Bouddha avec pluie, nuages, tonnerre et éclairs

Bouddha avec pluie, nuages, tonnerre et éclairs, Phan Cam Thuong

Lorsqu’un nuage devient pluie, nous pourrions être tentés de dire que le nuage est mort. Mais nous savons que la vraie nature du nuage, H2O, n’est pas morte du tout. Elle est devenue pluie. Si nous voulons voir la vraie nature du nuage, nous devons nous libérer du signe « nuage ». La mort d’un nuage est en même temps la naissance de la pluie. — Thích Nhất Hạnh

Derrière les apparences

Marbre d’Eleusis, Déméter, Perséphone, Triptolème

1962, l’historien de la Grèce Jean-Pierre Vernant écrit, dans le cadre d’une collection « Mythes et religions » dirigée par George Dumezil aux Presses Universitaires de France un ouvrage assez bref : Les origines de la pensée grecque. Il montre que la première philosophie, héritière d’une réflexion morale et politique est fille de la cité. Elle poursuit une révolution des pratiques et des croyances dans le monde des Hommes dont il décrit minutieusement la genèse. 

Famille

Petit temple sous l'arbre, encre sur papier, 1972, artiste taïwanais, Shiy De-jinn

En tissant avec une gourmande complexité les fils de cette double investigation, Chang Kuo-Li, rédacteur en chef d’un quotidien taïwanais, élabore une intrigue palpitante qui est aussi un regard au scalpel sur les zones d’ombre de son pays. Ou comment planent le spectre de la corruption autant que les délires autoritaires de certains. Cet extrait nous invite à découvrir le caractère 家.

Un lieu n’est jamais juste ce lieu

Corto Maliese, Les celtiques, Hugo Pratt

Qu’il se trouve sur la place de Furstenberg à Paris, devant le temple de Poséidon en Crète ou au cimetière marin à Sète, Antonio Tabucchi est toujours sensible à la beauté fragmentaire des lieux, à l’émotion qu’ils suscitent et aux regrets qu’ils symbolisent parfois. Son écriture cherche toujours à saisir la signification des endroits, villes, monuments ou paysages dans nos existences, plutôt que de les décrire.

Les Charités d’Alcippe

Les Baltiques de Claudine Rémy

Alcippe offre son cœur aux Sirènes, son âme aux statues de marbre, son corps aux morts et, déjouant ainsi la Mort, existe à tout jamais dans ce qu’il a donné. Tel est le thème du poème qui donne le titre à ce recueil dont voici un extrait.

Deux cerisiers amoureux

Cerisiers à Yoshino. Paire de paravents à six panneaux, époque Edo

Deux cerisiers amoureux, nés loin l’un de l’autre, se regardaient sans pouvoir se toucher. Nuage, Tempête et Montagne les virent et s’en émurent.

Mutations

Portrait de Chantal Maillard

Le dernier livre de Chantal Maillard, Las venas del dragón, nous propose de revoir nos modèles de pensée à partir des enseignements des trois courants de la sagesse chinoise : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, afin d’y intégrer quelques problématiques qui pourraient être bénéfique non seulement pour chacun de nous, mais pour la société et la planète, comme une certaine éducation du caractère, une sagesse et une politique de l’habitat qui dépasse le discours écologique ou le besoin de silence et d’attention.

Préceptes spatiaux

Le palais de la mémoire, illustration de Sam Falconer

Les arts de la mémoire ont initié, dans la Grèce de l’Antiquité, un chemin vers l’art total, en associant pour la première fois, lieux et mémoire, espace et temps, représentation et mouvement, image et pensée.

Faire l’homme

Le lion et le rat, dessin de Gustave Doré, gravure sur bois de Louis Dumont.

Comment devenir un homme, bien spécial en son espèce, et fort individué, sinon en lisant ces Fables, sinon, donc, en associant des animaux, sinon en écoutant leurs questions et réponses, sinon en mimant leurs gestes, sinon en composant son visage de museaux et de becs, son corps de crinières et de queues ?

Dynasties chinoises

L'empereur Kangxi de la dynastie Qing en robe de cérémonie

中國朝代 zhōngguó cháodài L’histoire de la Chine est rarement aussi nette que ne le laisse entendre son étude systématique par dynastie : il est en effet rare qu’une dynastie s’éteigne calmement et laisse la place rapidement et en douceur à la dynastie suivante. Une nouvelle dynastie est souvent établie avant la chute finale du pouvoir précédent et … Lire la suite

L’ordre étrange des choses

Illustration de nos bactéries et nous

C’est à une réflexion radicalement nouvelle et profondément originale sur les liens qu’entretiennent les origines de la vie, l’émergence de l’esprit et la construction de la culture qu’Antonio Damasio nous convie dans ce livre.

Des soirs, de l’étendue et du silence

Velázquez, après cinquante ans, ne peignait plus jamais une chose définie. Il errait autour des objets avec l’air et le crépuscule, il surprenait dans l’ombre et la transparence des fonds les palpitations colorées dont il faisait le centre invisible de sa symphonie silencieuse. Il ne saisissait plus dans le monde que les échanges mystérieux qui font pénétrer les uns dans les autres les formes et les tons, par un progrès secret et continu dont aucun heurt, aucun sursaut ne dénonce ou n’interrompt la marche. L’espace règne. C’est comme une onde aérienne qui glisse sur les surfaces, s’imprègne de leurs émanations visibles pour les définir et les modeler, et emporter partout ailleurs comme un parfum, comme un écho d’elles qu’elle disperse sur toute l’étendue environnante en poussière impondérable.

Le monde où il vivait était triste. Un roi dégénéré, des infants malades, des idiots, des nains, des infirmes, quelques pitres monstrueux vêtus en princes qui avaient pour fonction de rire d’eux-mêmes et d’en faire rire des êtres hors la loi vivante, étreints par l’étiquette, le complot, le mensonge, liés par la confession et le remords. Aux portes, l’Autodafé, le silence.

Un esprit nostalgique flotte, mais on ne voit ni la laideur, ni la tristesse, ni le sens funèbre et cruel de cette enfance écrasée.

Velázquez est le peintre des soirs, de l’étendue et du silence. Même quand il peint en plein jour, même quand il peint dans une pièce close, même quand la guerre ou la chasse hurlent autour de lui. Comme ils ne sortaient guère aux heures de la journée où l’air est brûlant, où le soleil éteint tout, les peintres espagnols communiaient avec les soirées. »

Elie Faure in Histoire de l’art : l’art moderne

Las Meninas ou La Famille de Felipe IV, détail, huile sur toile, Diego Vélasquez
Las Meninas ou La Famille de Felipe IV, détail, huile sur toile, Diego Vélasquez, Musée du Prado, Madrid