฉsir de ne pas avoir ce que vous avez causent de l’inconfort et de la souffrance. Le bouddhisme part de ce point.

Es preciso volver a insertar la muerte en el propio continuo de la vida. Todo lo que vive viene cargado de muerte

Si tout se transforme, n’y a-t-il pas de mort possible ?

La rรฉvision du concept de vie est sans aucun doute une tรขche que nous, Occidentaux, avons en suspens. La mort doit รชtre rรฉinsรฉrรฉe dans le continuum de la vie elle-mรชme. Tout ce qui vit vient chargรฉ de mort, celle des autres dont il se nourrit, et la sienne ; et toute mort fait naรฎtre la vie. Ce ne sont pas deux รฉtats mais un seul processus ininterrompu.

Dans cette perspective, une fois dรฉtachรฉ de sa propre individualitรฉ, qu’est-ce ou qui pourrait rester ? Mais, en mรชme temps, qu’est-ce ou qui pourrait mourir ?  

Il y en a bien d’autres, mais trois noms surtout sous-tendent ces pages : Confucius, Laozi et Gautama. Quelle est l’importance de la figure de l’enseignant ? Comment l’enseignant sait-il de quoi son enseignement est fait ?

Tout dรฉpend de la fin ร  poursuivre. Le but de Confucius รฉtait que ses disciples sachent se placer au juste milieu. Celui de Siddharta Gautama, รฉtait d’รฉliminer le dรฉsir (et donc calmer le processus mental). Dans le cas de Laozi (qui n’est jamais allรฉ ร  l’รฉcole), l’idรฉe รฉtait de vivre en harmonie avec la voie. La notion de dao , qui d’ailleurs est bien antรฉrieure au taoรฏsme, en plus de signifier ยซ voie ยป, ยซ cheminยป ou ยซ cours ยป, signifie aussi ยซ mรฉthode ยป, terme dont l’รฉtymologie grecque nous renvoie aussi ร  l’idรฉe d’รขtre sur le chemin (odรณs). Ainsi, dans ces enseignements, la fin est quelque chose qui n’est jamais atteint une fois pour toutes, mais qui doit รชtre continuellement mis ร  jour. L’idรฉe d’atteindre une fin n’a de sens que du point de vue d’un univers fermรฉ et linรฉaire ; dans un monde en perpรฉtuelle mutation, toute fin coรฏncide avec le commencement. Le chemin consiste prรฉcisรฉment ร  รชtre sur le chemin.   

Le ne pas faire de Zhuangzi, a-t-il quelque chose ร  voir avec le ยซ I would prefer not to ยป , de Bartleby ?

Je ne pense pas qu’il faille extrapoler les discours. Le non-faire du taoรฏsme n’est pas ne rien faire, mais agir sans que le moi n’intervienne. Il ne s’agit pas d’arrรชter d’agir, ce serait impossible – l’existence c’est l’action et dรฉcider de ne pas faire quelque chose est aussi une action – il s’agit de lรขcher la prise de l’intรฉrรชt personnel. Tout dans l’univers est interdรฉpendant et fonctionne selon un ordre. La volontรฉ humaine est fausse si elle intervient sans tenir compte des relations entre les diffรฉrentes choses et les diffรฉrents rรจgnes. Ne pas faire, c’est donc apprendre ร  ne pas intervenir. Adaptez-vous au processus au lieu d’essayer d’adapter le processus ร  vos objectifs. C’est quelque chose qui devrait nous faire rรฉflรฉchir.

Le dernier chapitre de l’essai est consacrรฉ ร  l’esthรฉtique en tant que sagesse. En quoi la beautรฉ est-elle sage et montre-t-elle ou enseigne-t-elle au spectateur ?

La beautรฉ est une invention europรฉenne qui remonte au 17e siรจcle. Le terme vient en fait de l’adjectif bonum , bon. Un tel concept n’existe pas dans d’autres traditions, oรน l’art a toujours eu une utilitรฉ. Si les arts, en Chine, peuvent รชtre compris comme un chemin de sagesse, c’est parce qu’ils sont un instrument de concentration, quelque chose de prรฉalable et d’indispensable pour pouvoir vider l’esprit et suspendre son cours. Ce n’est qu’alors que l’artiste sera en mesure de capter la rรฉsonance des choses et de trouver sa voie.  

La grande contribution taoรฏste ร  l’esthรฉtique chinoise est le travail avec le blanc, avec le vide. Alors que l’Occidental a le vertige et a tendance ร  les combler, dans la peinture chinoise, le trait est au service de la mise en valeur de ce blanc. Pourquoi est-il si difficile pour nous de regarder dans l’espace ?

Eh bien, c’est la diffรฉrence entre comprendre que ce qu’il y a essentiellement est ยซ รชtre ยป ou comprendre que ce qu’il y a est ยซ vide ยป. Pour la conception chinoise, toutes les formes รฉmergent du vide. Le vide est, disons, gros de formes, qui ne se maintiennent jamais, mais se dรฉforment et se transforment continuellement. Ce que l’artiste chinois veut apprรฉhender et re-prรฉsenter, c’est cette รฉvanescence, ce vide originel.



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